Chapitre 1:
"Les pires histoires sont des histoires de famille..."
- Je vous souhaite à tous de très bonnes vacances. S'exclama le directeur du lycée en entendant la cloche retentir. Tâchez de ne pas tout oublier pendant l'été !
Harry Potter, jeune garçon de seize ans assis au premier rang, soupira, désespéré. Même la tentative d'humour du vieil homme ne réussit pas à l'apaiser.
Le jeune homme regarda ses camarades de classe sortir en trombe, pressés de rentrer chez eux.
Harry soupira encore en passant une main dans sa chevelure noire et indomptable, attrapa son sac élimé et déchiré et se dirigea vers la sortie un air maussade sur le visage.
Dire qu'il n'avait pas hâte d'arriver aux vacances était un doux euphémisme.
Pour lui, pas la peine d'envisager de passer deux mois sur une chaise longue au soleil, les doigts de pieds en éventail. Pas de virée touristique avec ses parents non plus.
Orphelin depuis le plus jeune âge, il vivait depuis ses un an chez son oncle Vernon Dursley, sa tante Pétunia et son cousin Dudley.
Eux trois formaient une petite famille que les gens lambda qualifiaient de banale, disant bonjour aux voisins, faisant des barbecues l'été, et tondant leur pelouse tous les samedis.
Sauf que dès qu'on échangeait quelques paroles avec ces braves gens, on se rendait vite compte qu'ils haïssaient cordialement leur neveu et que leur fils n'était qu'une brute sans cervelle et pourri gâté.
Ce que l'on savait moins, c'est que Vernon et Pétunia détestaient Harry au point de le priver régulièrement de nourriture, l'enfermant dans le placard sous l'escalier jusqu'à ce qu'il soit trop grand pour y rentrer et le forçant à faire toutes les tâches ingrates de la maison.
Sur le chemin du retour, une petite brute de sa classe le percuta volontairement, le propulsant face contre terre sous le rire de ce dernier.
- Alors bébé Potter, on tient plus debout ? Il ricana un peu plus fort en appelant ses amis à quelques mètres de là. Hé, les gars ! Combien on parie que j'arrive à faire pleurer le bébé ?
"Le bébé", c'était comme ça que la plupart des élèves du collège public (puis du lycée avec lequel il était jumelé) l'appelaient depuis qu'il avait fait sa rentrée de sixième.
Le brun ne se faisait pas d'illusion, s'il avait hérité de ce surnom dégradant c'était à cause de sa silhouette fine, presque androgyne, et sa petite taille. En effet, son petit mètre soixante-deux était loin d'impressionner qui que ce soit, certaines filles le dépassaient même de plusieurs centimètres.
Après quelques minutes, les petites racailles se lassèrent de leur jeu morbide et laissèrent le jeune lycéen avec quelques bleus en plus.
Celui-ci boitilla sur quelques kilomètres jusqu'à la maison de son oncle et sa tante. A sa grande surprise, ils étaient tous les trois assis dans la cuisine et semblaient l'attendre...
Il prit le temps de les observer un à un, se doutant qu'il y avait anguille sous roche face à ce comportement plus qu'inhabituel...
Vernon était un homme obèse qui détestait son neveu comme il avait toujours détesté son beau-frère : James Potter.
James qui était plus mince que lui, plus beau que lui, plus courageux que lui, qui avait mieux réussi que lui en faisant deux fois moins d'efforts. James que tout le monde trouvait sympathique dès le premier regard...
Pétunia était une femme grande, au physique chevalin, qui haïssait Harry au même titre qu'elle haïssait sa sœur, la jolie Lily, si intelligente, si belle avec son épaisse chevelure rousse, elle qui n'avais hérité de son père que ses maigres tifs châtain ternes. Lily qui avait réussi à obtenir une bourse dans l'une des meilleures écoles privées de Londres. C'était là qu'elle avait rencontré ce Potter.
Typiquement le genre de garçon sûr de lui qui passait à côté de Pétunia sans même la voir alors qu'il n'avait d'yeux que pour Lily.
Et bien qu'elle soit la première à crier sur tous les toits que son "chérubin" de fils était le plus beau (malgré cette sotte d'infirmière qui lui répétait sans cesse qu'il était presque en obésité morbide) et le plus intelligent, elle devait bien admettre au fond qu'Harry avait de meilleures notes et était plus vif d'esprit.
Et cela l'énervait encore plus ! Comment ce petit vaurien pouvait-il se permettre d'être supérieur dans quoi que ce soit que son adorable angelot ?!
Dudley, qui lui avait hérité de l'obésité de son père et de ses cheveux d'un blond terne, frappait son cousin tout simplement car, du plus loin qu'il pouvait se souvenir, il l'avait toujours fait et personne ne lui avait dit d'arrêter. Pour lui c'était juste une manière comme une autre de se distraire, de passer le temps ou tout simplement de se défouler.
Après tout, on le faisait bien sur les consoles de jeu vidéo, pourquoi pas sur son cousin non désiré ?
- Harry ! Nous t'attendions, mon garçon ! L'accueilli son oncle avec un grand sourire.
Et ce sourire ne rassurait pas du tout le jeune brun. La petite réunion de famille, les visages satisfaits et heureux, tout cela sentaient l'arnaque à plein nez.
- Oui ?
- Figure toi que nous avons gagné un magnifique voyage pour quatre personnes aux Bahamas! S'écria sa tante en sautillant sur place, folle d'excitation.
L'angoisse d'Harry augmenta encore d'un cran. Chaque fois qu'ils disaient "nous", cela voulait dire "eux", les quatre personnes étaient donc faciles à deviner : Vernon, Pétunia, Dudley et très certainement tante Marge, la sœur de Vernon.
Inutile d'imaginer un seul instant qu'ils l'emmènent lui aussi, l'idée était risible.
Sauf qu'envisager le fait qu'ils partent en lui laissant la maison était tout aussi absurde.
- Mais... Où je... Où je vais loger moi pendant ce temps ?
- Justement, nous t'avons trouvé un endroit charmant qui t'accueillera pendant les deux mois à venir. Lui dit son oncle en lui tendant une brochure. Tu y seras, très bien tu verras ! Tu pars demain matin à six heures tapantes !
Sur le dépliant de couleur kaki, une écriture noire s'étalait en de grosses lettres "Les chérubins de Cassiopée".
Après avoir lu les premières lignes au dos du papier, il tourna son regard choqué vers ses tuteurs :
- Un centre de redressement militaire pour jeune délinquant ?! Vous êtes sérieux, là ?
- Parfaitement! s'exclama sa tante avec dédain. Nous n'avons pas réussi à te faire admettre à Saint Brutus il y a des années de cela, et pourtant Dieu sait que nous avons essayé ! Son mari acquiesça d'un vif hochement de tête. Mais, par bonheur, ce centre t'accepte sans problème ! Espérerons qu'ils arrivent à faire quelque chose de toi !
- Mais... Mais je ne suis pas un délinquant !
- Tout est une question de point de vue... Murmura sa tante.
- Ce centre va faire de toi un homme, un vrai ! Tu nous remercias plus tard, tu verras ! Lui cracha Vernon en filant vers l'étage. Peut-être que nous aurions moins honte de toi si tu ne ressemblais pas tant à une pauvre fillette...
Harry se retint juste à temps de dire que même taillé comme un athlète russe, ils auraient quand même honte de lui.
Inutile de les énerver, il ne tenait pas à recevoir une correction pour son "ingratitude"...
- Il y a le jardin à désherber ! Lui ordonna Pétunia en suivant son mari. Je veux que tout soit nickel !
Le brun soupira profondément, avant de se diriger, la mort dans l'âme, vers le jardin. Cependant il se fit violemment bousculer de nouveau, mais par son cousin cette fois, qui lui dit avec un petit sourire sadique :
- Je me demande bien combien de temps une fillette comme toi pourra tenir dans un endroit pareil ! Tu vas souffrir Potter...
Et il monta à son tour dans un grand éclat de rire cruel.
Harry réprima un frisson d'angoisse et sorti se mettre à l'ouvrage, tachant d'oublier la faim qui lui tenaillait le ventre.
Ce n'est qu'après une bonne heure de labeur en plein soleil qu'il entendit une voix l'appeler à plusieurs reprises à travers la haie.
- Monsieur Staine? demanda-t-il en reconnaissant l'homme roux caché au milieu des arbustes. C'est vous ?
- Bien-sûr Harry, murmura l'homme en écartant la haie pour voire l'adolescent, qui veux-tu que ça soit ?
Harry ne put empêcher un sourire de naître sur son visage.
Fred et Maria Staine étaient un couple de trentenaires charmants qui logeaient au numéro deux depuis presque quatre ans. Bien vite, ils s'étaient rendu compte du traitement injuste que les Dursley faisaient subir à leur neveu et avaient pris l'enfant en affection.
Faute de pouvoir faire plus, ils lui apportaient régulièrement boissons, nourriture et, souvent même, des vêtements. C'était même eux qui lui achetaient ses livres d'école.
- Monsieur Staine, je suis content de vous voir, mais...si mon oncle vous voit ! s'exclama le jeune homme en jetant des regards paniqués sur les alentours.
- Ne t'inquiète pas: ils sont tous dans la véranda et Maria les occupe sous un prétexte quelconque. Dit moi plutôt... Tu as faim ?
Le corps d'Harry ne lui laissa pas le temps de formuler une quelconque réponse et le trahit pile à ce moment-là quand son ventre gargouilla bruyamment. Il rougit en entendant le son que produisit son estomac avant d'acquiescer silencieusement.
- Je m'en doutais. Tu parles d'une famille... Soupira le roux en sortant trois barres de céréales. Tiens, c'est au chocolat et à l'abricot. J'espère que tu aimes...
- Merci Beaucoup, mais il ne faut pas vous donner tout ce mal pour moi...
- C'est rien voyons ! Nous aimerions faire plus tu sais. Mais ton oncle...
Harry hocha la tête silencieusement en avalant une grosse bouchée de la barre.
Vernon avait le bras long. La dernière personne à avoir voulu aider Harry, une enseignante du primaire, s'était retrouvée brutalement mutée dans le centre de la France et il en avait été de même avec tous ceux qui avaient tenté de faire pareil.
- C'est déjà beaucoup. Sans vous je serais mort de faim un nombre incalculable de fois.
L'homme soupira de nouveau, mais n'ajouta rien, se contentant de tendre une bouteille de jus d'orange à l'adolescent.
- Mange vite avant que ton horrible cousin n'arrive. Il n'a pas besoin de ça lui... En plus j'ai promis a Maria de venir la chercher rapidement : elle n'a qu'une patience limitée avec ta famille et surtout ta tante !
Le brun rit avant d'avaler d'un trait le jus de fruit et de rendre tous les emballages à Fred qui lui tendait la main : il ne fallait laisser aucune preuve sur laquelle les Dursley pourraient tomber.
- Merci beaucoup, monsieur Staine, vraiment...
- Harry... Combien de fois t'ai-je dit de m'appeler par mon prénom? Soupira-t-il.
- Oh, un bon millier de fois au moins ! répondit le lycéen avec un grand sourire. Et il faudra bien me le redire un bon millier de fois encore, je crois !
Le roux rit doucement avant de lui tapoter affectueusement l'épaule et de lui dire avec un grand sérieux:
- Tu es un bon garçon Harry. Ne laisse personne te convaincre du contraire... Il passa une main dans les cheveux du brun avant d'ajouter : Si j'avais pu donner un enfant à Maria, j'aurais aimé qu'il puisse te ressembler...
Il y eut un petit moment de silence entre eux avant que l'homme ne se reprenne et se mette debout pour crier d'une voix de fausset :
- Maria chérie ! On te demande au téléphone !
La seconde d'après vit apparaître une femme aux cheveux châtains bouclés partant dans tous les sens et aux yeux d'un bleu si clair qu'il en était presque transparent.
Un jour où Harry s'était interrogé sur la couleur particulière de son regard, elle lui avait simplement dit que la couleur de ses yeux avait disparu à force de pleurer.
C'est ce jour-là qu'il avait su que ses voisins si gentils et prévenants avec lui, n'auraient jamais la joie de pouvoir donner la vie...
- Fred, tu en as mis du temps ! Soupira-t-elle en embrassant tendrement Harry sur la joue droite après avoir vérifié les alentours. Cette pimbêche de Pétunia est insupportable ! Je ne sais pas comment tu fais Harry, tu es un Saint ! Elle se tourna vers son mari pour lui donner un coup sur l'épaule. Et puis toi, tu sais pertinemment que cette voix agace énormément Vernon !
- Je sais, et c'est pour ça que je le fais !
Le brun les écouta se chamailler alors qu'ils s'éloignaient du numéro quatre avant de reprendre son travail,se demandant un instant s'il devait se sentir triste à l'idée que les seules personnes qui lui manqueraient seraient ses voisins...
