Chapitre 3:
Quand le passé a été rude, le présent difficile et l'avenir incertain, à qui s'adresser?
Où tourner ses regards avec espoir, sinon vers le ciel?
Ce n'est qu'aux environs de dix-sept heures trente qu'ils posèrent enfin pied à terre, au plus grand soulagement de Draco qui poussait des gémissements pathétiques à chacun de ses mouvements.
Du coin de l'œil, il remarqua vaguement qu'ils étaient dans ce qui ressemblait à une cour en terre battue, entouré par trois bâtiments cubique en béton eux-mêmes entouré d'un grillage de plus de deux mètres de haut surmonté de barbelé.
Le lourd portail coulissant qui c'était refermer après le passage du véhicule s'ouvrais grâce à un code et avais, lui aussi, des piques dissuasif à son sommet.
- Ça va aller ? Fini par demander Harry, inquiet de la crispation douloureuse sur les traits délicats de son compagnon.
L'aristocrate poussa un nouveau soupir de douleur en faisant quelque pas avant de murmurer, les larmes au coin des yeux :
- Je ne sens plus mon postérieur...
- Oh, pauvre chaton ! Se moqua Sirius en posant une main sur son épaule pour le pousser gentiment vers l'avant. Aller, ce n'est pas que je n'aime pas vous entendre geindre sans raison, mais j'aimerais mieux qu'on ne traîne pas, l'infirmier est un homme très occupé ici.
- L'infirmier ?
- Oui, dès que des nouveaux arrivent ici, ils doivent passer une visite médicale. Comme ça au moindre souci, on a déjà toutes les infos. Au cas où...
- Au cas où quoi ?
- Eh, bien, vous savez, au cas où. Un accident est vite arrivé.
Personne n'ajouta quoi que ce soit pendant qu'ils pénétraient dans l'un de trois bâtiments austères qui leur faisait face, traversant un dédale de couloirs lugubre avant de s'arrêter devant une porte blanche dont la peinture avait connu des jours meilleurs.
Ils n'eurent pas à attendre longtemps avant qu'un homme brun et portant une robe de bure noire rapiécée en plusieurs endroits, n'arrive d'un pas tranquille.
Les cheveux poivre et sel ainsi que les quelques rides au coins des yeux, qui avait du être rieur jadis, donnais une grande douceur à son visage. Il inspirait la confiance au premier regard et le carré blanc de son col indiquant clairement sa condition conforta Draco dans l'idée qu'il pourrait trouver de l'aide près de cet homme si le besoin s'en faisait sentir.
- Bonjour mon Père... Le salue-t-il en inclinant respectueusement la tête.
L'homme le regarda d'un air réellement surpris avant de s'exclamer, un sourire ravi aux lèvres :
- Bonjour mon fils. Voilà bien longtemps que j'avais abandonné tout espoirs de voir un adolescent réellement croyant entre ces murs...
- Comment savez-vous que je suis croyant ?
- Il n'y a que les croyant qui m'appelle "Mon Père"...
- Le Père Rémus ici présent a fait des études de médecine avant d'entrée dans les ordres.
- Tu ventes des qualités que je n'ai pas Sirius, marmonna-t-il en entrant dans l'infirmerie, j'ai à peine fini ma première année. Veillez entrez jeunes gens...
Draco et Harry obéirent en silence et s'installèrent sur deux des nombreuse chaises en bois et en paille présente dans la pièce.
Elles étaient dures, inconfortables, en mauvais état et laissais des échardes dans les cuisses de Draco à travers son fin pantalon de lin.
Pendant plusieurs minutes, les adolescents n'eurent qu'à répondre à des questions formelles habituelles. Nom. Prénom. Date et lieu de naissance. Poids. Taille. Maladie chronique.
Une fois les premières page des dossier à leurs noms remplit des toutes ces informations, l'infirmier commença à les examiner plus en détail. Les oreilles, la gorge puis les fosses nasales et les plis des coudes.
- Enlever vos chaussures et vos chaussettes, s'il vous plaît.
- Il cherche des traces de piqûres, expliqua Sirius face à l'air surpris des deux adolescents.
- Mais on n'a pas l'air de junkies ! S'indigna Draco en enlevant ses socquettes immaculées.
- Vous seriez surpris de ce que j'ai vu passer dans cette infirmerie depuis qu'on m'a affecté ici... Répondit Remus de sa voix douce, en vérifiant entre tout leurs orteil.
Il remplit tranquillement les dernières lignes des dossiers en silence, avant de ce lever pour aller chercher de quoi faire une prise de sang. Les deux jeunes n'avaient pas l'air de lui mentir, mais il avait appris avec les années à faire plus confiance aux analyses qu'aux paroles.
- Parfait, s'exclama-t-il en collant un pansement dans le creux du bras du petit brun, pour Draco pas de problème, tout va bien. Par contre Harry, tu ne fais même pas quarante-trois kilos, c'est très peu. Il serait bon que tu te remplumes un peu, je ne voudrais pas que tu nous fasses des malaises sous l'effort...
- On va tacher de le surveiller de prêt, soupira Sirius en ce levant de sa chaise, histoire d'être sûr qu'il ne passe pas systématiquement aux toilettes après le repas...
- Quoi?! S'ecria Harry en comprenant ce que les adultes insinuaient. Mais je suis pas anorexique!
Le moustachu haussa les épaules d'un air peu concerné avant de se tourner vers son ami :
- Bon, Rémus, si tout est en ordre, on va devoir y aller ! Il faut que je les habille ces p'tits gars... On se voit ce soir au repas de toute manière.
L'homme d'église acquiesça en souriant tout en refermant la porte derrière eux.
- Je ne suis pas malade ! Répéta le brun en fusillant son camarde des yeux.
Ce dernier leva les mains devant lui en signe d'apaisement et le silence tomba entre les adolescents qui suivirent leur lieutenant jusqu'au sous-sol où étaient entassé tous les stocks de vêtements et de nourriture.
Une fois arriver à destination, Sirius attrapa un pantalon de treillis, un tee-shirt noir, une veste kaki et une paire de Ranger's.
- Tiens, dit-il en les lançant à Draco, enfile ça. Je pense que c'est ta taille. Tu peux changer les chaussures si ce n'est pas la bonne pointure.
Sans attendre une seconde de plus, il se retourna vers les armoires et sorti un nombre incalculable de vêtements, les dépliants les uns après les autres avant de les jeter dans un coin pour en chercher de nouveaux plus petits, créant ainsi un capharnaüm sans nom dans la petite pièce déjà bien encombré.
- Bon, soupira-t-il après dix bonnes minutes de recherche infructueuse, voilà tout ce que je peux te donner Harry. Le pantalon risque d'être un peu trop large a la taille alors prend une ceinture, dans le bac sur ta gauche. Elles sont à glissière, on n'aura donc pas besoin de faire des trous en plus...
Le jeune homme acquiesça sans entrain avant de se changer en se cachant, maladroitement, derrière un portant croulant sous les vestes de toutes tailles.
Une fois les deux adolescents en tenus, le moral du brun baissa encore d'un cran après avoir jeter un œil à son compatriote. Un observateur extérieur aurait pu croire qu'ils portaient chacun un uniforme différent tant le rendu était distinct : Draco le portait comme un mannequin, avec le tee-shirt près du corps et la veste lui tombant parfaitement sur les hanches, alors qu'Harry avait dû faire trois tours en bas de son pantalon ainsi qu'à ses manches pendant que son maillot de corps lui arrivait à mi-cuisses.
Sirius avait eu l'obligeance de ne faire aucune remarque, mais son sourire amusé en disait long sur sa pensée.
- C'est injuste que la nature donne tant à certains et si peu à d'autres... Soupira le brun en montant au troisième étage en direction des dortoirs.
Celui-ci se composait d'une seule pièce contenant trois lits superposé et un lit simple. Les trois fenêtres, seules sources de lumière - si l'on exceptait une ampoule nue qui pendait du plafond donnais sur la cour intérieure, ne s'ouvraient pas, était très hautes et agrémenter de barreaux.
Draco se demanda un instant si c'était pour empêcher les "locataires" de sauter ou pour les décourager de jeter leurs petits camarades en cas de discorde.
- Je vous explique un peu les choses. Ici, les "élèves" sont séparés en quatre équipes de six : ce sont vos compagnons de dortoirs. Chaque équipe est à la charge d'un lieutenant, pour celle-ci : moi, je suppose que vous avez compris. Comme je vous l'ai dit, ici, c'est intimité zéros ! Vous allez aux toilettes en équipe, vous aller vous doucher en équipe, vous vous entraîner en équipe, et je ne vous quitte pas d'une semelle: je mange avec vous, je dors avec vous et quand vous avez quartier libre, il y aura les surveillant dans la cours pour vous filer le train. Des questions ?
- Je suppose que les douches et les toilettes ne sont pas en cabines individuelles ? Demanda le jeune brun d'une voix étranglé, redoutant déjà la réponse.
Il regarda la tête du lieutenant partir de droite à gauche, avant de produire un étrange son étranglé ressemblant vaguement à un "je vais mourir…".
- Quel lit sont encore disponible ? Demanda Draco après quelques minutes d'un silence choqué.
- Les deux du bas, sur la gauche.
- ça aurait été trop beau qu'on puisse choisir, soupira le blond en posant son sac sur un matelas au hasard. Au moins, nous ne sommes pas à même le sol, on évitera peut-être de ce faire dévoré pas les rats au milieu de la nuit...
Sirius ne put empêcher un petit rire de franchir ses lèvres avant de reprendre :
- L'équipe une est diriger par le Lieutenant Severus Rogue, la deux par Argus Rusard, faites attention ce n'est vraiment pas un tendre, il a la main leste, et l'équipe trois ont Kingsley Shacklebolt. Vous aurez quatre heures de cours par jour avec une autre équipe et le capitaine Maugrey. Il est un peu bourru, mais ce n'est pas le mauvais bougre, il refuse de prendre sa retraite depuis des années.
Le moustachu attendit quelques minutes le temps que les enfants enregistrent bien avant de rajouter un peu plus bas :
- Le vrai problème, celui dont vous allez vraiment devoir vous méfier, c'est le General Jedusor. Il est vraiment... Mauvais. Je sais que je ne devrais pas dire ça vu que c'est mon supérieur, mais...
Tout en parlant, il s'était dirigé vers une des fenêtres et avait fait signe aux adolescents de s'approcher.
Ils grimpèrent sur un rebord du mur pour apercevoir la cour.
- C'est l'homme près du grillage là-bas, vous voyez ? Demanda-t-il en pointant l'homme du doigt. Il se charge du reste de votre équipe en ce moment.
Le militaire, habiller bien sur du treillis et de la veste réglementaire, hurlait des ordres à un groupe de quatre garçons soufflant comme des bœufs et ruisselant de sueur.
La première chose que Draco pensant, c'était que deux sur les quatre se ressemblais trop pour que ce soit un hasard.
Puis il vis le visage du général au moment où celui-ci tourna la tête et il ne put empêcher un cri de surprise de franchir ses lèvres : l'homme de guerre avait le visage entièrement défiguré. La peau, visiblement brûlée, semblait tendue à l'extrême et prêtait à craquer à chaque ordre aboyé. Du nez, quasiment inexistant, ne subsistais que les narines au milieu du visage presque entièrement lisser et les lèvres se confondait avec le reste de la chaire.
- Les pensionnaires d'ici l'appel Voldemort... Déclara Sirius. C'est lui qui chapeaute tout le camp. Tout le monde est sous ses ordres ici.
- Qu'est qui lui est arriver ? Murmura Harry en retenant un haut-le-cœur.
- Il s'en prit un cocktail Molotov en pleine figure lors d'un raid il y a plusieurs années... C'est dur à croire, mais il était plutôt bel homme avant, charismatique, même...
- C'est... Horrible...
- Et encore, son physique n'est rien comparé à son comportement, chuchota le moustachu en retenant un frisson.
Il se tourna vers ses deux pensionnaires avant de prendre Harry par les épaules pour planter son regard dans le sien :
- Il faudra que tu sois très prudent Harry, très prudent et très fort aussi. Il va t'en faire voir de toute sorte, sois en sur... Fait profil bas et évite le le plus possible.
- Pourquoi moi plus qu'un autre ?
- Disons qu'il y a une forte, très forte, probabilité que tu deviennes sa "tête du turc" comme on dit. Le Général a une vision très moyenâgeuse du monde, pour lui, c'est simple : un homme doit être musclé et fort, autant physiquement que psychologiquement. S'il peut être grand, c'est encore mieux. Je suis désolé de te dire ça gamin, mais...
- Je ne cadre pas vraiment avec son idéal masculin, c'est ça ? Soupira le brun, décourager.
- Il risque de pas trop t'avoir à la bonne... Mais quoi qu'il arrive, ne dit rien, garde la tête baisser et fait toi discret ! Sinon, tu seras bon pour le trou pendant des semaines. Ou pire : l'étouffoir pendant des jours.
- L'étouffoir ? Demanda Draco. Qu'es que c'est ?
- Qu'est que c'est ? Oh, et bien je te souhaite de ne jamais le savoir mon grand ! Le moustachu attrapa une chaise pour la glisser entre ses cuisses, posant son menton contre le dossier avant de reprendre en regardant bien les enfants dans les yeux. Pour faire un étouffoir digne de ce nom, rien de plus simple : prenez un cercueil, mettez-le debout et remplacer tout le revêtement intérieur par des pics acéré. Pour finir, percez quelques petits trous sur le couvercle, juste au niveau de la bouche à peu près, pour que l'aire puisse passer, mais pas la lumière et vous avez... La pire punition qui puisse exister. Création made in Jedusor.
Le jeune aristocrate blanchit tellement que ses deux comparses cru bien qu'il allait s'évanouir. Ou vomir. Voir même les deux.
Ne voulant risquer aucune de ces deux options, Harry l'aida à s'asseoir sur un lit, puis lui caressa le dos pour l'aider à respirer.
- Une journée la dedans, c'est rester debout de cinq heures du matin à dix-neuf heures le soir. Une seule pause de dix minutes à midi pour manger un repas plus que frugale et aller aux toilettes, si tu as réussi à te retenir jusqu'à là bien sûr... Si malheureusement ce n'est pas le cas, tu devras garder tes vêtements souillés jusqu'au soir. Impossible de s'assoupir, même quelques secondes, car sinon tu te blesse contre les clou. Impossible de s'asseoir, car de toute manière, il n'y a pas la place de ne serais-ce que plier les genoux. Une journée la dedans, c'est attendre, dans le noir le plus total et les bras le long du corps, qu'on daigne venir vous libérer.
- Oh seigneur... Soupira Draco de plus en plus pale.
- Il y a ça aussi, tu fais bien d'en parler ! S'exclama l'homme de guerre. S'il y a encore une chose que vous devez savoir, c'est que le général est très croyant. C'est très paradoxal quand on sait ce dont il est capable, mais ça le définit bien. C'est lui qui a fait bâtir la chapelle derrière le bâtiment. C'est aussi lui qui a demandé à l'église de lui envoyer un prêtre. Ne blasphémez pas devant lui et ne vous avisez pas de louper la messe le dimanche matin, ou je ne donne pas cher de votre peau...
- Oh ça, ça ne changera pas de la maison... Soupira le blond.
- Je n'ai jamais été a l'église, paniqua Harry. Mon oncle, ma tante et mon cousin y vont toutes les semaines pour se faire bien voir des voisins, mais ils ne m'ont jamais emmené. Je ne serais pas comment me comporter !
- Tu auras qu'a... Faire comme moi... Proposa le blond après quelques instants de silence. Et te contenter de remuer les lèvres pendant les chants jusqu'à ce que tu les apprennes. Ça vient assez vite, normalement...
- J'espère que ça suffira, soupira le militaire. En attendant faites vos lits. Et au carré si vous ne voulez pas d'ennui.
