Bonne lecture!
Obi-Wan marchait tranquillement dans les rues bondées de Coruscant, s'efforçant de relâcher dans la Force la joie qui menaçait de le faire sourire. Qui-Gon l'avait envoyé visiter la famille Jettster, des besalisks qui tenaient un restaurant dans le district du commerce et vouaient une admiration sans bornes aux Jedis depuis que l'un d'eux avait défendu un arrière-arrière-grand-oncle (apparemment, les besalisks avaient un incroyable esprit de famille) contre des pirates spatiaux. En remerciement, la famille Jettster avaient adopté la tradition d'envoyer au Temple, une fois par mois, une grande quantité de leurs meilleurs plats. Les Jedis étant payés par le gouvernement et ne manquant de rien, la plupart de ces plats étaient soigneusement redistribués à des familles en difficulté un peu partout sur la planète; mais les Jedis avaient à coeur d'envoyer régulièrement l'un des leurs remercier les besalisks et conserver l'amitié avec eux. Jusqu'ici, c'était Qui-Gon qui s'en était chargé, parfois accompagné de son padawan; mais aujourd'hui, il l'avait envoyé seul.
« Tu commences à bien les connaître, avait-il dit à Obi-Wan. A toi de te faire ta place auprès d'eux. Et ils t'aideront à te rappeler ce que vivent ceux qui ne perçoivent pas la Force. »
Malgré l'absence de son maître, qui généralement menait la conversation lors de leurs visites, Obi-Wan s'était senti très à l'aise avec la généreuse famille. Les parents lui avaient tout de suite offert un magnifique cocktail sans alcool. « Papa l'avait inventé spécialement pour les Jedis », avait fièrement déclaré le patron, tandis que sa femme s'efforçait de contenir l'enthousiasme de ses cinq enfants, toujours avides de connaître les voyages des Jedis qui venaient les visiter. Obi-Wan avait répondu sans se lasser, amusé devant la curiosité de ces jeunes. En particulier, Dex, le cadet, semblait ne jamais être à court de questions. Il avait une culture très étendue pour son âge, et avait toujours un livre à la main (et une pâtisserie dans l'autre, sa deuxième passion).
Le souhait de Qui-Gon s'était réalisé : comme à chaque fois qu'il venait visiter la famille Jettster, Obi-Wan prenait davantage conscience de ce qu'était une vie sans la Force. Ces gens ne pouvaient se fier qu'à leurs sens, et ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Le jeune homme comprenait pourquoi la compassion avait une place aussi importante pour les Jedis: un être sensible à la Force, mais avec de mauvaises intentions, pouvait facilement considérer les autres comme inférieurs à lui, les mépriser et les soumettre à sa volonté.
C'était à cela qu'Obi-Wan méditait en remontant la grande avenue qui venait au Temple, en plus d'essayer de contenir sa satisfaction d'avoir passé un bon moment avec des… personnes agréables (le jeune homme se hâta de faire disparaître le mot « amis » de son esprit). Cependant, ses longues années de travail lui permettaient de rester, sans aucun effort, parfaitement attentifs aux variations de la Force autour de lui. Il percevait les nombreuses personnes autour de lui, avec parfois un éclair de curiosité ou même de gratitude quand il était repéré dans la foule. A deux reprises, il s'inclina devant un togruta et un twi'lek qui lui manifestaient leur respect à la manière de leur peuple.
« Les gens nous considèrent souvent comme des êtres à part, lui avait dit Qui-Gon lors de ses premières années de formation. Mais, même si notre sensibilité à la Force nous séparent effectivement d'eux, nous ne devons pas oublier que nous sommes faits de chair et de sang, comme eux. »
Obi-Wan se demandait souvent ce qu'il serait devenu sans les midi-chloriens présents dans chacune de ses cellules, et cela nourrissait son empathie envers les non-sensibles à la Force.
Il était presque arrivé au Temple quand il perçut un avertissement dans la Force. Il ralentit son pas et son regard balaya la foule bigarrée qui l'entourait. Il repéra un humanoïde à la peau bleue et aux yeux mordorés, dont il ignorait l'espère, qui irradiait de malveillance; puis un deuxième, un troisième, encore loin mais qui formaient un cercle autour de lui.
Il perçut trop tard la menace qui apparut derrière lui. Une vive douleur très fine, comme une piqûre, le frappa derrière l'épaule. Il lui sembla que le monde s'obscurcissait tandis qu'il essayait vainement de faire appel à la Force. Coupée d'elle, il se sentait brutalement amputé, aveugle et sourd, et il fut saisi de vertige. Il porta la main à son sabre laser, mais déjà ses ennemis étaient sur lui. Une autre piqûre, cette fois-ci dans le cou, le fit sombrer dans l'obscurité tandis que des mains se saisissaient de lui.
