Il gisait sur le flanc, adossé à un tronc d'arbre, au milieu des buissons qui le recouvraient à moitié. Il ne percevait aucune autre présence autour de lui… ah, si: quelque part sur sa droite, une présence floue dans la Force. Beaver.
Il tenta de se redresser, et se laissa retomber avec un grognement quand une violente douleur lui laboura le côté. Par réflexe, il relâcha la douleur dans la Force…ou essaya, en tout cas, car il n'y parvint presque pas.
S'efforçant d'ignorer l'inquiétude qui montait en lui, il contraignit son esprit brouillé à réfléchir. Le soir tombait, et il ne lui restait plus beaucoup de temps avant que le rayonnement de la planète ne l'empêche de communiquer avec ses hommes. C'était le plus urgent -plus encore que de rejoindre Beaver.
A tâtons, il porta la main à sa ceinture et trouva son communicateur. Il sentait ses forces décroître rapidement, et se contenta d'activer le signal de détresse. Puis son attention se tourna vers Beaver.
Il fit appel à la Force, mais le surcroît d'énergie qu'il obtint se dissipa presque aussitôt. Il comprit d'un coup, et se mit à ramper fébrilement: c'était les plantes qui, de même qu'elles se nourrissaient de la terre qui les portait, absorbaient la Force à leur portée.
Quand il se fut enfin dégagé, hors d'haleine et couvert de sueur, sa relation avec la Force avait cessé de diminuer. Il prit un instant pour évaluer son état. Hormis des écorchures un peu partout, une longue plaie traversait sa poitrine et la moitié de son abdomen, et saignait lentement. Sans ses pleines facultés d'accéder à la Force, le Kel-Dor était incapable de savoir plus précisément la gravité de ses blessures, ni de pouvoir les guérir.
Il releva la tête. Dans la lumière mourante, il distinguait la silhouette de son vaisseau, d'où s'échappait une fumée plus noire que les ténèbres. Il s'était écrasé juste à côté de celui de Beaver. Si Plo-Koon avait voulu atterrir pour lui porter secours, il n'aurait pas choisi un meilleur endroit. Il remercia silencieusement la Force, puis se leva péniblement et tituba vers le clone.
Beaver était étendu sur le dos, à quelques mètres de son appareil. Plo-Koon le percevait à peine dans la Force, mais il n'en avait pas besoin: la flaque sombre qui s'étendait lentement sous le clone était suffisamment parlante.
Le Kel-Dor ne gaspilla pas ses faibles capacités de guérison. Il s'agenouilla maladroitement à côté de Beaver, posa une main sur son front et lui envoya des ondes de paix et de réconfort. Même s'il avait disposé de toute sa puissance, plus rien ne pouvait sauver le clone.
Celui-ci remua et ouvrit péniblement les yeux. Il parvint à esquisser un sourire en reconnaissant son général. Il bougea les lèvres, mais sa respiration laborieuse l'empêcha de parler. Plo-Koon ferma les yeux et se concentra, lisant directement dans l'esprit de Beaver.
Rien ne l'avait préparé à ce qu'il perçut au milieu de la douleur et de la confusion.
Buir. Merci.
Puis ce fut tout.
Plo-Koon fut pris de vertiges, incapable de gérer les émotions qui tourbillonnaient brusquement en lui. Ce n'était pas la première fois qu'il perdait un homme, mais cela ne rendait pas les choses plus faciles. Et cette affection mêlée de reconnaissance qu'il avait sentie… Qu'avait-il fait pour la mériter? Avait-il eu un comportement trop amical envers Beaver? Et les autres membres du Wolfpack avaient-ils la même vision des choses?
Avec effort, il repoussa ces questions sans réponse. Il lui fallait faire ce qu'il devait à l'instant présent. Beaver méritait l'adieu traditionnel de ses frères, que ceux-ci ne seraient peut-être pas en mesure de lui donner.
Le Kel-Dor se recueillit de son mieux dans la Force, où la présence de Beaver venait de se fondre, avant de fermer les yeux du clone d'une main tremblante. Puis il se pencha en avant. Son front se posa sur celui de Beaver.
« Repose en paix… »
Il hésita.
« …Beaver. »
Il se redressa, étrangement calme, comme si un vide s'était fait en lui. La nuit était si noire qu'il ne distinguait presque plus les arbres autour de lui. La douleur sourde de son côté le guida vers ce qu'il devait faire à présent. Presque à contrecoeur, il s'assit le moins inconfortablement possible et ferma les yeux. Si son lien avec la Force avait cessé de diminuer, il était bien loin d'avoir retrouvé sa puissance initiale. La Force n'était plus qu'une faible lueur, comme une bougie qui brillait à grande distance. Avant de faire appel à son énergie guérissante, Plo-Koon étendit sa conscience autour de lui: savoir que le Wolfpack avait reçu son signal le réconforterait.
Effectivement, il perçut des présences s'approcher; mais il se leva en chancelant et saisit son sabre laser. Bientôt, le pas cadencé de droïdes résonna dans la forêt.
