NDA 28/05/23 : Bonjour à tous, j'espère ne pas vous avoir fait attendre trop longtemps? Voici un chapitre un peu plus court, mais aussi plus doux. Noël les enfants! Même si nous sommes plus proches de la fête de la musique de notre coté, ça restera légèrement dans le thème.
Merci à Kuro no kage pour la review, j'espère que ce chapitre te permettra de te faire une meilleure idée des liens de l'ancienne Sacha, et des nouveaux que cette dernière créé.
Une bonne lecture à tous!
Chapitre 15 : La musique adoucit les mœurs
Il neige.
Ces éclats blancs que le ciel pleure viennent s'échouer sur l'étrange parc saisit par le temps. Les jonquilles et tulipes dans les parterres de fleurs se recouvrent d'une fine couche opaline. Le reste du ciel est pourtant sombre, comme si, ni le soleil ni la lune, n'avaient voulu en sortir.
Et alors qu'elle avançait, qu'elle s'attendait à ce que ses pas fassent craquer les cristaux blancs, il n'y avait pourtant que le silence. Et la silhouette s'avance encore, jusqu'au centre du parc, où se tient un kiosque de pierre bordé de lierre et de jasmin odorant. L'estrade est vide, marbré et couverte de pétale blanc, en accord avec les flocons, cet espace leur est réservé.
Mais le pied nu qui se pose sur la pierre vient mettre fin au silence.
Et les premières notes d'un piano se font insidieuses en retentissant. Les noces funèbres. Le duo se joue, bien que seul, et la partie d'Emily est vide, chaque passage de Victor devient plus triste, cassé, les notes se faussent. Il cesse de neiger, et doucement, comme la nuit se pose en un voile obscur, tout explosa.
Dans un silence terrible…
Je me relevais violement, roulant hors du lit et percutant la table de chevet dans un grognement. Je jure à plusieurs reprises, me tenant la tête, à la fois parce que je me suis cognée, mais aussi à cause de ce que je viens de voir dans mon sommeil. Je ne retiens pas mes visions, pas toutes, mais celle-là est… Macabre.
Un silence pareil, et cette musique, encore. Encore et toujours les noces funèbres. C'est assez horrible, parce que j'associe ce morceau à Meleth nin, et là, après ce couloir sombre, et cette voix qui fredonne, voilà un piano qui précède une explosion mortelle. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Les noces funèbres sont la seule chose en commun avec l'autre.
Me passant les mains dans les cheveux, je finis par me relever, tanguant légèrement sur la gauche, pour finalement me rasseoir sur le bord du lit. J'ai mal à la tête.
« Joyeux Noël, Miss O'Nigay. » Entendis-je derrière la porte. Ah. Ok.
« Bon Noël à vous aussi » Répondis-je sans conviction.
Je crois que je peux remercier le tournoi des trois sorciers cependant, ça m'évite de fêter Noël avec la fausse famille. Ça m'aurait rendu malade à mon avis, de devoir encore plus faire semblant.
« Vous avez de nombreux présents sous le sapin de l'infirmerie, vous savez ? » Je frissonnais.
« D'accord. » Je n'ose pas dire que je m'en fous, c'est dangereux avec elle. Pourtant, diable, ce que j'ai envie de tout brûler.
J'espère juste que Luna a bien reçu le ruban de Vénus. On verra bien au petit déjeuner, remarque. Je suis allée faire un brin de toilette, puis j'ai revêtu l'uniforme pourri de l'école, avant de quitter la chambre. J'ai hésité un moment, puisque prendre la baguette de l'ancienne Sacha ne sert à rien, puis je me suis dit que si je ne le faisais pas, j'allais subir de nouvelles remarques. Alors je m'en suis servie de pic à cheveux. Mon chignon est… Particulier, mais il tient à merveille. Même si un peu moche. Faut dire que la baguette de Sacha est en bois de frêne, avec un cheveu de vélane, assez banale, torsadée sur le haut, et recourbée. Mais ça tient bien les cheveux, au moins. Ça change des pics que j'avais, qui bien que très jolis, tenaient uniquement par l'opération du saint esprit.
Je me suis approchée du sapin de l'infirmerie, il n'y a que moi en patiente constante, alors, je suis tranquille pour découvrir les horreurs que j'ai reçu. De très nombreux paquets, que j'ai ouvert par doute. Il y a peut-être des choses utiles.
J'ai donc reçu de nombreuses robes que je ne mettrais jamais, ainsi qu'une tenue pour le bal, qui me semble encore pire que si j'avais voulu porter une meringue rose. Des bottes à boucles et sangles, du maquillage, énormément. J'identifiais tous les paquets en provenance de la fausse famille, ils avaient toujours un papier stylisé, avec des motifs sorciers so chics. J'ai au final, renoncé, et poussé tout ça dans un coin. Je les donnerai aux elfes de maison, ça leur fera du matériel.
Il reste donc quatre paquets inconnus. Enfin, trois inconnus. Le petit, là, jaune, avec des radis et des fleurs, je n'ai pas trop de doute sur sa provenance. M'en saisissant, je l'ouvrais délicatement, avant de découvrir un très joli carnet à dessin, en cuir relié, et serti d'une pierre de lune sur le dessus. Prenant le petit mot qui l'accompagne, j'eu un léger sourire à la lecture.
« Comme ça, tu pourras dessiner toutes les histoires que tu as en tête, et me les montrer ! Joyeux Noël, Luna. »
C'est bien elle. Il est très beau, son carnet, vraiment. Je dépose ce dernier sur mes genoux, feuilletant brièvement les feuillets parfumés de fleurs séchées, avant de ramasser un autre paquet. Ça semblait être du vieux papier journal enrubanné, et tout mou à l'intérieur. J'en sorti deux énormes paires de chaussettes épaisses, avec de la fourrure à l'intérieur, pour bien tenir chaud. L'ensemble était aussi carmin qu'il était possible de faire, et il y avait des petites patounes de chats en guise de pompons sur les côtés.
Je suis plus que certaine que ça vient d'Argus. Fouillant dans le paquet, je finis par sortir une petite lettre, roulée dans une chaussette. C'est ça ! C'est lui. Pour que lors de mes prochaines sorties nocturnes involontaires, je ne puisse pas avoir froid. Et rouge, en cas d'accident. Il est adorable, sous ses airs de maniaques haïssant les enfants.
Dommage que je sois déjà en chaussures, parce qu'elles ont l'air affreusement douce et confortable, ces chanssoufles. Oui. C'est un mot inventé, mais je m'en fiche, c'est comme ça que je vois ces énormes chaussettes.
Je récupérais l'avant dernier paquet, rouge, et tirais sur le ruban doré. Ça semblait être un carnet, ça aussi, mais plus fin et plus grand. Je ne sais pas qui peut avoir pensé à la même chose que Luna, cependant, il n'y a qu'elle qui sait que je dessine. Mais en tirant le papier brillant, j'ai avisé le fameux carnet supposé.
La sonate au clair de Lune.
Ce n'est pas un carnet, c'est une partition. Un livret, plus précisément, assez vieux, d'ailleurs, mais très bien conservé. J'effleurais du bout des doigts la gravure faite dans le cuir du titre. J'ignore si c'est un choix volontaire, que ce soit exactement ce morceau précis… Mais Fred Weasley est vraiment un sorcier à part. Et je m'en veux de l'avoir remballé comme un malpropre, maintenant. Il est attentif, bien plus que décrit dans les livres, au final.
Plus que ce à quoi je m'attendais.
Même si je compte toujours me barrer d'ici, je ne peux pas non plus rester aussi dégueulasse avec quelqu'un qui réalise mes caprices même quand je me fous de sa gueule. Je vais devoir faire ce que je déteste le plus au monde. Demander pardon. Sans paniquer.
Demander pardon, c'est accepter qu'on apprécie la personne et qu'on regrette de lui avoir fait du mal. Or, accepter que j'apprécie Weasley est un problème. Je ne peux pas rester dans ce monde, quelle que soit la raison pour laquelle je suis arrivée. Je ne suis pas une adolescente, et encore moins celle qu'on décrit dans les bouquins. Déjà, Luna et Rusard, ce n'était pas prévu. Et si, maintenant, la première a moins d'ennuis, ça pourrait influer sur sa vie future.
Et je la mets peut-être dans la merde.
Il faut vraiment que je trouve le moyen de partir d'ici au plus vite. Me faire émanciper, m'enfuir, n'importe quoi.
Je pose les yeux sur le dernier paquet, plus petit que tous les autres, et de la forme d'un écrin rectangulaire. Instinctivement, je regarde la pierre de lune à mon annulaire. Est-ce que ce serait… ? Non. Il n'aime pas Noël. Il n'a jamais aimé la fin de l'année, trop de mauvais souvenirs. Hésitante, je viens détacher le ruban du paquet, puis déplie ce dernier.
C'est bel et bien un écrin à bijou, reste à savoir ce qu'il cache, désormais.
Inspirant longuement, j'ouvris avec lenteur le fermoir, et découvrais l'intérieur de la boite. Un pic à cheveux… en argent. Il est légèrement torsadé, tout en étant plat et gravé de symboles que je n'arrive pas à reconnaître mais qui ressemblent à des runes druidiques. En son sommet, il part comme des branches de chêne, ou bien, les bois d'un cerf, retenant un croissant de lune en son cœur. Je ne sais même pas quelle matière c'est… Pas de l'argent, ni de la pierre de lune. Mais c'est une pierre polie qui scintille énormément. Et il y a plusieurs petites perles d'or qui dansent ensuite juste en dessous.
Je ne sais pas de qui ça vient. Peut-être Poupette ? Ce bijou est clairement de style chinois, comme les coiffes que j'aime, mais dans ce monde, personne ne sait que j'aime ça. Je ne suis même pas sûre d'en avoir un jour parlé à Meleth nin. Et plus encore, cette parure… Est définitivement assortie à la robe que je me suis faites. Ce qui rend la présence du bijou effrayante.
Je ne sais pas trop ce que je dois en faire, à présent. J'hésite. Meleth Nin n'aurait pas envoyé ce genre de chose. Ou bien l'aurait-il fait ? Je n'en sais rien. Je fini par remettre le pic à cheveux décoré dans son écrin, et glisse la boite dans mon sac, avec le carnet de Luna et le livret de musique. Mon ventre gargouilla un peu, alors que je me redressais.
Il fallait que je réfléchisse sur le long terme. J'ai des tonnes de cadeaux dégueu, que je n'utiliserai jamais, sauf les bonbons, ça, je compte les distribuer… Mais… le reste, j'en fais quoi ? Je le laisse aux autres ? Je ne peux pas non plus faire ça, les gens se posent trop de questions. Cependant, si j'arrive à me barrer d'ici, je vais me retrouver à faire la manche dans la rue, donc j'aurais besoin d'argent, et on ne m'en fournira pas gracieusement.
Fourrant les divers paquets de dragées, fondants du chaudron et chocogrenouilles dans mon sac, avec le reste, je fermais les yeux une seconde. Il faut que je revende tout ça, un peu moins cher que le prix de base, histoire que ça parte assez vite tout de même. Oui. Bonne idée. Il faut juste que je me renseigne sur les prix originaux. Haha. Il va falloir que je demande à quelqu'un d'autre, pour ça, à moins que Luna y parvienne ? Vu que son père dirige un magazine…
Quittant l'infirmerie avec mon surveillant du jour, Thimothey Fawley, préfet de Poufsouffle, je restais silencieuse tout au long du trajet, alors qu'il me déposait finalement devant ma table, une fois dans la grande salle. Sans un mot. Oui, je ne suis pas assez digne pour qu'on m'adresse la parole. Ou alors je suis trop dangereuse. Allez savoir.
Luna était déjà assise à la table, vêtue de son uniforme et d'un grand pull jaune. Mais le plus beau, c'était sa coiffure. La chevelure blonde avait désormais deux tresses qui partaient sur les côtés pour retenir l'ensemble, nouée par un ravissant nœud rouge à l'arrière de sa tête. Il dépassait légèrement. Comme Venus.
« Joyeux Noël, Luna. » Dis-je, me sentant soudainement bizarre. J'avais oublié, pendant ces derniers mois, ce que ça faisait que d'être appréciée, et de voir les présents qu'on offre, être aimés aussi. Même si elle me l'avait montré depuis mon craquage, fin novembre, là… C'était une vraie preuve. Elle rayonne, avec.
« Joyeux Noël, Sacha ! » Et naturellement, elle commença à servir deux bols de chocolats chauds.
« Merci… Je n'ai pas super faim, mais un chocolat ne fera pas de mal. » Elle me sourit, avant de pousser lentement le bol vers moi, avec une part de pain d'épice.
Je n'aime toujours pas ça, mais présentement, je suis prête à faire un effort. Embrassant la grande salle du regard, j'ignorais volontairement le duo de pétasse, à l'autre bout de notre table, pour regarder les professeurs. McGonagall a l'air en colère, je ne sais pas pourquoi. Finalement, je croise le regard d'Argus, qui me fait un petit sourire en poussant Miss-Teigne à agiter sa patte.
« C'est un très beau manteau, que tu lui as offert. »
« Quoi ? » Demandais-je, en revenant vers Luna.
« Le manteau fourré que tu as offert à Rusard, brun et bleu. Il est très beau. »
« Comment tu sais que… Non. Je n'ai rien dit. Evidemment, que tu le sais. »
« C'est assorti au ruban de son chat, et il ressemble un peu au mien. » Ouais, je vois, je me suis grillée.
« J'ai utilisé le modèle de Miss-Teigne pour coudre le tien, je n'avais pas de patron… » admit-je.
Je pris une gorgée de chocolat chaud, et soupirais d'aise. Ce truc fait quand même beaucoup de bien. Pas besoin de morphine ou de fumer, le chocolat c'est la pire des drogues. Je relevais la tête pour croiser le regard rêveur de Luna. Elle a beau avoir cet air toujours ailleurs, il était assez facile de voir quand elle désirait parler.
« Tu comptes la mettre ce soir ?» Bingo. J'avais raison.
« La mettre, ma robe ? » Elle hocha lentement la tête avant de mordre dans du pain d'épice.
« Oui. Elle est terminée, après tout… »
« Et bien… Dans un sens, j'ai obligation d'aller au bal, puisque Pomfresh ne veut pas me laisser seule et que personne ne pourra me garder à l'infirmerie. Mais… Boarf… De toutes façons, sans cavalier, je ne vais pas danser, donc pas l'abîmer non plus. »
« Tu es sûr que tu n'auras pas de cavalier ? » À nouveau, j'ai cette sensation qu'elle sait quelque chose, et moi pas.
« Et bien… Quasiment sûre, oui… Je ne vois pas trop qui voudrait m'inviter, dans les faits. »
Nous discutâmes un moment des probabilités comme quoi un imbécile finirait par m'inviter en me confondant avec une princesse issue d'un conte de fée, puis de la neige au dehors. Je lui ai expliqué d'ailleurs qu'avant ce jour, je n'en avais jamais vu autant. Du moins, ne m'en souvenais pas. Et ça la fit sourire. Elle m'annonça ensuite qu'on pourrait aller faire un petit tour dehors pour construire des bonhommes de neige. J'étais terriblement tentée.
Fouillant dans mon sac pour voir si j'avais une écharpe dedans, histoire de ne pas avoir à retourner à l'infirmerie pour prendre des affaires, je remarquais de nouveau les jumeaux Weasley, dans mon dos. Ils discutaient, entourant leur ami Lee Jordan, et faisant face à un groupe de bulgares, tentant de leur expliquer le fonctionnement d'un produit que je ne connaissais pas. Une invention de leur part, sûrement.
Avisant le petit paquet de chocolats enrubannés dans le sac, je relevais une fois de plus la tête vers les jumeaux. Bon.
« Tu devrais lui donner. » Je me crispais. Sérieusement, cette fille ne peut pas juste être mentaliste, si ?
« Laisse à mon cœur le temps de se préparer à la terreur que mon mouvement va provoquer, tu veux ? »
« Je suis sûre qu'il sera content, moi. Il est gentil…»
« Est-ce qu'au moins, tu sais de qui on parle, Luna ? »
« Bien sûr ! » Je haussais un sourcil. « De Fred Weasley, qui t'a offert le livret de la sonate au clair de lune. » J'ai stoppé tout mouvement à cette réponse, ô combien juste.
« Luna ? Est-ce que tu as quelque chose à voir là-dedans ? » La fillette secoua la tête de gauche à droite.
« Je l'ai vu passer à l'infirmerie plusieurs fois pour essayer de te donner quelque chose, mais il n'arrêtait pas de renoncer. Alors je lui ai demandé ce que c'était. Il a fini par me le dire, et je lui ai soufflé de te l'envoyer pour Noël, comme ça il serait moins gêné. » J'ouvris la bouche pour dire quelque chose, avant de soupirer.
« Tu es terrible. Adorable, mais terrible. » Elle m'offrit en guise de réponse un immense sourire rêveur, avant de faire un signe de tête pour montrer la table derrière moi. Foutue Serdaigle.
J'échappais un long soupir. Si j'y allais normalement, en me présentant, on allait me lancer des regards terribles. Et si je lui demandais de venir discuter avec moi, ça allait être la même chose, sauf qu'en plus, on allait subir des railleries monstrueuses. De nouveau, je soufflais. Aller. J'ai déjà fait ça au Collège et au lycée, je peux le refaire.
Me saisissant du petit paquet, je quittais mon banc, et me rendit jusqu'à la table des Gryffondors d'un pas vif. Sans m'annoncer, je me penchais sur Fred, posant devant lui les chocolats et m'appuyant sur son épaule de la main droite avant d'embrasser sa joue tout en douceur.
« Un joyeux Noël à toi aussi… Et Merci… J'essaierai de trouver quelque chose qui soit à hauteur de ton présent. » Murmurais-je à son oreille sous les bouilles perplexes de ses camarades, et celle, apparemment inquiète, de son jumeau.
Je me suis ensuite écartée, j'ai récupéré mes affaires à table, alors que Luna se mettait en route de son coté, et que je la suivais. Tant pis si à présent, j'entendais mon nom sur toutes les bouches. Je ne m'étais pas vraiment excusée, mais je lui avais fait comprendre que ça me touchait quand même.
La sonate au clair de lune. Il ne le sait pas, mais non seulement, c'est mon morceau préféré de Beethoven, mais c'est surtout quelque chose qui me rapproche de Meleth nin. Mon unique morceau au piano. Le seul que j'ai toujours essayé de jouer, malgré mes difficultés.
Nous passâmes la fin de matinée à faire un bonhomme de neige sans magie. Il ne ressemblait pas à grand-chose, comparé aux superbes spécimens façonnés par les filles de Beauxbatons, mais le nôtre était mieux. Le fait est qu'il ressemblait terriblement à Olaf. Avec sa carotte – demandée à Nora – en guise de nez. La tête anguleuse, les bras fait de brindilles un peu cassées.
« Ce bonhomme de neige aime l'été. » Annonçais-je.
« Ah bon, tu penses ? » Demanda Luna en me fixant. « Dans ce cas, il va avoir froid comme ça, on devrait lui trouver une écharpe. » Je secouais la tête, amusée.
« Non, pas besoin d'écharpe. Olaf aime juste l'été à cause des fleurs. Même s'il est allergique au pollen. » Les yeux de la Serdaigle s'illuminèrent.
« Ça, c'est une histoire ! » Je souris, l'innocence de Luna me faisait du bien, malgré moi. Même si je ne pouvais pas voir ni sentir Meleth nin. Même si j'étais piégée dans ce monde. Un peu de douceur, cette douceur, me faisait du bien. Je n'étais plus flammèche. Juste Sacha. Mais quand même.
« Evidemment. Il y a très longtemps, au royaume d'Arendell, vivaient trois princesses. Ingrid, l'ainée, avait douze ans, Helga, la seconde, en avait 9, et Gerda, la cadette, 6. » Je pouvais sentir sur moi les regards moqueurs des personnes qui passaient à côté de nous. Mais je m'en fichais.
Qui plus est, j'étais une puriste. Je ne pouvais pas raconter l'histoire de la reine des neiges, sans commencer par le conflit qui naquit entre les trois sœurs d'abord, forçant Ingrid à s'exiler dans les montagnes de Laponie, où elle attendrait le jour béni où un homme l'aimerait malgré ses pouvoirs. Puis la folie issue de sa solitude, la forçant à lancer le sortilège des milles éclats, donné par le diable, pour ensorceler tous ceux susceptibles de l'aimer.
Ce qui amenait ensuite Kai à s'en aller pour la Laponie à son tour, rendu fou, avec Gerda sur ses pas pour récupérer le garçon dont elle était éperdument amoureuse. Luna suivait avec avidité chacun de mes récits, et je ne pouvais m'empêcher d'y mêler, bien sûr, quelques airs inconnus de tous, sauf de moi.
oOoOoOo
Après un déjeuner succulent, quoique bien trop garni pour mon pauvre estomac. Nous avons eu la surprise d'être invitée à participer à la fameuse bataille de boule de neige des Weasley. Non, aucun garçon ne nous a invité, c'est Ginny qui l'a fait. Sous les yeux furieux de George. Mais en réponse à ça, la rouquine s'était contentée de hausser les épaules.
Dehors, dans ce côté-ci du parc, la neige était intacte, hormis les profonds sillons rappelant les va et vient des élèves étrangers à Poudlard, qui revenaient vers le château pour les repas.
« Bon, on va faire deux équipes, Fred, avec moi et… » Ginny le coupa, poing sur les hanches, ce qui était ridicule, avec son énorme pull vert à manche blanche, et le bonnet de noël sur la tête.
« Même pas en rêve. Vous vous séparez, Fred et toi. Ensembles vous êtes imbattable, et c'est hors de question ! »
Instantanément, George m'a choisi sous les yeux ahuris de nos camarades. Bientôt, l'équipe des Fondants gelés, composés de George, Harry, Luna et moi, fit face à celle des lions de glaces, menée par Ron, Fred et Ginny. Hermione refusa de jouer, tout simplement, et se posa sur un banc après avoir ensorcelé un feu dans un bocal. Je devais bien reconnaître que c'était amusant de voir la petite flamme bleue danser sous le verre. Même si j'avais peur que ce soit dangereux.
Stupide.
Je réfléchis trop, preuve, je viens de me prendre une boule de neige en pleine figure, parce que pendant que je regardais ce bocal - avec l'envie d'en avoir un pour mes mains, qui, même gantées, sont gelées – de la part de l'équipe adverse. Pendant que mes camarades, eux, sont cachés derrière une superbe barricade blanche. Me jetant de l'autre côté avec eux pour esquiver la nouvelle salve, je râlais.
« Vous auriez pu prévenir, enfin ! »
« On l'a fait, c'est toi qui n'écoutais pas ! » Renchérit Harry. Je roulais des yeux, tremblante, avant de m'emparer d'un peu de neige, roulant une boule bien compacte entre mes doigts. On va le faire comme dans les dessins animés. On attend qu'un ennemi du groupe d'en face se lève pour viser, et on lance. Voilà.
« Feu ! » Quoi ? Et c'est là que j'ai compris. Ils étaient tellement habitués à se battre depuis des années, qu'ils n'allaient pas attendre que deux pauvres nouvelles s'habituent à leur manœuvre. Après m'être faite canardée comme si j'avais une cible sur le cul, j'ai demandé le temps mort, et je suis sorti des barricades.
Rééquilibrant les équipes, je me rapprochais de Granger, qui lisait visiblement un livre de sortilège, sa radio magique diffusant quelques chants de noël sorciers. Elle a l'air étrange. Ah… Plutôt, un mot doux caché dans le livre de sortilège. Elle est tellement rose et captivée qu'elle ne me voit pas.
« Re. » Dis-je.
« Sacha !? » Elle referma brutalement son livre.
« Oui. Ne t'en fais pas, je ne dirais rien pour Viktor. Mais tu devrais être un peu plus discrète. Je pense que les jumeaux vous ont repérés. » Hermione sembla prête à me rabrouer, comme si j'avais sorti une floppée d'insultes, mais elle se rendit compte que non. Et son expression s'apaisa.
« Désolée, mauvaise habitude. » Je haussais les épaules. J'ai bien vu que tout le monde continue de croire que je suis la pouffiasse d'avant. « On ne se cachait pas, jusqu'à ce que Ron… »
« Fasse son idiot, et que tu aies décidé de le surprendre ? » La surprise marqua ses traits, puis le soulagement d'être comprise.
« Oui… Tu vois vraiment l'avenir, alors… »
« Oui et non. Disons que là, c'était juste évident, tu lui jettes un regard colérique dès qu'il t'adresse la parole. » Elle réussit à rire un peu. « Dis… Je peux… ? » Je lui montrais son feu en bocal.
« Oui bien sûr, tu dois avoir froid… »
« Je suis gelée… Tout le temps… » Je me saisis du bocal, et soupirais d'aise. Ce n'est pas brûlant non plus, juste bien assez chaud pour rendre mes mains moins douloureuses. Comme tenir un chocolat chaud après une balade par -5. « Oh… Paradis… Merci… »
« Je t'en prie… »
Nous écoutâmes un moment la radio sans dire un mot. Et puis, il y eu quelques notes de musique qui me parurent saugrenues. Comme si elles ne pouvaient pas être jouées dans ce monde. C'était… Similaire, et en même temps… différent.
« Met plus fort, Hermione ! » Entendis-je hurler du côté de la bataille. Et Hermione, après avoir roulé des yeux, s'exécuta. La RITM diffuse quelque chose que je n'arrive pas à enregistrer.
« Et voilà, à la demande du public, nous repassons pour ce Noël, l'agréable découverte du mois d'octobre. Si la voix principale nous est toujours inconnus, les plus célèbres musiciens sorciers s'y sont frottés. Voici les Bizarr'sister et notre voix mystère, sur Frozen ! »
Un violoncelle, sur des notes hautes qui redescendent, des gammes au piano, puis une batterie en fond… Les guitares… Non…
« I can't feel my senses
I just feel the cold.
All colors seem to fade away,
I can't reach my soul. »
Putain de merde. Merde ! Merde !
« Sacha, ça va ? » Je n'entendais qu'à peine la brunette, le souffle court, la tête qui tourne. Non. Quand ? Où ? Ce n'est pas possible. Je ne me sens pas bien.
« Je dois y aller. Dis à Luna qu'on se verra plus tard. Bonne journée. »
Je crois que je me suis mise à courir. Je n'étais même pas sûre de ce que je faisais. L'impression d'être dans un cocon de brume. Perdue. Ailleurs. Ce n'est pas possible. Je rêve. Non. Je cauchemarde. Qui est l'abruti qui m'a enregistré, bordel de merde ?
