NDA 14/07/2023 : Bonne fête nationale pour certains d'entre vous! J'espère que vous allez bien? Pour ma part, j'ai eu une journée monstrueusement chargée hier, mais riche en découverte.

Encore merci à SunsetNo qui est clairement assidue dans la lecture de cette histoire.

Voici un nouveau chapitre, les choses avancent encore un peu, et de nouvelles alliances se forment. Et je vous mettrais la suite la semaine prochaine. Bonne lecture à tous et n'hésitez pas à lachez vos impressions!


Chapitre 18 : Arrangements en Do mineur

« Luna… J'ai mal à la tête… » Dis-je en grognant.

« Tu vas perdre le fil, si tu t'arrêtes encore… Et après tu seras obligée de tout recommencer. »

« Mais… » Etouffant un bâillement peu gracieux, je reniflais de dépit, avant de reprendre mes comptes.

Nous sommes à la mi-janvier, et par le biais de Luna, et de son père, j'ai réussi à vendre absolument tous les cadeaux de noël ridicules que ma fausse famille avait envoyé. Xenofilius Lovegood a renvoyé un gros coffre, avec pas mal de livre sur le druidisme, que je lui ai fait acheter avec l'argent gagné, ainsi que le reste des galions.

Je déteste les maths. Et compter en galion et en mornilles, c'est horrible. Rien n'est précis. Du tout. Je ne sais pas comment font les gobelins, mais clairement ils sont mabouls. Observant les nombreuses piles colorées de pièces sur le bureau de ma chambre à l'infirmerie, je poussais un nouveau soupir.

« Alors, la facture envoyée par mon père indique qu'il a prélevé 17 galions et 2 noises pour payer les livres. »

« Ok… Là, on a les 6 galions pour la robe rose à fanfreluches » Dis-je en comptant la première pile.

« Ici, ce sont les 25 galions de la cape. Et là, les 89 galions pour les deux paires de chaussures à boucles. »

Nous avions établi une liste de tout ce qui allait être vendu, afin de connaître le prix des articles et ce qui me resterait ensuite. Poussant une nouvelle pile de pièces d'or vers Luna, celle dernière cocha la liste d'un trait de plume, avant de continuer son décompte.

« Nous arrivons donc à un total de 256 galions, 3 mornilles et 7 noises. » Elle fronça les sourcils, et je l'accompagnais dans la grimace.

« Ça veut dire qu'il y en a plus que prévu, non ? Il ne devrait y avoir que 250 galions, qu'est-ce que ton père a foutu ? » La jeune fille sembla réfléchir, avant d'étirer un petit sourire rêveur.

« Je pense qu'il voulait te faire un cadeau. » Je me passais la main dans les cheveux, bloquant sur le pic décoratif et le chignon en vrac.

« Il n'est pas croyable… C'est gentil mais pas nécessaire… je n'ai rien fait. »

« Tu m'as défendue à plusieurs reprises, et tu es mon amie. Et tu poses d'excellentes questions depuis Yule, ça doit lui plaire. »

Je croise les bras, non sans fixer les nombreuses piles de pièces qui recouvrent mon bureau. Oui, des questions… ça j'en ai posé… Des tonnes. Car après avoir demandé un peu à tout le monde s'ils avaient vu dans quelle direction mon cavalier masqué était parti, et n'avoir obtenu aucune réponse, si ce n'est des interrogations sur ma future carrière dans la musique. Ainsi que des grognements de la part des jumeaux, bien que j'ignore la raison. Rien n'a été utile.

Je me suis définitivement tourné vers Monsieur Lovegood, déjà pour mon argent, mais surtout pour les informations liées au druidisme. Il m'a appris beaucoup de choses, de fait. Qu'autrefois, les druides étaient ce qu'on appelle aujourd'hui, des enchanteurs. Qu'ils n'existent plus, du moins ne sont plus répertoriés, parce que le grade le plus puissant d'un sorcier, c'est mage. Mais qu'ils étaient capables de contrôler les forces de la nature et les faire obéir. Et qu'il existe au passage, une légende disant que les druides, désireux de se protéger d'un druide noir, ou Darach - je jure que j'ai éclaté de rire en lisant la lettre du père de Luna à ce moment-là, ayant pensé à la série TeenWolf direct - ont maudit tout un clan de sorciers, dans le but de les rendre plus fort et malléable, afin qu'ils les protègent.

Ils les ont appelés les soldats de la lune. Et si je crois à cette légende, les soldats lunaires sont l'équivalent des héritiers chez moi. Bon. Le fait est qu'il n'y a que des récits de types contes de fées, à ce sujet. Mais bon. Les reliques de la mort sont elles aussi, tirées d'un conte, et pour avoir lu les bouquins, je sais qu'elles existent. Potter en a une en ce moment-même, et le citronné aussi.

« Monsieur Rusard t'a dit quand vous pourriez vous rendre à Londres ? » Je cligne des yeux à la question, reprenant mes esprits. Elle a tout rangé dans le petit coffre. Je secoue la tête à l'adresse de mon amie.

« Non. Mais on doit faire ça sans être vus. Je n'ai pas le droit de sortir de Poudlard, et ma demande d'ouverture de compte sera mal perçue par … Ma famille. »

« Tu devrais leur dire, tu sais ? »

« Leur dire quoi ? »

« Que tu n'es pas leur fille… » Je frissonne. Je n'ai pas dit la vérité à Luna, mais visiblement, je n'en aurais jamais besoin, elle est plus clairvoyante que n'importe qui. Hésitante sur la conduite à tenir une seconde, je finis par pousser un soupir et renoncer. C'est Luna.

« J'ai déjà essayé. Avec tous les membres de cette famille. Ils n'y croient pas. Ils ne veulent pas y croire… Aussi je vais devoir attendre d'être majeure, ou m'émanciper. Mais pour ça, il me faudrait un bon avocat, et donc, les moyens de le payer… »

La petite blonde secoua la tête. Et soudain, ses yeux s'éclairèrent. Je ne sais pas pourquoi, mais quand ça arrive, je suis mitigée entre la pensée qu'elle est trop mignonne, et la ressemblance frappante avec les jumeaux Weasley. Je la vois ouvrir la bouche et…

« Tu pourrais chanter comme au bal de Yule ? Ou bien faire payer des séances où tu conterais des histoires, et tu pourrais chanter pendant !»

Je tiens à dire que je suis incapable de répondre, et qu'elle, elle est déjà partie très loin dans les idées. Conteuse d'histoire de type Disney. Je reconnais que ça me fait un peu rire. À une époque, je considérais que ma voix n'était bonne qu'à ça. Reproduire les chants des princesses malheureuses, en étant cachée dans ma chambre. Et puis il est arrivé. Lui et sa volonté de fer.

« Non vraiment… Je suis sûre que tes histoires pourraient plaire à beaucoup de monde. Même si parfois, elles sont un peu sombres. » Je ne sais pas pourquoi, mais je pense qu'elle fait référence au début de fullmetal achemist que je lui ai conté. La résurrection de Trisha lui a tiré les larmes aux yeux, et ce n'était pas une émotion positive. C'était de l'horreur.

J'avais oublié ce détail, lorsque j'ai commencé à lui raconter tout ce que j'avais déjà lu et vu. Le fait que sa mère soit décédée lors d'une explosion de magie et qu'elle y ait assisté. J'ai donc cessé, et changé d'histoire, mais le mal était déjà fait.

« Et puis il neige encore, tu pourrais leur raconter comment Olaf danse au printemps ! » Ajouta Luna avec un grand sourire.

Oui. Cette jeune fille est étrange mais vraiment adorable.

oOoOoOo

L'endroit était lugubre. Pour ne pas dire malfamé.

Un pub comme il y en a des centaines à Bristol, au papier peint gris et mité, couvert de tache de graisse et de sang séché. Les tables, pour la plupart bancales, étaient sales, et le comptoir - dont les pieds de bois semblaient avoir été dévoré par les termites et les vers - était au passage, couvert d'une belle couche de poussière.

C'est pour cette raison que le corps sans vie au milieu des rangées de tables ne dérangeait pas outre mesure. Il s'accordait avec le reste de la pièce.

Un homme couvert d'une capuche élimée noire, attendait dans un coin. La banquette sur laquelle il était assis ne payait pas de mine, comme le reste, mais avait visiblement reçu un coup de plumeau. Ou plutôt, un coup de baguette. Il se versa une nouvelle rasade de la bouteille qu'il avait chipé au barman après l'avoir refroidi.

La figure ronde et couvertes de marques d'eczéma, le départ de calvitie qu'il couvre de sa capuche n'empêche pas les mèches ternes et sales de dépasser au niveau de son col. Peter Pettigrew bu une nouvelle gorgée. C'était son moment de répit. Loin du seigneur des ténèbres et de son horrible serpent.

Bien qu'il ait trouvé la recette adéquate pour ramener son maitre et la formule, il n'était pas en sécurité, et encore moins à l'aise. Sirius Black en cavale, il sait que lui et Lupin le cherchent certainement. Qui plus est, c'est sur lui que se défoule le maitre, en attendant que Croupton junior n'ait trouvé le moyen de ramener Potter jusqu'à eux. L'animagus soupira. Il allait devoir y retourner bientôt, et subirait les critiques de son seigneur. Heureusement qu'il n'était pas vraiment en état de jeter des sorts.

« Ça sent le rat, par ici. » La prise de parole soudaine le fit couiner d'horreur. Caché par la banquette qui se trouvait juste derrière lui, Peter sorti sa baguette.

« La mort, tu veux dire. » Demanda une seconde voix, féminine.

« Non. Le rat. La mort, c'est moi. » Et la première éclata d'un rire sinistre.

Un grondement sourd résonna tout prés de lui, et une odeur fétide envahi son périmètre. Sentant la présence dans son dos, Peter releva la tête lentement, grimaçant d'horreur.

Jamais il n'avait vu un truc pareil.

C'était immense, vert, avec des muscles énormes et disproportionnés. Des écailles parsemaient le dos de cette chose et sur sa tête, il y avait deux cornes recourbées vers l'avant comme les taureaux. Mais le plus effrayant, c'était cette gueule de chien qui s'ouvrait sur une seconde mâchoire de type humain. L'animal avait des yeux fous, blancs, et Peter n'eut pas le loisir de crier, que sa tête était prisonnière de la gueule du monstre. Il ferma les yeux, la langue, terriblement longue, vint s'enrouler autour de son cou, et il sut qu'il allait se faire décapiter.

« Ça suffit. » La chose ne bougea plus. La langue toujours bien serrée autour de la nuque du mangemort en cavale. Peter déglutit, il transpirait à grosse goutte, terrorisé.

Pourtant, il parvint à dévier ses yeux du gosier qui lui faisait face, et fixer la direction d'où provenait la voix féminine.

Une petite femme, bien en chair, dans une robe noire courte et moulante, à col claudine. Elle avait les cuisses presque nues, la gauche couverte par un tatouage de dragon asiatique, et de très hauts talons. Rousse, la chevelure rabattue sur le côté, son visage était cependant maquillé d'une étrange façon. Deux bandes monochromes barraient son front, couvrant ses paupières de noir.

A coté d'elle, vêtue d'un ensemble noir, composé d'un pantalon serré aux chevilles et rentré dans des bottes toutes aussi hautes que celles de sa comparse, une autre femme. Elle avait des formes généreuses, et était taillée en sablier. Une sorte de pull à manche de chauve-souris complétait sa panoplie. Le même maquillage marquait ses traits, bien qu'il soit rouge et noir et un piercing était visible au milieu de sa lèvre inférieure.

Elles étaient… Banales. Certes, mignonnes, et très bien foutues, si on y réfléchissait bien, pour autant, elles n'avaient rien d'échappées d'Azkabans, et ne ressemblaient pas non plus aux tapisseries des plus grands mage noirs du monde. Mais, il y avait cette lueur perverse et folle dans leurs yeux. Ça, et le fait que l'une d'elle contrôlait visiblement la chose qui voulait le manger.

Peter se fit la réflexion que finalement, il aurait dû rejoindre son maitre directement après son premier verre.

La rousse se rapprocha, et l'animagus put voir à quel point elle était pâle, et comment ses yeux verts ressortaient ainsi, cernés de noir.

« Pitié, laissez-moi… Je ferais tout ce que vous voudrez… Je me mettrais à genoux ! » Finalement, Peter avait eu assez de courage pour parler, bien que ce soit pour supplier les deux femmes. La brune étira un sourire qui aurait put être doux, si elle ne fixait pas de ses yeux noisette, la créature qui le tenait, avec amusement.

« On pourrait simplement lui vider la tête pour trouver son maitre, non ? » C'était la rouquine.

« Ce serait bien amusant, c'est vrai… Mais… Nous serions aussi très vite repérables. Et ce n'est pas ce que nous voulons. »

« Vraiment ? Pourtant j'adorerais voir la douleur s'imprimer sur son visage en comprenant qu'on est à sa recherche. » Et de nouveau, un rire sinistre franchit les lèvres de la femme.

« Oui. Mais non. Pas de suite. Il faut encore patienter… Bientôt. En attendant, petit rat, tu vas nous conduire bien sagement à ton maitre, n'est-ce pas ? »

« O-Oui ! Tout ce que vous voudrez ! Je ferais tout… » La brune sourit un peu plus.

« Bien… Dis à ton chien de le lâcher. »

« Ça va… Rex. Crache ! » Et le monstre relâcha sa proie dans un son guttural proche du vomissement.

Peter se prosterna devant les deux femmes, non sans gémir d'horreur en voyant la brunette lever la main et enflammer tout le pub, à l'instant même où ils en sortirent. Pas de baguette magique. Pas d'incantation. Rien qu'un geste négligent de la main. Et tout le bâtiment était parti en fumée. La dernière pensée cohérente de l'ancien maraudeur, tandis qu'il marchait en direction du point de transplanage le plus proche, fut qu'il ne faisait pas face à des êtres humains.

Mais à des démons…

oOoOoOo

Nous étions un samedi, le 20 pour être précis, et je n'avais plus que trois heures pour mener à bien mon plan.

Le départ pour le chemin de Traverse avec Argus se ferait à 14 heures dans son bureau, mais ça voulait dire laisser Luna seule toute l'après-midi, et je ne supportais pas cette idée. Ginny Weasley n'était pas disponible, et les jumeaux m'évitaient carrément depuis le bal. Il fallait donc que je trouve quelqu'un capable de veiller sur Luna quoi qu'il arrive, et n'hésite pas à renvoyer les garces de Serdaigle dans leur lit si nécessaire.

Le trio d'or c'est niet, entre Weasley et Granger qui vont d'eux même se moquer de Luna, je refuse de la laisser avec eux. Le problème c'est que je ne connais pas grand monde au final. À part…

Si je coince Malfoy et lui échange quelque chose, il le fera, j'ai vu qu'il protégeait les siens, et que ce n'était pas totalement un connard. Sans compter que, techniquement, Luna est sa cousine. Par mésalliance mais quand même. Si je ne me trompe pas, Pandora Lovegood est née Lestrange, petite sœur de Rodolphus et Rabastan, donc belle-sœur de Bellatrix, qui elle, est la sœur de Narcissa. Tout ça bien sûr, si je ne me goure pas.

Maintenant, chopper Malfoy, qui est toujours entouré de ses vipères de compagnie, et désormais, de copains bulgares. Dont Krum. C'est tout de même plus difficile que de mettre en rogne le professeur Rogue. J'attends donc à l'entrée des cachots, que le groupe passe, tout en réfléchissant au pourquoi le magnat des potions aimerait me voir la tête dans un bocal.

Lui, je ne sais toujours pas ce qu'il a avec moi, mais c'est clair qu'il y a un problème. Il me pose des questions de cours, semble perturbé que je sache répondre - mes connaissances des bouquins, des plantes en général, et de cuisines aident beaucoup - Demande constamment si je vais bien, si j'ai mal quelque part… Heureusement, il n'a plus demandé qui était Meleth depuis des mois. Depuis que je lui ai dit que ce n'était personne, en fait. Quand j'y pense, ce n'est pas naturel, ça. Severus Rogue est réputé pour ne jamais lâcher le morceau.

Comment se fait-il qu'il n'ait plus remit ça sur le tapis ? Je doute que ce soit ma volonté de le faire taire qui ait fonctionné. À moins qu'il ne cherche ailleurs ? Déjà, il part mal, Meleth n'est que le surnom que je donne, et pas le nom, puisque celui-là, je ne l'ai pas. Remarque, c'est un sang-mêlé… Peut-être qu'il a lu les Tolkien et sait d'où vient ce mot ? Non, n'abusons pas, il a dû couper les ponts avec tout ce qui est moldu depuis longtemps.

« Sacha, qu'est-ce que tu fais ici ? » Je sursaute à la voix de Cédric et constate sa présence en compagnie d'autres élèves. La situation avec lui est toujours mitigée. J'ai mal de voir sa figure et sa voix comme celle de Clément, tout en ayant droit à un Cédric drôle, gentil et encourageant à mon encontre. Il n'est pas mon cousin, mais… Il n'est pas aussi horrible que je le voudrais non plus. Ça aurait été si facile de le virer pourtant.

« Je… » Par avance, je me tais sur la véritable raison, étant donné les rumeurs qui courent à mon sujet, mais bon. Au final, je renonce. Je vais juste éviter de donner la vraie raison de ma présence ici, ce n'est pas nécessaire, et l'occuper autrement. « Je voulais te voir à propos du tournois. » Il y eu des ricanements parmi le groupe, mais Cédric leur jeta un regard noir…

« Gardez-moi une place, j'arrive. » qu'il ordonna à sa clique. Le grand blond et les deux bruns suivirent. Une des jeunes filles qui accompagnait hésita, trainant des pieds un moment, avant de se mettre en route à son tour. Je les vis tous partir un à un, avant de relever la tête de nouveau vers la coqueluche de Poufsouffle. « Que voulais-tu me dire ? »

« Et bien… Je sais que tu as déjà résolu l'énigme de l'œuf alors… » Je déglutis, est-ce que c'est une connerie de le prévenir un peu en avance ? Probablement, mais il est gentil… Même si ce n'est pas mon cousin c'est celui de l'autre… Personne ne mérite de mourir… Et plus sérieusement, mon existence fout déjà en l'air le destin de ce monde, soyons honnêtes là-dessus.

« Tu n'es pas vraiment supposé le savoir… » Je balaye son soupir d'un geste nonchalant de la main.

« Ce serait plus simple de chercher ce que j'ignore, que ce que je ne sais… Crois moi… » Ses yeux gris se posent sur moi avec compassion. Pendant une toute petite seconde, j'hésite à lui parler de Luna… Mais en tant que Champion, il a son fan club, et ses propres ennuis, sans compter qu'il est en sixième année, c'est plus difficile pour lui de suivre une 3e année.

« Ce doit être dur… De toujours voir les choses à l'avance… Est-ce que ça va, toi ? » Je cligne des yeux, ça, je n'y attendais pas. Et ça me touche… Un peu trop… Ce n'est pas une bonne idée de s'attacher aux gens d'ici, je le sais, mais je vois qu'il s'inquiète pour moi. C'est sincère… Sa loyauté maladive est aussi stupide que la mienne.

« Ça va, les gens arrivent encore à me surprendre de temps en temps. » J'essaie de lui rendre son sourire tout doux, mais c'est plutôt une grimace qui en sort. « Ecoute… La dernière tache, ce sera un labyrinthe… Mais ce qui sera caché dedans… Il est possible que l'épreuve soit en deux temps… »

« En deux temps ? Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Eh bien, un labyrinthe et… Un combat final… Où tous les coups seront permis… » C'est un magnifique mensonge enrobé de vérité.

« Quand tu dis tous les coups… ? »

« Impardonnables compris. » Il a pâli. « Ce n'est pas certain, tu sais ? Les visions, ça va et vient, je ne choisis pas ce que je vois, et chaque fois que quelqu'un fait un choix, c'est un nouveau futur qui se dessine. » Il inspire longuement, avant de se ressaisir et m'offrir un petit sourire en coin de nouveau.

« Merci Sacha, je vais tacher d'apprendre à conjurer des boucliers élémentaires en ce cas. Merci… »

Je le salue, avant de prendre appui contre le mur de pierre pour reprendre mon souffle, une main sur le cœur. Sérieusement, je suis partagée entre la sensation d'avoir commis l'irréparable, et le maigre soulagement que peut-être, il ne se fera pas tuer. Il va sûrement avoir l'appétit en berne pour les jours à venir, mais il remontera de lui-même, je lui fais confiance là-dessus. C'est bête, mais il est comme moi. Il sait que peu importe le nombre de personnes autour de lui, le seul à pouvoir le relever, c'est lui-même.

Essayant de me rassurer sur le fait que mes mots n'auront pas plus d'effets que ça sur la timeline de ces foutus livres, j'attends encore un moment, avant d'entendre des éclats de voix aigus.

Je peux reconnaître Pansy Parkinson à trois kilomètres à la ronde. Cette fille est une Fran Fine, très jolie, avec une voix de crécelle étonnamment forte. Le seul bémol, c'est que sa gentillesse n'est pas vraiment là, pour ne pas dire absente totalement. Elle est orgueilleuse, sournoise, égoïste et capricieuse.

Je me redresse, et croise les bras, attendant de tous les voir sortir des cachots. En tête, Parkinson et Busltrode, suivit de Greengrass et Nott qui discutent. Derrière, flanqués de ses deux gardes du corps, Draco Malfoy. J'attends qu'ils arrivent à ma hauteur, pour approcher.

« Malfoy, on peut parler un moment je te prie ? » Ni une ni deux, la jolie brune se retourne et file vers moi, prête à me jeter un sort.

« Il ne s'intéresse pas aux crasseuses dans ton genre, alors fiche lui la paix ! » Je la zieute de haut en bas, avant d'émettre un rire nasal.

« Je te déconseille de lancer un sort, ça va juste te rendre malade. » Je la vois hésiter une seconde, la baguette bien tendue devant moi.

« Parkinson, laisse O'Nigay, elle n'en vaut pas la peine. » ça c'est Bulstrode. Je vois la brunette me tuer des yeux, avant de repartir d'un pas vif.

« Tu cherches à mourir ? » La voix trainante ne m'a pas manqué, mais bon… Je sais qu'il n'est plus hostile depuis Yule.

« Je ne cherche rien, c'est elle qui vrille dès qu'une autre fille te parle… Tu as une ceinture de chasteté aussi ? » Un ricanement amusé me répond.

« Toujours un plaisir de t'entendre vociférer toute seule. » Il secoue la tête, me jaugeant, avant de fixer les silhouettes de ses amis plus loin. « Que veux-tu ? » L'espace d'une seconde, je reconsidère la solution que j'ai trouvé pour aider Luna, et je doute… « Alors ? je n'ai pas toute la journée, O'Nigay, ne me fait pas regretter d'être resté pour t'écouter. »

« Oui, pardon. » Il lève un sourcil impérieux à mes excuses. « Oh merde, hein. J'ai quelque chose à te demander. »

« Ah ! Je me disais bien que tu finirais par venir me trouver. »

« Comment ça, je finirais par venir ? Tu ne sais pas de quoi je veux te parler ! » Je sens la connerie venir.

« De ton petit copain lors du bal. »

« Quoi ? Pardon, Non ! »

« Ah bon ? Comme je t'ai vu demander à tout va si des élèves l'avaient vu… » Je me sens rougir de gêne. C'est vrai que j'aurais pu lui demander aussi, tiens… Mais je reconnais être resté du côté de la pseudo lumière pour ça. Les aigles, les lions et les blaireaux…

« Non… Je… Je n'étais pas venue pour ça. »

« Vraiment ? » Il a l'air septique. Petit con.

« Oui, vraiment. C'est pour autre chose. » À la tête qu'il fait, je sais qu'il ne me croit pas. Je risque donc de le surprendre.

« Et bien je t'écoute. » Il croise les bras aussi et me darde avec un sourire moqueur.

« J'ai besoin que tu veilles sur Luna cet après-midi pour moi. »

« Loufo- » Il se rattrape de justesse en voyant mon expression changer. « Lovegood ? Et pourquoi donc ? »

« Je dois m'absenter un moment hors de Poudlard. »

« Ah, ton rencard du coup. Je comprends mieux. »

« Quoi ? Mais n'importe quoi. Non. Je ne vais pas le voir… » Ciel comme j'aimerais pourtant, mais non. Il est de nouveau introuvable et les vannes sont bloquées. Malfoy lève une fois de plus, son sourcil gauche. « Je suis sérieuse. Je dois me rendre à Gringott et tu seras gentil de garder ça pour toi. »

« D'accord, je te crois. » Il se tait un instant et fait mine de réfléchir. « Je t'accorde cette faveur à deux conditions. » Ok, chappe de plomb dans l'estomac. Je ne le sens pas. Il va demander quoi cet abruti… ?

« La première, immédiate, c'est que tu m'expliques pourquoi tu quittes Poudlard pour aller à Gringott en plein milieu de l'année, ce n'est définitivement pas normal. » Je m'apprête à protester lorsqu'il lève l'index devant moi. « Et la seconde, à ton retour, tu m'expliqueras qui est ton petit copain du bal, et pourquoi tu as demandé à toute l'école s'il a vraiment été là. » Je ne me sens pas bien…

« Ok, mais pas ici. » Et je me mets en route pour l'infirmerie. Puisque je n'aurais visiblement pas le temps de croiser le préfet qui me surveille une heure sur deux pour lui demander de rétrécir mes affaires, autant me servir de Malfoy.

Nous faisons le trajet en silence, il garde une certaine distance de sécurité avec moi, ça me fait toujours rire intérieurement. Les gens pensent que j'ai la peste, que je suis dangereuse, et que mes prédictions sont toutes autoréalisatrices. C'est-à-dire qu'à l'instant même où je menacerai quelqu'un, le mal s'abattrai sur lui. C'est totalement con, mais ça m'évite quelques ennuis depuis Yule.

Heureusement qu'il est encore tôt, parce que les escaliers ont subitement décidé de nous faire redescendre, et qu'on met une belle demi-heure pour arriver au dernier étage. J'admets que je ne m'attendais pas à montrer ma chambre de folle dingue à Malfoy, mais j'ai besoin d'un endroit sans tableau, ni oreilles baladeuses. Il va sûrement se poser des questions, mais tant pis.

« Alors c'est ici qu'on t'a mis… » Le ton est moqueur, mais j'y discerne une pointe de compassion. « Donc, j'attends des explications. » C'est bien, au moins il ne pense plus que je le drague ou quoi que ce soit.

« Tu veux la version courte ou la version longue ? » Il étire un sourire goguenard que je n'aime pas du tout.

« Celle qui me donnera le pouvoir sur toi. » Cette fois, c'est moi qui lève un sourcil unique. Mais intérieurement, j'ai l'impression de mourir. C'est dangereux de donner des informations aux Malfoy, même s'ils ne tournent pas psychopathes à la fin des bouquins. Ça reste des manipulateurs de premières catégories. Je le sais. Mais je n'ai pas le choix. Je dois protéger Luna des autres Serdaigles, et il pourra sûrement me conseiller, en plus. C'est un sang-pur après tout. J'inspire longuement

« Je vais à Gringott ouvrir un compte. »

« Tu en as déjà un. » Merci capt'ain obvious…

« Oui, je sais, mais pas celui-là. Un autre. »

« Et pourquoi ? »

« J'ai besoin d'un compte bancaire qui ne dépende pas des O'Nigay. » Ses yeux gris s'écarquillent en grands, il semble avoir compris quelque chose.

« Tu cherches à t'émanciper en douce ! » Ce n'est pas tout à fait ça, mais je prends.

« Oui. J'ai besoin d'un nouveau compte, que moi seule serait capable d'ouvrir, et je ne veux pas que quiconque de ma famille, ou à Poudlard, soit au courant. C'est un secret. »

« Le monde entier le saura dès ce soir, tu le sais ? »

« Non, parce que tu ne diras rien… J'ai vraiment besoin que ça reste secret pendant encore quelques mois… Je ne tiendrais pas deux jours dans cette famille à nouveau. Donc je dois pouvoir partir dès la fin de l'année scolaire. » Il me regarde toujours, mais cette fois, c'est comme s'il me redécouvrait.

« Je ne sais pas ce qu'il s'est passé chez toi pour que tu veuilles partir… Mais tu auras besoin d'un bon avocat pour t'émanciper, tu le sais… ? » Je lui jette un regard qui en dit long.

« Merci, je le sais… » Je détourne la tête au final, pour fixer le coffre dans lequel se trouve mes galions dûment gagnés.

« Hm… Si… Si tu as besoin d'un avocat qui soit retors… Ma… ma mère aime les causes perdues. » Je relève la tête brusquement vers lui. C'est vraiment un moyen de m'aider ? Ou un moyen de me faire contacter une dette envers les Malfoys ? Allez savoir… Je préfère ne pas tester.

« Merci, mais ça ira. Je partirais quelle que soit la manière. Et j'ai mon argent. D'ailleurs, pourrais-tu s'il te plaît rétrécir tout ça ? Je ne peux pas le faire moi-même, et j'ai besoin de l'emmener pour tout à l'heure. » Il garde le silence, me fixant toujours avec cette expression étrange de quelqu'un qui se demande quelle cicatrice on cache sous nos pulls.

« D'accord. » Il s'exécute, et je reste dégoûtée devant la démonstration de magie qu'il fait. Ma baguette inutile est plantée dans mes cheveux, mais elle ne sert à rien. Mes pouvoirs sont débiles et seulement dangereux pour moi-même.

« Merci. Je t'expliquerai le reste en rentrant… C'est long, et je dois manger avant de partir. » Il acquiesce, et je fourre le mini coffre dans ma sacoche ainsi que le reste de ce que je veux garder secret. Nous quittons ensuite la chambre à l'infirmerie. De nouveau, le trajet se fait en silence, et nous nous séparons un peu avant les portes à double battants de la grande salle.

Moi, je me dirige directement vers Luna, et nous discutons de son devoir de métamorphose. De temps à autres, je peux voir que Malfoy nous jette des coups d'œil insistants. Il bosse déjà, c'est tant mieux. Parce que lorsque je me lève après avoir fini ma part de tarte à la rhubarbe, je constate que Pamela et Hélène se rapprochent. Elles sont d'ailleurs accompagnées de trois autres élèves.

Luna me suit, alors que le groupe n'est qu'à quelques pas derrière nous. Mais arrivés à la sortie de la grande salle, Grengrass déclenche un tollé contre Paméla, et c'est un carnage. Nous nous mettons à l'abri, plusieurs mètres plus loin, avant de voir les imposantes silhouettes de Crabbe et Goyle, encadrant leur… Maître ?

« O'Nigay. » Je le salue d'un hochement de tête, avant d'embrasser Luna sur la joue, et m'éloigner pour rejoindre le bureau de Rusard. Je lui ai conseillé de se rendre à la bibliothèque avec eux, et c'est visiblement la direction qu'ils prennent.

Je suis rassurée pour elle.

Maintenant c'est à moi de me foutre dans la merde.