Disclaimer : Pas à moi. Vous reconnaissez ce qui provient de l'univers Twilight, Caterpillars appartient à The Spill Canvas, Caterpillar à The Cure.
Rating : Chapitre Mature, comme d'habitude.
Note de l'Auteure : Ce chapitre aura traîné, mais quoi de nouveau ?
Merci à Emy1805 pour ses gentilles reviews, et surtout son MP qui m'a relancée dans cette fic que j'avais mise de côté.
Et bonne lecture ! ;)
VI
C'est mon livre préféré, et ça devrait suffire.
Pourtant, il me laisse un goût amer en bouche. Comme si je ne m'y reconnais plus, comme si je ne le comprends plus, comme si, le fait que je connaisse l'histoire, le secret de Monsieur Rochester, me fait d'autant plus redouter le passage honni où la vérité éclate.
Comme si je ne suis qu'à demi-vivante tout le long du récit, qu'à moitié attentive.
Mes dents se serrent alors que je lis leurs interactions, cet énième Edward byronien dont je connais la fin – et cette idiote de Jane, qui l'aime trop vite, trop fort, sans pouvoir s'empêcher.
Est-ce donc un cliché d'aimer ? Est-ce donc une erreur de tomber amoureuse d'un être dont on ne connait pas tout, dont on ignore les secrets ? Peut-on réellement aimer malgré des simulacres de dialogue, une retenue et une distance qui n'ont lieues d'être - et des non-dits ?
Je porte la tasse à mes lèvres, la repose sans en avoir bu une gorgée, lâche un soupir à fendre l'âme.
Quelle gamine j'ai été ! A prendre pour du romantisme la stupidité de ces héroïnes à qui on ment comme à un arracheur de dents. Comment d'autres ont-elles acceptées de pareils traitements, comment puis-je accepter d'être tenue à l'écart de décisions qui peuvent m'impacter ?
D'un coup sec, je referme mon livre alors que Jane s'enfuit, plutôt que de devenir la maîtresse de l'homme qu'elle aime.
Face à moi, Alice relève la tête de ses notes.
« Tout va bien, Bella ? »
Je me contente de hausser une épaule, ne sachant pas comment répondre sans passer pour une hystérique. Parce que Jane Eyre a été un de mes livres préférés, et le passé de cette phrase me fait froncer les yeux, battre des cils pour empêcher une larme qui n'a rien à faire là de couler le long de ma joue.
Avec une clarté qui devrait m'effrayer, je me souviens encore de ce jour de printemps où Renée m'a ramenée ce livre, à la jolie couverture. Elle l'avait trouvé au hasard sur le chemin du retour, mais le nom lui disait quelque chose, et elle s'était dit que ça devrait plaire à sa petite fille, le nez toujours fourré dans un livre, à son grand désarroi. Je l'avais embrassée, pour une fois qu'elle m'offrait quelque chose qui me plaisait réellement, lisant l'ouvrage en deux nuits.
Le livre était resté sur ma table de nuit après son départ, seul vestige du fait que j'avais un jour eu une mère aimante, pour qui j'avais comptée, qui pensait à moi en rentrant du travail. Compagnon fidèle de mon adolescence, j'avais rêvé de rencontrer une famille éloignée, un homme qui m'aimerait, en dépit de tout. En dépit de moi, sans doute.
Me mordant les lèvres, je secoue la tête sans rien dire, baisse les yeux.
Alice tend la main, pousse vers elle l'ouvrage que je lis. Pas qu'elle en ait vraiment besoin, je sais qu'elle reconnaît l'exemplaire corné qui m'a souvent accompagné. Certains enfants ont des doudous, j'avais mon exemplaire de Brontë. Cependant, elle ne dit rien, se contente de serrer mes doigts doucement, avant de retourner à ses propres devoirs.
La gorge serrée, je ne lui en suis que plus reconnaissante. Ne m'en déplaise, ma meilleure amie sait toujours de quoi j'ai besoin : qu'on me secoue les puces, qu'on me parle, ou qu'on se taise ensemble.
Pourquoi aurais-je besoin d'un quelconque homme quand j'ai Alice ? Edward peut bien aller se faire foutre.
Sa bouche est sur moi, embrassant mes cuisses, sa barbe naissante picotant ma peau, ses doigts occupés à me pénétrer avec application.
« Tu es si chaude », murmure-t-il contre mon aine, sa langue descendant titiller mon clitoris tandis que je gémis à nouveau.
La tête en arrière, les yeux fermés, mes doigts agrippent ses cheveux, alors que je perds pieds, je perds pieds, je me noie et...
« Presque, presque. Encore une fois, Bella », demande-t-il, déterminé à me tuer, à me faire mourir de plaisir.
Il reprend son mouvement de succion, son pouce appuyant tendrement mais fermement sur mon bout de chair, son index et son majeur redoublant leurs mouvements.
« Bella, Bella, Bella... »
C'est sa voix qui me fait chavirer, ses mots qui me font décoller, hurler.
« Edward ! »
Et le million d'étoiles. L'apogée. Ce moment où je me sens complète, aimée, protégée. Où je redescends lentement sur terre, parmi les mortels.
Entre les bras d'Edward qui m'observe attentivement, le regard obscurci de désir, poussant de ses cuisses les miennes afin d'y prendre place. De plonger en moi d'un geste brusque, me scindant en deux malgré mes orgasmes précédents et la cyprine qui recouvre mon entrée. Il grogne mon nom, niche sa tête dans mon cou, mes ongles s'enfonçant dans les muscles de son dos quand il commence à se mouvoir.
« Bella, Bella... »
Je ne suis plus qu'une masse informe, une chose à peine cohérente qui ne peut que réagir à chaque coup de rein, chaque soupir de mon prénom, chaque mouvement qui le rapproche de moi. Qui me fait croire que nous pouvons être unis pour toujours, que notre histoire a un sens, qu'elle débute là, quelque part dans ce chaos qui n'a pas sens sans lui, sans sa peau, sans son odeur sur mes draps.
« Edward, regarde-moi... »
Ma voix n'est qu'un murmure rauque, qu'un souffle contre son oreille, mais il tressaille, signe qu'il m'a bien entendue. S'appuyant sur ses avant-bras, il relève le cou, approche son nez du mien. Ses yeux brillent d'une telle intensité que je me demande si je vais être brûlée par son regard.
« Bella. »
Il serre les dents, secoue la tête :
« Je ne peux pas, je vais venir si je te regarde.
- Viens, viens, alors... Viens en moi. »
Mes doigts caressent ses mèches emmêlées, déterminée à lui soutirer quelque chose, ne serait-ce que cet aveu, qu'il est proche.
« Tu ne sais pas ce que tu dis, ma belle... »
Il rit légèrement, son pouce effleurant l'intérieur de cuisse tandis qu'il le pose à nouveau sur mon clitoris.
« Mais je veux que toi tu viennes. Encore. »
Mon corps se resserre autour du sien, mû par un réflexe qui m'échappe. Veut-il me tuer ? Je suis déjà si épuisée.
« Edward, non, pas encore », je marmonne entre deux gémissements.
Son sourire se fait carnassier, ses doigts me pinçant légèrement, sans interrompre ses mouvements.
« Si tu peux encore parler, Bella, tu peux encore venir pour moi. »
Il n'a pas fini sa phrase, qu'à nouveau, le millier d'étoiles m'assaille.
« C'est le fait qu'il devienne aveugle qui te dérange, ou le fait qu'il l'a toujours été ? »
Je cligne des yeux, sans comprendre.
« Rochester », explicite Angela, pointant le livre sur la table. « Tu le fusilles du regard avec un air de pitié depuis cinq bonnes minutes. »
Alice éclate de rire.
« Voyons Angela, c'est qu'il perde sa main. Tu fais quoi d'un homme qui n'a pas ses dix doigts ? »
M'étouffant dans mon verre, je tousse, aussi rouge qu'une écrevisse.
« Alice ! »
L'interpellée se dandine de rire, m'adresse un clin d'œil coquin, avant de continuer :
« Ceci dit, il y a des hommes qui sont vraiment doués, même sans dix doigts... »
Angela secoue la tête, souriant malgré elle :
« J'ai également l'impression que ça ne court pas les rues, les hommes habiles de leurs doigts... »
Passant ma main sur mon visage qui ne cesse de rougir, je maugrée :
« Pitié, on peut arrêter de dire le mot "doigt" ?
Elles échangent un regard qui ne me dit rien qui m'aille, avant de se tourner vers moi, l'air contrit.
« Je ne pense pas », me répond finalement Angela du bout des lèvres, « tu ne l'as clairement pas assez dit. A moins que, pour nous rejoindre dans la folie, tu n'aies besoin d'un doigt de whiskey dans ton café ?
- Ou plutôt un doigt dans ta culo...
- Alice ! »
Mes amies éclatent de rire.
Décidément, on repassera pour la maturité. Mais je ris avec elle, malgré tout.
Combien de temps avant qu'on se perde de vue, mues par des projets, des rêves, des contraintes différents ? Avant que l'une d'entre nous ne se retrouve avec le cœur brisé, et n'arrive plus à rire de ce genre de bêtises ? Surtout quand une petite voix semble indiquer que ce sera sûrement moi.
« Passez de bonnes vacances. »
Je contemple mon agenda une seconde de plus, me demandant comment j'ai pu oublier les congés qui arrivent : des semaines à venir, sans cours, sans devoirs, sans Edward…
Vais-je descendre voir mon père ? Vais-je rester ici ?
Sans doute vais-je faire pareil que Alice… à moins qu'elle ne reste avec Jasper. Une étrange impression de flottement m'envahit alors que je m'aperçois ne pas avoir la moindre idée de ce que je vais faire. Ne suis-je pas censée être sur la route de l'indépendance ? De l'autonomie ? Suis-je donc si cruche que je n'ai aucune idée de qui je suis sans mes amies, sans un garçon ?
Me levant lentement, je me dirige vers mon cours suivant, peu attentive aux autres élèves, aux professeurs, aux couloirs qui s'allongent sans raison. Vais-je seulement dans la bonne direction ? Tout me semble flou, vague. Anodin, sans importance – qu'importe mes études, si je m'avère incapable de réfléchir seule ?
Et ce qui devait arriver arriva, je me retrouve affalée contre un torse musclé, un garçon dans lequel je suis rentrée, tête la première. Chapeau Bella, chapeau bas, mais heureusement, le ridicule le tue pas.
« Oh, doucement, là. Ça va ? »
Je relève la tête, croise des yeux bleu ciel comme j'en ai rarement vu, un sourire enchanteur, et des mains sur mes épaules qui tâchent de me maintenir en place.
Je ne connais pas ce garçon, mais clairement, il est beau à couper le souffle.
« Tu vas bien ? »
Il fronce les sourcils, légèrement inquiet désormais, comme s'il n'a pas conscience qu'il éblouit les pauvres filles de son simple regard. Je hoche enfin la tête, tentant de reprendre contenance.
« Je… Oui, ça va. »
Sa fossette réapparaît, me faisant ravaler ma salive.
« Tu es perdue ? Je suis Garrett.
- Bella. »
Il me relâche, enserrant à la place ma main avec enthousiasme.
« Enchanté, Bella », dit-t-il, chaleureusement.
M'arrachant enfin à sa contemplation, je ramasse mon exemplaire abîmé, toujours perturbée par ce qu'il vient de se passer, ce qu'il se passe encore.
Naïvement, je pensais que les autres garçons, et même tous les hommes, avaient disparus pour moi. Qu'ils n'étaient que des êtres sans visages, sans traits, sans intérêt… Que personne sauf Edward n'apparaissait plus pour moi, qu'il est le seul que je voyais.
Et comme un coup de tonnerre, je me retrouve face à un inconnu, qui réveille ce que je croyais endormi en moi. Oh bien sûr, ce n'est qu'une vague attraction physique, mais c'est assez pour me faire réfléchir. Pour m'interroger. Pour me pétrifier, et me faire remettre en question ces derniers mois.
Est-ce que j'aime vraiment Edward ? Ou est-ce que je ne suis que sous son charme de façon temporaire ? Ou est-ce que je ne tiens à lui car j'ai créé un personnage, une image de lui, de nous, factice et imaginaire ?
Et surtout, surtout, vais-je réussir à sauver mon cœur ?
