Chapitre 6 : Ambition
Le lendemain dans la matinée, je retournais à Poudlard avec Delphini Black qu'accompagnait Narcissa Malefoy en tant que tutrice, mais aussi Albus. Delphini avait réclamé la présence de ce dernier de peur de ne pas comprendre tout ce que lui dirait notre Directrice. Grâce au Fourchelang, il pourrait le lui expliquer. Albus s'était empressé d'accepter.
Pour une fois, Lupin était en retard. Je gageais qu'il retardait le moment de se retrouver confronté à Delphini Black. En attendant, les deux gamins assis sur le divan que leur avait désigné McGonagall parlaient entre eux, en Fourchelang bien sûr, tellement dans leur monde qu'ils étaient parfaitement inconscients que tous, notre Directrice, Narcissa et moi, mais aussi la totalité des portraits des anciens directeurs et directrices, nous les fixions en silence. Du coin de l'œil, je vis Phineas Nigellus Black disparaître de son portrait et revenir accompagné de Salazar Serpentard. Albus qui avait aperçu l'arrivée de ce dernier, lui adressa un petit signe de la main, avant d'expliquer manifestement à Delphini qui il était.
« Monsieur Potter vous devriez peut-être réserver l'usage du Fourchelang aux cas où Miss Black ne comprends pas ce qu'on lui dit. Pour faciliter sa rentrée dans un mois, c'est son anglais qu'il est souhaitable qu'elle améliore. » dit finalement McGonagall d'un ton circonspect. Encore heureux que j'ai eu le temps de la prévenir pour le Fourchelang en lui envoyant un hibou la veille au soir !
Profitant de ce que Lupin venait de faire une entrée discrète tout en restant près de la cheminée, sans doute pour ne pas trop s'approcher de Delphini Black, notre Directrice enchaîna sur l'objet du rendez-vous. Après avoir brièvement interrogé la jeune fille sur les enseignements qu'elle avait suivi à Durmstrang, elle définit avec elle et Narcissa les options de troisième année qu'elle suivrait à Poudlard à partir de la rentrée. S'en suivirent quelques recommandations de révisions souhaitables à faire au cours de l'été et la liste des devoirs demandés aux futurs troisièmes années par les différents professeurs. Avec un peu d'aide d'Albus pour résoudre quelques incompréhensions, le rendez-vous n'avait guère pris plus d'une demi-heure. Il n'avait cependant pas été inutile, car Miss Black avait incidemment révélé qu'elle n'avait jamais eu sa propre baguette et qu'elle ne savait même pas à qui avait appartenu celle qu'elle utilisait. Narcissa avait évidemment promis de faire le nécessaire pour y remédier. Ayant besoin de passer dans mon bureau, je laissai cette dernière repartir seule au manoir Malefoy avec Delphini et Albus par la cheminée du bureau directorial.
J'avais à peine commencé à trier les quelques papiers que je voulais emporter qu'un toussotement se fit entendre.
« Severus, auriez-vous quelques minutes à m'accorder ? »
La voix de Dumbeldore ! Suivie de l'apparition de la tête de Dumbeldore dans le miroir que j'avais imprudemment accroché au mur ! Moi qui avait banni tous les portraits de mon bureau pour éviter d'être au mieux dérangé au pire espionné par un de ces curieux.
« Albus Dumbeldore ! Dans mon miroir ! Même mort, vous semblez rester le plus grand sorcier de tous les temps. » reconnus-je avant de le provoquer un peu « Je m'étonne que vous n'ayez pas en vue une petite sieste urgente. »
« Severus, seriez-vous devenu rancunier au point de m'en vouloir encore ? » dit-il sur un ton teinté de reproche.
Mais je n'étais pas d'humeur à me laisser manipuler aussi facilement.
« C'est vrai. De quoi pourrais-je bien vous en vouloir ? Des conséquences de votre magie sur mes rapports avec mon fils et sur ses rapports avec son propre fils, et d'avoir refusé de me répondre à ce sujet des semaines durant, ce serait en effet très rancunier de ma part ! » persifflai-je « Il faut dire à votre décharge que vous n'aviez jamais envisagé qu'Harry survive à la guerre contre Voldemort, ce qui rendait inutile de prendre trop de précautions avec votre magie lorsque vous avez transformé son apparence. »
« Je vois que vous m'en voulez encore. » soupira notre ancien Directeur « je vous promets que j'ai toujours espéré qu'Harry puisse survivre à cette guerre, même si je n'étais pas certain que ce soit possible. De là à imaginer qu'il survive et qu'il soit le père d'un sorcier suffisamment puissant pour mettre à mal les transformations magiques que j'avais mises en place. J'avoue ne pas l'avoir imaginé. »
« Et c'est à nous qu'il appartient aujourd'hui d'en gérer les conséquences ! » relevai-je
« N'exagérez pas Severus, malgré vos efforts pour paraître d'aussi mauvaise humeur que d'habitude, jamais je ne vous ai vu aussi radieux que depuis que vous vous occupez du petit Albus. » railla-t-il « Eduquer un sorcier pareil, c'est un vrai défi, mais c'est également un grand privilège ! Dites-moi, à quoi rêvez-vous pour lui ? »
« Je voudrais qu'il soit heureux, Albus, juste heureux ! » répliquai-je
« Est-ce vraiment à ça que se limite votre ambition pour votre petit-fils, Severus ? » s'étonna-t-il
« Heureux, une petite ambition ? Est-ce vraiment ce que vous pensez ? » répliquai-je sur un ton délibérément provocateur « Où leurs pouvoirs exceptionnels ont-ils conduit les uns et les autres ? Grindelwald en prison. Voldemort à la folie meurtrière et à la mort. Et vous, Albus, avez-vous été heureux ? »
« Moi, j'ai mené une guerre, mon ami, vous vous en souvenez. » esquiva-t-il
« Et en dehors de cette guerre, avez-vous été heureux ? » insistai-je
« Non, pas vraiment. Pas longtemps, en tous cas. » admit-il après un long moment de silence
« Alors vous voyez, je suis très ambitieux pour le petit Albus, comme vous dites. » conclus-je
« Vous avez changé, Severus. » remarqua-t-il
« Si vous voulez dire que j'ai vieilli, certainement que oui. » concédai-je
« Vieilli, mais pas un instant, mon ami ! On dirait un jeune homme, vous avez l'air d'avoir le même âge que votre fils. Pourquoi croyez-vous que l'on vous appelle désormais le « Vampire des cachots » ? » s'amusa-t-il
« Qu'importe. Le problème sera vite résolu, car je ne doute pas qu'Albus se charge de me faire des cheveux blancs ! » m'exclamai-je
« Par exemple quand il se fait de nouveaux amis … » avança-t-il
« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. » mentis-je
« Peut-être d'une jeune fille aux cheveux bleus ? » suggéra-t-il
« Je n'ai pas vocation à contrôler les amitiés d'Albus. » répondis-je d'un ton sec
« Cette règle, que j'approuve sur le principe, s'étend-elle jusqu'à Miss Delphini Black ? » demanda-t-il demanda-t-il d'un ton faussement léger
« Pourquoi pas ? » répliquai-je sur le même ton
« Les enfants des pires ennemis peuvent-ils vraiment devenir les meilleurs amis ? Comment le père d'Albus va-t-il le prendre ? » interrogea-t-il au lieu de me répondre
« Je connais sans doute mon fils beaucoup moins bien que vous, mais je vois mal Harry qui a accepté le fait que le meilleur ami d'Albus soit le fils de Drago Malefoy, reprocher à Delphini d'être la fille de Bellatrix Black. » rétorquai-je avec une apparente tranquillité
Ce qui ne l'empêcha pas d'abattre une dernière carte :
« Oui, mais que pensera-t-il du fait qu'elle soit aussi la fille de Voldemort ? »
