Eddie sentait que Buck était nerveux.

Il savait à quel point il était timide et peu sûr de lui. Aussi, il prit les devants et mit la glacière dans les bras de Chimney qui s'avançait déjà, prêt à harceler Buck de questions. Hen sembla avoir reçu le message car elle ferma immédiatement la bouche, avant même qu'Eddie n'ai à lui mettre le plat de Buck, qu'il avait récupéré, dans les bras.

– Je te présente mon équipe, lui lança-t-il. Hen, sa femme Karen, Chimney, Bobby, mon capitaine et sa femme Athena. Les gars, voici Buck.

Buck serra la main de Bobby, Chimney et Hen. Athena se démarqua en s'avançant vers lui et en lui ouvrant les bras.

– Le garçon qui a sauvé la vie de Christopher mérite bien plus qu'une poignée de main, déclara-t-elle.

Eddie se tendit mais contre toute attente Buck se plia volontiers au câlin. Athena se dégagea et passa ses mains sur son visage pour le regarder dans les yeux.

– À partir d'aujourd'hui, tu es dans nos cœurs, mon grand, annonça-t-elle. Tu fais partie de cette famille.

Eddie vit les yeux de Buck briller d'émotions mais il acquiesça.

Karen en profita pour grappiller aussi un câlin du jeune homme, en décrétant qu'il n'y avait pas de raison qu'elle n'en profite pas. Bobby le remercia pour les légumes et Buck lui précisa qu'il fallait verser la sauce en fin de cuisson.

Dans le barbecue, les briquettes de charbon de bois rougeoyaient déjà et Bobby alla s'en occuper.

– J'espère que vous avez tous faim, sourit Bobby en se dirigeant vers le barbecue.

– On a toujours faim, affirma Chimney en riant.

– Tu n'es qu'un ventre sur pattes, se moqua Hen.

– Et j'assume !

Athéna leva les yeux au ciel, face à leurs bouffonneries. Buck passa discrètement sa main sur son estomac et Eddie se rapprocha de lui.

– Viens, souffla-t-il. Ou ils vont tout manger avant qu'on n'ait pu en profiter.

Buck lui sourit d'un air complice et le suivi jusqu'à l'endroit où ils s'étaient tous réuni.

Une grande nappe avait été disposé sur le sable retenu par quatre grosses pierres. Des transats avaient été disposé autour et deux tables pliantes se trouvaient au centre à l'abri de grands parasols. Les tables étaient déjà couvertes de nourriture et Eddie entendit l'estomac de Buck gronder mais il croisa les bras dessus.

– Je meurs de faim, annonça-t-il pour rassurer le jeune homme. Pas toi ?

– Ça a l'air si bon, approuva Buck.

Comme d'habitude, tout le monde avait apporté beaucoup trop à manger.

Il y avait l'immense salade de crudités au thon de Karen, la salade de pommes de terre de la petite amie de Chimney, même si elle était absente aujourd'hui, le coleslaw d'Athena, des cornichons, une salade de haricots verts qu'il avait lui-même apporté, des fruits et du fromage en tranches, plusieurs paquets de chips, et tout un assortiment de condiments.

La viande quant à elle grésillait déjà sur le barbecue dont s'occupait Bobby qui avait emmené les légumes préparés par Buck.

Eddie lui proposa un fauteuil et s'installa à ses côtés.

Buck avait l'air de ne pas savoir par où commencer alors qu'Athena reprenaient une discussion avec Karen et que Chim et Hen se disputaient comme deux enfants.

– Tu veux boire quelque chose ? lui proposa-t-il. Une bière ?

– Oh euh... De l'eau sera suffisant, répondit-il. Il fait trop chaud pour moi pour une bière.

Eddie récupéra une canette d'eau pétillante et la lui montra. Buck acquiesça et la récupéra en effleurant ses doigts mais Eddie ne savait pas si c'était intentionnel ou non.

Eddie opta pour une bière et la décapsula.

– Est-ce qu'il y a des plages à El Paso ? s'enquit soudain Buck.

– Pas d'océan mais il y a les rives du Rio Grande, répondit-il. Qui est en fait une frontière naturelle avec le Mexique et les montagnes Franklin divisent la ville en deux. Le climat oscille entre les deux extrêmes, la chaleur du désert et le froid glacial des montagnes. C'est une grande ville, la sixième plus grande du Texas mais avec trois fois moins d'habitants qu'ici.

– Tu as l'air d'aimer cette ville, lui sourit-il.

– J'y suis né, approuva-t-il. J'y ai grandi, et mon fils y est né également.

– Tes parents vivent encore là-bas ?

– Oui.

– Ça ne doit pas être facile pour eux de venir voir leur petit-fils

– Ils ne viennent pas aussi souvent qu'il le souhaiterait, c'est vrai, affirma-t-il. Et nous n'y allons pas non plus très souvent. Disons que c'est compliqué entre mes parents et moi. Nous n'avons pas les mêmes idées sur l'éducation. Ils n'approuvent pas mes choix de vie et je refuse de m'expliquer sur ceux-ci avec eux. Alors, on essaie de ne pas trop se voir. Juste pour les anniversaires de Christopher.

– Et ce n'est pas trop dur pour lui d'être loin du reste de la famille ?

– Je suppose mais mon abuela vit ici et ma tia Pepa. Et ne leur dit pas mais Bobby et Athena font de parfaits grands-parents de substitution, murmura-t-il.

– Attention à ton langage, Eddie, le gronda affectueusement Athena.

– Mets-y plus de formes Eddie, rit Bobby en déposant la viande et les légumes grillés sur la table. Même si dans le fond tu n'as pas tort. Les enfants ? appela-t-il.

– Et toi Buck, tu viens d'où ? demanda Athena.

– Oh... Euh, de Pennsylvanie, admit-il.

– Et tu y as de la famille ?

– Mes parents, je suppose, répondit-il en haussant les épaules.

Eddie sentit son malaise et ouvrit la bouche pour changer de sujet de conversation mais Buck le prit de court.

– Je ne sais pas trop où ils pourraient être d'autre, ajouta-t-il. Mais je ne sais pas. Je ne les ai pas vu depuis dix ans.

– Mais tu devais avoir... ?

– Quinze ans, confirma-t-il alors que le silence se faisait autour d'eux. Ouais. Il y a eu une grosse dispute et j'ai pris quelques affaires. Ils m'ont prévenu que si je passais la porte, je n'existerais plus pour eux. Alors, je suis parti et je ne suis jamais revenu.

– Oh chéri, souffla Athena. Ils ont dû tellement le regretter.

– Je doute qu'ils m'aient vraiment cherchés, la contredit-il. Mais ça va, j'ai fait ma vie. Je m'en suis sorti. Avec le recul, je me dis qu'on ne s'est jamais vraiment compris et que de rester connectés aurait pu nous détruire. On est plus heureux comme ça, je suppose.

– Je suis désolé, souffla Eddie.

– Je vais bien, sourit-il. Je me suis habitué à être seul. Et je m'en sors.

– Eh bien, tu ne le seras plus jamais, confirma Athena. Ce que j'ai dit tout à l'heure est toujours d'actualité, Buck. Tu as une famille à présent et nous serons toujours là pour toi.

Les enfants vinrent s'installer et les sujets de conversation changèrent.

Buck fut plusieurs fois complimenté sur sa recette et Eddie devait avouer que c'était vraiment exquis pour quelque chose de préparé aussi rapidement et avec les moyens du bord. Bobby lui demanda les ingrédients qu'il avait mis dans la sauce et Buck les lui donna les joues rouges.

Eddie vit Hen les regarder avec un sourire sournois aux lèvres et il dû lui faire les gros yeux plusieurs fois pour la faire détourner le regard. Nul doute qu'il devrait passer par un véritable interrogatoire dès leur prochain quart.

Finalement, Buck prit un peu d'assurance et parla cuisine avec Bobby pendant ce qui lui sembla des heures. Mais ça n'avait pas d'importance. Plus il parlait, plus Eddie réalisait que c'était le genre d'homme qui donnait sans compter et ne prenait que ce qu'on lui donnait, et qui n'aimait pas s'apitoyer sur son sort, malgré son passé qu'il devinait terrible.

Buck ne manquait pas d'écouter aussi ce que Christopher disait et son attention fut presque entièrement focalisée sur lui à partir de là. Son fils n'avait de cesse de lui raconter des anecdotes avec ses amis, sur l'école ou les jeux vidéo.

Puis, il lui parla des s'mores qu'ils aurait un plus tard pour le dessert et Buck admit qu'il ne connaissait pas. Christopher s'était étonné qu'un grand chef comme lui ne connaisse pas le meilleur dessert du monde et lui avait alors expliqué comment ils étaient faits et qu'ils pourraient en manger autant qu'ils le voulaient.

Lorsque l'attention de Christopher fut attirée par Harry et Denny, les enfants d'Athena et de Hen, Eddie se pencha sur lui.

– Je suis content que tu aies décidé de venir aujourd'hui, lui lâcha-t-il. Est-ce que tu t'amuses ?

– Je passe un bon moment, lui sourit-il.

– Tant mieux, répliqua-t-il. Parce que moi aussi je passe un bon moment.

Buck avait bien mangé et semblait rassasié. Le repas était délicieux, ce qui devait le changer agréablement de son régime alimentaire pour le moins austère.

Le ciel demeurait bleu azur, à peine troublé par le passage occasionnel de quelques oiseaux de mer. La brise soufflait par intermittence, suffisamment pour rafraîchir un peu l'air suffocant, et le rythme constant des vagues venait parfaire la tranquillité ambiante, réchauffer par les rires de leur drôle de tablée.

Quand ils eurent fini de déjeuner, tout le monde aida à débarrasser les tables et à ranger les victuailles restantes. Les tables furent repliées et les transats réarranger vers l'océan.

Buck fut entrainé sur le sable par les enfants pour un jeu de ballon, puis dans la confection d'un gigantesque château de sable.

Il riait, parfaitement détendu et à l'aise.

– C'est un oiseau rare que tu t'es dégotté Eddie, souffla Karen en le rejoignant.

– J'en suis plus que conscient, lui admit-il.

Karen était devenue une bonne amie depuis la mort de Shannon.

Les deux femmes s'entendaient si bien et son avis comptait énormément pour lui. Si elle approuvait Buck et leur relation, alors Eddie savait qu'il avait tout à gagner à avoir Buck dans sa vie.

– Rare et fragile, confirma-t-elle. Mais lumineux comme le soleil.

– Avec un cœur plus grand que le Texas, sourit-il.

– Prend bien soin de lui.

– J'y compte bien.

Buck se redressa soudain et les enfants lui sautèrent dessus.

Il fit quelques pas en appelant à l'aide, sous le regard amusé des adultes, avant de tomber dramatiquement sur le sol sous les rires et les cris de joie des enfants. Il fut bientôt enseveli de sable et les enfants entamèrent une danse de la victoire tout autour de lui.

Puis, Buck grogna comme un monstre et se sortit de sa prison, avant de courir après les enfants qui hurlèrent de joie en courant en tous sens. Grâce à ses longues jambes, il ne mit pas longtemps à les rattraper et à tous les prendre dans ses bras pour les ramener vers leurs parents.

Il les déposa sur le sol devant Eddie et se secoua pour se débarrasser du sable qu'il devait avoir un peu partout sur lui et dans des endroits qu'Eddie préférait ne pas imaginer tant que son short de bain ne cachait rien de ce qu'il pouvait ressentir.

Au lieu de ça, il distribua des jus aux enfants et lui tendit une eau gazeuse, que Buck accepta avec reconnaissance. Eddie regarda sa pomme d'Adam tressauter alors qu'il avalait plus de la moitié de la bouteille d'un coup.

Il vit une goutte d'eau s'échapper de ses lèvres et rouler sur sa mâchoire jusque dans son cou et il dû détourner le regard une fois de plus. Il devait se reprendre et y aller doucement. Buck était blessé et il avait besoin de lui faire confiance avant de se laisser aller avec lui.

Quand le jeune homme lui sourit, Eddie ne put que lui répondre avec tendresse.