Ce soir là, Ace réussit (à son grand étonnement et avec très peu d'argumentation) à convaincre Marco de sortir pour une balade nocturne. Que le blond, pourtant si sérieux, se laisse entraîner dans une pareille escapade au beau milieu de la nuit amusait beaucoup le plus jeune.
-Ne préfères-tu pas dormir ? le railla cependant le commandant en se souvenant de ses plaintes matinales.
Ace grimaça, sachant qu'ils se lèveraient probablement tout aussi tôt le lendemain. Mais il décida avec sagesse que c'était un problème pour le lui du futur. De toute façon, Ace aura largement le temps pour une sieste ou deux l'après-midi.
Gardien et prisonnier s'étaient mis d'accord pour rester à bord du navire quelques jours de plus plutôt que d'aller visiter l'île, voyant que Teach ne débarquait pas non plus. Ils craignaient un acte à l'encontre du cuisinier blessé pour le faire taire avant les retour de ses souvenirs. Ou du moins qu'il manigance quelques choses.
La majeure partie de l'équipage partirait directement sur Vorthale, comme toujours impatients de voir autre chose que leur sempiterne navire après des semaines en mer. Beaucoup parlaient déjà de leurs projets, impliquant souvent des bars et clubs, mais également des magasins quelconques. Et de profiter des plages. Ace se demanda un instant ce qu'en penseraient les touristes en croisant un groupe mal famé de pirates cicatrisés et armés jusqu'aux dents en train de bronzer sur le sable.
En attendant, le plus jeune se contentait profiter de l'air frais de la nuit alors qu'il se faufilait avec Marco. La compagnie du ciel étoilé lui manquait depuis qu'il avait été déplacé de son nid-de-pie bien aimé. Il savait que son aîné appréciait également la quiétude nocturne, l'ayant souvent aperçu illuminer le ciel de sa forme de phénix. Bien que ce ne serait pas possible ce soir là, cela pourrait soulever trop de questions. Notamment de savoir pourquoi il laissait un dangereux prisonnier sans surveillance pour cabrioler dans les airs. Alors, une seule menotte cerclait son poignet pour une liberté relative tandis qu'il gardait l'autre partie prête à être attachée au moindre signe d'approche d'un membre de l'équipage.
Il y avait toujours un ou deux gardes de nuit, utiles pour surveiller les intempéries et la trajectoire du navire lorsque jeter l'ancre était impossible. La plupart du temps, ils observaient la mer du haut de l'un des nombreux nids-de-pie du bateau pour s'assurer qu'aucun ennemi n'essaye une attaque surprise sous couvert de l'obscurité. Ils descendaient parfois pour des tours de rondes, une pratique renforcée depuis les quelques actes rebelles des Spades. Cependant, leurs trajets étaient assez prévisibles. Avec Marco, cela ne serait probablement pas un problème.
L'absence totale de lune dans le ciel les rendait presque invisibles lorsqu'ils se glissèrent silencieusement sur le pont. Les étoiles les contemplaient du haut de leur froide pâleur, impuissantes à chasser les ténèbres. L'agitation des vagues en contrebas suffisait à dissimuler le son de leurs pas hésitants. L'air avait ce goût familier mais si addictif d'interdit et d'aventure. Une combinaison dangereuse.
Ace n'y voyait pas grand chose. Pour être plus exact, il était pratiquement aveugle, ne distinguant même pas à deux pas devant lui. Il commençait à regretter son idée lorsqu'il trébucha pour la troisième fois sur un cordage et que son épaule se cogna contre un obstacle. Il en attribuait une partie de la faute aux les vagues qui agitaient le bateau dans un balancement irrégulier.
Il entendit un petit souffle entre amusé et doucement exaspéré à sa droite. Il pouvait sans mal imaginer son compagnon d'aventure rouler des yeux même sans le voir.
-Là.
Avant qu'il n'ait le temps de réagir, une main chaude attrapa son avant-bras, l'encourageant à le suivre d'une douce traction. Ace empêcha fermement ses flammes de répondre au toucher innocent et pourtant si invitant. Il n'osa pas protester ni se dégager, le cœur s'accélérant à la possibilité de se faire repérer par l'un des guets.
Habilement, Marco commença à le guider à travers les obstacles. Le jeune homme se demanda un instant si le phénix avait une vision nocturne ou s'il connaissait simplement le navire à la perfection. Probablement un mélange des deux, décida-t-il après quelques secondes de réflexion.
-On contourne par tribord, il y aura bientôt un tour de garde, lui chuchota Marco.
Ace tressaillit en l'entendant bien plus près qu'il ne s'y attendait. L'autre homme pouvait avoir une présence très discrète. Il se laissa entraîner à sa suite. La main sur son bras glissa légèrement plus bas. Elle encerclait désormais lâchement son poignet, leurs paumes se frôlant parfois lorsqu'ils bougeaient.
Il y eut un grincement un peu plus loin et tout deux se figèrent. Mais après une quelconques secondes d'attente, ils se détendirent. Ça ressemblait plus aux gémissements du vent dans les voiles qu'à une présence humaine.
De toute façon, les gardes portaient des petites lanternes qui signalaient leurs présence de loin. Pour l'instant, ils ne bougeaient pas du nid-de-pie.
Ils réussirent à atteindre un renforcement assez discret du pont, au bord du bastingage. Une pile entreposée de caisses les cachait hors de la ligne de mire des sentinelles. La mer s'étendait devant eux, immense et invisible dans la nuit. Seuls les minuscules points d'étoiles qui s'y reflétaient et le grondement de la houle trahissaient sa présence.
Marco finit par lâcher sa main lorsqu'ils s'assirent.
Ils restèrent ici un moment, s'imprégnant de l'ambiance. Pas de rôles à jouer, de décision à prendre ni de responsabilités. Pas même de commandant, de capitaine, de prisonnier. Ici, ils étaient juste deux camarades de quiétude, égaux et fatigués.
Ace finit par briser le silence en premier. Cédant à la curiosité, il demanda à son aîné de lui raconter certaines aventures des Barbes Blanches. S'il allait intégrer l'équipage pendant un certain temps, il voulait connaître leurs histoires. Marco se plia à la demande, un sourire audible gagnant sa voix alors qu'il détaillait certains des lieux les plus étranges ou intéressants qu'il avait pu voir.
-Il y a aussi cette île appelée Pekal. On la surnomme l'Île sans ténèbres. Les rochers absorbent la lumière du soleil pour éclairer la nuit, c'est vraiment splendide.
Les étoiles dans les yeux, Ace l'écouta parler, posant de temps en temps quelques questions. En retour, il partagea comment les Spades s'étaient retrouvés piégés par l'atoll d'Eracia construit sur le modèle d'un labyrinthe. Ils avaient fini par en défoncer les murs pour s'échapper. Le phénix se moqua et les appela des bourrins sans subtilité.
-Hé ! C'est facile d'être un oiseau qui peut voler et voir la sortie d'en haut ! protesta Ace.
Pour bien montrer sa désapprobation, il fronça les sourcils dans la direction général où il imaginait que son interlocuteur se tenait. Du moins il l'espérait. Pour tout ce qu'il en savait, il pouvait tout aussi bien être en train de fixer ses cheveux. Cela ne devait pas être très intimidant.
Puis il grimaça en se rappelant d'un détail de l'histoire qu'il avait voulu oublier, ses ongles un peu trop longs éraflant la surface granuleuse du parquet :
-En plus, l'île suivante était couverte de serpents. Des petits, mais venimeux et rampant à une vitesse terrifiante. J'ai dû constamment garder une barrière de feu autour de l'équipage le temps de réinitialiser le logposs.
Il frissonna de dégoût au souvenir de toutes ces ombres ondulantes, fixant sur eux des yeux étroits et sournois. Il n'avait rien contre les serpents, honnêtement, surtout après en avoir si souvent rencontré dans la jungle de Goa. Ils pouvaient faire d'excellents repas. Mais même pour lui, c'était beaucoup trop. Ils sortaient de partout, de chaque fissures, derrière chaque rochers et tombant par dizaines des arbres à leur passage. Les Spades s'en étaient tous sortis avec un traumatisme plus ou moins prononcé et une haine viscérale contre les animaux.
Surtout Ganryu qui s'était égaré hors de la barrière incandescente un seul instant. Et le suivant, il se retrouvait encerclé, obligeant le capitaine à le secourir. En tant que Logia, Ace ne craignait techniquement pas d'être blessé par leurs morsures mais même des mois après, il avait toujours l'impression de les sentir grouiller sur lui, à même sa peau et jusque dans ses vêtements. Il n'avait alors eu aucun scrupule à s'immoler par le feu et les réduire en cendres.
Entre moqueur et compréhensif, Marco lui tapota l'épaule dans une parodie de geste rassurant, ajoutant un "N'y pense plus, c'est fini" très vexant.
Ace chassa sa main avec un claquement de langue agacé.
En échange, le commandant se retrouva à narrer leur périple dans la cité de Dilz, construite sur un arbre gigantesque qui avait poussé dans l'océan. Les habitants vivaient apparemment sur les branches, avec des tas de passerelles et d'échelles pour passer d'un point à l'autre.
Mais des contrebandiers avaient voulu exploiter l'arbre pour la construction navale, alors les habitants natifs aidés des Barbe Blanche défendirent l'endroit bec et ongles.
Alors que le commandant finissait de raconter l'affrontement final, une petite lumière tremblotante attira leur attention et les fit taire. Cela venait de l'intérieur du navire, probablement quelqu'un se promenant avec une lanterne à la main.
Ace, si proche qu'ils se frôlaient, sentit Marco hausser les épaules plus qu'il ne le vit. La chemise violette effleura son épaule nue au mouvement. Et il retint brièvement son souffle.
-Ça doit être un membre de l'équipage, éluda son gardien.
-Croise les doigts pour que ce ne soit pas un Spade en vadrouille, le taquina le prisonnier. Ou un fantôme...
Le phénix gloussa presque silencieusement.
-Tu sais, il y a quelques années, Thatch s'amusait à nous faire croire que le navire était hanté. Il rôdait de nuit avec une couverture blanche, c'était ridicule. Surtout le moment où on l'a pris sur le fait.
Ace se pencha automatiquement vers Marco, impatient d'entendre cette nouvelle information. L'obscurité rendait toujours difficile de savoir où il posait ses yeux. Il y eut une courte pause et une poignée de secondes de tension incompréhensible. Puis le doux froissement de tissus en mouvement.
Ça sonnait proche.
Tous les sens d'Ace étaient exacerbés par l'absence de vue et une attente électrique. Il croyait presque sentir le souffle d'une légère respiration sur sa peau.
Puis plus rien.
Un peu incertain, Ace recula et appuya son dos contre les caisses derrière lui, espérant donner une impression de détachement. Son regard se releva vers les étoiles, seul point d'accroche de sa vision. Il se mordilla la lèvre, se demandant pourquoi l'atmosphère semblait durant ces quelques secondes avoir changé.
Ce n'était sûrement que son imagination.
Il se racla légèrement la gorge.
-Et donc, comment avez-vous découvert que Thatch était le fantôme du navire ? essaya-t-il de relancer.
Heureusement, Marco répondit, son ton soigneusement neutre ne laissant rien transparaître. Et ainsi, ils replongèrent dans les récits, anecdotes après anecdotes. Aucun d'eux n'accorda la moindre pensée à la mystérieuse lanterne qui avait interrompu leur discussion plus tôt.
Peut-être auraient-il dû.
Quelques minutes, ou peut-être des heures plus tard, Ace fermait les yeux. D'une manière où d'une autre il se retrouvait à moitié appuyé sur son compagnon de soirée dont la voix se fondait agréablement dans le grondement de l'océan. Ce n'était pas ennuyant, juste... Apaisant. Son corps se faisait alors de plus en plus lourd et son esprit s'égarait. Il était bien là. Marco ne l'avait pas encore repoussé. Alors il pouvait se permettre de rester quelques secondes de plus. Juste le temps de reposer ses yeux. Juste un peu...
Et ainsi, il s'assoupit sans s'en rendre compte, son sommeil bercé par ces douces vagues qui lui chuchotaient d'innombrables promesses d'aventures. Il ne remarqua jamais le son discret d'une expiration indulgente, pas plus que les puissants bras passant sous son dos et ses jambes.
Il resta évanoui au monde, bougeant seulement dans son inconscience pour s'accrocher alors qu'il était porté jusqu'à la chambre.
Le réveil au matin fut aussi difficile que prévu. Ils n'auraient pas dû veiller aussi tard, et maintenant Ace le regrettait. Enfin, pas tout à fait.
Cependant, il essaya tant bien que mal de s'enterrer sous la couverture quand Marco le réveilla. Il résista vaillamment, du mieux de ses capacités à moitié endormies mais dut rapidement céder la victoire à son aîné bien trop persuasif. Alors, pleurant à regret son nid chaud et confortable, il finit par se lever. La fenêtre ne laissait qu'à peine filtrer une ténue lumière rose. Définitivement beaucoup trop tôt.
Il ne demanda pas comment il avait atterri dans le lit, la réponse assez évidente mais ne manquant pas de l'embarrasser. Alors il n'en dit pas un mot, essayant de prétendre qu'il n'avait absolument pas été déplacé comme un enfant ou un animal de compagnie. Et il savait de quoi il parlait : Kotatsu adorait être transporté dans les bras de son capitaine. Sa centaine de kilos rendait la tâche ardue mais Ace n'était rien sinon très dévoué et un peu trop entiché de son lynx géant. Les Spades s'en moquaient souvent quand il roucoulait sur le félin qui se blottissait contre lui et ronronnait si fort que son corps en tremblait. Il leur jetait en retour un regard noir, proférant des menaces vides.
Le duo sortait à peine lorsque le guet du jour cria un retentissant "TERRE ! TERRE EN VUE !". Immédiatement, le Moby Dick bourdonna d'exclamations exaltées et de trépignements impatients. Ils n'étaient pas encore très nombreux dehors à cette heure-ci, bien qu'un peu plus que les autres matins. L'enthousiasme de l'excursion les avait convaincus de quitter leur lit. Pour voir l'île, certains escaladèrent même les mâts sous les rires des mouettes. Il fallait encore attendre un peu plus d'une heure avant de l'atteindre mais cela ne les décourageait pas.
Le mot se répandit comme une traînée de poudre et de plus en plus de pirates affluaient sur le pont, réveillés par le brouhaha. L'excitation montait crescendo en une vibration quasi constante de centaine de pas s'activant, préparant déjà une plus petite embarcation pour accoster dans un joyeux tintamarre. Ace resta à l'écart, les regardant avec envie s'affairer.
Peu à peu, les douces collines leur apparurent, révélant leurs flancs boisés qui encadraient des plages de sable blanc. Au centre s'élevait une montagne escarpée d'une teinte bleutée par la distance.
Vorthale s'approchait à vue d'œil.
Sur son chemin, le Moby croisa une poignée de navires marchands, preuve de l'activité commerciale du lieu. À chaque fois, les marins les saluaient avec enthousiasme en reconnaissant le Jolly Roger à moustache et la figure de proue en forme de baleine. Ils semblaient très heureux de les voir, leur île étant sous protection de l'équipage du géant.
Les pirates mouillèrent l'ancre à quelques kilomètres du rivage. Sage idée d'après ce dont Ace se souvenait de la topographie des fonds marins. S'ils s'approchaient plus, le gigantesque Moby Dick risquait de s'échouer dans les traîtres fond sableux, trop peu profonds.
Ils s'ancrèrent à l'ouest, là où l'île bloquait le vent qui soufflait souvent contre le flanc l'opposé. Comme la plus grande ville se trouvait au sud-est, le bateau de débarquement allait devoir faire le tour.
Leur capitaine fut l'un des derniers à sortir, escorté par trois infirmières.
Ace les regarda d'un air dubitatif monter dans l'embarcation d'ordinaire assez grande pour que deux ou trois divisions puisse y coexister plusieurs jours. Seize divisions semblait être un nombre un peu excessif, mais ils devaient avoir l'habitude car personne ne se plaignit.
Le bateau s'enfonçait un peu trop dans l'eau à cause du poids, et Ace soupçonna qu'ils s'approchaient dangereusement de la limite prévue. Barbe Blanche riait, portant certains de ses fils sur ses épaules pour plus de place. Ils y étaient extrêmement entassés mais au moins ce n'était que pour quelques minutes. S'ils ne chaviraient pas avant.
Seuls Marco, Izou, Vista et Thatch restaient sur le vaisseau-mère parmi les commandants, ainsi qu'une petite centaine de divers membres, sans compter les Spades.
Ils regardèrent s'éloigner le groupe et Ace se détendit devant le pont soudain vide, alors que chacun retournait à ses occupations. Mais même ainsi, il restait un frisson indéfinissable de tension réprimée dans l'air. Sûrement l'excitation des pirates encore à bord, ça redescendra bientôt, se rassura-t-il en secouant la tête pour se débarrasser du sentiment de nervosité.
Moins de monde présent signifiait qu'Ace et Marco avaient désormais une plus grande marge de manœuvre. Ils pouvaient globalement faire ce qu'ils voulaient sans la surveillance constante de milliers d'yeux. Du moins, s'ils se faisaient assez discret pour ne pas éveiller les soupçons.
Le plus jeune supplia son aîné de lui laisser un peu de temps dans le dortoir des Spades pour y retrouver son équipage. Il devait absolument leur parler de sa discussion avec Barbe Blanche, de l'intégration temporaire à l'équipage du Yonko. Leur opinion comptait beaucoup pour lui et trancheraient son dilemme. Même s'il se sentait un peu nerveux de leurs futures réactions.
À vrai dire, il n'eut même pas à insister pour que Macro accepte. Après une semaine à passer chaque instant ensemble, le phénix ne pouvait qu'apprécier de retourner vaquer à ses occupations, sans constamment se soucier de maintenant son acte avec le prisonnier. Au cas où certains s'étonneraient de voir le blond non-accompagnés, ils eurent juste à s'arrêter pour prévenir Izou. Il pourrait leur servir d'alibi en prétendant avoir gardé Ace.
Le geisha, alors retranché dans se chambre, roula des yeux à la demande mais acquiesça, tout en continuant de pincer les cordes de son shamisen en une douce mélodie.
Ace s'orienta facilement jusqu'au dortoir occupé par les Spades, Marco à sa suite. Il s'y était suffisamment faufilé avant son emprisonnement pour connaître le chemin par cœur. Un bon capitaine devait à tout instant pouvoir retrouver son équipage. Cependant, au lieu d'entrer, il s'arrêta brièvement devant la porte. Sa main plana à quelques centimètres de la poignée, incertain du déroulé de sa future conversation avec ses coéquipiers. Il ne savait pas encore comment aborder le sujet.
Mais quoi qu'il arrive, ils étaient ses amis, ses nakamas. Entendre le léger bourdonnement de leurs voix à travers la porte suffit à lui donner un regain de détermination. Il redressa sa posture, ramenant un sourire sincère sur son visage alors qu'il ouvrait la porte avec un peu trop d'enthousiasme.
-Oï, je suis de retour !
La dizaine de pirates présents stoppa ses occupations l'entrée inattendue et bruyante.
Aussi maladroit que d'habitude, Leonero tomba du lit superposé avec un couinement, manquant de quelques centimètres de percuter dans sa chute Skull et Milhar qui jouaient aux échecs. Ils l'interceptèrent d'un geste habitué, sauvant ainsi leur partie. Tous se tournèrent pour fixer des yeux ronds sur Ace.
Cornelia fut le premier à se reprendre.
-Capitaine !
L'exclamation fut vite reprise par les autres, heureux de pouvoir de nouveau interagir avec lui. Assis en haut d'une armoire, Pinnacle battait des pieds dans le vide comme un chiot excité, semblant prêt à bondir au cou d'Ace. Mais il jeta quelques regards nerveux vers Marco qui semblait le dissuader par sa présence. En fait, tout le monde gardait une distance prudente, peu sûrs de pouvoir le rejoindre, bien que l'envie était claire dans leur expression.
Le phénix mit fin à leur dilemme en jetant les clés de menottes à Ace.
-Je repasse dans deux heures, n'attirez pas l'attention sur le dortoir, conseilla-t-il.
Le sourire d'Ace redoubla d'intensité à l'idée de passer autant de temps seul avec ses amis. Il allait finir par lancer un nouveau culte pour le commandant.
-Merci Marco, on fera attention, promis !
Le phénix hocha la tête avant de s'éclipser, sa chemise tournoyant à sa suite en un chatoiement de violet tandis que la porte se fermait discrètement.
Saber, le plus proche, piqua les côtes de son capitaine de son coude et siffla :
-Eh bien !
Ace pencha la tête sans comprendre ce qu'il voulait dire par là et les autres ricanèrent comme s'ils partageaient une blague particulièrement drôle. Il haussa les épaules pour lui même. Ses amis pouvaient être étranges parfois.
Il y eut un bref silence où tous semblèrent réaliser au même moment qu'ils étaient de nouveau réussis, sans surveillance d'un pirate ennemi. Ace eut à peine le temps de finir de se débarrasser des menottes que tous se jetaient sur lui. Ils se pressaient contre lui avec des "Tu nous as manqué cap'taine !" "On était inquiets" "Cornelia a même pleuré quand ils t'ont enfermé" "IL MENT NE L'ÉCOUTE PAS !"
Ace rit, submergé et à moitié étouffé sous une armée de bras cherchant à le toucher, l'étreindre et lui ébouriffer joyeusement les cheveux. Ses précieux nakamas. Sa famille.
-Moi aussi je suis content de vous retrouver les gars, avoua-t-il dans un souffle.
Saber le sauva après une poignée de minutes en le tirant hors de la mêlée.
-Doucement les gars, vous allez l'écraser. Quelqu'un pour aller chercher le reste de l'équipage ?
-J'y vais ! se dévoua Kimel en enfonçant son bonnet sur ses yeux avant de sprinter à l'extérieur.
Le Moby était grand mais l'homme avait un extraordinaire sixième sens pour retrouver ses compères, alors le jeune capitaine ne s'inquiéta pas. Skull se dirigea vers l'une des armoires et en sortit un chapeau. Plus précisément LE chapeau, celui qui avait accompagné Ace dans d'innombrables aventures. Un souvenir, offert par Luffy, et un réconfort dans les moments les plus sombres. Son ami le lui tendit, souriant derrière son masque de crâne.
-On te l'a gardé en sécurité.
-Merci, dit il sans pouvoir empêcher la pure sincérité de transparaître dans sa voix.
Il inspira profondément en sentant enfin de nouveau le poids familier sur ses cheveux. Sa main tira légèrement sur le bord du chapeau pour l'incliner devant ses yeux. L'ombre cacha confortablement son expression comme une parodie de pose mystérieuse.
-Notre Ace-chan est toujours aussi cool, soupira Barry avec une adoration seulement à demi feinte.
Beaucoup firent part de leur accord. Le capitaine finit par s'assoir sur l'un des lits, entouré par ses amis qui commencèrent à lui raconter leurs dernières aventures. C'est à dire tout leurs méfaits lors de leurs tentatives de libération. Et il y en avait en effet beaucoup. Ce n'était pas pour rien que les Spades avaient pour devise "Qui s'y frotte s'y pique".
-... on a fini par saboter leur filtre à eau pour les forcer s'arrêter sur une île, mais un des commandants l'a vite réparé ! se plaignit Pinacle.
Barry ajouta :
-On voulait même appeler Kaido avec leur escargophone pour le provoquer. Mais Kukai a été repéré en se faufilant dans la salle d'information. Et après ils étaient trop méfiants en surveillant les communications de près.
-Et comme après on n'a pas non plus réussi à attirer des monstres marins pour attaquer le bateau, on a donc appris à Kotatsu à faire ses griffes sur le mât, conclut logiquement Leonero.
D'autres membre de l'équipage arrivaient dans le dortoir au fur et à mesure des histoires, saluant joyeusement Ace à grand coup d'étreintes et de tapes sur l'épaule. Au final, la vingtaine de pirates fut réunie autour de lui, ajoutant parfois quelques précisions à la narration. Kotatsu rampa à moitié sur ses genoux et Deuce, assis à terre, appuyait son dos contre ses jambes.
-Vous êtes beaucoup trop inventif, rit Ace à l'écoute de leurs projets de chaos
-La majorité des plans vient de Deuce, Mihar et Skull, l'informa Esmée.
Cela ne le surprenait pas venant du trio intelligent du groupe. Bien que normalement, ils l'utilisaient pour éviter les problèmes plutôt que pour en créer. Mais une fois leurs trois cerveaux concentrés sur un objectif, ils avaient un incommensurable potentiel de destruction. En plus de toutes les idées saugrenues venant de l'esprit dérangé des autres Spades. Aucun d'eux n'était à sous estimer.
-Dommage qu'on ait dû arrêter. D'ailleurs cap', heureuse de voir que t'as l'air de plutôt bien t'entendre avec ton gardien, le taquina Banshee.
-En fait... On a plus ou moins conclu une trêve, commença Ace un peu nerveux. Vous savez, vu que nous allons peut-être rester quelques temps sur ce navire.
Il se rendit compte qu'il y avait là une bonne entrée en la matière pour parler du futur de son équipage. Ducky se pencha en avant, le regard perspicace.
-Seulement jusqu'à ce que tu sois innocenté ? demanda-t-il.
Ace inspira.
-J'ai... Discuté avec Barbe Blanche.
Il tortilla distraitement la cordelette de son chapeau et Kotatsu essaya de l'attraper entre ses pattes. Cela lui tira un petit sourire malgré sa nervosité alors qu'il passait une main dans l'épaisse crinière. Mais il redevint vite sérieux et prit un instant pour regarder tour à tour ses camarades dans les yeux. Aucun ne parla, l'encourageant silencieusement à continuer son explication.
-Je me suis rendu compte que je suis loin d'être assez fort pour le vaincre. Je suis encore jeune, je ne parviens pas encore à suffisamment maîtriser le haki et plusieurs gros équipages commencent à m'avoir dans le collimateur. Sans parler de la marine.
-On a nous aussi besoin de plus d'entraînement, acquiesça doucement Aggie. Pour pouvoir t'accompagner et réaliser nos rêves.
-On a même pas pu se défendre contre les pirates de Barbe Blanche, ni te libérer de tes prisons, soupira Deuce.
Tous acquiescèrent gravement, l'air honteux de ne pas avoir sû protéger leur capitaine. Ace ressentit une bouffée d'affection pour son équipage. Ils n'avaient pas à prendre la responsabilité de ses erreurs. Il secoua la tête doucement.
-C'est l'équipage le plus fort du monde. J'aurais dû le réaliser avant d'attaquer et de me faire stupidement prendre. Vous vous êtes retrouvés embarqués dans cette histoire à cause de mon propre choix. Et de mon entêtement.
-Avec tout ce que tu as fait pour nous cap'taine, on te suivra volontiers mille fois dans les ennuis s'il le faut, gloussa Pinnacle.
Son rire contagieux s'étendit aux autres membres qui l'approuvèrent joyeusement. Ace, des papillons dans le ventre, se demandait ce qu'il avait fait pour mériter une telle profession de foi. Il inspira, un peu plus confiant pour continuer.
-J'y ai réfléchi et... Peut-être que nous devrions rejoindre les Barbe Blanche pendant quelques mois. Le temps d'être plus forts, d'appendre à leurs côtés. Je n'ai pas encore pris de décision, ça vous concerne aussi alors je suivrai votre avis.
Il y eut un silence réfléchi à la proposition inattendue.
-Cela... Pourrait être une bonne idée, commença prudemment Mihar. Mais leur capitaine n'y verra-t-il pas un problème ?
-J'en ai discuté avec lui et il est même d'accord pour quelque requêtes supplémentaire pour avoir sauvé son commandant et s'excuser des soucis causés.
Bien entendu, Deuce demanda immédiatement quelles étaient ces requêtes. Ace leur expliqua tout, certain que le trio intelligent l'informerait des failles ou des détails à rajouter. Ils l'écoutaient avec attention, discutant parfois de certains des demandes. Pour la plupart, ils en semblaient satisfaits.
-Et j'ai aussi demandé à ce que vous soyez libres de rester ou de partir à tout moment. Je ne veux pas vous bloquer ici les gars, termina-t-il.
Beaucoup roulèrent des yeux ou reniflèrent d'amusement, sourires en coin et Kotatsu mordilla gentiment ses doigts. Deuce appuya sa tête un peu plus fermement contre ses genoux, la relevant pour rencontrer son regard à l'envers.
-N'espère pas te débarrasser de nous aussi facilement, on te suivra où que tu ailles.
Il ne vit aucune hésitation dans les visages qui le fixaient avec la même détermination. Une boule dans la gorge, le jeune homme voulu protester contre cette preuve de dévotion totale mais son second continua, implacable :
-Et même si à la fin tu décides de rejoindre définitivement Barbe Blanche, on sera toujours à toi avant tout, idiot de capitaine.
À l'entente de l'affection indéniable dans son ton, Ace ne put rien y répondre, certain que sa voix se fissurerait s'il essayait même. Il passa simplement ses doigts dans les mèches bleues de son ami en un remerciement muet.
Banshee détourna habilement l'attention en demandant à l'équipage la division qu'ils souhaitaient rejoindre. Tous le savaient déjà plus ou moins selon de leur style de combat et capacités. Depuis l'arrivée sur le bateau, ils avaient eu le temps de se familiariser avec le fonctionnement interne, faisant même quelques tâches pour s'occuper alors qu'Ace combattait sans relâche le capitaine géant.
De petits groupes commencèrent à discuter de l'intérêt de telle ou telle spécialité, dans un apaisant chahut. Il se contenta de rester là à les écouter aller et venir autour de lui, s'imprégnant du confort de toutes ces présences.
Aspirant chacun de leurs rires francs, leurs regards confiants et ces milles petits gestes affectueux, comme de l'air fais après une éternité sous l'eau. Il était à sa place ici, au milieu de plaisanteries, d'odeurs et de voix familières. Un creux en lui dont il n'avait jusqu'alors même pas conscience se combla. C'était ce sentiment qu'il attribuait à sa maison.
Et ça lui avait manqué.
NDA : Ace s'est rapproché de Marco, et les Spades ont un peu plus de temps d'écran (parce que je les aime, et qu'ils n'étaient pas assez présents dans l'histoire)
C'était l'avant dernier chapitre ! Il y aura un peu -beaucoup- plus d'action dans le suivant, alors à la semaine prochaine !
