Chapitre XVII : Le plus fort du monde.
Avez-vous déjà testé la colère,
De ceux que l'on appelle Feudenfer ?
Prenez une sorcière dans son lit et allumez autour un brasier.
À sa naissance l'enfant aura probablement cette affinité.
Sur le phénix il aura peut être autorité ?
Note au Don n.17 du Codex de Serpentard
Tom se souvenait très bien de ce jour particulier où sa famille avait été agressée. Il enseignait depuis à peine plus d'un an. C'était un mois de février maussade et gris, Tom avait donné une dissertation à ses septièmes années qui planchaient dessus les yeux fiévreusement baissés sur leur rouleau de parchemin. Ainsi, il était à peu près certain d'avoir la paix pour le restant de l'heure.
Seulement, au bout de quelques instants, il aperçut un petit serpent de papier quittant rapidement la porte de son bureau pour se déposer sur sa main. Le sang de Tom se glaça. Il avait confectionné lui-même ce sortilège en cas d'urgence. S'il arrivait quoi que ce soit, Méroé devait juste le sortir du corsage de sa robe et il serait prévenu aussitôt. Si le petit serpent de papier était là, c'était que justement quelque chose n'allait pas. Il quitta aussitôt la pièce sous le regard inquiet de ses élèves. Dans un mouvement de cape, Tom marcha dans les couloirs d'un pas vif et pressé. Il trouva Picott en train de balayer dans le grand escalier et lui ordonna de surveiller son devoir. Son ton était si glaçant et si sec que le cracmol s'exécuta en blêmissant.
En resserrant sa prise sur l'origami, il quitta prestement Poudlard pour se diriger vers la lanceuse, Méroé elle-même. Il atterrit dans son salon et se figea à la vue qui se présenta à lui.
Sa femme ensanglantée venait d'arriver et tenait dans ses bras Salazar et Médusa. Elle était tétanisée, les enfants pleuraient toutes les larmes de leur corps et à l'autre bout de la pièce, Tinny et Duddy étaient en train de taper à coup de casserole une forme évanouie.
—Le méchant sorcier roux a tué Maman Manille ! hurlait Duddy en écrasant sa poêle sur le crâne de l'évanoui. Il a tué Manille !
Tom stupéfixia d'un revers de main le sorcier évanoui. Son épouse le remarqua alors et lui offrit un regard transi de peur.
—Que s'est-il passé ? gronda-t-il en commençant à remettre ensemble les morceaux du puzzle. Parle !
Sa femme lui répondit, mais paniquée elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle ne lui parlait plus anglais. Elle articulait des mots gitans en criant des insultes à l'encontre de l'homme évanoui tout en serrant d'autant plus fort les enfants en train de pleurer. Elle continuait dans sa lamentation tzigane.
—Pas dans cette langue ! siffla Tom. Dis moi ce qu'il s'est passé !
—J'étais… j'étais dans l'Allée des Embrumes avec les petits… Deux hommes nous ont sauté dessus. Ils voulaient les gosses. Manille a réussi à repousser l'un d'entre eux qui tenait Salazar. Elle a été projetée contre le mur et tuée d'un maléfice. J'en ai supprimé un. Ensuite, Duddy m'a attrapé la main, j'ai pris les petits mais ce sorcier s'est accroché à ma robe.
Elle berçait contre elle Salazar en essayant de le calmer, tandis que Tom tournait son regard vers la forme évanouie. Les elfes avaient cessé de le frapper et pleuraient désormais en accusant le deuil. Tom ne leur porta pas une seconde d'attention et retourna le sorcier. Tom le reconnaissait très bien. C'était Fabian Prewett, un ancien septième année qu'il avait eut l'année précédente avec son jumeau Gidéon. Son sang se glaça dans ses veines et une sourde colère l'envahit. Médusa sanglota et essaya de lui happer la jambe quand il revint d'un pas furieux.
—Pars pas ! Reste ici !
—Dans ma chambre, maintenant !
Il fit se téléporter le corps au fond d'un cachot et saisit rudement sa cousine par la main alors qu'elle tenait les enfants. Il s'engagea brutalement dans le couloir alors que son sang battait dans ses veines à toute allure. Salazar Serpentard avait sombré dans la paranoïa sur la fin de sa vie. Cette chambre qui avait été la sienne était la plus protégée des marais. Personne ne pourrait entrer si Tom n'en donnait pas l'ordre. Il jeta sa femme et les enfants à l'intérieur et ferma la porte. Il ne savait pas si le sorcier avait été suivi ou si des sortilèges de traçage étaient posés sur lui, auquel cas il ne serait pas le seul à débarquer.
De là, il appela les elfes. Ceux-ci apparurent piteux et tremblants en pleurant toutes les larmes de leur petit corps.
—Allez récupérer le corps de votre mère. Duddy, tu resteras posté là-bas une fois cela fait. Je veux savoir qui vous a vu, qui était là, et qui aurait vu quelque chose. Tinny, va ensuite au Derby prévenir Malefoy. Maintenant déguerpissez.
Ils s'exécutèrent et Tom descendit en écumant de rage vers le cachot. Fabian Prewett s'était réveillé, il était attaché et transpirait de peur panique.
—Oh, il est trop tard pour avoir peur. Il fallait y réfléchir avant. Qui vous a envoyé ?
D'un doloris il fit se contracter le corps du jeune homme qui hurla à l'agonie. Tom savoura avidement la douleur de cet homme mais n'en avait pas fini avec lui. Il fallait décharger sa colère absolument. Il utilisa l'impardonnable plusieurs fois et autres sorts de son cru en questionnant le jeune sorcier pendant des heures. À force, il sentit les défenses de Prewett commencer à craqueler.
—Je saurais faire preuve de clémence, finit par murmurer Tom à sa victime. Qui vous a envoyé et pourquoi ?
Il plongea son regard dans les yeux bruns de l'autre. Il était tellement faible que rentrer dans sa tête fut aisé.
—Pour… vous arrêter, Voldemort, articula difficilement Prewett. Tuez-moi comme votre femme a tué mon frère… Je m'en fiche.
—Allons, la petite Molly perdra deux frères de la sorte, ricana Tom. Vous ne mourrez pas Mr Prewett. Pas avant de m'avoir livré tous vos secrets.
—Ne touchez pas à Molly ! s'égosilla le jeune homme en frappant ses menottes sur le mur de pierre. Laissez-la tranquille sale monstre !
—Je vais vous laisser un peu cogiter là-dessus. Si la famille était si précieuse pour vous, vous n'auriez pas touché à ce qui est mien.
Il assomma de nouveau le sorcier et quitta le cachot en le fermant à double tour. Sa rage n'avait pas diminué, bien au contraire. En remontant vers le couloir menant à ses appartements et pensa qu'il n'y avait qu'un seul homme capable de lui nuire de la sorte. Un homme proche de la famille Prewett depuis des années : Dumbledore. Il n'en avait pas eut la confirmation mais l'aurait sous peu. Il n'était pas pressé. Là, il éprouvait le brûlant désir de retrouver les siens. Quand il ouvrit la porte de sa chambre, la nuit était tombée, les enfants étaient endormis sur son lit.
Leur visage serein l'apaisa à peine. Méroé était près de l'âtre de la cheminée, soignée et enroulée dans un plaid noir. Elle leva la tête à son arrivée.
—L'as-tu tué ? siffla-t-elle furieusement.
—Pas encore. Nous allons rester ici quelques jours. Personne ne sort de cette pièce.
Il tira sa baguette et lança un patronus pour avertir les Black. D'ici peu de temps il aurait le fin mot de l'histoire. Ses espions étaient déjà sûrement sur place, tout comme son elfe. Méroé s'était caché de la lumière du patronus d'un bond vif, elle siffla furieusement dès que l'hydre argentée eut quitté la pièce.
Tom lui tourna le dos et monta sur son lit. De là, il prit les petits corps de Salazar et Médusa en refusant de les lâcher. Sa prise était si forte sur eux que Salazar gémit dans son sommeil, mais c'était un instinct qu'il ne pouvait réfréner.
Aujourd'hui, en quelques secondes son plan aurait pu être entièrement détruit. On avait attenté à son sang, on avait tenté de les soustraire à lui.
—Qui a voulu atteindre le sang de notre sang ? demanda son épouse d'une voix brûlante.
—J'ai quelques suppositions, se borna à répondre Tom. Le temps que les choses se tassent, nous resterons ici.
—Enfermés ? siffla sa femme.
—Si dès que j'ai le dos tourné, les gosses sont en danger alors oui je vous enfermerai, rétorqua-t-il sur le même ton. Silence, ou je te ferai taire !
Son épouse lui jeta un regard impérieux et partit s'enrouler dans son plaid avant d'aller s'allonger sur le canapé attenant à la cheminée. Sa colère était le cadet des soucis de Tom. Non ce qui comptait c'était les petits corps respirant doucement contre lui. Ça, c'était ce qui comptait et ne les lâcherait pas. Médusa gémit dans son sommeil et attrapa instinctivement la main de son jumeau. Tom la regarda faire, puis quelque peu apaisé par leur respiration, il s'endormit au bout de plusieurs heures.
Il n'émergea que plus tard. Il sentait le soleil sur sa peau, mais surtout une petite menotte en train de se poser sur sa bouche. Il réalisa alors qu'il ne tenait plus contre lui les enfants et ouvrit les yeux brusquement. Médusa qui était penchée sur lui retomba en arrière sur le matelas. Il visualisa au bout de la pièce Salazar en train de jouer avec Nagini et sur le canapé Méroé cachée du soleil sous l'épais plaid noir. Il se calma quelque peu. Tout allait bien, les enfants étaient là. Ils étaient sécurité avec lui. Il retomba en arrière sur les coussins.
—T'as fait un cauch'mar ? demanda la petite Médusa.
—On peut dire ça, se borna-t-il à répondre.
Agée d'à peine cinq ans, elle oscillait entre l'âge des bambins et l'enfance. Elle était maline pour son âge mais semblait avoir totalement oublié les évènements de la veille. Contrairement à Salazar, elle parlait depuis longtemps et le petit sourire de sa fille éveilla en lui des sentiments plus douçâtres. La fillette s'assit malhabilement près de lui en observant les lieux avec intérêt. Elle n'avait jamais été dans cette pièce et dans son esprit d'enfant cet endroit de la maison devait être un lieu exceptionnel. Cette formule d'exception fut suffisante pour qu'elle se retourne et plaque ses mains contre sa bouche avec un air joueur.
—J't'ai lancé un sort de Bloclang ! baragouina la fillette.
—Tu y arriveras un jour, promit-il calmement en enlevant les mains de sa fille de sa bouche. Salazar, reviens sur le lit.
Salazar qui était sur le dos de Nagini leva ses yeux bleus glacés vers lui et Tom y nota de l'effroi. Un sentiment qu'il laissait souvent transparaitre en sa présence. Son apaisement fut un instant remplacé par de l'agacement. D'un sifflement de sa part, Nagini enroula ses anneaux autour de son fils et le déposa avec douceur sur le sommier. Tom saisit le bambin par le col pour le rapprocher de lui. Ainsi, Tom était rassuré. Il l'avait à portée de main, comme sa baguette.
—J'ai faim, murmura Médusa. On va manger ?
Tom fit apparaître du bout de la baguette des coupes de glaces depuis les cuisines et avidement les enfants se servirent. Méroé n'avait toujours pas bougé derrière son épais plaid, sans doute était-elle en train de dormir. La journée d'aujourd'hui semblait presqu'être un jour de fête pour les deux enfants qui engloutissaient leur coupe de glace d'un air ravi. Salazar leva ses yeux vers lui alors qu'il était barbouillé de glace. Comme une vieille habitude, Tom essaya de lire ses pensées sans y parvenir. Son esprit était aussi silencieux que lui avec qui il ne parvenait pas à communiquer. Face à ce mur infranchissable, Tom était perplexe.
—Tu en veux ? demanda Médusa en lui tendant une énorme cuillère de glace.
—Ça ira. Mange, Médusa.
La fillette enfourna la cuillère dans sa bouche sans s'en soucier. Tom n'avait que rarement passé autant de temps avec ses enfants. Ces derniers le sentaient et considéraient sa présence avec bonheur pour l'une et une certaine méfiance pour l'autre. Enfants, les gosses ne l'intéressaient que peu. C'était des petites choses fragiles et braillardes. Il s'occuperait de leur éducation dès l'instant où la magie se manifesterait chez eux. Toujours allongé, Tom les regarda terminer leur petit déjeuner improvisé. On était samedi, sa présence n'était donc pas attendue à l'école, ni nulle part ailleurs aujourd'hui. Ses serviteurs l'avertiraient en cas de nouvelles bonnes ou mauvaises.
—Papa ? Pourquoi Sal a les yeux bleus et pas nous ?
Médusa était entrée depuis un moment dans cet âge où les enfants se posent de multiples questions et dardait sur lui ses yeux noirs et curieux. En se redressant, Tom répondit doctement :
—Parce que mon père avait les yeux bleus.
Il se souvenait très bien de ces yeux bleus glacés qui le regardaient, morts à Little Hangleton. Sans doute que son fils en grandissant lui ressemblerait beaucoup.
—Oh ? Il est où ton papa ?
—Il est mort.
—Comme les méchants d'hier ?
—Oui, répondit Tom lentement.
Médusa considéra sa réponse avec une petite moue. Nagini s'était de nouveau enroulée autour de Salazar et sifflait envers lui. Il n'y répondait pas et se contentait de rire. Son fils savait-il même parler le fourchelangue ? Qu'est-ce qui n'allait pas avec ce gosse ? Pourquoi Médusa était-elle la seule à être normale ? Ces questions il se les posait depuis longtemps sans avoir de réponse. La petite fille déposa sa coupe malhabilement sur le plateau et se jeta contre lui. Tom accusa le coup sans broncher. La gamine montait maintenant sur son torse avec un air très joyeux. Elle attrapa le médaillon de Serpentard avec ses petites mains d'enfant et observait les joyaux avec un doux sourire.
—Ils reviendront pas les méchants ! Parce que c'est toi le plus fort du monde !
—Evidemment, siffla-t-il en rangeant le médaillon à l'intérieur de sa robe.
Ce fut à ce moment là qu'il se rendit compte qu'il était encore couvert du sang de Prewett. Le sang séché sur sa robe était noirâtre, il en avait aussi sur une main et sur son avant-bras.
—Sang, marmonna Salazar. Ssssang.
Tom vrilla un regard vers son fils. Enfin. Ses premiers mots. Cela déclencha une joie féroce en lui qui redoubla à la signification de ce mot. Son fils avait peut-être un avenir ?
—Oui, Salazar. C'est du sang. Le sang du sorcier qui vous a fait du mal.
Le garçonnet baissa aussitôt ses yeux bleus glacés et recommença à jouer avec Nagini. Tom se releva. Un bain ne serait pas du luxe. Médusa était toujours agrippée à sa robe de sorcier et Méroé endormie. Il fit léviter Salazar et le saisit sous le bras pour les emmener avec lui dans la salle de bain.
Les gamins avaient aussi besoin d'être nettoyés. Il ne l'avait jamais fait mais ce ne devait pas être bien compliqué.
Si des elfes et sa cracmole d'épouse y arrivaient cette tâche n'était donc pas tant insurmontable. Il fit couler l'eau dans la grande vasque de pierre et déshabilla ses enfants d'un coup de baguette. Cela fit glousser Médusa qui entra dans la baignoire à la suite de Salazar. Tom y entra à son tour. L'eau chaude et savonneuse eut le mérite d'apaiser ses nerfs. Il savoura la chaleur de l'eau avec délice et fit apparaître un verre de vin. Il but en se massant l'arête du nez pour diminuer sa tension.
Médusa jouait avec Salazar en lui envoyant de l'eau dessus, ce dernier y répondait en riant. Tom porta son regard sur son fils. Si ce dernier avait réussi à parler, il devait avoir autre chose à dire.
—Essaie de dire quelque chose, ordonna Tom envers son fils.
Ce dernier s'arrêta de jouer avec sa jumelle et l'observa à nouveau avec inquiétude. Il avait l'air terrifié, c'était un regard un peu similaire à celui que ses petits condisciples de l'orphelinat lui lançaient jadis. Tom se retint de claquer sa langue sur son palais et cacha son agacement.
—Parle, demanda-t-il plus doucement cette fois. Si je suis content tu auras une autre glace tout à l'heure.
Salazar plissa les yeux là où Médusa pépiait heureuse à l'idée de nouvelles sucreries.
—Allez Sal ! Dis quelque chose !
—Quelque chose, murmura docilement le petit garçon en baissant les yeux.
Tom retint un soupir. Fallait-il que ce gosse soit idiot ? Un millésime du sang le plus pur coulait dans leurs veines à tous les deux alors pourquoi Salazar était si différent ? Tom l'avait tout de suite remarqué. Il émanait de ce garçon une aura douce qui en plus de son mutisme pouvait le faire passer pour un peu fou. Tom avait cependant constaté l'attrait qu'il exerçait sur les créatures magiques. Deux ans plus tôt, Salazar avait échappé à la surveillance des elfes pour se rendre dans l'enclot des sombrals où se trouvait sa mère. Elle lui avait confié ce qu'elle avait vu. Le petit voyait les sombrals et les caressait alors qu'il ne comprenait même pas le concept de mort. Les serpents d'eau dans la mare et même Nagini avaient une curieuse attraction envers lui. Tom avait lu le Codex de Serpentard de long en large pour essayer de trouver une explication à ces étrangetés, en vain. Son don en développement était encore inconnu. Tom nageait donc en eau trouble. Ce n'était pas ce qu'il avait prévu en mettant au point ses plans.
Tom frotta sa peau pour enlever les dernières traces de sang, et à peu près propre il observa les jumeaux jouer ensembles à l'autre bout de la vasque. Médusa menait son frère par le bout du nez et prenait l'initiative de chacun de leur petit jeu. Ici, elle singeait Babitty Lapina dans le conte éponyme et ordonnait à son cadet de mimer le méchant roi moldu. Tom se demanda si les elfes leur avaient lus ce conte - il doutait fortement que Méroé l'ait fait.
—Maint'nant tu as perdu. Babitty a gagné. Tu t'inclines, ordonna sérieusement la fillette.
Alors Salazar s'exécuta immédiatement. Le sang de Tom se glaça dans ses veines et il darda son regard vers Médusa. Salazar exécutait tous les ordres de sa sœur depuis tout à l'heure, elle avait ordonné à Tom de rester auprès d'eux hier et il l'avait fait sans se poser de question… C'était une Susurrante. La fillette ne comprenait pas ce qu'elle était capable de faire et Tom ne l'avait pas remarqué, mais son frère en faisait les frais depuis tout petit.
—C'est toi, réalisa-t-il. C'est toi qui as saboté ton frère !
Sa colère fut si grande qu'il pensa un instant à noyer la gamine dans la baignoire. Elle, elle n'était pas désirée, et c'était elle qui avait rendu Salazar ainsi.
—C'est pas moi. C'est pas moi, pleurnicha Médusa devant ses yeux rouges et son aura menaçante. C'est pas moi !
Il saisit la gamine par le bras pour la forcer à le regarder. Il pénétra dans sa tête avec violence. C'était elle, elle avait toujours tenu son frère sous sa coupe en lui susurrant des ordres sans en avoir conscience. Le petit esprit d'enfant de Salazar avait été asservi par quelqu'un d'autre que lui.
—Lâche-là ! couina Salazar en lui envoyant de l'eau.
—J'ai mal. Tu m'fais mal, balbutia Médusa entre ses pleurs en essayant de se dégager. Je le f'rai plus. Je le ferai plus !
—Par Morgane la Sangsombre, qu'est-ce que tu fabriques ?!
Méroé s'était levée et avait accouru dans la salle de bain dès qu'elle avait entendu les jumeaux crier. Elle se figea en le voyant furieux contre sa fille.
—C'est elle ! siffla-t-il en fourchelangue. C'est une foutue Susurrante, voilà ce qu'elle est ! Elle a complètement détraqué son frère !
Tom serrait si fort le bras de Médusa qu'elle lui tapait désormais la main de sa petite menotte en gémissant. Salazar ne comprenait rien et pleurait aussi. Ces cris l'énervèrent davantage, un instant il eut l'impression d'être retourné à l'orphelinat entouré de ces braillards de moldus. Merlin, il détestait les enfants.
—Lâche-moi ! ordonna la fillette terrorisée.
Il s'exécuta malgré lui. Méroé plongea pour sortir les enfants de l'eau et les déposa sur la mosaïque au sol. Il quitta la baignoire, sans un mot écumant de rage et se rhabilla prestement alors que les cris des morveux redoublaient. Méroé essayait de les calmer mais était sans doute plus douée en dressage qu'en dorlotage. Elle leva un regard noir vers lui.
—Je ne les ai pas portés pendant neuf mois pour que tu les tues au moindre coup de sang. Il faudra sérieusement penser à se soigner !
—Prend garde à ce que je ne t'utilise pas pour me soigner. Calme les, par Merlin !
—J'essaye ! feula la cracmole. Mais entre hier et ce que tu as fait, pas besoin de Médusa. Tu ruineras tes plans bien assez vite tout seul !
—Endoloris !
Le cri de douleur de sa cousine ne fut même pas suffisant pour parvenir à le calmer et la détresse des deux gosses redoubla. Ils pleurèrent encore plus fort. À cet instant précis, Tom aurait pu tous les tuer. Ça aurait été si facile, il aurait pu retourner à son plan initial, les connaissances du Codex de Serpentard en plus, mais il se contint. Il quitta prestement la salle de bain puis sa chambre en la fermant à double tour.
De là, il descendit vers les cachots pour terminer de se soigner. Prewett n'avait pas bougé, son sang séché éclaboussait déjà la cellule. Cette odeur de sang rance et métallique aiguisa les sens du sorcier qui déjà lançait un impardonnable sur le jeune homme. Il y répondit d'un long cri et celui-ci fut doux aux oreilles de Tom qui retint un petit sifflement de plaisir vif. Il enchaina ces tortures pendant longtemps.
—Tu n'as qu'un seul nom à dire, Fabian Prewett. Ce sera facile.
Le jeune homme roux était exsangue et déshydraté. Un de ses yeux était gonflé, et de sa bouche s'échappait un filet de sang frais.
—Je connais déjà l'identité de l'homme qui t'a envoyé avec ton frère. Je veux juste l'entendre dire de ta bouche et tes motivations.
Prewett haleta et leva vaillamment les yeux vers lui :
—Jamais je ne… le trahirai. Il faut vous stopper… vous et toute votre famille. On y arrivera. On y arrivera.
Il retomba dans un sommeil profond.
Le soir venu, les elfes vinrent leur faire leur rapport. Ils avaient récolté des témoins et quelques preuves. Une sorcière avait juré avoir reconnu Dumbledore sur un toit de l'allée des embrumes. La rage de Tom redoubla à l'encontre du vieil homme. Il payerait pour ça, mais pas tout de suite. Il congédia les elfes et retourna vers sa chambre. Méroé était dans un coin, les enfants endormis sur son lit.
—Laisse-nous sortir, finit par siffler sa femme. Je n'ai pas mangé de la journée, par Morgane ! Tes gosses non plus !
—Et tu mangeras, viens avec moi, lui ordonna-t-il sèchement.
Méfiante, elle lui emboita tout de même le pas alors qu'il retournait vers le cachot. Devant la porte, il se retourna pour parler à la Sangsombre.
—Dumbledore a planifié cette attaque. Le gamin qui se trouve à l'intérieur de ce cachot est notre meilleure arme pour lui nuire. Il est à toi. Mais je t'interdis de le tuer, tu m'entends ?
Méroé qui s'était rembrunie au nom de Dumbledore se figea face à ce curieux présent. Elle ne put empêcher une expression vorace se dessiner sur son visage creusé. Comme un serpent, elle sortit légèrement sa langue dans un petit sifflement bestial. Tom aurait pu trouver cela répugnant, mais ces dernières années il avait lui même entraîné sa cousine pour développer ses dons et était souvent stupéfait de la puissance cachée au sein de cette cracmolle. Elle pénétra dans le cachot et s'approcha d'une démarche guillerette du corps de Fabian. Ce dernier se réveilla et quand il la reconnut dans l'obscurité, il parut encore plus paniqué.
Elle n'était plus qu'à quelques centimètres du visage du jeune homme et avait prit une allure de chasseresse.
—Bonsoir, toi. Voyons si tu auras meilleur goût que ton idiot de frère.
Elle franchit la distance les séparant et embrassa Fabian Prewett longuement en entourant son visage de ses mains. Lentement, ses forces le quittèrent et il devint encore plus grisâtre dans la noirceur du cachot. Elle le relâcha à la dernière minute alors qu'il allait mourir dans ses bras et releva les yeux vers Tom.
—Merci pour ce petit en-cas. Combien de temps dois-je le faire durer ?
—Aussi longtemps que nécessaire. Fais donc durer le plaisir.
—Je n'y manquerais pas.
Il la laissa là et retourna à sa chambre. Il avait un otage, des témoins, des preuves, mais Dumbledore s'il était passé à l'acte avait aussi des choses contre lui. Il lui faudrait donc attendre, mais Tom n'était pas pressé. Il aurait ce qu'il voulait. La tête de ce vieux fou au bout d'une pique allait arriver. Quand il pénétra dans ses appartements, il trouva Salazar endormi sur Nagini, mais Médusa s'était réveillée. Quand elle le vit, ses grands yeux s'embuèrent. Il retint une grimace de mépris puis s'approcha lentement de son lit. La fillette transie n'osa pas bouger.
—Est-ce que tu as faim ? demanda-t-il en s'asseyant près d'elle.
La petite hocha vaillamment la tête en jouant avec le ruban dans ses cheveux qu'elle affectionnait tant depuis quelques mois.
—O-oui… Je peux avoir une autre glace ?
Tom acquiesça et fit apparaître une autre coupelle de sorbet glacé. Elle la saisit entre ses petites mains et Tom remarqua la trace qu'il lui avait laissée sur le bras le matin même.
Tom fit venir à lui de l'essence de dictame et ouvrit le flacon. Il saisit le bras de sa fille frémissante et nettoya les bleus. En quelques secondes, il ne restait plus une trace de sa violence sur le corps de Médusa, mais elle avait encore bien en tête les images du matin même.
—Tu vas me faire du mal comme à maman ? demanda-t-elle au bout d'un moment.
—Non. Mais ce que tu as fait aujourd'hui… les ordres que tu donnes, tu ne dois plus jamais les utiliser contre ton frère ou contre moi.
Il avait parlé d'une voix si froide que la fillette hoqueta et lâcha sa coupe de glace. Ses réflexes lui permirent de la rattraper à temps. Elle était terrifiée par lui, mais Tom sentait que la peur seule ne parviendrait pas à l'amadouer suffisamment. Il déposa la coupe sur la table de chevet et il saisit sa fille contre lui en s'allongeant sur le lit. Il détestait la plupart des contacts physiques depuis toujours, mais Médusa sembla trouver cela rassurant. Il sortit le médaillon de Serpentard du col de sa robe pour que la fillette s'en saisisse. Elle faisait jouer les petits diamants et émeraudes à la lueur douçâtre de la lune.
—Je le ferai plus, promis la gamine. Promis juré.
—J'espère bien. Tu seras une puissante sorcière un jour.
—Plus puissante que toi ?
Tom se retint de siffler de mépris. Si sa fille avait effectivement un don très puissant légué par le sang, il l'empêcherait d'être à son niveau. La deuxième place était respectable, serait utile pour ses plans et lui assurerait un avenir serein. Médusa devrait se contenter de cette place là.
—Tu seras puissante, promit-il. Un peu comme moi, mais tu dois m'écouter. Toujours, tu m'entends Médusa ?
Il essayait de parler avec des mots simples pour être sûr d'être compris de la fillette qui acquiesçait mollement contre lui. Elle tourna légèrement la tête pour regarder Salazar endormi de tout son long sur le corps de Nagini.
—J'ai fait du mal à Sal ? bredouilla-t-elle en essayant de réfréner un sanglot. Il m'a jamais dit que je lui faisais du mal, même quand je suis dans sa tête il me le dit pas.
Tom se figea. Il savait déjà que Médusa avait des aptitudes en légilimancie, mais elle était capable d'entrer dans la tête de son frère ? Etait-ce leur lien gémellaire qui lui donnait cet accès privilégié ou bien la méfiance de Sal avait érigé un mur contre son père ?
Cette information lui procura soudain beaucoup de satisfaction envers cette petite fille.
—Que vois-tu dans sa tête ?
La fillette sembla hésiter. Peut-être était-ce dans la façon de formuler l'idée ou bien était-elle désireuse à son si jeune âge de conserver l'intimité de son jumeau.
—Il pense pas trop comme nous. Maman c'est des phrases, des mots, pareil pour Tinny et Duddy. Lui c'est des images. Tout plein d'images avec des sons. Parfois y'a des odeurs. D'autres fois, c'est des sentiments très, très forts.
—Que disent-ils ces sentiments ? la pressa Tom désireux de pouvoir comprendre la chair de sa chair.
—Il… il a peur souvent. De toi et de maman, murmura Médusa avec crainte.
—Et toi, tu as peur de moi ?
—Parfois, articula la gamine en arrêtant de jouer avec le médaillon pour le regarder avec ses grands yeux noirs.
—C'est parce que je suis le plus puissant que tu as peur de moi. C'est normal. C'est ton instinct qui te dit de m'écouter. Il faut toujours écouter son instinct.
La fillette hocha la tête maladroitement. Dans ses yeux il brillait encore un peu de crainte. Il enleva le médaillon de Serpentard et le tendit à sa fille. Cette fois, la peur déserta son regard pour une expression purement joyeuse et enfantine, ou tout du moins c'était ce que ce devait être selon les maigres connaissances de Tom en la matière.
—Tu peux le garder pour ce soir, parce que tu es une brave petite sorcière.
—Merci ! s'extasia Médusa. Tu sais, tu me fais peur parfois, papa. Mais je t'aime un peu quand même.
Il tiqua. Il irait corriger les elfes et leur goût douteux en matière de lecture à proposer aux enfants. Leur niaiserie avait cependant un bon côté, il avait quelque chose pour s'assurer que la gamine contre lui, lui obéirait à l'avenir au doigt et à l'œil. Il caressa la chevelure noire de sa fille et la fit se coucher sur les coussins entre Salazar et lui.
—Je sais, maintenant dors Médusa.
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Tom se réveilla en sursaut. Quand il émergea, il constata qu'il se trouvait dans la salle des professeurs à Poudlard. Il regarda sa montre, il ne s'était assoupi que quelques minutes à peine le front posé sur sa main. Ces souvenirs dataient de presque dix ans, il n'y avait plus repensé depuis longtemps et se demanda pourquoi il y repensait maintenant. Avec la création de ses horcruxes il dormait peu et rêvait encore moins souvent.
—Vous voici de retour parmi nous, professeur Jedusor, l'interpella la voix couinante de Flitwick.
Il était le seul autre professeur dans la pièce. Tom ne l'avait pas tout de suite remarqué, le minuscule professeur était caché derrière une épaisse pile de dissertations qu'il était en train de corriger.
—Pardonnez-moi, parvint à répondre Tom en plaquant un sourire de circonstance sur son visage. Mes dernières soirées de correction auront eut raison de moi.
—Ne le soyez pas, voyons, fit doucement Flitwick. Avec les absences de Dumbledore vous avez eu de nombreuses responsabilités sur les épaules, au point de devoir raccompagner plus tôt vos enfants à Poudlard de ce que Minerva m'a confié. Votre sacrifice vaut bien quelques minutes de sommeil sur une copie.
Flitwick fit léviter une copie corrigée sur une pile dédiée et se pencha vers lui avec un air de confidence :
—Pour tout vous avouer, je vous comprends. Certains de nos étudiants peuvent être si barbants durant leur dissertation. Pour certains seuls la longueur du parchemin compte et pas ce qu'ils y mettent. On se retrouve avec les sempiternelles mêmes âneries partagées entre les promotions.
Le petit professeur gloussa et Tom le suivit dans cette étrange mascarade pour garder son masque intact. Il n'aimait pas Flitwick. Il l'avait croisé comme condisciple alors qu'il étudiait à Poudlard et n'avait jamais trouvé chez le petit sorcier comme chez McGonagall quoi que ce soit de particulier à dire chez lui. C'était peut-être un bon professeur et un puissant sorcier mais il avait choisi de se complaire dans une sorte de médiocrité et une routine peu glorieuse. En cela, Tom le méprisait.
Le professeur McGonagall arrivait justement en tirant la porte, un paquet de copie sous le bras. Elle salua brièvement Tom et plus chaleureusement Flitwick en s'installant à côté de ce dernier. Le brun se reporta alors à son propre tas de copies. Prince corrigeait la plupart des devoirs, sauf ceux de quatrième année. Tom tenait désormais à voir les progrès de plusieurs de ses petits protégés. Il y avait Salazar et Médusa bien sûr. Ces derniers suivaient docilement ses leçons et grâce à leurs révisions durant les vacances, leur résultat restaient au minimum qu'il exigeait de leur part. Il y avait aussi Edward Lee, le gamin se débrouillait, outre son écriture brouillonne et presque phonétique, il faisait des progrès. Ce n'était cependant pas sur des progrès écrits qu'il envisageait la suite auprès de Lee. Si Salazar était à même d'utiliser son don étrange pour canaliser le pouvoir de Lee, alors peut-être que le gamin vivrait un peu plus longtemps. Tom y comptait, il fallait pour ça se le mettre dans la poche. Ce ne serait pas bien compliqué, il était déjà très proche de Salazar et Médusa et avait pu rentrer dans son foyer. Il fallait donc s'assurer qu'il soit davantage isolé de ses tuteurs pour les mois à venir.
Tom darda ensuite un regard à la dernière copie à corriger. Celle de Bellatrix Black. L'adolescente qu'il avait vue au Derby était brillante, tout comme Médusa. Il y avait cependant chez elle une rage de sang grandissante qu'elle dévouait entièrement à sa cause. Bellatrix Black avait jubilé d'extase quand il lui avait posé la marque, elle serait une servante dévouée, il n'en doutait pas. Il écrivit un bref Optimal sur la copie et la posa sur le tas de parchemin qu'il renvoya à son bureau d'un coup de baguette.
McGonagall prenait une tasse de thé en compagnie de Flitwick. Tom leur adressa un mince sourire et sortit de la pièce d'un pas pressé. Il avait encore à faire ce soir et cette pensée l'agaçait davantage que corriger des copies idiotes. Il plissa les yeux en reconnaissant la haute silhouette de Dumbledore s'avançant vers lui. Il arriva à se composer une moue neutre alors que le vieil homme le saluait tranquillement.
—Tom, comment s'est passée votre rentrée ? dit-il en passant au vouvoiement comme à chaque fois qu'ils pouvaient être entendus.
Dumbledore ne prenait jamais le temps de s'embarrasser de commodités avec lui. Le vieil homme était fatigué, ses traits étaient grisâtres et cela fit éclater un sifflement de joie lugubre à l'intérieur de Tom alors qu'il répondait :
—Tranquille si l'on puis dire. Vous avez cependant l'air très fatigué, Professeur Dumbledore. Il serait plus sage de vous reposer davantage.
—Merci pour ce conseil, Tom. Je ne m'attendais pas à un sage conseil de votre part, mais j'en prends note.
Les yeux bleus de Dumbledore luisaient doucement en le regardant. Tom eut l'impérieuse envie de les arracher mais encore une fois il se contint. Dumbledore lui voulait quelque chose, il devait donc patienter le temps que ce vieux débris parle.
—Minerva m'a dit que Mr Lee était arrivé durant les vacances en même temps que vous et vos enfants.
—En effet. J'ai pu le croiser en les ramenant.
Dumbledore ne le crut pas, mais Tom s'en doutait. Le vieil homme n'avait jamais cru la moindre de ses paroles. Le Directeur l'invita à marcher en sa compagnie dans le couloir d'un revers de main. Auparavant, Tom n'aurait jamais accepté telle chose, mais une comédie de dix ans avec ce vieux sénile avait quelque peu renforcé ses dons d'acteurs. Ils se méfiaient mortellement l'un de l'autre mais continueraient à jouer à ce petit jeu de pantomime le temps de trouver le moyen de se détruire. Tom avait déjà un moyen de pression sur le vieil homme, restait à savoir ce qu'il avait contre lui. Sans doute de maigres informations car en dix années, il n'avait plus rien tenté.
—Vous savez Tom, je vous avais demandé de laisser Mr Lee tranquille. Aucun de vous ne semblez m'avoir écouté. Le garçon va mieux de ce que j'ai pu constater. Mais vous, qu'avez-vous à y gagner ?
—Des connaissances… et la sécurité des élèves. Chose que vous semblez avoir ignoré ces derniers temps par vos absences. Où en est la recherche de Grindelwald ?
Tom eut la satisfaction de voir la mâchoire de Dumbledore se contracter légèrement. Il retint un petit ricanement mauvais.
—Nous sommes sur la bonne voie, je pense. Reste encore à savoir comment celui-ci s'est échappé. Mais je suis sûr que nous aurons sous peu quelques nouvelles.
Tom se tut, quelque part la réponse de Dumbledore lui indiquait tout ce qu'il avait besoin de savoir.
—J'ai fait échoir de nombreuses responsabilités sur vos épaules dernièrement, et si je ne doute pas que vous en êtes satisfait, Tom, vous ne semblez pas éprouver un grand intérêt pour le métier de professeur ni même pour le poste que j'occupe. En fin de compte, quelles sont vos motivations ? demanda finalement Dumbledore.
—Je pense que nous allons arrêter ici cette conversation, professeur Dumbledore, répondit sèchement Tom en se détournant. Merci pour cet entretien très éclairant.
Avant de partir, il éprouva cependant le besoin de tourmenter un peu le vieillard par sadisme pur :
—Auriez vous aperçu Molly Prewett récemment ? Celle-ci m'a rendu son dernier devoir, tout simplement catastrophique. Ses frères étaient d'un bien meilleur niveau.
Il laissa là le vieillard, assuré de lui avoir fait passer le message. Tom pouvait presque le sentir fulminer derrière lui. Il ressentit un plaisir vif et sauvage alors qu'il descendait les escaliers pour quitter Poudlard.
Ce soir, il avait à faire, des choses à régler et surtout une petite discussion à avoir. Après avoir quitté le château, il transplana jusqu'à chez lui. Il pouvait sentir la présence de sa femme dans la demeure. Elle n'était donc pas loin.
Il trouva le salon vide à l'instar de tout le rez-de-chaussée et du premier étage. Il se dirigea vers le grenier, la chambre de son épouse. Celle-ci était bien là avec Nagini. Avant même que celle-ci soit devenue humaine, les deux avaient toujours éprouvé un lien fort entre elles. D'une certaine façon, elles se comprenaient car partageaient une malédiction qui les avait plongées dans une grande solitude. Nagini pour être devenu lentement un serpent incapable de communiquer avec les humains et Méroé pour son don qui l'avait éloignée à force de tous ceux qu'elle avait croisés. Si Tom n'avait pas choisi Méroé celle-ci se serait lentement étiolée dans la solitude et si Méroé n'avait pas trouvé Nagini la Maledictus se serait laissée mourir de faim sous son rocher en Albanie.
Sans frapper à la porte, il pénétra dans la pièce. Les deux femmes étaient au lit et fort peu vêtues. À son arrivée, elles se figèrent et Nagini blêmit. Elle trembla avant de se contracter vers l'avant. Elle parut fondre avant de retrouver sa forme de serpent dans un sifflement surpris. Méroé la regarda en pinçant les lèvres puis porta ses yeux sombres sur lui.
—Ça lui arrive de temps à autre, quand elle ressent un stress intense notamment. Tu désires me dire quelque chose ? Tu veux nous rejoindre ?
—Nagini, va m'attendre en bas, ordonna-t-il en fourchelangue.
La Maledictus s'exécuta aussitôt et descendit du lit bien plus servile en serpent qu'en humaine. Quand elle eut quitté la pièce il se tourna vers sa femme qui était nonchalamment allongée sur le lit.
—Tu aimes toujours me prendre mes jouets, dit-elle dans un petit gazouillis provoquant.
Elle avait l'intention de le titiller. Elle voulait le voir craquer depuis qu'elle avait à moitié enlevé Lee le soir de Noël. Il l'évitait la plupart du temps depuis lors et elle ne demandait pas singulièrement sa présence depuis que Nagini était de retour. Tom se composa une moue, amusé de la voir continuer son petit jeu puéril.
—Je vais te rendre ton jouet, sois patiente. C'est justement un autre jouet que je souhaite voir ce soir.
Elle se redressa légèrement, ses yeux brillant d'un intérêt nouveau. Elle coula un regard vers la malle en bois fermée à double tour au fond de la pièce.
—Il n'a pas été sage, susurra-t-elle. Voilà deux jours que je le prive de nourriture. Tu disparais plusieurs jours et tu ne reviens que pour lui ? J'en deviendrai presque jalouse.
—Rhabille-toi et ouvre cette malle, ordonna-t-il en faisant crépiter sa baguette d'étincelles rouges pour faire cesser ses minauderies.
À cela elle plissa les yeux d'un air à la fois inquisiteur et méfiant. Elle s'exécuta en récupérant sa robe de chambre dans le tas de vêtements. Avec un mince petit sourire elle se planta devant lui à moitié cachée d'un rayon de lune de la lucarne par l'énorme miroir de sa chambre.
—Il faut que nous parlions du petit romani.
—Le petit romani est à moi, siffla-t-il sèchement. Ce qu'il t'a dit ne te concernait pas et ne te concernera pas à l'avenir.
—Ma mère t'a dit des choses, cousin. Les dernières paroles d'une Augure sont importantes, répondit-elle en lui montrant sa bague de mariage, une pierre bleuâtre formant un œil. À la vie à la mort, dans la chance comme sous le mauvais œil, j'ai le droit de savoir. Ne t'ai-je pas servi fidèlement ces dernières années ?
Tom se rapprocha d'elle, illuminant sa figure d'un lumos. La pointe lumineuse était si proche de ses yeux que l'obscurité les avait totalement désertés. Ils étaient désormais d'un bleu limpide un peu comme ceux de Salazar. Méroé grimaça de douleur, complètement aveuglée. Elle se recula, mais il la saisit au cou avant qu'elle ne tente de disparaître.
—Silence. Tu m'as servi certes, mais en retour je t'offre cette vie normale que tu souhaitais. Tu as un statut, une réputation et autant de petits encas que tu le souhaites. J'ai aussi rempli ma part du contrat, et la mansuétude de te laisser t'amuser ailleurs. Ne me pousse pas à bout.
Les yeux translucides de Méroé papillonnèrent avec douleur vers lui et enfin elle perdit son masque joueur pour une mine dépitée.
—Soit.
Tom lut dans sa tête que quelque part cette conversation n'était pas tout à fait terminée.
—Maintenant déverrouille cette malle, lui ordonna-t-il de nouveau en la lâchant.
Elle se détourna de lui et traça dans les ténèbres vers la malle. Elle approcha son doigt du serpent crocheté du verrou en argent. La sculpture s'anima et planta ses crocs dans le chair tendue de son index puis cliqueta. La malle se suréleva de sept étages successifs et s'ouvrit. Une échelle argentée apparut à l'entrée de celle-ci. Méroé s'engouffra en première à l'intérieur et il ne tarda pas à la suivre. À mesure qu'il s'enfonçait, il put reconnaître la silhouette de Fabian Prewett. Après dix ans passés dans une minuscule cellule sombre en compagnie de Méroé, il ne ressemblait plus à grand chose. Il était cadavérique, livide, ses longs cheveux roux pendaient ternes devant son visage creusé et pâle. L'homme était crasseux, il se dégageait du fond de la malle une odeur insoutenable de renfermé et de salpêtre.
D'un sort Tom lui aspergea la figure d'eau glacée. Il émergea quelque peu, sursauta à la présence de la Sangsombre près de lui. Il tenta avidement de laper les quelques gouttes d'eau tombant entre son nez et ses lèvres desséchées. Tom avait rarement vu plus misérable spectacle et cela l'amusa beaucoup.
Sa cousine était penchée vers le sorcier, avec un mauvais sourire. Ses yeux luisaient dans le noir, elle sortit de sa robe de chambre de mousseline noire une barre de chocolat qu'elle lui présenta.
—Coucou, mon tout beau, chantonna-t-elle de sa voix grave en ayant l'air de parler à un chien servile. Tu as faim ? Je t'ai apporté des sucreries mon grand. Regarde qui est venu te dire bonjour.
Le jeune Prewett leva péniblement les yeux vers lui, quand il le reconnut, il devint encore plus livide et voulut disparaître derrière les chaines qui le retenaient au fond du cachot. Méroé saisit le visage émacié pour le forcer à le regarder. Tom alluma légèrement sa baguette. À cette lumière soudaine, les yeux de Fabian s'éblouirent. Il articula faiblement :
—Pitié, de l'eau. De l'eau.
—Tu en auras Fabian, promit Tom en se penchant vers lui. Bientôt tous tes soucis seront terminés, tu pourras revoir Molly et tes parents. Elle a bien grandi ces dernières années.
À ce nom, le visage de Fabian s'anima quelque peu. Dans ses yeux creux et ternes une microscopique étincelle s'alluma.
—Je veux t'aider à t'en sortir Fabian, tu vas aller mieux sous peu. Mais j'aurais besoin que tu me rendes un petit service d'abord.
Méroé eut l'air de voir où il voulait en venir, elle déballa la barre de chocolat et enfourna une bouchée entre les dents sales de Prewett en ouvrant sa bouche de force.
—Non, pas du sucre, de l'eau, pitié, geignit-il misérablement.
—Tu vas en avoir mon trésor, minauda sa femme avec des faux airs de petite fille. Mais là il faut manger un peu, tu es tout pâle.
Elle ressemblait ainsi à une fillette jouant à la dinette avec une peluche particulièrement difforme et famélique. Le jeune sorcier avala péniblement quelques bouchées de chocolat.
—Tu vas bientôt sortir mon petit amour, pépia-t-elle. Tu n'auras plus à te soucier de rien, nous allons protéger tout le monde de Dumbledore.
Après toutes ces années et les bons soins de Méroé il n'était qu'une marionnette transie et servile qu'elle flattait de la même manière que ses sombrals ou les enfants. Avec moquerie et rudesse en inventant de petits jeux cruels. Cela amusait Tom énormément, elle avait toujours agi ainsi avec les siens. Il fallait juste s'assurer qu'elle ne veuille pas démarrer ce genre de jeux là avec lui.
—Qu'est-ce… q-q-que je dois faire ? articula péniblement Prewett la bouche pâteuse de sucre.
—Ma tendre épouse va t'apporter ses bons soins et t'apprendre à résister au Véritassérum. Ensuite il faudra que tu racontes ce que je vais te dire.
À mesure qu'il lui exposait ce qu'il attendait de lui, il vit le visage de Fabian se contracter, il blêmit.
—Vous ne ferez rien à ma sœur et à mes parents si je fais ce que vous me dites ?
—Tu as ma parole Fabien Prewett. Les tiens et toi même serez sous la protection de Lord Voldemort.
Il pencha sa baguette vers le sorcier et murmura :
—Aguamantis.
Une petite rigole d'eau claire jaillit du bout de sa baguette et il lui arrosa le visage. Avidement Prewett y but avec une expression de pur contentement. Après quelques minutes à boire piteusement, le rouquin releva la tête :
—C'est d'accord, je vais mentir pour vous, le brava Prewett avec une grimace pitoyable.
—Mensonge est un bien grand mot, tu es encore en vie après toutes ces années alors que ton crime était passible de la mort ou d'un enfermement deux fois plus long à Azkaban. En acceptant, nous nous pardonnons mutuellement nos dérapages. Tu as choisi la vie et la famille, Fabian Prewett. Tu pourras bientôt en profiter.
Il le laissa retomber dans un sommeil réparateur et remonta hors de la malle avec son épouse. Celle-ci la referma en flattant le petit serpent argenté.
—Tu vas me le prendre, bouda-t-elle.
—Tu savais que ce jour arriverait. Rends-le présentable et ne l'aspire plus.
—Ne t'inquiète pas tant, je vais le bichonner notre cheval de course. La mort de Dumbledore est imminente donc ?
Elle ne put retenir son petit ricanement allègre dans l'obscurité.
—Bientôt oui, confirma-t-il. Si tu m'écoutes, le petit romani prendra bientôt la place de Prewett dans ta prison. Quand j'en aurais fini avec lui, ce qu'il en reste sera à toi.
Elle se statufia un moment et sourit de ses lèvres fines.
—Voilà que tu recommences à me parler en des termes plaisants, cher époux. Mais ne devais-je pas l'engloutir ?
—Mes plans ont changé le concernant. Il doit vivre, mais rien ne dit qu'il doive vivre en bon état. Il semble te faire tellement envie que je t'en fait cadeau, susurra-t-il d'une voix onctueuse.
Il s'apprêta à sortir mais elle l'arrêta d'un geste.
—Tu sais toujours faire les cadeaux les plus époustouflants, sourit-elle en minaudant.
Il perça à jour son masque facilement, ses pensées étaient tout autres. Piquée au vif, elle se composa une moue de serpent. Après avoir cherché un instant sous quel angle attaquer pour être la plus venimeuse, elle parla pour tenter de clore la joute et le congédier.
—Tu sais, tu as la curieuse aptitude de savoir exactement ce que veulent les autres et tu as choisi de tous les mépriser pour cela. J'ai toujours trouvé ça fascinant et dangereux.
Là, elle ne mentait pas. Tom s'appuya nonchalamment contre le battant de la porte en bois et sourit en coin :
—C'est ce qui fait que je suis plus puissant que quiconque. Tu as choisi cela il y a bien longtemps et tu ne t'en es pas tirée à si mauvais compte. Ne me force pas à utiliser la manière forte très chère. Nous nous entendons cordialement loin l'un de l'autre, qu'il en reste ainsi.
—Cela veut dire que tu ne veux pas nous rejoindre Nagini et moi, ce soir ? caqueta-t-elle en jouant l'ingénue.
Il eut un gloussement dédaigneux. Elle s'assit sur le lit et croisa les jambes d'un air évocateur.
—Je ne touche pas au petit personnel et aux animaux de compagnie, moi. Il me reste cette part de dignité.
—Elle est humaine, siffla-t-elle. Tout comme toi, même si tu sembles parfois l'oublier.
—Tu tentes de mordre depuis le début de notre petite conversation, mais tu n'as pas une once du venin de ta génitrice, se moqua-t-il peu touché. Je t'envoie l'humaine dès que j'ai fini de lui confier une petite mission. Occupe-toi bien de ta mission à toi.
Elle acquiesça en retombant sur le dos contre le matelas. Elle fixait désormais le plafond d'un air impassible sans doute amère de devoir en rester là. Il la laissa et redescendit vers le salon. Nagini était assise face au feu, elle avait retrouvé forme humaine et s'était enroulée dans un tissu tendant un des canapés pour couvrir sa nudité. Quand elle entendit le son de ses pas alors qu'il descendait les dernières marches, elle pâlit d'avantage.
Tom se composa une moue charmeuse. Depuis son retour dans le monde des humains, Nagini était fébrile en sa présence. Tom ne l'avait jamais connue humaine jusqu'à peu. Elle était déjà bloquée à l'état de serpent depuis des années. Nul n'aurait pu passer à côté de la beauté de la jeune sorcière, mais le sorcier l'ignora superbement. Ce qui importait c'était ce qu'il y avait à l'intérieur. Il était compliqué de lire dans son esprit à elle aussi, elle l'abordait donc avec une certaine méfiance tout comme lui. Son retour dans le monde des humains était un imprévu qu'il convenait d'utiliser et de surtout maitriser.
—Pardon de t'avoir fait attendre, je vois que tu as repris forme humaine. Tu n'es pas très à l'aise en ma présence de ce que j'ai pu remarquer.
Elle leva péniblement les yeux, Tom n'y lut rien à part des flashs violents et épileptiques. Nagini eut cependant l'intelligence de ne pas chercher à mentir après cette entrée en matière plutôt frontale.
—Je ressens votre magie, Maitre, murmura-t-elle. Elle est noire et puissante… c'est ce genre de magie qui m'a réduite à l'état de serpent. Mon corps ne l'aime pas.
—La magie de ton cher ami Croyance Dumbledore était sans doute un peu plus pure que la mienne. Mais il a fini par mourir de cette magie pure, la noirceur aurait été une solution pour lui. Tu ne te serais pas retrouvée seule.
Cette remarque innocemment murmurée fit mal, Nagini se figea et fixa piteusement le sol de pierre froide. Pendant des années elle lui avait confié de multiples informations sur son passé de son plein gré, ne pensant jamais retrouver forme humaine. Sa solitude avait crée pour elle une forteresse aux barreaux de larmes et d'acier.
—Cette noirceur tu as su la cueillir il y a des années lorsque tu as brièvement rejoint Grindelwald, reprit Tom doucereux en se penchant vers elle.
—Je suis partie rapidement, dit-elle en fixant ses pieds. Je ne souhaitai pas rester avec lui. J'ai aussi quitté Croyance à ce moment là.
—Mais Grindelwald te connaît, contra Tom peu sensible à ses excuses maladroites. Je sais où il se cache. J'aurais besoin que tu ailles lui porter un message de ma part.
Elle hocha maladroitement la tête, n'osant même plus tenter quelque excuse que ce soit. Il lui tendit une lettre codée qu'il avait ensorcelée plus tôt.
—Méroé te guidera jusqu'à sa cachette, ensuite rappelle-le à ses bons souvenirs. Maintenant file la retrouver. Ma femme se languit de ta présence.
Il lui sourit, amical. Elle parut encore plus mortifiée et partit enroulée dans son bout de tissus en serrant la missive contre elle. Tom la regarda disparaître dans les étages puis reporta son attention sur les flammes dansant dans l'âtre.
Elles ondulaient, verdâtres et dangereuses tranquillement enfermées dans l'âtre de pierre gigantesque. Tom avait toujours eut une affinité particulière avec cet élément brûlant sans que l'on puisse appeler ça un don, il savait très bien comment maitriser les flammes. Pour le plus puissant des brasiers, il fallait le laisser respirer et ne pas oublier de le nourrir, sinon il crépitait et ses étincelles pouvaient s'étendre. S'occuper de sa famille relevait de la même logique cynique.
D'un geste de la main, il fit agoniser les flammes devant lui qui périclitèrent dans un léger sifflement. Il se retrouva dans l'obscurité. Le feu pouvait facilement être mâté, sa famille l'avait bien compris depuis longtemps.
Il se releva dans les ténèbres et partit travailler dans son bureau.
Et un chapitre centré sur Tom ! J'espère qu'il vous a plu ! A la semaine prochaine ;)
