Buck reçu la visite impromptue d'Athena lors de la deuxième semaine d'Aout.

Il ne l'avait pas revu depuis qu'il lui avait tout raconté sur sa vie. Il lui servit un thé qu'elle accepta avec plaisir. Puis, elle sortit une pile de papier qu'elle déposa sur la table devant lui.

Buck fronça les sourcils.

– Qu'est-ce que c'est ?

– J'ai réfléchi Buck, expliqua-t-elle. Je comprends ta situation et je sais que tu as peur mais ce n'est pas une vie et tu mérites mieux que ça.

– Je m'en sors, Athena.

– Je sais mais je voulais faire quelque chose pour toi alors j'ai tiré quelques ficelles. Je connais une juge spécialisée dans les cas comme le tien et elle m'a remis ceci.

– Je ne comprends pas, admit-il après avoir parcouru les papiers qu'elle lui tendait.

Et, il ne comprenait vraiment pas ce qu'elle essayait de lui dire.

Les papiers administratifs, c'était Doug qui les gérait. Il avait toujours dit que c'était trop compliqué pour son esprit de rêveur et Buck l'avait laissé faire, pas parce que c'était difficile mais parce que les formalités l'ennuyaient profondément.

Il aurait peut-être dû s'y intéresser avant.

– La juge dont je te parle aide les conjoints d'époux violent à disparaitre le temps qu'ils soient inculpés. Tu as une nouvelle identité dans ce dossier qui te permettra enfin de vivre librement, de passer ton permis ou une certification de pompier, qui sait, sourit-elle sachant à quel point Bobby le voulait. Tu peux faire ce que tu veux maintenant.

Buck relut attentivement le dossier avant d'essuyer une larme. Il comprenait que sa liberté venait de prendre un tout nouveau tournant.

– Buck Carter ? articula-t-il la gorge serrée.

– C'est mon nom de jeune fille, admit-elle. Je ne savais pas si tu voulais garder ton vrai prénom, j'ai supposé que non.

Buck se sentit submergé par un flot d'émotions.

– Je ne sais pas quoi dire Athena, articula-t-il les larmes aux yeux. Je... merci. Vraiment.

– Je t'en prie mais ce n'est pas la seule chose. Nous pouvons aussi faire parvenir à ton mari un acte de décès en bon et due forme, le temps de monter le dossier pour le faire arrêter.

– Non, je... Je ne veux pas...

– Donne-moi au moins son nom, Buck. Ce monstre ne mérite pas de faire partie de nos rangs.

– C'est trop dangereux Athena, beaucoup trop.

– D'accord, Buck. Prends ta nouvelle identité et commence à vivre. Pour le reste nous avons le temps mais réfléchis-y. Je n'ai pas envie de te voir regarder par-dessus ton épaule pour le restant de tes jours.

– Je sais mais ça va m'aider, merci beaucoup.

– Je t'en prie.

Athena était parti et Buck attendit impatiemment l'arrivée d'Eddie.

Il avait ce sentiment de bien-être et de liberté qu'il devait à tout prix partager avec lui. Ils échangèrent un doux baiser et Buck lui remit les papiers. Eddie les parcouru rapidement avant de se redresser pour le regarder dans les yeux.

– Donc tu... ?

– J'ai une nouvelle identité maintenant, je peux... Je suis libre pour de vrai maintenant.

– Tu es libre depuis le jour où tu l'as quitté, mi amor.

Buck frissonna de plaisir. Ça lui faisait toujours ça quand Eddie l'affublait de petits noms affectueux en espagnol.

– Mais disons que ce précieux sésame va te rendre la vie un peu plus facile.

– Je sais et ça me rend aussi heureux que ça m'effraie, admit Buck.

– Je suis avec toi, tu n'as plus à avoir peur. Et tu vas devoir sérieusement réfléchir à ce que tu veux faire de ta vie, maintenant.

– Comme quoi ? s'enquit-il en fronçant les sourcils.

Il éclata de rire et le prit sans ses bras pour picorer ses lèvres.

– Je sais bien que ce job chez Martin tombait à pic quand tu es arrivé, mais tu as peut-être envie de faire autre chose ?

– Comme quoi ?

– Je ne sais pas... exercer un métier que tu aimes vraiment.

– Qu'est-ce qui te fait croire que je n'aime pas cuisiner pour rendre heureux les gens ?

– Rien, dit-il en haussant les épaules. Mais je crois me souvenir que tu avais entamé une formation de pompier.

– Et j'ai vraiment adoré ça, approuva-t-il. Mais le faire sans Tyler, c'est un peu comme le trahir. Il est mort à cause de moi, parce qu'il voulait m'aider, me protéger...

– Et je lui suis tellement reconnaissant d'avoir essayé, de t'avoir montré que tu pouvais t'en sortir sans ton psychopathe de mari, que tu valais la peine qu'on t'aide et qu'on t'aime.

– Mais il est mort quand même.

– Mais pas par ta faute. Et tu n'as pas vraiment répondu à ma question, reprit-il. À propos de ce que tu comptais faire de ta vie.

– Peut-être que mes rêves ne sont pas si compliqués. Peut-être que pour moi, un boulot, c'est juste un boulot.

– Ça veut dire quoi ?

– Peut-être que je n'ai pas envie de me définir par ce que je fais, mais par qui je suis.

Eddie médita sur la réponse.

– Ok. Alors tu veux devenir qui ?

– Tu ne tiens pas réellement à le savoir, affirma-t-il tristement.

– Si c'était le cas, je ne te le demanderais pas.

Il s'arrêta et le regarda droit dans les yeux, l'encourageant en silence à s'ouvrir à lui.

– J'aimerais devenir un mari et un père, répondit-il enfin. Avoir une vraie famille, c'est ça mon rêve. Ça a toujours été ça.

Eddie fronça les sourcils.

– Peut-être que ce rêve n'est pas aussi inaccessible que tu le crois, peut-être que...

– Non ! claqua-t-il.

– Buck...

– Je suis déjà marié !

– Evan l'était, rectifit-il. Buck ne l'est pas. Tu as une nouvelle identité, tu es libre de faire ce que tu veux. Et ça inclus de te marier et de devenir père, si c'est ce que tu souhaites.

– Et si je ne veux pas me remarier ? Et si j'étais un père déplorable ? Parce que c'est ce je serai, parce que je suis incapable d'élever un enfant. Je n'ai pas le truc.

– Bien sûr que tu l'as, tu es génial avec Christopher et j'ai vu aussi comment tu te comportes avec les enfants en général et...

– Tu ne comprends pas !

– Bien sûr que je comprends, le coupa-t-il. Tu as une nouvelle vie mais tu restes bloqué dans le passé. Putain Buck, j'ai l'impression de l'entendre à travers tes paroles. Tu es parti mais tu n'es pas libre. Tu le laisses encore diriger ta vie.

– Peut-être que le problème ne vient pas de moi. Peut-être qu'il vient de toi. Peut-être que c'est toi qui commences à agir comme lui. Peut-être que c'est toi qui essais de me convaincre de faire ce tu veux, de devenir qui tu veux que je sois, comme il l'a fait avant toi.

– Ne joue pas à ça, le prévint-il.

– A quoi ? A dire la vérité ? Ce que je pense ? Pourquoi ? Qu'est-ce que tu vas faire si je continu ? Me frapper ? Ne te gêne pas !

Eddie eut un mouvement de recul comme s'il l'avait giflé. Buck savait que ses propos avaient atteint leur but, mais plutôt que de se mettre en colère, Eddie recula encore.

– J'ignore ce qui se passe, dit-il. Mais je regrette d'avoir provoqué tout ça. Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, pas plus que je n'essayais de te convaincre de faire quoi que ce soit. Je tentais juste d'avoir une conversation avec toi.

Eddie a attendu qu'il réagisse, mais il resta muet, fermé au dialogue. Tout en secouant la tête d'un air dépité, il s'apprêtait à quitter la cuisine, quand il s'arrêta.

– Au revoir Buck, murmura-t-il.

Il referma doucement la porte derrière lui en partant et le calme régna soudain dans la maison, laissant Buck seul avec ses pensées.