J'ai écouté silencieusement l'histoire de Vautour. Je ne pus m'empêcher de sourire.
- En réalité, mon père t'était largement supérieur, arrangeais-je avec amusement. De plus, tu t'es lourdement trompé concernant Epine. Tu as dû te mordre les serres quand elle n'a pas réagi tel que tu le voulais.
- Il est vrai qu'elle m'a bien surpris. Cependant, j'avais prévu que tant que ma fille est active, elle n'avait pas le contrôle du Repaire.
- Sinon, quelles sont les autres raisons de m'avoir épargné, mis à part un élan nostalgique ?
- Il n'y en a qu'une seule. C'est celle que tu rejoignes mon groupe, dit-il le plus simplement au monde.
Je ne fis aucun mouvement. J'ai cru mal entendre, tant sa proposition est complétement surréaliste. Je finis par lui répondre.
- Tu crois vraiment que je vais trahir celle que je respecte le plus au monde ? Ton grand âge semble t'avoir bien ramolli la cervelle.
Malgré mon refus en bloc, il ne semble aucunement inquiet, comme s'il pensait que j'allais le faire tôt ou tard.
- Tu le fera, dit-il avec sincérité. Cela prendra le temps qu'il faut, mais tu deviendras le nouvel Serpent d'ombre.
- Tu perds ton temps. Jamais, tu entends, JAMAIS je ne te rejoindrais.
Mon hurlement semble avoir fait réagir ses gardes qui ont demandé si tout aller bien. Il répond que oui.
- Comme je te l'ai déjà dit, tu es exactement comme ton père quand je l'ai rencontré. Il était froid, sans aucune once d'émotion. Mais surtout ignorant. Je voulais le modeler pour qu'il me soit obéissant.
- Un échec cuisant à ce que je vois.
- Qui ne sera pas le cas pour toi. Tu n'as pas le même parcours que lui. Je sais comment briser des volontés. Comment crois-tu qu'ils m'obéissent ?
- Ils te craignent plus qu'ils ne veulent t'obéir.
Vautour reste silencieux. ''Il doit vraiment se contenir. Il n'aime guère que l'on lui tienne tête. Ou alors il a réussi à changer. Mais j'en doute.''
Il reste silencieux, cherche des bocaux en verre opaque. Dedans, j'y perçois dans l'un une paire d'yeux et l'autre une langue. Je n'ai guère besoin de demander à qui ils appartiennent.
- Charmantes décorations. Cela doit changer des pierres brillantes.
- Oh, mais j'ai également ses pattes, ailes et enfin son aiguillon. Je les ai fait couler dans l'argent pour qu'ils ne pourrissent pas. Tu peux les observer.
Je tourne mon regard pour comprendre que les pattes servent d'appuis pour son lit et que les ailes sont à l'arrière du lit. Je n'ai pas trouvé où il a mis l'aiguillon et je n'ai pas envie de le savoir.
- Oh, un détail amusant, mais je préfère te prévenir.
- De quoi s'agit-il ?
- Ton père a bien dit que ses parents été morts à sa naissance.
- Oui. Il ignore comment ils sont…je ne parviens pas à finir ma phrase en comprenant les aboutissants.
- Tu as compris. C'est moi qui suis responsable de leur mort. Après tout, son père était mon meilleur ami.
- Oui, on voit comment le meilleur ami lui a rendu l'appareil.
- Je pensais que la mère était morte avant d'avoir pondu son œuf. J'ai été très surpris et cela fut très ironique que le fils de mon défunt ami rejoigne le groupe qu'il a quitté.
- C'était écrit qu'il n'y resterait pas.
- Qu'importe. Maintenant que tu sais ce qui t'attends…Scorpion !
Son second rentre à nouveau.
- Ramène notre invité à sa chambre. Elle a été nettoyée ?
- Oui, chef.
Vautour acquiesce et Scorpion me ramène dans la cellule. Je me retrouve seul. Je n'arrive toujours pas à croire qu'il m'est fait pareil proposition. Cela me rend même perplexe. Ou bien les derniers événements lui ont ravagé la tête ou alors il y croit dur comme fer.
Je cogite mais quelque chose monte. Tous ces évènements me rappellent que je n'ai pas bu depuis un moment. D'autant plus que l'effet s'est aggravé avec ma prise d'alcool. Je m'approche de la gamelle, en bois un peu. Puis, je me pose, réfléchissant à un moyen de m'échapper d'ici. Tout en défaisant mes entraves et tout en faisant attention à mes deux gardes.
Je continu à réfléchir quand je sens mon corps s'affaiblir, ma vue se flouer et enfin je finis par sombrer dans un profond sommeil.
J'avance implacablement, trainant un dragon encapuchonné et fermement ligotée. J'arrive devant mon chef.
- Je suis de retour chef.
- Parfait, s'exprime-t-il avec satisfaction. As-tu réussi ?
- Oui, dis-je simplement. Ils ont baissé leur garde comme prévu.
- C'est très bien. Est-elle encore en vie ?
- Comme demandé.
- Approche-là et retire lui cette cagoule qui ne sied pas à une dragonne de son rang.
J'obéis et lui dépose la dragonne. Je lui retire sa cagoule, révélant la reine Epine, encore inconsciente. Puis, elle cligne des yeux avant de les ouvrir.
- Qu'est-ce que ? Où suis-je ?
- Tu es dans mon palais, Epine, s'exprime avec joie mon chef.
Epine lève la tête.
- Vautour, vomit Epine de dégout.
- Exact ma chère reine.
- Mais comment…Je me trouvais encore au bastion…dit-elle, son esprit confus.
- C'est normal. Tu dois ta présence ici à mon nouvel élément.
Epine tourne la tête et blêmit. Elle n'arrive pas ou plutôt ne peut pas le croire.
- P…Python…Non…Ce n'est pas possible…Tu ne peux pas…Je…
- Dis donc devant notre reine à qui tu dois ton allégeance.
- Je dois mon allégeance à vous et uniquement vous, chef, dis-je en m'inclinant.
La reine Epine tremble, n'arrivant pas à croire ce qu'elle voit.
- Que lui as-tu fait sale sac à écaille ? lui crie Epine de colère.
- Oh, mais je n'ai fait que le remodeler suite à sa capture. J'y ai pris mon temps, mais il m'est encore plus dévoué et plus loyal que fut son père.
Epine recentre son attention sur Python.
- Que sont devenus les autres ? demande Epine, la voix remplit qu'inquiétude.
- Morts, dis-je simplement. Ils sont tous morts. Je les ai tué chacun d'entre eux. Le dernier fut Six-griffes. J'ai particulièrement aimé le torturé avant de lui trancher la gorge, dis-je avec un amusement sinistre.
Epine n'arrive pas à croire ce qu'elle entend.
- Non…Tout ceci doit être un cauchemar. Jamais tu n'aurais fait tout ça. Je ne peux le croire. J'ai toujours cru en toi Python. Comment as-tu pu me trahir ? Comment as-tu pu nous trahir ?
- Python, pose-lui la boucle d'oreille.
- Avec plaisir, chef.
- Que…s'exprime Epine, paniqué.
- Ne t'inquiète pas, Epine. Je ne compte plus te tuer. Non. Tu vas devenir MA marionnette. Cette boucle contient un sort d'animus. Tu me serviras avec une docilité extrême.
Je m'approche d'elle. Elle ouvre sa gueule pour utiliser son souffle. Seulement je l'évite et je lui écrase la gueule pour qu'elle arrête. Je n'ai cure qu'elle soit blessée. Une fois fait, je commence à lui poser la boucle d'oreille. Je reste hermétique à ses supplications. Puis, une fois la boucle mise, je m'écarte.
Elle continue à gesticuler. Ensuite, petit à petit elle devient plus calme, voir même silencieuse.
- Détache-là, m'ordonne Vautour. Le sort doit faire effet.
Je m'exécute, puis j'attends.
- Qui suis-je et qui es-tu ? demande Vautour à Epine.
- Mon maitre et moi votre humble serviteur, lui répond Epine de manière naturelle.
- Et que dois faire un serviteur en face de son maitre ? Il s'incline.
Epine obéit et s'incline devant Vautour. Je l'entends rire à haute voix.
- C'est encore plus gratifiant en le voyant en vrai. Ma chère Reine, désormais vous ferez tout ce que je vous ordonne.
- Ordonnez et je vous obéirais maître.
- Parfait. Mais avant que tu rejoignes le bastion et que tu répètes l'histoire que je te donnerais, j'aimerais avoir une discussion plus intime.
- Mon corps est à vous maitre.
- C'est parfait. Va dans ma chambre. Je te rejoindrais très vite.
Epine acquiesce et part. Vautour s'approche de moi.
- Dis-moi Python, ils sont tous bien mort ?
- Non, chef. La fille de Six-griffes, de même que votre petit-fils ont réussi à s'enfuir.
- Il serait problématique qu'ils détruisent tout le travail que j'ai fait. Ramène la fille de Six-griffe. Elle fera un très bon amusement pour les autres.
- Concernant votre petit fils ?
- Tue-le, dit simplement Vautour. Fais-lui ce que j'ai fait à ton père. Ainsi, il aura compris son fourvoiement.
- Compris, dis-je en m'inclinant.
Je pars et alors que je pense à Qibli et à la souffrance que je vais lui faire, une joie incommensurable m'envahi. J'ai hâte de répandre son sang…
Je me réveille en sursaut. Mon cœur bat la chamade et je sue abondamment. Il me faut un moment pour me calmer.
''Qu'est-ce…que c'était…que ce cauchemar ?''
Ce n'était qu'un simple cauchemar. Je sais qu'ils peuvent paraitre réaliste. Alors pourquoi celui-ci l'était encore plus. Il était si réel qu'il en est déroutant.
''Je…serais devenu…un membre…servant Vautour…J'aurais éliminé tout le monde et offert Epine ? C'est impossible ! Jamais je ne trahirais Epine. JAMAIS !''
La colère me reprend et je me dois de l'évacuer pour faire le calme en moi et de réfléchir de manière plus posé.
Une fois de nouveau calme, j'analyse tout ce que j'ai fait avant de m'endormir. Mon regard se pose sur le bol contenant de l'eau. Je l'inspecte, mais je n'y vois rien.
''Il a dû me mettre une substance dedans. J'ignore laquelle. Mais cette hallucination fut bien trop réelle.''
Je donne un violent coup au bol, éparpillant son contenant.
''Seulement, je ne pourrais pas survivre sans eaux. C'est donc ainsi que Vautour souhaite que je le rejoigne. Je dois admettre qu'il n'a pas perdu de son ingéniosité. Cela me fait mal de le dire, même mentalement, mais Qibli a bien hérité de son intelligence.''
Tout cela me fait comprendre que je ne peux rester plus longtemps sinon, le cauchemar que j'ai fait deviendra réel. Cependant, j'ai toujours ces deux gardes qui m'observent. Je réfléchis à des moyens pour ne pas me faire repérer quand Vautour en personne arrive.
Il me toise avec malignité comme s'il savait déjà ce qui s'est passé. Mais ce n'est pas ça qui va suffire pour me détourner d'Epine. Il détourne son attention de moi pour se porter vers les gardes.
- Faite le sortir, s'exprime Vautour.
Les deux gardes semblent surpris par la demande de leur chef.
- V…Vous êtes sur ? ose répondre l'un d'eux.
- Sais-tu ce qui arrive à ceux qui me contredise ? lui répond avec froideur Vautour. De plus, muselé comme il est, aucune crainte à avoir. Aller ! crie-t-il.
Ils s'affairent rapidement et je me retrouve dehors. Puis, je le suis, laissant derrière nous deux gardes totalement confus.
Alors que nous marchons, j'en profite pour desserrer mes entraves, doucement. Puis, je parviens à avoir les pattes avant libre sans qu'il n'ait rien remarqué. Alors que nous arrivons à un croisement, ce dernier tourne la tête comme pour s'assurer que personne ne le voit.
''Grossière erreur. Je ne raterais pas une telle occasion pour te tuer.''
Vautour soupir de soulagement.
- Ouf. Nous sommes seuls, maintenant…
- Tu as baissé ta garde ! lui crie-je en sautant sur lui.
Je le plaque dos au sol. Il ne se défend même pas, ce qui me laisse perplexe. ''Se laisse-t-il faire pour m'attaquer en traitre ? Non, ne réfléchissons pas et éliminons cette menace une bonne fois pour toute !''
Je m'apprête à lui trancher la gorge quand il s'exprime, la voix remplit d'une profonde terreur.
- A…Attends Python…bafouille-t-il, la voix transite de peur. C'est…C'est moi…Qibli.
Je m'arrête sur le coup. Sa réponse me laisse incrédule.
- Tu crois qu'une telle phrase va me faire changer d'avis ? Tu es bien pitoyable pour trouver pareille défense.
- C'est…C'est la vérité Python. C'est bien moi Qibli. Je te le jure ! Au nom d'Epine !
''Voilà qu'il prononce le nom d'Epine sans l'insulter. Même si tout cela me parait rocambolesque. Il est vrai que sa manière de trembler face à moi me rappel Qibli. Vérifions.''
- Qu'as dit Qibli sur mes parents ? dis-je avec froideur et sévérité.
Le Vautour/Qibli hésita un moment avant de répondre.
- J'ai insulté tes parents en disant qu'ils t'avaient abandonné.
La réponse est exacte, car Vautour ne peut pas connaitre cet événement. J'en rajoute une couche en me montrant le plus mauvais possible et en songeant à le tuer. Le Vautour/Qibli, se recroqueville, tel un dragonnet effrayé.
J'en reste sans voix. Le dragon devant moi est bel et bien Qibli.
