Paul prit la main de l'homme dont il attendait le réveil imminent. Richard en était à son cinquième mais dernier jour d'hôpital car son état avait nécessité plus de soins que prévu. Lors des deux premiers jours, il ne s'était que très peu réveillé, au grand dam de Paul qui n'avait pas non plus le bon timing pour venir le voir. Tous les autres en dehors de Till avaient attendu le deuxième jour afin de laisser plus de repos à Richard. Depuis qu'il avait eu conscience des faits, le batteur regrettait d'avoir trop bu ce fameux soir, pensant qu'il aurait pu aider à empêcher le pire s'il était resté sobre car d'après lui, il avait passé le début de la soirée à discuter avec Richard avant de trop commencer à boire, et que Richard ne commence à trop regarder celle qu'il ne fallait pas. Quant à Till, il était allé le voir seul mais uniquement lorsque le guitariste dormait, car il ne voulait pas croiser son regard ni lui parler. De plus, il n'avait pu se rendre à l'hôpital qu'après que la police eut fait son travail, à savoir les interroger tous les deux. Sachant qu'il s'agissait d'une agression, il n'aurait jamais pu approcher Kruspe s'il avait porté plainte contre lui et ce malgré les circonstances. Toutefois, à son chevet, Till l'avait discrètement examiné et avait été impressionné par les traces encore présentes sur son corps. N'ayant entendu aucun bruit courir là-dessus, le reste du groupe n'avait pas été surpris d'apprendre par un des policiers que Richard avait refusé de porter plainte. D'abord par culpabilité, ensuite par principe. Les deux étant liés dans ce cas, il n'aurait pas été de bonne augure pour lui de le faire.
Voyant Richard émerger de son sommeil par un petit soubresaut, ainsi qu'une énergie semblant lui réclamer le pire des efforts, Paul se redressa sur sa chaise et attendit qu'il n'ouvre les yeux.
- Hé !
Après l'avoir laissé se réveiller à son rythme, il s'adressa à lui avec tendresse.
- Alors toi !
Bien qu'il le regarda chaleureusement, il ne fut guère peiné de voir le plus jeune rester silencieux. Au moment où le regard de Richard dévia sur leurs mains jointes, Paul lui fit penser à autre chose.
- Tu te doutais bien que je viendrais aujourd'hui. Pas question de te laisser partir seul même si tu me traites d'emmerdeur.
En effet, le plus jeune pencha légèrement la tête en signe de résignation. À l'instant où les médecins lui avaient appris qu'ils avaient communiqué au groupe sa date de sortie pour venir le chercher, Richard avait tenté de déserter l'hôpital pour ne pas avoir à être materné mais les médecins avaient alerté la sécurité. Depuis, il était sous surveillance et avait accepté cette situation.
- Je te le dis d'avance... les autres seront là dans quelques minutes, y compris Till. Oui, tu as bien entendu alors on ne s'énerve pas. Estime-toi heureux que ses envies de meurtre soient passées, tu ne risques plus rien. Il a un peu regretté de t'avoir envoyé à l'hosto, il croyait même t'avoir foutu dans le coma. Mais tu l'as vraiment fait souffrir, tu le sais ? Pourtant, il sera quand même là.
Richard assuma sa culpabilité mais ne sut décrire en lui-même ce que lui apportait cette "nouvelle" comme sentiment. Ce ne fut que lorsque Landers s'assit au bord du lit qu'il remua légèrement, avant de sentir une douleur au niveau de son ventre. Il ne pouvait simplement pas bouger sans ressentir de la douleur, comme ce fut le cas lorsque Paul passa avec douceur un doigt sur l'hématome de sa pommette gauche. Grimaçant en se rendant compte que ce contact était douloureux pour Richard, il s'abaissa doucement près de lui.
- Il t'a salement amoché. Comment tu te sens ?
- Je pète le feu ! ironisa Kruspe.
Déglutissant douloureusement, il tenta de regarder autour de lui mais rien que ce roulement des yeux lui provoqua une douleur fulgurante à la tête. En le regardant geindre, Paul fut transporté lors de cette nuit, passant du moment où il les cherchait lui et Torrie à celui où il l'avait secouru. "Si je m'étais occupé de mes affaires, rien ne serait arrivé" pensa t-il. Se mordant les lèvres sous la peur, il balbutia :
- La seule chose que j'ai faite, c'est de... de... En fait, j'ai averti Till des regards que tu lançais à Torrie.
Cette fois, l'homme aux cheveux noirs le regarda avec surprise, colère et déception. Mais toute cette négativité assombrissant son regard disparut aussitôt. Paul se pencha davantage et lui prit une main.
- Je te demande pardon mais il le fallait, je ne pouvais plus te laisser faire ça. C'était déjà assez dur pour moi d'être au courant depuis tout ce temps et de ne rien lui dire. Et toi, comment t'as pu faire une telle connerie ? Je t'ai engueulé plus d'une fois mais il a fallu que tu ailles jusqu'au bout... et carrément sur son lit, putain ! T'as foutu en l'air leur relation. Ce n'était qu'une femme parmi d'autres pour toi et il a fallu que...
Fermant les yeux, Richard reposa sa tête et inspira de façon hachée avant de déglutir.
- J'ai essayé de refouler ça, de ne pas la regarder et de penser qu'à lui. Mais c'était plus fort que moi.
Rouvrant les yeux, il tomba nez-à-nez avec le regard dubitatif de Paul. Évidemment, ce dernier ne connaissait que trop bien ses mauvaises habitudes concernant la gente féminine et avait donc de bonnes raisons de douter de sa parole. L'amitié était censée être bien plus forte que le sexe.
- Je ne voulais pas lui faire de mal.
- Tu as couché avec la copine de ton meilleur ami, et qui plus est chez lui. Tu t'attendais à ce qu'il se montre clément envers toi ? Vous l'avez carrément trahi toi et cette pute.
- Ne parle pas d'elle comme ça.
La rancune de Paul doubla sous la sidération et son expression devint si mauvaise que Richard en culpabilisa davantage.
- Et pourquoi ça ? Vous ne méritez aucune compassion alors je dirai ce que je veux. Qu'est-ce qui pouvait valoir la peine que tu foutes tout en l'air avec ton meilleur ami ? Qu'est-ce qu'elle t'a apporté qui a pu te faire franchir la ligne ? Elle fait mieux les fellations qu'une autre ? Elle t'a parlé de mariage ?
- Je l'aime.
Alors que Paul aurait volontiers poursuivi son énumération avec tous les reproches qui lui seraient passés par la tête, il se sentit choqué au point qu'il ne sut s'il avait bien entendu. Secouant la tête, il vit le plus jeune fuir son regard avant de fermer les yeux avec force.
- Quoi ?
Kruspe sentit ses mains trembler à l'idée de devoir répéter ses mots et il s'en mordit les lèvres.
- Je suis amoureux d'elle, putain !
Après avoir écarquillé les yeux, Paul désespéra et souffla dans ses mains le temps que la confession ne passe.
- Ce n'est pas qu'une histoire de cul ?
Se rasseyant dans le fond de sa chaise, il pencha la tête en arrière. Il était embarrassé pour le chanteur, cette situation le dépassait complètement.
- Oh merde alors, c'est encore pire.
Alors qu'il entendit son ami fondre en larmes quelques secondes plus tard, Paul le regarda à nouveau.
- Mais comment ça a pu arriver ?
Bien qu'en colère contre Richard, pour rien au monde il n'aurait voulu être à sa place en cet instant. Cela le poursuivait-il depuis le début ou bien ses sentiments avaient-ils germé plus tard ? Empreint d'un mélange instable de compassion et d'animosité envers les deux traîtres, il vint s'asseoir sur le lit afin de le serrer dans ses bras. Bien que son ami ne lui rendit pas ce contact de toute façon non mérité, Paul ne s'en sentit que plus libre de reculer aussitôt.
- Tu te rends compte de ce que t'as causé comme catastrophe ? Tu comptes choisir entre ton meilleur ami et cette femme que tu connais à peine ? Parce qu'une fois sorti de l'hôpital, tu n'auras pas le droit à l'erreur.
Richard comprit parfaitement le message dans ces mots. Il se doutait que s'il se laissait aller à vouloir vivre une aventure avec Torrie, il se mettrait Till à dos pour de bon... mais eux également. Car aucun de ses quatre autres amis n'allait le suivre dans sa malhonnêteté, ils resteraient tous du côté du chanteur. Alors que Paul expira, il aida Richard à sécher ses larmes.
- Putain, qu'est-ce que j'ai fait ?
Le guitariste se mit à tousser tout en se tenant et massant le ventre. Plus il pleurait et plus sa douleur au ventre s'intensifiait. Alors qu'il allait se forcer mentalement à garder le contrôle de ses émotions, quelqu'un frappa à la porte sans entrer.
- Entrez ! invita Paul.
Personne n'ouvrit la porte mais l'importun frappa de nouveau. Au cas où il n'aurait juste pas entendu, Landers répéta :
- Oui ?
Lorsqu'il dut insister une troisième fois sans cacher son exaspération grandissante, il décida d'aller constater par lui-même qui s'amusait à frapper inutilement. Ce que Richard put voir après qu'il n'eut ouvert la porte, ce fut Paul regarder sur sa gauche avec sérieux avant de le regarder lui d'un air étrange. Puis sans un mot, il sortit de la chambre en refermant doucement, sans lui accorder un regard ni même lui dire où il allait. Au fond de lui, Kruspe s'en moquait puisqu'il savait que beaucoup du monde allait lui tourner le dos dorénavant. Malgré sa bonté naturelle, Paul aimait Till et le coup subi de la part de Richard ne le laissait pas du tout indifférent vis-à-vis de leur ami. Peu enclin à réfléchir de peur que sa tête n'en fasse les frais, Kruspe se rallongea et se mit à fixer le plafond dont la blancheur trop pure le fit grogner. "On dirait le blanc des cérémonies de mariage, c'est dégueulasse" pensa t-il. Il n'était pas friand de cette couleur, il pouvait en porter mais pas en supporter autant autour de lui. Il se sentait comme dans un autre monde, là où tout était trop précieux pour être sali et où le moindre faux pas pouvait être fatal. Mais de ce côté-là, il ne pouvait espérer pire que ce qu'il avait déjà causé. Il était sur le point de s'apitoyer sur ses sentiments lorsque Paul revint dans la chambre, l'air grave. Il l'informa avoir eu l'aval définitif des médecins pour le faire sortir, puis imposa à Richard de commencer à se préparer après lui avoir donné ses vêtements. Malgré un air sombre, il s'assit à sa gauche afin de l'aider à se redresser sans douleur.
- Richard ! Il y a quelque chose que tu dois entendre à propos de celle que tu n'aurais pas du toucher.
Il aurait voulu dire "aimer" mais craignait une réaction négative. Pour preuve, son ami s'en désintéressa sans même avoir entendu les détails.
- Tu crois que je n'en ai pas assez entendu ?
- Pas le plus croustillant ! annonça Christoph en entrant par surprise.
- Rien à faire. Salut Chris !
Bien qu'il grimaça légèrement en voyant son état, le batteur resta neutre.
- Salut ! Ravi de te revoir en un seul morceau.
Paul soupira face au comportement désinvolte de Richard mais alors qu'il fronça les sourcils, prêt à se lancer, Schneider s'appuya sur le pied du lit.
- Écoute-moi. J'ai trop fait l'abruti ce soir-là alors je ne sais pas ce qu'il s'est passé, et je resterai sans jugement. Je ne sais pas non plus comment va évoluer la situation entre toi et Till mais une chose est sûre, tu vas oublier cette femme.
- Et puis quoi encore ?
- Richard !
Paul venait de le rappeler sévèrement à l'ordre. Il savait que son ami était têtu de nature mais le sujet étant une femme, il allait être encore plus difficile à raisonner.
- Depuis que c'est arrivé, on s'est rendus compte que Torrie n'était plus de la famille par sa propre volonté. Que ce soit toi ou même Till, cette gonzesse vous a bernés tous les deux parce qu'elle a disparu des radars comme si elle se sentait menacée.
- C'est parce qu'elle a eu peur, Till a failli la frapper. Mais elle va revenir...
- Elle est sortie en courant à poil mais sans trace sur le visage. Alors c'est que non, il ne l'a pas fait et il ne le fera pas. Lui au moins, il sait se retenir.
Paul se sentit bien de l'avoir fait taire. Bien que Flake, Oliver et même Till entrèrent à cet instant, Richard sut qu'ils n'étaient pas là pour son bien-être et évita de croiser le moindre regard. Surtout un. Ils se montraient prévenants au cas où le ton monterait entre les deux meilleurs amis et qu'il ne leur faille intervenir. Ce qui risquerait d'arriver lorsque Flake aurait annoncé la vérité sur Torrie.
- Il semblerait qu'elle se soit servie de vous deux, alors il va falloir que tu passes à autre chose.
- Ben voyons ! grogna Richard.
Menaçant, il sursauta en voyant Till jeter sur le lit le manteau qu'il lui avait apporté.
- Je sais que j'ai fait une connerie mais ce n'est pas une raison pour me pourrir la tête avec...
- Ta gueule ! Elle a mis les voiles alors fais-toi une raison. L'avenir le dira mais elle ne me répond plus à moi non plus. Cela dit, c'est ça quand on n'assume pas ses conneries alors tu en sais quelque chose. Elle était ma petite amie depuis assez longtemps pour que je la connaisse mieux que toi. Tu crois que ça me plaît ? Elle t'a regardé te faire tabasser comme une merde et elle a pris la fuite. Pas une fois elle n'est venue te rendre visite ici, les médecins n'ont vu aucune femme à part ta grande.
La "grande" en question, c'était sa fille aînée Khira. Mais Richard était trop sous le coup de mauvaises émotions pour penser à sa famille. Ces deux sujets étaient totalement incompatibles.
- Fiche-moi la paix.
- Je ne demande que ça alors sape-toi.
- Retenez-vous, pas ici ! ordonna Oliver.
Sentant la situation tourner au conflit, Paul désespéra et sortit dans le couloir en refermant afin d'être sûr qu'ils n'alerteraient personne. S'asseyant sur un banc fait d'un bois dur et inconfortable, il blâma sa volonté de calmer les esprits car le conflit ne s'arrêta pas derrière. Les deux hommes en froid étaient malheureusement les plus têtus du monde, mais ils s'aimaient. Cela allait s'avérer difficile de les empêcher de se sauter dessus pour régler ça.
Alors qu'il enfilait son jean non sans douleur, Richard baissa les yeux et tenta malgré lui de refuser l'aide de Schneider et Flake.
- Je sais qu'elle m'aime. Il faut que je la retrouve.
Bien que Richard avait juste murmuré pour lui-même, le batteur et le claviériste se regardèrent avec tristesse.
- Tu es vraiment aussi stupide ? Tu crois qu'elle t'aime juste parce qu'elle a baisé avec toi ?
Entendre Till l'interrompre pour le contredire fit perdre à Richard toute notion de santé, et l'aîné dut crier en le voyant prêt à ouvrir la porte sans s'être chaudement habillé.
- HÉ ! Enfile ça j'ai dit, il fait froid ce matin.
Maugréant, le plus jeune ferma les yeux mais malgré son envie de faire abstraction de ses conseils, il ne fut pas d'humeur à entrer en conflit avec lui et enfila son manteau. Alors qu'il l'enfila négligemment en pestant contre sa douleur dorsale, il fixa la porte en pensant au moment où il l'ouvrirait.
- Qu'est-ce que tu en as à faire de toute façon ? Il y a pire que tomber malade, pas vrai ?
- Oui, il y a tomber des nues.
Une riposte aussi immédiate que méritée, Richard ne l'avait pas prévue. Il se contenta de tendre la main sur la poignée mais Till ne s'arrêta pas là.
- Avoir une femme rien qu'à nous, ça a toujours été une foire d'empoigne avec toi dans les parages.
Kruspe afficha une mine coupable et sortit de la pièce mais personne ne s'y était trompé, il voulait cacher ses larmes. Lindemann n'aimait pas cette manie qu'avait Richard de fuir lorsqu'il n'avait plus rien à dire, car il n'assumait jamais ses fautes. Oliver se plaça devant Till qui allait s'élancer après lui avec la probable intention de le plaquer contre un mur. Il lui jeta un regard à la fois sage mais dissuasif.
- Desserre l'étreinte pour l'instant, laisse-lui au moins le temps de rentrer. Tu as choisi de le pardonner sinon tu ne serais pas là, et je sais que ça prendra du temps. Mais le harceler avec des reproches dès maintenant ne mènera nulle part. Il assume sa responsabilité, il a juste la tête pleine d'illusions parce qu'il pense qu'elle est amoureuse de lui. Je sais que d'habitude ce n'est pas ça qui change quoi que ce soit, il reste de marbre et c'est lui avant tout. Il a tellement l'habitude que les femmes lui courent après qu'il se croit le centre de tout. Quand il se rendra compte qu'elle ne faisait que jouer avec lui, il prendra une claque qui va enfin le réveiller.
Schneider décida d'intervenir aussi car il savait que se faire la guerre pour une femme partie n'allait pas apaiser leur douleur personnelle. Alors que lui-même n'avait rien vu de tout cela ce soir-là car il était ivre et couché, il estima avoir tout de même une part de responsabilité.
- Quant à moi, j'aurai fait ce qu'il fallait l'autre soir si je n'avais pas autant bu. Je me sens assez mal d'avoir tout loupé alors que j'aurait pu aider à empêcher ça.
Malheureusement, en dehors de Paul, tous ignoraient complètement à quel point Richard était entiché de Torrie. Cette haine circulant dans ses veines, Lindemann la voila par obligation étant donné les circonstances. Il savait que bien que Kruspe avait tendance à se montrer vaniteux par rapport à eux lorsqu'il s'agissait des femmes, il allait effectivement tomber de haut d'ici peu. Bien que Till lui en voudrait encore à ce moment-là, il n'allait pas combiner sa rancœur avec une vérité qui ferait déjà beaucoup de mal.
Comprenant dès l'ouverture de la porte que Till était toujours aussi énervé qu'à leur arrivée, Paul s'approcha et après avoir tenu les bras du chanteur, il murmura :
- Je vais lui parler un peu. Attendez tous ici, je n'en ai pas pour longtemps. Je l'ai laissé prendre de l'avance pour qu'il se calme, mais j'ai amené quelque chose qui pourra détourner ses pensées.
Il sortit de sa poche le paquet de cigarettes de Richard qu'il avait apporté et vit son ami lui donner son consentement, bien qu'il n'avait pas l'air d'y croire lui-même.
ooOOoo
Dehors, Kruspe tournait en rond devant l'entrée en se massant le front, pris d'une migraine foudroyante. Lorsque Paul parvint à son niveau après l'avoir appelé en vain, il l'obligea à s'asseoir sur le muret de pierres qui séparait l'hôpital du parking.
- J'ai la tête qui tourne.
- C'est la tournure des événements qui veut ça. Alors arrête de te faire inutilement du mal, c'est fini maintenant.
Plié en deux par sa douleur, Richard jeta sur lui un regard que Paul ne put interpréter que comme désespéré.
- Mais je l'aime, tu ne veux rien comprendre ?
- Si, je comprends parfaitement. Mais ce n'est pas la seule chose qu'il faut comprendre dans l'histoire, parce que tu oublies que c'était la copine de ton meilleur pote, pauvre égoïste. Tu n'es que l'homme avec qui elle l'a trompé.
Blasé mais abattu de le voir dans cet état, Landers se mit à chercher une solution qui leur viendrait en aide à lui et Till. Mais il était si nerveux que tout se bouscula dans sa tête sans qu'une idée ne puisse lui paraître claire. De plus, les autres arrivèrent derrière eux sans même un bruit au moment où Richard recommença à divaguer.
- Non, je sais qu'elle a des sentiments pour moi. Il faut que je la rappelle.
Paul s'y opposa immédiatement.
- N'y pense même pas, c'est...
- Ne nous emmerde plus avec ça ! trancha la voix mauvaise de Lindemann.
Énervé, Paul se tourna et s'en prit à lui.
- Till, je t'avais dit d'attendre.
- Paul, il me semble que je ne lui dois rien. Il m'a déjà fait perdre ma gonzesse, il me va pas en plus me faire perdre mon temps. Je veux juste rentrer chez moi. Quant à toi, crois bien que le jour où elle viendra récupérer ses affaires, tu n'en seras pas informé. Elle n'en a rien à foutre de toi.
Voyant que ce n'était pas le moment de discuter avec lui, tous se rendirent silencieusement à la voiture de Lindemann, garée au fond du parking du fait de son imposant gabarit. En chemin, Richard ralentit progressivement son rythme pour laisser les autres le devancer, et attrapa doucement un pan du manteau de son ami lorsqu'il passa près de lui. Bien que l'aîné avait la tête volontairement tournée à l'opposé pour ne pas le voir, il ne put que s'arrêter en sentant sa main sur lui. Sans pour autant affronter son regard, il garda son sang-froid mais se sentit serrer le poing. Peut-être fut-ce cette vision qui priva Richard de la parole, mais Till en profita pour vider son sac.
- Tu es vraiment naïf, n'espère pas une ombre de pitié de ma part.
Il tourna finalement la tête vers lui, mais son regard fit ciller son ami.
- Comment tu peux y croire alors que vous n'êtes même pas ensemble ? Imagine le nombre de fois où elle m'a fait comprendre à moi "être amoureuse". Pourtant elle m'a quand même baisé en couchant avec mon meilleur ami, et toi aussi tu m'as baisé. Il n'y a aucun amour pour personne quand tu trompes quelqu'un avec un de ses proches. Alors c'est quoi ton excuse à toi ?
Malgré le court silence, Till hocha la tête et continua.
- Elle t'a dit que tu étais le plus sexy des guitaristes du monde ? Elle t'a susurré des mots doux ? Et alors ? Ce ne sont que des mots. Tu n'es pas capable d'être fidèle dans tous les aspects de la vie, alors comment tu crois qu'une femme pourrait t'aimer ? Infidèle aussi en plus...
- C'est bon.
Au devant, Doom l'avait coupé après avoir "toléré" une partie de cette descente de rage. Malgré sa haine, Till n'obtiendrait rien de son ami en le faisant tomber plus bas que terre. Les yeux de ce dernier commencèrent à se noyer, alors il lâcha son manteau en baissant la tête. Après que Till ne l'eut dépassé pour aller s'installer au volant, Schneider regarda tristement le guitariste et souhaita ne jamais être à la place de l'un d'eux. Il l'encouragea ensuite à grimper dans le véhicule à côté d'Oliver. Le plus jeune était probablement le seul qui ne le harcèlerait pas de regards compatissants ou de "ça va ?" à tout bout de champ.
La voiture à l'arrêt devant chez Richard, Paul descendit également et lui imposa sa présence "pour sa santé". Il tenait à le voir se remette des coups reçus mais Richard le savait, son réel but était de l'empêcher de partir à la recherche de Torrie.
Les jours défilèrent et Richard se sentit mieux, donc Paul n'eut plus aucune excuse pour rester auprès de lui et dut le laisser tranquille. Il avertit néanmoins Till sur le pas de la porte puis s'en alla, mais Richard n'était pas un enfant et il n'allait pas agir tout de suite. Ne pouvant joindre Torrie, il allait attendre qu'elle le fasse ou bien surveiller Till. Après tout, elle avait des affaires à récupérer chez lui. Il se mit en tête d'aller tourner autour de la maison de son meilleur ami, peut-être d'ici un jour ou deux.
à suivre...
