L'Aube de notre crépuscule

Chapitre 2

« Génésis ! Attends !

- Dépêche-toi ! On va les manquer ! »

Courant à en perdre haleine à travers les hautes herbes, l'adolescent devançait son meilleur ami d'une bonne quinzaine de mètres. En cette fin d'été, le chant des insectes résonnait à travers les champs et l'odeur sucrée des vergers se répandait un peu partout dans la vallée, portée par les vents.

Se frayant un chemin coûte que coûte parmi les chardons et les orties pour accéder à la petite corniche rocheuse surplombant le hangar à pom'sottes, Génésis trépignait d'impatience à l'idée de cette rencontre. Depuis plusieurs semaines, il ne pensait plus qu'à ça. C'était en tombant par hasard sur la conversation qu'entretenaient ses parents un matin qu'il avait appris qu'une délégation de dignitaires Shinra allait être missionnée ici, à Banora, escortés par une petite troupe de gardes, mais également par le jeune héros du SOLDAT, Sephiroth. À peine plus âgé que lui, ce dernier était déjà une icône au sein de la société. Ses faits d'armes sur le front avaient fait le tour du monde, et les journaux ne tarissaient pas d'éloges à son sujet, faisant rêver tous les jeunes garçons et les poussant à rejoindre les rangs de la prestigieuse compagnie par centaines. Génésis n'y faisait pas exception et devenir un héros, à l'image de son idole, était un rêve qui l'obsèdait jour et nuit.

Angeal sur ses talons, il escalada la falaise escarpée qui menait à un étroit sentier qui serpentait à travers les crêtes. Ainsi, les deux adolescents accédèrent au rebord rocheux qui donnait un point de vue idéal sur le lieu du rendez-vous.

« Tu es sûr que c'est aujourd'hui ? s'enquérit Angeal, perplexe.

- Oui ! Regarde ! mes parents sont déjà devant le hangar ! »

L'entreprise de boissons prospérait depuis quelques années maintenant, permettant à des dizaines d'ouvriers de nourrir leur famille. La notoriété de l'usine était donc parvenue aux oreilles de la Shinra. Sachant que cette dernière s'arrangeait constamment pour s'approprier les business les plus florissants, pas étonnant que les oligarques à l'affût s'y intéressaient d'aussi près.

« Là haut ! Ils arrivent ! » s'exclama le plus jeune en pointant du doigt l'hélicoptère noire flanqué du célèbre logo. Celui-ci amorçait sa descente devant l'usine dans une succession de violentes bourrasques et un brouhaha tonitruant.

Une fois la manœuvre effectuée avec brio, l'engin coupa son moteur et un petit groupe de quatres personnes toutes vêtues de costume noirs ou anthracite descendirent de l'appareil, suivit de deux gardes et…

« Regarde ! C'est lui ! », s'écria le rouquin, excité comme une puce.

De si loin, on ne distinguait que sa silhouette, mais de celle-ci émanait une aura si charismatique que l'adolescent en eut le souffle coupé. Si jeune et déjà un héros, admiré par tous, jalousé par beaucoup.

Monsieur et Madame Rhapsodos accueillirent leurs prestigieux visiteurs. Ensuite, tous se dirigèrent vers l'intérieur de l'usine, à l'exception des deux gardes ainsi que du SOLDAT qui demeurèrent postés devant l'entrée du bâtiment.

« Allez viens ! On y va ! déclara Génésis, plein d'entrain.

- Quoi ? Tu es fou !

- Mais si ! On va aller le saluer ! Il a notre âge ! Et je veux le voir de près !

- Génésis ! Les gardes sont armés ! C'est une visite officielle ! S'ils nous voient, ils risquent de nous tirer dessus !

- Mais nooon ! Ne fais pas ta chochotte ! Je suis le fils de Mr Rhapsodos ! Ils ne nous feront rien ! » ajouta-t-il, absolument convaincu que son ascendance lui un totem d'immunité.

« Génésis ! Reviens ! », s'insurgea l'aîné en tentant de le retenir.

En vain. Le cadet dévalait déjà la pente en se laissant glisser habilement jusqu'en bas.

Alertés par le bruissement des arbustes dans lesquels il avait atterri, les deux gardes, par réflexe, braquèrent automatiquement leurs fusils dans sa direction.

Pris un peu de court, le garçon se redressa instantanément en levant les bras, gage de son pacifisme. De son côté, le SOLDAT, qui, lui, avait aperçu les deux jeunes gens du haut de la corniche dès qu'ils avaient posé le pied sur le bord, leva immédiatement sa main pour arrêter un tir préventif. Simultanément, il ordonna aux deux fantassins avec autorité :

« Baissez vos armes. »

Le rouquin s'avança de quelques pas, les bras toujours en l'air. Il affichait un sourire en coin dont il n'arrivait plus à se débarrasser. Il entendit Angeal atterrir dans les broussailles à son tour.

« Qui êtes-vous ? interrogea le guerrier, malgré tout sur ses gardes.

- Ne tirez pas ! supplia Angeal. Nous sommes du village ! Mon ami était juste curieux de voir un membre du SOLDAT et… »

Il fut alors brusquement coupé par un Génésis, subjugué, qui s'avançait encore plus près en s'extasiant comme si plus rien en dehors du SOLDAT n'existait :

« Waouh ! Angeal, tu as vu ses yeux ! C'est incroyable ! Je n'avais jamais vu des yeux comme ça ! »

Tendant sa main droite vers l'autre adolescent, il poursuivit :

« Je suis Génésis Rhapsodos, l'héritier de cette manufacture ! Toi, tu es le SOLDAT Sephiroth, n'est-ce pas ? »

La main de ce dernier, prête à saisir le katana dans son dos depuis qu'il avait vu le garçon se rapprocher d'un peu trop près, se retint. Indécis devant un tel comportement, il fixait la paume devant lui, sans savoir quoi faire.

« Et bien ? reprit Génésis, c'est une poignée de main ! On ne t'a jamais appris à dire bonjour ? »

Si Angeal avait pu rentrer dans un trou de souris, il n'aurait sans doute pas hésité une seconde tant l'attitude de son meilleur ami le mettait mal à l'aise.

Manifestement, son cadet n'avait pas compris qu'il s'agissait d'une délégation officielle dont le rôle des gardes et du SOLDAT était d'assurer la protection. Par conséquent, le protocole exigeait d'eux une certaine retenue.

Oui, Génésis s'en fichait pas mal. Lui, tout ce qu'il voyait, c'était qu'il rencontrait enfin son idole, que ce dernier était d'une beauté inouïe et qu'il n'avait qu'une seule envie : l'impressionner à son tour.

Agé alors d'à peine quatorze ans, Sephiroth conservait encore les traits androgynes de son enfance, tout en esquissant les prémices d'un physique d'adulte qui s'annonçait plus que prometteur. Les cheveux argents portés encore courts sur la nuque, vêtu d'un uniforme noir dont la veste, légèrement cintrée et courte, épousait le corps athlétique, son katana accroché dans son dos, le tout lui confèrait une allure à la prestance quasi-princière.

« Vous ne devriez pas être ici tous les deux, sermonna le jeune SOLDAT qui n'avait pas daigné accorder la poignée de main tant attendue.

- Quel sérieux ! Se moqua gentiment Génésis. C'est fou ! Tu as vraiment notre âge alors ! Eh, c'est vrai ce qu'on raconte ? Que t'as battu une horde de xylomides à toi tout seul alors que t'avais que douze ans ? Et t'as déjà battu un tomberry ? Et à quel âge t'as appris à te battre ? C'est comment Midgar ? Et… »

Sous l'avalanche de questions, le guerrier se sentit pour le moins décontenancé. Lorsqu'il lui arrivait de traverser villes ou villages, les regards d'admiration qu'on lui lançait étaient devenus courants, parfois quelques téméraires lui adressaient timidement la parole…Mais jamais on ne lui avait parlé de façon si familière ! Qui était cet imbécile ?

Angeal, aux aguets, finit par interrompre le monologue de son ami quand des voix provenants de l'intérieur de l'usine le mirent en alerte :

« Gén' ! Il a raison ! Si tes parents décident de faire visiter les vergers et nous surprennent en sortant du bâtiment, on est bon pour passer tout le mois en corvée d'épluchage de pommes !

- Oui ! Bon ! Ça va ! Ça va ! J'arrive ! »

Angeal attrapa le bras de son cadet et l'entraîna derrière lui. Un dernier regard en arrière et Génésis vit que le SOLDAT l'observait toujours, lui aussi. Fier d'être parvenu à attirer l'attention de ce dernier, il suivit son aîné dans l'ascension de la falaise par laquelle ils étaient arrivés.

Une fois grimpé et à l'abri, il se retourna une ultime fois pour épier son idole, tout en déclarant solennellement :

« Angeal…

- Quoi ?

- Je veux devenir membre du SOLDAT… »

Son meilleur ami rit, lui ébouriffa les cheveux et, en lui donnant une petite tape amicale dans son dos, lui confia :

« Dans ce cas, il est temps d'aller nous entraîner ! »

Génésis avait-il réalisé ce jour-là, six ans auparavant, qu'il avait purement et simplement été victime d'un coup de foudre ? Probablement pas…

S'il y avait bien une chose que Monsieur détestait, c'était d'être ébloui par la lumière en se réveillant. Pourtant, à force, il aurait dû s'y habituer, la chose n'étant pas rare lorsque l'on partait en mission ou sur des fronts de batailles en étant obligé de coucher dans des conditions tout à fait rudimentaires. Pas qu'il ait le sommeil léger, bien au contraire, mais être tiré de sa torpeur par la luminosité était une chose qui avait toujours eu le don de l'agacer. De quoi le mettre de mauvaise humeur dès son réveil ! Entre ça, et entendre la voix de son meilleur ami l'appeler en lui donnant des surnoms de midinette, il était gâté !

« Eh ! La belle au bois dormant ! Tu acceptes enfin de sortir de ton sommeil ? »

Ouvrant péniblement les yeux en ronchonnant, il s'aperçut après un bref coup d'œil circulaire qu'il se trouvait dans une chambre d'hôpital. Certainement celui destiné aux militaires, en périphérie du plateau de Midgar. Des appareils médicaux cliquetaient et grésillaient de partout, de malheureux confrères estropiés occupaient les lits voisins en gémissant, et, pour couronner le tout, il était lui-même relié à diverses perfusions et à tout une multitude de moniteurs. Comment avait-il atterri ici déjà ?

« Angeal…

- Tu m'as fait une sacrée frayeur tu sais ! » rouspéta ce dernier.

Debout à ses côtés, ce dernier portait encore l'un de ses bras en écharpe suite à une vilaine blessure qui lui avait valu la joie d'être rapatrié du front le mois passé. Le pauvre était tombé, avec une petite troupe de gardes ainsi que deux seconde classes, sur un nid de pampa particulièrement enragés. La saison des amours chez ces adorables créatures les rendait quelque peu à cran, et Angeal et son escouade en avait fait les frais.

« Comment te sens-tu ? demanda l'aîné.

- Mon ami, le destin est cruel. Il n'existe ni rêve ni honneur

- Ah ! Si tu cites Loveless, c'est que ça ne va pas si mal ! »

Angeal s'assit sur une petite chaise à côté du lit, après avoir posé sur la table de chevet une grosse boîte rose tout enrubannée s'apparentant à des chocolats à la liqueur :

« Tiens ! Cadeau ! De la part de la stagiaire du département technique… »

Ah oui ! Génésis se souvenait avoir fait la cour à la donzelle durant des semaines avant d'être appelé en renfort à Wutaï. Une jolie petite brunette à la peau couleur café et au sourire ravageur. Comment s'appelait-elle déjà ? C'était un prénom en "A"..."Alice" ? "Alicia" ? "Aline" ? Rha ! Impossible de s'en souvenir !

« Et ça, c'est encore un cadeau ! ajouta Angeal en posant sur la boîte de gourmandise une volée de feuillets joints par une agrafe.

- Qu'est-ce que c'est ? reprit l'éclopé, dubitatif.

- Ton rapport de mission. Il est déjà rédigé, tu n'auras plus qu'à le recopier avant de le donner à Lazard quand tu sortiras d'ici.

- Tu…m'as rédigé mon rapport ? En quel honneur ?

- Pas moi ! Sephiroth… »

A l'évocation de son compagnon d'arme, les derniers souvenirs de Génésis lui revinrent en pleine figure et un vent de panique le traversa tout à coup :

« Sephiroth ! Il…

- Il va bien, le rassura son aîné en posant la main sur son épaule pour qu'il se rallonge. Il est plus costaud que toi ! Il a été soigné par le Professeur Hojo, au département scientifique. Il est sorti il y a plusieurs jours déjà... »

Se remémorant la terreur qui l'avait envahie en sentant le corps blessé de son comparse tomber inconscient entre ses bras, Génésis ne pu réprimer un frémissement. Néanmoins, la précédente remarque de son meilleur ami finit par titiller sa jalousie maladive vis-à-vis du guerrier :

« Quel veinard ! fit-il, mauvais. Et pourquoi a-t-il rédigé mon rapport ?

- Il a certainement dû changer quelques détails pour que ça colle à la version qu'il a donné lui-même. Il m'a raconté ce qu'il s'est passé. Lazard et le Président ne savaient plus s'il devait le féliciter pour avoir détruit l'un des quatre principaux forts, ou s'il devaient le punir pour avoir désobéi aux ordres… »

Une question taraudait Génésis. Pourquoi ? Pourquoi était-il venu le chercher ? Il connaissait son compatriote pour son héroïsme, c'est ce qu'il avait toujours admiré chez lui. Mais de là à mettre sa propre vie en jeu, alors que rien ne l'y obligeait, ça n'avait pas de sens…

« Génésis, poursuivit Angeal avec sérieux, tu dois aller le remercier…

- Pour le rapport ? reprit-il sur un ton goguenard tout en s'emparant de la boîte de friandise qu'il était bien décidé à dévorer pour l'aider à passer sa mauvaise humeur.

- Il t'a sauvé la vie, imbécile ! le rabroua alors son meilleur ami.

- Il n'était pas obligé de le faire ! Je n'avais rien demandé ! »

Un premier chocolat à la liqueur d'orange venait de finir dans son estomac.

« Non ! Mais il l'a fait quand même ! Demande-toi pourquoi !

- Par héroïsme mal placé ? »

Un troisième. Ah ! Celui-ci était à la liqueur de pom'sotte !

« Pfff ! Si tu le crois comme ça, c'est que tu ne mérites pas d'être son ami ! »

Beurk ! Le sixième était à la confiture de framboise ! Quelle idée de mélanger du chocolat au lait avec de la confiture ! Tss !

« Tu vas m'écouter, Génésis Rhapsodos : Lorsque tu sortiras de cet endroit, parce qu'avec tous les sérums et élixirs qu'ils te balancent dans ces poches, je peux t'assurer que tu vas vite sortir ! Je veux que tu ailles le voir pour lui parler ! Pour une fois dans ta vie, fais preuve de gratitude ! Ton Grand Héros a risqué non seulement sa vie, mais aussi sa carrière, pour venir tirer ta sale petite tête de mûle du pétrin où elle s'était fourrée ! Le moins que tu puisses faire, c'est de le remercier ! »

C'est sur ce dernier sermon que celui qu'il considérait comme son grand frère se leva et tourna les talons.

Génésis venait de finir sa boîte de chocolats. Cependant, il sentait toujours un goût d'amertume sur le bout de sa langue…

Le remercier ! Il en avait de bonne, Angeal, parfois !

C'était fou comme le destin avait sa petite façon bien à lui de vous pousser à faire quelque chose dont vous n'aviez absolument aucune envie !

La soirée s'était pourtant déroulée à merveille, et la nuit, déjà bien entamée, promettait d'être tout aussi agréable.

Rétabli depuis une quinzaine de jours, Génésis avait profité de sa soirée libre pour assister à une représentation de sa pièce favorite au théâtre, puis il avait poursuivi les festivités au pub où il avait l'habitude de se rendre, situé dans la petite rue, à deux pas de là. Il en était ressorti relativement tard, passablement ivre ( l'alcool de pom'sottes était définitivement son péché mignon ! ), entouré par deux charmantes demoiselles que la simple mention de "1ère classe du SOLDAT" avait suffi à faire s'agglutiner à lui tel les abeilles à leur pot de miel.

Profitant de la fraîcheur de l'air nocturne où une légère brise transportait les relents de Mako, de béton et de gaz d'échappement des véhicules ( il n'y avait vraiment qu'à Midgar qu'on pouvait sentir ce mélange d'odeur si particulier ! Ou peut-être à Junon, avec en prime là-bas, les embruns de la mer ! ), il s'en retournait donc tranquillement chez lui en se disant que les heures qui allaient suivre promettaient d'être torrides, et non pas à cause des températures de cette saison estivale qui battait son plein dans la région, transformant la métropole en fournaise dantesque la journée.

Depuis qu'il avait obtenu le grade de 1ère classe, le jeune homme logeait dans une rue attribuée spécialement aux élites du glorieux corps militaire. Passé le point de contrôle, toutes les petites maisons, assez cossues, quasi-identiques, s'alignaient les unes derrière les autres donnant à l'avenue un sentiment d'ordre et de conformité parfaitement en accord avec l'image voulue par la hiérarchie de la multinationale.

Après une bonne demie-heure de marche que les gloussements de ses deux compagnes, dont il n'arrivait absolument pas à se souvenir des prénoms, avaient meublés, ils arrivèrent enfin à la barrière robotisée donnant accès à sa rue, pour peu que l'on ait sur soi la bonne carte magnétique…

Oui, pour peu qu'on l'ait sur soi…

Génésis fouilla dans la poche de son pantalon. Puis de sa chemise. Il avait bien son portefeuille, mais la carte magnétique, ainsi que la clef de son logis, étaient, elles, restées dans son nouveau trench ( le dernier était parti en fumée, quelque part dans un fort à Wutaï ! ), qu'il n'avait pas pris la peine d'emporter en raison de la chaleur et qui, par conséquent était resté…

Dépité, son regard se tourna vers l'immense tour siégeant au beau milieu de la ville, qu'on pouvait apercevoir jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres.

…Il était resté dans le casier électronique de la salle de repos du 63ème étage.

"Quel crétin !" S'autoflagella-t-il.

Objectivement, il pourrait tout à fait passer par-dessus la barrière de sécurité. Cependant, les alarmes du système une fois déclenchées, il faudrait qu'il se justifie pendant des heures auprès d'un groupe de gardes aussi stupides qu'obtus, pour enfin parvenir à son logement dont il devrait fracturer la porte d'entrée. Mouais…pas la solution la plus simple. Essayer de s'inviter chez les donzelles n'était pas, non plus, une option : de ce qu'il avait pu en comprendre, l'une d'elles habitaient encore chez ses parents, et l'autre logeait chez un ami.

Poussant un soupir à fendre l'âme, il comprit que sa dernière option était de repartir jusqu'à la tour. Mais, histoire d'éviter de passer pour l'idiot fini qu'il était, il allait d'abord devoir jouer la comédie.

Saisissant discrétement son PHS, il s'arrangea pour faire vibrer lui-même l'appareil, avant de porter ce dernier à sa vue en faisant mine de lire un important message :

« Gén' ? Il y a un problème ? s'alarma l'une d'elles en voyant l'air faussement renfrognée du rouquin.

- Ah, mes colombes, je crains que nos projets pour cette nuit ne soient compromis…

- Quoi ! Mais, enfin Gén' ! Tu nous avais promis qu'on irait chez toi ! » le houspilla la deuxième en portant les poings à ses hanches.

S'il voulait garder leur estime, et accessoirement leurs numéros, il allait devoir faire preuve de talent pour les convaincre :

« Mes anges ! Si vous saviez comme je suis en peine de devoir vous laisser ainsi ! Mais hélas, le devoir d'un SOLDAT n'attend guère !

- Au beau milieu de la nuit ?

- Pour assurer la protection des habitants de Midgar, nous autres SOLDATs n'avons guère de répis ! Mais, mes demoiselles " Même si les lendemains sont vides de promesses, rien ne pourra empêcher mon retour ! " » conclut-il de manière théâtrale en se penchant pour une ultime révérence.

Après un romanesque baise-main, suivi d'une révérence chevaleresque, il partit en hâte en direction de la tour.

Une fois hors de vue, l'une des deux filles dit à son amie en relevant un sourcil, perplexe :

« Il a oublié ses clefs, c'est ça ?

- Mmoui…»

Une petite demie-heure plus tard, Génésis accéda enfin à l'étage abritant la salle de repos et les fameux casiers automatiques. L'avantage était que sa petite cavalcade lui avait en partie permis de dessaouler ! Oui, en partie !

Une fois ses accessoires récupérés au fin fond de ses poches, il se préparait à faire demi-tour et regagner l'ascenseur lorsque, passant devant l'une des salles d'entraînement virtuel, il aperçut la loupiote rouge au-dessus de la porte, signe que celle-ci était, en toute logique, occupée. S'interrogeant sur une éventuelle présence à cette heure si avancée de la nuit, il se demanda si quelqu'un n'avait pas tout simplement oublié d'éteindre le système électronique permettant la simulation virtuelle de la machine.

Décidé à y remédier, il pénétra calmement dans la salle.

C'était la seconde fois dans sa vie qu'il éprouvait cette sensation, comme si son cœur loupait quelques battements. Il ne s'attendait sincèrement pas à trouver qui que ce soit, et encore moins son….son quoi au juste ? Ami ? Frère d'arme ? Rival ? Difficile à dire, tant leur relation était complexe.

Pourtant, il n'y avait que lui pour avoir l'idée de s'entraîner au beau milieu de la nuit. Bizarrement, ce dernier n'avait pas perçu le bruit feutré de la porte coulissante lorsque celle-ci s'était ouverte. C'était étrange. Il savait que son confrère avait une ouïe tout bonnement phénoménale, pourquoi ne s'était-il pas aperçu de sa présence ?

Qu'à cela ne tienne ! Il en profita pour l'épier silencieusement pendant un petit instant. Le guerrier, casque de réalité virtuelle sur la tête, sabre à la main et torse-nu, effectuait toute une série de katas contre des ennemis invisibles. Les années s'étaient écoulées. L'allure vaguement androgyne, qui avait alors captivée Génésis tandis qu'il n'était qu'un tout jeune garçon, avait fait place à un physique d'homme à la beauté parfaitement envoûtante. Plus grand que lui de quelques centimètres, la musculature légèrement plus développée, le SOLDAT à la chevelure d'argent n'avait jamais cessé de lui plaire. D'ordinaire, Génésis n'était pas spécialement attiré par la gente masculine. Il avait bien eu une ou deux expériences, mais rien qui ne l'ait considérablement marqué. Mais cet homme là…cet homme là avait le chic pour le mettre en émoi, quoiqu'il fasse !

Hypnotisé par la grâce féline dont le guerrier faisait preuve, une idée germa dans l'esprit tordu du rouquin. Après tout, Angeal lui avait bien demandé de le remercier, non ?

La prise de décision rendue plus facile grâce à son taux d'alcoolémie, Génésis se glissa à pas de velours jusqu'au moniteur de contrôle et appuya sur le gros bouton "OFF".

Puis, avec une rapidité habile due à ses réflexes de SOLDAT, il se précipita juste derrière son comparse avant que ce dernier n'ôte le casque électronique en pestant, croyant que le système venait d'être victime d'une énième panne, comme il en avait l'habitude.

Sephiroth ressentit un poil trop tard la présence derrière lui. Néanmoins, il identifia sans mal le propriétaire des mains qui vinrent se poser délicatement sur ses yeux au moment exact où le casque les quitta. C'était l'odeur de son eau de cologne qui lui permit de deviner qui était l'énergumène collé à son dos.

« A quoi joues-tu ? demanda le grand héros sans sourciller.

- Je joue à " devines qui c'est " ! »

Le souffle de son cadet lui chatouillait l'oreille et l'odeur de l'alcool l'avertissait de l'état d'ébriété de ce dernier.

« Génésis…

- Gagné ! murmura le roux en laissant à contre-coeur ses bras retomber le long de son corps.

- Que fais-tu ici à cette heure ? » interrogea Sephiroth.

Celui-ci s'écarta, se pencha pour attraper nonchalamment la bouteille d'eau qu'il avait posée dans un recoin et la vida d'une traite.

« Je te retourne la question ! N'est-il pas un peu tard pour s'entraîner ? Surtout que tu n'en as pas besoin ! »

Aucune réponse. Sephiroth venait de poser Masamune et rajustait les bretelles en cuir de son uniforme par-dessus ses épaules.

« Tu sais que la plupart des gens sont dans leur lit à cette heure, seul ou accompagné ? reprit Génésis.

- Dans ce cas, pourquoi n'es-tu pas dans le tien…seul…ou accompagné ?

- J'aurais pu l'être, protesta-t-il, si je n'avais pas oublié mes clefs dans mon casier ! »

Sephiroth se dirigeait vers les patères où était suspendu son éternel trench noir, avant que la main de Génésis ne saisisse brutalement son poignet, le forçant à s'arrêter. Étonné, il lui jeta un regard d'incompréhension. Il avait eu une longue soirée en tête-à-tête avec son "père", ce qui impliquait toujours aiguilles et fioles en tout genre, et il n'était pas spécialement d'humeur à supporter les pitreries de son confrère à moitié alcoolisé.

« Il paraît que je dois te remercier, fit Génésis, pour m'avoir sauvé.

- Si cela peut te rassurer, je n'attends aucun remerciement…

- Pourquoi l'as-tu fait ? »

La question le prit de cours et il resta muet.

« Pourquoi as-tu risqué ta vie pour moi ? insista encore son ami dont les yeux bleus ne quittaient pas les siens. Réponds-moi !

- Je n'en sais rien ! » répliqua-t-il alors avec sincérité.

Car non, Sephiroth n'en savait rien ! Et il n'avait pas franchement envie de le savoir. Quelque chose dans cette question le dérangeait. Pourquoi avait-il désobéi et risqué sa vie pour sauver celle de son camarade ? Ils étaient des SOLDATs, il s'agissait d'une guerre, et mourir au front était un risque qu'ils encouraient tous et qui faisait partie de leur vie ! Alors pourquoi ?

Soudain, il vit que son ami se rapprochait dangereusement :

« Qu'est-ce que tu fais ? fit-il, presque affolé.

- Je t'aide à le savoir… »

Génésis songea, dans un minuscule recoin de son esprit, qu'il était en train de faire une bêtise. Mais c'était plus fort que lui. Sans laisser le temps de comprendre à son adversaire, il posa ses lèvres sur les siennes.

S'attendant à être violemment repoussé, auquel cas il aurait pu tout mettre sur le dos de sa fâcheuse cuite, il se contenta d'un baiser tout à fait chaste durant plusieurs secondes. Et…et rien ! Pas de coup de poing, pas de gifle, pas d'insulte, pas même de brusque recul. Juste…ses lèvres, comme figées sous les siennes.

Enhardi par l'absence de réaction négative, la main qui maintenait le poignet glissa jusqu'à l'avant-bras tandis que sa jumelle crocheta la sangle de la bretelle. Ses lèvres continuèrent de parcourir leurs consœurs qui s'animèrent timidement sous les siennes. Il su alors que plus rien ne serait jamais comme avant, et qu'il ne pourrait plus embrasser qui que ce soit sans qu'un goût d'amertume ne s'invite dans sa poitrine.

Enivré, incapable de s'interrompre, le roux poussa sa chance un peu plus loin. Se collant pour de bon à son partenaire, sa main s'aventura sur sa nuque et il tenta d'approfondir le baiser. C'est à ce moment là, lorsque sa langue effleura celle de l'autre homme, avec un érotisme qui lui envoya une décharge fulgurante à travers le corps, que ce dernier recula violemment.

Pas d'injures. Pas de reproches. Pas d'engueulades. Juste un regard. Et ce qu'il crut y lire, ce ne fut ni de la colère, ni du dégoût ou du mépris …

« Ton petit jeu t'a bien amusé j'espère… » souffla le guerrier en attrapant sa veste et en le plantant là, au milieu de la salle.

…mais ce qui lui semblait être une profonde déception…et une tristesse infinie.

Fin du chapitre