Chapitre 7 : Bloqué
Je me figeai en entendant la porte de la chambre s'ouvrir.
-Tu es sûr que tu ne veux pas de la pizza ?
-Va-t-en ! dis-je aussi durement que possible, bien que ma voix ne soit pas aussi sèche que je le souhaitais.
J'aurais mieux fait d'aller dans ma Pokéball finalement. Même si le décor était déprimant, j'aurais eu la paix.
-… Tu n'as rien mangé ce soir et …
-Je t'ai dit de dégager !
-Et quoi ? Tu penses que j'ai envie de te laisser seul dans ces conditions ?! Imiter une boule d'écailles ne va pas t'aider plus que ça.
Elle avait fermé la porte, et malheureusement, elle était du mauvais côté.
-Je ... je n'ai pas besoin de toi ! répondis-je, dérouté.
Je l'entendis s'approcher et me retint de lui donner un coup d'aile.
-M'en fiche. Allonge-toi, sur le dos ! ordonna-t-elle avant de me pointer du doigt. Je vais te montrer comment on résout des problèmes à la Karen !
-Va te faire voir !
-Fais-moi confiance pour cette fois, et si tu vas pas mieux après, je m'en vais et te laisse seul à rouler jusqu'à demain.
Tu parles, tu reviendras aussitôt à l'attaque. Furieux plus qu'autre chose, je me retournai pour me jeter sur elle et la plaquer au sol. Dans mon action, une de mes ailes heurta le bureau et une partie du tas de vêtements nous atterrit dessus.
Je l'épinglai au sol en plaçant mes mains sur ses épaules avant de me mettre à lui crier dessus.
-Tu ne peux rien faire, c'est trop tard ! Ils … ils m'ont tout pris ! Toi tu … tu as tout ! Tu ne peux pas comprendre !
- ... Je ne peux pas savoir et je n'ai pas besoin d'en savoir autant. Ce que je sais, c'est que tu vas mal et ça, ça m'embête. Ce qu'on t'a pris, on peut le reprendre mais pas tant que tu es dans cet état. Et cet état, je ne connais deux manières d'en guérir. Et comme t'as pas l'air très câlin, me reste que cette solution...
Ses mains vinrent me chatouiller les côtes.
Je me retins de rire et pris une grande respiration avant de lui lancer un Hurlement dessus. Comme prévu elle se tétanisa sur place.
-Je me suis toujours débrouiller tout seul. Je n'ai pas besoin d'aid…
Je n'eus pas le temps de finir que la porte s'ouvrit en grand et le bulbe vivant entra dans la pièce.
-Karen ! s'écria-t-il.
Il sembla vouloir passer à l'attaque mais Poil de carotte leva un bras tremblant vers lui qui l'immobilisa. Elle murmura:
-Herbi... Laisse-moi...
-Pas question, je vais le...
-Herbi... Tu sors et tu fermes la porte. Personne ne rentre tant que je ne suis pas sortie.
-Il va te tuer.
Elle me regarda, j'essayais de lui faire comprendre que ça allait effectivement être le cas si elle continuait à me harceler. Son regard se posa à nouveau sur son copain et elle sourit faiblement:
-S'il m'arrive un truc... Je compte sur vous pour... l'aider pour la suite. Sors Herbi.
-L'ai...
-Herbi ! réussit-elle à crier.
Le Pokémon grogna et fit demi-tour, fermant la porte comme ordonné, sans doute pour appeler ses amis à l'aide. La rousse leva le regard vers moi et mentit :
-Je... n'ai pas peur... S'il faut en arriver là pour que tu acceptes notre aide... Je...
Elle remua sous moi et ne sachant que faire je fis la première chose qui me passait par la tête. Je me redressai en l'attrapant par le col. Ses mains virent se poser sur mon bras sûrement dans le but de ne pas s'étrangler avec sa veste. Je me dirigeai vers la porte et l'ouvris pour la jeter doucement dehors.
-Fous-moi la paix. dis-je en plaquant la porte avant de réaliser que j'avais trop forcé et que la poignée m'était restée dans la main.
Je soupirai en regardant l'état de la chambre quand une odeur attira mon attention. Merde, elle s'était pissée dessus. Mon Hurlement était un peu fort finalement.
La porte s'ouvrit à nouveau et elle rentra dedans les jambes tremblantes.
-On … a pas fini…
Je la regardais surpris. Elle était plus coriace que je pensais. Mon regard dériva vers la porte qui se referma avec un clic. Génial j'étais maintenant bloqué avec cette … cette stupide humaine.
-Je n'ai rien d'autre à te dire. dis-je en croisant les bras devant moi tout en lui jetant un regard noir alors qu'elle s'asseyait au sol.
-Moi si... Je me demande Rei... À quoi tu penses, là tout de suite ?
-… Que la porte est fermé et … que la poignée est cassée.
-Pas mal... rigola-t-elle nerveusement avant de reprendre. Moi, que j'ai mal, honte et que tu es têtu comme pas possible.
-Pas autant que toi.
-Peut-être. Mais, tu sais, j'ai aussi des problèmes. Peut-être pas aussi gros que les tiens mais j'en ai... Et la bonne nouvelle dans tout ça, c'est qu'aucun de nous deux ne pensent à ces problèmes actuellement. Elle se releva doucement en prenant appuis sur le mur les jambes toujours instables. Fwah, mon corps commence à peu près à se calmer... C'était quoi ? Rugissement ?
-Hurlement.
-Hurlement... C'est vraiment flippant comme attaque... conclut-elle avant de rigoler. J'ai réussi à avoir peur d'un gars qui porte mes soutifs sur la tête quand même.
-Qu ...
J'attrapai un des bouts de tissu qui était sur ma tête et vis avec horreur qu'elle avait raison. Je jetai la chose derrière moi sur le bureau avant d'entreprendre d'enlever les autres trucs qui m'étaient tombés dessus et se retrouvaient dans mes ailes. L'humaine se mit à rire, augmentant ma gène.
-Tu es mal placée pour rigoler.
-Oui, mais c'est quand on arrête de rire que tout est vraiment fini. C'est ce que je voulais te faire comprendre mais tu réagis vachement mal aux chatouilles.
-J'aime pas qu'on me touche.
Cela sembla la faire réfléchir un instant. Puis elle vient vers moi. Comptait-elle oublier mon avertissement une fois de plus ?
Elle se planta devant moi les mains sur les hanches.
-Je veux t'aider Rei, te faire comprendre que nous sommes tes alliés mais par-dessus tout, qu'on soit amis et qu'on puisse se marrer ensemble. Ce n'était pas exactement le résultat que j'attendais mais j'ai passé un bon moment à me battre avec toi.
Et c'était reparti pour un tour, elle ne pouvait pas s'occuper de quelqu'un d'autre ?
-J'ai... vraiment besoin d'une douche, non, d'un bain... Tu peux prendre ma chambre pour te reposer, je nettoierai... tout ça plus tard. annonça-t-elle après un silence.
-… Il est hors de question que je dorme dans ta chambre, je préfère encore retourner dans ma Pokéball. ... si … s'ils me laissent tranquille. dis-je en pointant la porte du doigt. Je nettoierai.
-Pas question que tu nettoies ! C'est... C'est assez honteux de... m'être montrée comme ça, si en plus je te laisse t'en occuper, je saurais plus jamais où me mettre !
-Donc j'attends la dedans que tu sois propre et que tu reviennes faire le ménage ?
-Tu vas dans ma chambre, tu te reposes, je m'occupe de tout ça et je dormirai soit ici, soit au salon. On verra pour le reste demain. Mes amis te laisseront tranquilles aussi mais...
-Je vais dans ma balle. annonçai-je catégoriquement ce qui la fit soupirer.
-Je reste convaincue que tu as besoin d'un bon lit... À moins qu'il y ait un lit dans ta balle ?
-… Oui.
C'était plutôt un amas de coussins mais j'avais l'habitude, c'était confortable.
-D'accord, je t'en fais sortir demain avant de partir au travail, comme d'hab ?
Je hochai la tête tandis qu'elle se dirigeait vers la porte avant de mettre en temps d'arrêt devant.
-Euh les amis, pourriez-vous défoncer la porte ? La poignée est cassée.
-On avait remarqué. annonça Herbi.
Je les entendis bidouiller la serrure.
-J'aurais une question. me demanda calmement la fille.
-Une seule ?
-Pour le moment. Je voulais savoir … pourquoi … pourquoi es-tu revenu ?
-… Je … j'ai repensé à ta proposition.
-Pardon ?
-Tu m'avais proposé de m'abriter ici le temps que l'hiver passe. Donc … je débarrasserais le plancher au printemps.
-D'accord. répondit-elle apparemment déçu alors que la porte était déverrouillée.
Sans attendre la plante verte se jeta sur elle, cherchant la moindre blessure.
Je restai immobile pour me faire oublier pendant que Karen leur expliquait ses projets pour la soirée qui constituait une douche et du ménage. Bien entendu, je récoltais des regards tantôt noirs, tantôt méfiant, mais je m'en foutais.
Dès que l'entrée fut libérée je sortis sans un mot avant de rentrer dans ma balle. En songeant avec impatience au printemps.
Comme à son habitude, elle me sortit de ma balle dès qu'elle fut debout. Herbi me fit signe dès qu'elle avait le dos tourné qu'il m'avait à l'œil. Et il ne devait pas être le seul au vu des regards des autres. Je fis comme si je n'avais rien vu. Je pourrais toujours leur faire remarquer après que je ne l'avais pas tué alors que j'aurais pu.
Je m'assis à table avant de découper la brioche industrielle en tranche. L'humaine ne tarda pas à me rejoindre un bol de chocolat chaud pour elle et un de lait froid pour moi. Nous mangeâmes en silence, tandis que ses amis discutaient tout bas.
-Ça te dis de venir avec moi aujourd'hui ? lâcha soudain la rousse.
Je mis un instant à réaliser la signification de sa phrase. Elle comptait réellement me laisser sortir ? Après ce qu'il s'était passé hier ?
-… Tu veux dire aller au parc ? répondis-je hésitant après avoir avalé ce que je mangeais.
-Évidemment, tu pensais à quoi d'autre ?
-Rien, rien. Si je ne passe pas ma journée entière dans ma Pokéball je viens. tentai-je.
-Tu me promets de ne pas faire de bêtises ?
-Je serais aussi discret qu'un Mystherbe dans un champ d'herbe.
-Je ne pense pas que ça soit une bonne idée. annonça grincheux à poils jaunes.
-Karen a eu assez d'émotion pour la semaine entre ta fuite et ton coup de gueule d'hier soir, enchaîna Herbi.
Je continuai de manger ma tranche de brioche sans rien dire. Je ne savais que dire pour me défendre efficacement.
-J'ai l'habitude de gérer mon stress. relativisa l'humaine qui avait sûrement eu droit à une traduction de Moustache.
-Je sais que tu veux bien faire mais je ne pense pas non plus que ça une bonne chose à faire. Qui sait si tu n'auras pas besoin de nous tous ? Tu vas te pénaliser si tu dois en plus lui attribuer l'un de nous pour le … surveiller.
-Je n'ai pas besoin de babysitter. répliquai-je.
-Ce n'est pas toi qui voulais que je t'entraîne ? demanda Roy.
-C'est pas pareil.
-Entraîner à quoi ? demanda le Rafflésia.
-A vo…
-Haaa ! Dis pas ça ! m'exclamai-je gêné.
-Pourquoi ?
-Car c'est ... c'est ... euh ... le dis pas c'est tout !
Sans attendre, la fleur sur patte se retourna vers son ami à plumes en sautillant.
-Dis, dis, dis ! s'exclama-t-il joyeusement.
Le Roucarnage me fixa un instant quand je vis ses yeux sourirent.
-Pourquoi tu ne veux pas que je le dise ? répéta-t-il.
-C'est honteux c'est tout.
-Je veux savoir moi aussi. s'exclama Karen aussi amusé par la situation.
-Tu n'as pas besoin de savoir.
-Pas la peine d'être aussi grognon. Allez, dis-nous tout ! continua-t-elle en posant sa tête entre ses mains tout en me fixant avec un grand sourire.
-Non. répondis-je en finissant de boire mon verre.
L'humaine n'ajouta rien. Je pensais avoir gagné la partie quand ce crétin de Pokémon avec une fleur sur la tête repassa à l'attaque.
-Allez, ça ne peut pas être pire que ce que tu as fait à Karen hier soir.
Je restais surpris et immobile ne sachant que faire ou dire.
-C'est vrai que ce n'est rien comparé à ça. annonça Roy.
-J'ai une idée ! Tu voulais m'affronter. Si je gagne tu nous dis ce que c'est sinon tu peux garder le silence. proposa le Voltali en regardant à la fin Roy.
-Non, mais ça va pas ? Tu as l'avantage du type !
-Tu ne voulais pas faire un match contre Spark ? comprit l'humaine.
-Non. C'était juste pour avoir une raison de sortir.
-… Tu es si faible ?
Je lui jetai un regard noir.
-Me regarde pas comme ça. C'est facile de me vaincre je suis cent pour cent humaine, je n'ai pas de super pouvoir moi.
-C'est vrai ça. Tu ne nous as pas directement affrontés. réalisa Moustache.
-Il ne doit pas non plus casser trois pattes à un Psykokwak. ajouta Herbi.
-Tu veux essayer la plante verte ?
-Tiens ? Le grand lézard aurait assez de courage pour tenter de m'affronter ? C'est vrai que tu auras l'avantage du type mais je ne pense pas que ça soit suffisant pour toi.
Je me retins de demander à Karen si je pouvais massacrer son copain. Et cherchais une autre formulation pour agréable à entendre.
-Karen ! Je peux affronter Herbi ?
-Hmm... Je vois pas le problème, ça me permettra à la fois de voir de quoi tu es capable et de te montrer que nous ne sommes pas sans défense. Interdiction de mettre à mort par contre, et je dois être présente.
Je me retournai vers le bourgeon et le pointai du doigt.
-Je vais de faire manger la poussière !
-Et moi la neige.
-Herb' si tu te fais massacrer je prends ta place. ajouta Spark.
-Pas besoin.
-Karen, où sont les habits que j'avais en arrivant ?
-Ceux tout noir ?
-Oui.
-Sur le bureau.
Je partis sans attendre chercher dans la pile de repassage à faire ce dont j'avais besoin.
-Bon, du coup, vous voulez faire ça aujourd'hui je suppose. dit Karen en finissant son déjeuner.
-Et comment ! ajouta joyeusement Herbi.
-Je vais devoir faire le plein de potions moi. conclut la rousse.
Cette journée de décembre ressemblait à n'importe quel jour d'hiver. Le ciel et le sol étaient tout deux d'un blanc grisonnant seuls les arbres sans feuilles découpaient le paysage comme des fissures noires. Les quelques rares couleurs étaient apportées par les résidents et le personnel du parc.
La rousse avançait silencieusement sur la neige à l'aide d'une moto-neige qui fonctionnait à l'électricité. Cette dernière était alimentée en continue par Spark assis sur la place prévu à cet effet à l'arrière. Elle l'avait habillée d'une veste pour qu'il n'ait pas froid.
L'humaine parcourait la zone depuis le matin, emmitouflée dans une doudoune verte, qui malgré la couleur, faisait penser à un Grodoudou.
Elle faisait le tour pour vérifier qu'il n'y avait pas d'intrus et vérifiait le matériel. Bien que le temps ne donnait pas envie de sortir, il arrivait parfois que quelques intrépides tentent l'aventure.
La radio accrochée à son gilet à côté de nos balles émit un grésillement avant que la voix d'une de ses collègues ne coupe le silence.
-ça va être l'heure de la pause. annonça-t-elle. Tu pourrais aller jeter un coup d'œil à la grotte de la cascade avant ? Apparemment la température est en train de descendre.
-Un problème avec la pompe ?
-D'après l'ordinateur, elle fonctionne.
-J'y vais alors. Je te tiens au courant.
-D'accord. Je ne serais pas loin du téléphone si besoin.
-C'est noté.
Karen roula encore une dizaine de minutes avant d'arriver face à un grand lac en partie gelée. Même si mon envie était qu'elle s'éloigne de toute cette eau froide, mon attention fut attirée par un mouvement. Des têtes jaunes sortirent à la surface pour se mouvoir dans notre direction.
-Bonjour tout le monde ! s'exclama la rousse. Vous êtes bien courageux de rester ici par ce temps.
La bande de Psykokwak lui rendit bruyamment son salut.
-Tu viens faire quoi ? demanda un des canards jaunes.
-Je viens voir quel est le problème avec la pompe. Je ne voudrais pas que nos amis aient froid.
-Le froid est bien, froid empêcher mal de tête. dit un autre.
-C'est vrai qu'elle fait un drôle de bruit. traduisit Moustache une fois dehors.
-Je vais aller voir ça. La glace est assez épaisse pour aller derrière la chute d'eau ?
-Oui.
-Peut être.
-Moi j'ai pas eu de problème.
N'obtenant pas de réponse claire l'humaine demanda à son Alakazam de la téléporter à l'entrée. C'était la première fois que j'expérimentai ce phénomène, bien que je ne sentis rien. Je pus voir le décor changer rapidement.
La gardienne du parc faisait face à un mur de glace. La cascade qui alimentait le lac était gelée sur l'extérieur mais en regardant bien on pouvait voir de fins filets d'eau glisser le long des stalactites.
L'humaine se tourna face à un mur en pierre et attrapa sa radio. Elle appela sa collège pour lui demander d'ouvrir. Dès que sa demande fut faite, un clac retentit et une portion du mur glissa par côté, laissant apparaître un petit couloir. Ce dernier déboucha dans une grande salle éclairée artificiellement.
La curiosité me gagna et je m'envolais et manquais de m'assommer contre le plafond transparent. L'endroit était une véritable reproduction d'une prairie d'été. L'herbe était moins présente mais des cascades alimentaient différents bassins. Mais le plus surprenant pour moi était les Pokémons qui se trouvaient là. Des Minidraco jouaient joyeusement dans l'eau, certains remarquèrent l'arrivée de Karen et partirent vers un coin de la salle en criant « Lara » à tue-tête.
Je restais sans voix en voyant un Draco se redresser. Leur espèce était tellement rare que c'était dur d'en voir à la télévision. Et là, j'avais le privilège d'en voir un en vrai !
-Bonjour Lara. fit l'humaine en s'avançant dans la pièce après avoir fermé la porte d'entrée.
-Bonjour Karen. répondis le grand serpent en venant à sa rencontre suivi par quelques petits. Je pensais bien qu'un des gardiens finirait par passer. L'air a commencé à se rafraîchir.
-Effectivement. Rien qui sort de l'ordinaire sinon ? demanda la rousse après traduction.
-Non, rien d'autre en particulier ... Ah si ! Suis-moi.
Le Draco ondula jusqu'à une petite prairie où dormaient deux Minidraco. Elle se dirigea sans hésitation vers l'une d'entre elle.
-Lissandre, tu peux le montrer s'il te plaît ?
Le petit serpent bleu se redressa légèrement avant de desserrer sa prise, révélant un œuf blanc avec des tâches de la même couleur que les écailles de la maman.
-Félicitations ! s'exclama Karen avant de se mettre à parler rapidement alors que je regagnais le sol, nullement intéressé par ça.
Il y avait des Minidraco au parc. Je pensais que cette rumeur n'était faite que pour attirer les gens. Je n'aurais jamais cru que cela soit réellement vrai. Il devait facilement y avoir une dizaine de spécimens sans compter l'évolution. Ils les enfermaient l'hiver ? C'est vrai qu'ils n'aimaient pas le froid … et pourquoi les mettre ici au lieu de faire un bassin près des bureaux ?
Une fois leur blabla croulant fini, Karen se mit enfin au travail. Elle alla dans une salle remplie de machines et les regarda une à une avant de passer plus de temps sur l'une. L'engin en question se trouvait dans un bassin vide et brassait de l'air au lieu de l'eau d'après ce que disait l'humaine.
Elle finit par ressortir de la pièce avant de retourner à l'entrée. Après avoir annoncé à Lara que le problème venait de dehors. Elle utilisa à nouveau les pouvoirs de Moustache pour se téléporter en haut de la cascade.
Une couche de glace transparente recouvrait la rivière laissant voir l'eau qui s'écoulait dessous. Karen sembla chercher quelque chose avant de se mettre à râler, elle donna des coups de pieds contre la glace sans succès. Puis elle regarda autour d'elle et je fus plongé dans le noir. Cela dura qu'un instant car je me retrouvais à l'extérieur. Par réflexe j'augmentais la température de mon corps pour ne pas être soumis au froid.
-Tu pourrais faire fondre la glace ici, s'il te plaît ? me demanda-t-elle.
Je regardai la zone qu'elle me désignait avant de réaliser sa demande. Une Flammèche fut amplement suffisante pour faire disparaître la plaque d'eau gelée.
-Maintenant il faut enlever les cailloux.
-Compte pas sur moi, l'eau est trop froide.
-Je me doute.
Elle remonta la manche de son bras droit avant de le plonger dans le liquide glacé et enlever rapidement les pierres qui bouchaient une grille.
-Ah, qu'est ce qu'elle est froide ! fit-elle en enlevant son bras pour le placer contre elle pour le réchauffer.
Je regardai l'eau s'engouffrer dans l'espace qu'elle avait dégagé. Il y avait encore des pierres et des branches dedans.
-Donne. fis-je ayant pitié d'elle.
Elle hésita un instant avant de me donner son bras humide.
-Dis-moi si c'est trop chaud.
-D'accord.
Je fermai les yeux pour me concentrer, le but était d'envoyer la chaleur dans mes mains comme pour lancer un Poing de feu mais de le faire à petite dose pour ne pas la brûler.
-C'est un peu trop chaud là.
J'essayai de ralentir le flux d'énergie non sans mal. Je dus finalement la lâcher n'arrivant plus à gérer et me reculai. Sans attendre mes mains s'enflammèrent ce qui la fit sursauter.
-Ça ira ? demandai-je en tapant mes poings pour annuler l'attaque qui disparut dans une petite explosion de feu.
-Oui merci.
Je la regardai se pencher à nouveau au dessus du cours d'eau avant de l'arrêter.
-Pourquoi tu ne demandes pas aux Psykokwak de faire ça ?
-Ils risquent de tout abîmer.
-Ils sont pas stupide tu sais ?
-Oui, mais ils ont du mal à se concentrer sur une tâche.
-Fais comme si c'était un jeu alors.
-… Bonne idée. Par contre, je dois te faire revenir dans ta Pokéball.
-Attends !
-Quoi ?
-Je … je pourrais sortir voir la Draco ? Au moins toucher ses écailles.
Elle afficha un air surpris avant de sourire.
-Si elle veut, pas de problème.
Je la laissai me faire rentrer, excité par l'occasion qui se présentait.
Comme je lui avais proposé, Karen retourna auprès du Voltali qui se désespérait d'empêcher les canards jaunes de montrer sur la moto ou dans la petite remorque sur ski qui suivait.
-Spark. fit la rousse faussement sérieuse.
-Ils m'ont cherché. se défendit le jaune à épines pour justifier pourquoi ceux à bec étaient presque immobiles.
-Ça sera plus simple pour les transporter ! réalisa l'humaine avant d'aller chercher des Anti-para dans la remorque.
Puis elle fit face au groupe de Psykokwak pour leur parler.
-On va faire un jeu. commença-t-elle captant d'un coup toute l'attention à en voir leurs yeux. Je vais prendre trois d'entre vous qui vont devoir enlever les cailloux d'un endroit de la rivière au dessus de la cascade. Les autres vous devez arrivez avant qu'ils aient fini. L'équipe qui termine en premier gagne des cookies !
J'ignorais qu'ils aimaient les biscuits, mais cela sembla leur plaire au plus haut point au vu de leurs yeux.
Spark poussa trois canards à côté de Moustache qui les téléporta avec Karen dès qu'elle eut fini d'enlever leur paralysie.
Dès qu'elle fut sur place, elle leur expliqua où commencer avant de leur dire de jeter les cailloux de chaque côté de la rivière. Les trois Pokémons se mirent aussitôt à l'action, Karen leur pointant sans cesse des endroits différents pour gagner leur attention sur la tâche. Rapidement la grille, ainsi que ses alentours furent propres.
Quelques secondes plus tard, les poursuiveurs arrivèrent et exclamèrent leur joie d'être en haut. L'humaine donna à chacun un biscuit pour ne pas faire de jaloux avant qu'ils repartent, voulant essayer de faire du toboggan sur la cascade. Elle essaya vainement de les arrêter. Heureusement pour elle, Moustache avait pris les devants et avait utilisé ses pouvoirs pour leur éviter une chute mortelle. Il les fit atterrir tout en douceur sur le lac gelé. Sans attendre ils trouvèrent autre chose à faire et s'éloignèrent.
Sans un mot l'Alakazam téléporta Karen face à la porte d'accès dont elle demanda à nouveau l'accès. Une fois à l'intérieur elle alla vérifier si l'eau était bien revenu jusqu'à la pompe.
Ma vue était limitée et je ne comprenais pas à quoi servait chaque machine mais la rousse fit son rapport à sa collègue l'informant que c'était réglé.
-Maintenant on va pouvoir manger. annonça-t-elle joyeusement en retournant dans la grande salle. Moustache tu veux bien m'amener la remorque et Spark s'il te plait.
Le Pokémon psy regarda les environs et disparut. Il réapparut plus loin avec la moto et sa cargaison au complet dans un coin vide pour ne pas blesser quelqu'un. Pendant ce temps Karen faisait sortir tout le monde de sa Pokéball sauf moi. Je pris mon mal en patience réfléchissant à une raison valable à sa décision. Elle prépara le repas en utilisant la chaleur des machines pour faire réchauffer sa soupe en posant la boite à même le métal. Puis elle donna à manger à tous le monde même aux serpents bleus. Je me demandais comment elle s'y retrouvait. Toutes les croquettes se ressemblaient pour moi.
-Bon les amis j'ai quelqu'un à vous présenter. commença Karen une fois que tout le monde fut réunis sur l'herbe pour manger.
-Un nouveau ?
-Un garçon ou une fille ?
-C'est qui ?
Les questions fusèrent parmi les Minidraco les plus clairs.
-Doucement, je ne peux pas répondre à tout le monde. Et puis il vous répondra plus facilement que moi. Je disais donc, j'ai un nouveau heu … ami avec moi aujourd'hui. Il est différent de tout ce que vous avez pu voir.
-Tu m'étonnes. pensais-je.
-Il est un peu intimidant mais il est gentil. C'est un type Feu donc interdit de l'arroser. ajouta-t-elle en prévision.
-Aller on veut le voir !
-On va pas le mouiller promis. dirent les plus impatients.
C'était bien la première fois où je recevais un tel accueil. J'étais maintenant curieux de voir leur réaction en me voyant. Devais-je prendre une pose effrayante ? Certainement pas, la Draco pourrait mal le prendre. Et puis c'était quoi cette présentation ? Je n'étais pas en sucre.
-Par contre il faudra garder ça secret. continua la rousse sérieusement. Il est aussi rare que vous et il ne faut pas qu'on sache qu'il est avec moi.
-Les humains veulent aussi l'attraper ? demanda une voix fluette.
-Oui, de vilains humains veulent le capturer. Donc ce sera notre secret ? Interdit de le dire aux autres gardiens d'accord ?
-Oui, Karen. répondirent la grande majorité de son public, bien que certains à la peau bleu sombre fixaient l'humaine plus réservés.
Sa main recouvrit ma Pokéball et je me sentais mal à l'aise de sortir ce sachant pas quoi faire.
-Je vous présente Rei.
Je me retrouvais soudain face à une dizaine de paires de grands yeux dans un silence étrange.
-… Pas besoin d'en faire tout un plat. dis-je à la rousse en croisant les bras.
Je n'eus pas l'occasion d'entendre sa réponse que je me retrouvais avec des Mini-Draco par les jambes me posant mille et une questions.
-Tu sais voler ? Je peux voler avec toi ?
-C'est un super humain !
-Non un Pokémon humain.
-Tu sais cracher du feu ?
-Il a un bout comme nous tout noir.
Ne voyant rien de mieux à faire, je m'envolai pour aller me poser plus loin, près à redécoller en cas de besoin.
-Les enfants, on finit de manger. Vous irez lui poser doucement vos questions après. ordonna gentiment l'évolution.
-Mais …
-On écoute ce que dit Lara. ajouta un Minidraco bleu foncé.
Chacun regagnèrent leur place plus ou moins joyeusement. L'humaine me fit signe de revenir, ce que je fis avec beaucoup d'hésitation.
-Vaincu par cinq enfants, j'ai peur pour la suite. ironisa Herbi.
-Tu ne perds rien pour attendre toi.
-Avant tout, mange. dit Karen en me tendant une boite de nourriture.
Je récupérai mon repas qui était tout comme le sien, autrement dit une soupe de vermicelles aux boulettes de viande, et m'assis en tailleur à même le sol pour manger. Je gardais mes yeux rivés sur mon repas ne voulant pas les inciter à venir vers moi. Je n'avais pas fini mon plat que j'entendis un Pokémon s'approcher de moi.
-Tu viens d'où ? me demanda-t-il.
Je restais un instant sans répondre. Je ne pouvais pas dire un laboratoire, il ne comprendrait sûrement pas.
-De la Forêt de Jade. dis-je songeant que c'était la réponse la plus approprié.
-C'est comment là-bas ?
-Euh … c'est une grande forêt. fis-je simplement sans ajouter remplis de Pokémon insectes qui ne pensent qu'à te bouffer. Et toi ?
-Moi je viens d'ici !
-Et quel âge as-tu ?
-Euh …
Il se retourna vers la chef du groupe qui lui dit 18 mois.
-18 mois !
-Tu t'appelles ?
-Liorésis mais mes amis m'appellent Lio.
-Moi c'est Prasuria.
-Et moi …
Tous me dirent leur nom à rallonge sans me laisser le temps à l'associer à une tête. Je finis par le tourner vers Karen.
-Qui leur donne leurs noms ?
-C'est une tradition chez eux, la première syllabe du prénom de chaque parent compose le début de celui de l'enfant. L'ordre dépend du sexe. Si c'est un male, la première syllabe sera celle du père et vice-versa. Le reste c'est les parents qui décident. Vu que ce n'est pas commode à dire on simplifie. Par exemple le vrai nom de Lara est Lafitsiora.
-C'est pour éviter certains problèmes. Vu que notre espèce est plutôt solitaire cela permet de connaître les liens de parenté. Par exemple, je ne peux pas avoir un compagnon dont le prénom commence par Fi.
-Je vois. Mais pourquoi es-tu ici exactement ?
-Ici on ne manque jamais de nourriture et on ne redoute pas le froid en hiver. Et puis il faut bien quelqu'un pour instruire tous ces petits pour qu'ils puissent partir préparer à affronter le monde.
-Tu restes ici tout le temps ?
-Hahaha pas du tout. Je passe les autres saisons au grand large, mais je suppose que tu n'y es jamais allé.
-Non trop … d'eau pour moi.
Je terminais mon repas, alors que les jeunes allaient jouer avec les autres Pokémons de Karen. Seul Herbi restait à côté de sa copine avec Moustache non loin qui devait traduire depuis le début. Ce qui ne devait pas être facile avec un Minidraco qui faisait une fixation sur sa moustache.
-Cela fait combien de temps que Bona et Az ont eu un œuf ? demanda la rousse.
-Deux semaines.
-Déjà ?! C'est vrai, que je n'étais pas venue dans ce secteur depuis un moment.
-Chacune avait une surprise en réserve.
-Oui.
-La tienne était quand même meilleur que la notre. ajouta Herbi.
-Je t'entends la plante verte.
-Toujours aussi aimable.
-De rien.
-Comment as-tu atterris ici ? me questionna à mon tour Lara.
-Je … je suis venu me mettre à l'abri pour l'hiver dans le parc. Comme toi au final.
-Vraiment ? dit-elle en me toisant de haut de son regard sombre.
-… On peut résumer la situation comme ça.
-Je ne suis pas née de la dernière pluie. J'ai vu passé bien plus d'hivers que toi. Karen ne cacherait rien à ses collègues à moins d'un gros problème.
-Il est poursuivi par la Team Rocket. lança la rousse. Je l'ai trouvé mal en point il y a quelques semaines.
-Karen, tu es en grand danger.
-Je sais. Il me l'a dit.
Le Pokémon rare me fixa du regard sans que je puisse en deviner les intentions. Hormis que j'eus soudain la chair de poule. Lara était bien plus forte qu'elle ne le laissait paraître.
-Je pourrais savoir quelle est ta relation avec la Team Rocket ? me demanda-t-elle soudain.
Esclave fut le premier mot qui me vient à l'esprit. J'avais beau chercher je ne voyais pas d'autres mots pour définir ce qui me lié avec ce groupe.
-Alors ? ajouta-t-elle apparemment peu patiente.
-Je … j'étais … leur esclave. terminai-je tout bas en regardant le sol avant de lui faire face à nouveau. Mais je suis libre maintenant et jamais ils ne me reprendront !
-Es-tu sûr de toi ? La Team Rocket est une organisation puissante, tu penses pouvoir rester caché toute ta vie ?
-Non. Je …
-Tu mettrais la vie de Karen en jeu ?
Je me retournai vers la concernée hésitant.
Soudain, sa queue s'enroula autour de moi, m'empêchant de fuir. Je tentai de me dégager quand elle approcha sa tête de moi, l'air furieuse.
-Si tu veux sortir d'ici vivant, tu as intérêt à me répondre la vérité.
Karen a eu chaud franchement ... j'en reviens toujours pas de cette scène. J'espère qu'un passage de son travail au parc vous as pas ennuyé.
Encore merci à tous ceux et celles qui suivent cette histoire et encore plus à ceux qui me laisse un petit message.
Maintenant que je n'ai plus un chapitre d'avance (merci à ma ps3) croisez les doigts pour que je finisse le prochain chap pour le 1er juillet.
A la prochaine ;)
Réponse à Guest :
Roy n'est plus très jeune ... mais ce n'est rien comparé à Lara. C'est justement ça qui est drôle dans les dialogues. Habituellement c'est des jeunes adultes ou ado, donc j'ai voulu un peu changer.
Par rapport à Arkan, Rei évite d'y penser et fait tout pour s'occuper l'esprit. Car oui il va mettre un moment à digérer ça.
