Rei étant "indisponible" pour le moment. Nous continuons l'aventure avec Milly qui était précédemment sur le bateau en direction de Jotho.
Bonne lecture
Chapitre 39 : L'exemple (1/2)
- Milly -
Dès que la porte de l'embarcation fut ouverte, tout le monde se pressa pour sortir. Je suivis le mouvement avec un peu de retard, ne voulant pas me faire coller et bousculer par des inconnus.
Une fois à l'extérieur, je pris une grande bouffée d'air avant de regarder les alentours tout en m'éloignant du bord de l'eau. La plage était noire de monde bien qu'une bonne partie des baigneurs avaient migré vers la promenade laissant sur place leurs serviettes, parasols et autres objets derrière eux. Je reconnus sans aucun mal Carmin sur Mer, j'étais donc revenu au point de départ.
Je suivis le mouvement et courus rejoindre la foule de curieux. Sans attendre, les questions fusèrent, heureusement pour moi, d'autres victimes prirent la parole attirant l'attention de tous.
Je profitai de ce manque d'attention pour aller me fondre parmi les touristes avant d'oser me retourner pour tout voir dans son ensemble. En comptant la mienne quatre embarcations étaient arrivées à la plage. Certaines étaient en plutôt bon état en comparaison avec d'autres. Être enfermé dans cette boite de métal qui s'était fait attaquer et secouer m'avait terrifié. Je n'osai imaginer ce qu'ils avaient bien pu ressentir en voyant leur embarcation finir dans cet état.
Je vis enfin les deux derniers canots arriver. C'était à se demander comment ils n'avaient pas coulé au vu de la tôle cabossée à la base. C'est surtout le dernier qui attirait l'œil, ou plutôt la grosse tâche rouge qui décorait un des côtés.
Je retiens ma respiration en voyant la partie supérieure. Un humain se trouvait debout sur le toit et regardait à ses pieds où se trouvait une forme plus sombre et ailée.
Qu'est-ce que Rei faisait là ? Quand était-il arrivé ?! Il s'était fait tuer ?
Les questions se bousculaient dans ma tête sans trouver de réponse claire.
Celui que je supposais être le Capitaine au vu de son uniforme sembla parler un instant avant de descendre. Tout autour, des militaires arrivaient et aidaient les sauveteurs à créer un périmètre pour éloigner les curieux. Faisant au passage un tri entre les touristes, les voyageur de l'Aquaria et les blessés.
Malgré tout mon regard revenait toujours sur Rei avant que ce dernier disparaisse dans une lumière rouge. Le Piafabec qui se trouvait un peu plus loin sur le toit ne remarqua pas ce changement. Bien qu'il lui tournait le dos, ce dernier sembla plus intéressé par les gens s'affairant sur la plage. Je remarquai alors un truc jaune sauter de l'autre côté de l'embarcation.
Le Pikachu, que j'espérais être Chu, tenta de quitter à son tour la plage mais un des soldats lui barra le chemin. Elle ne força pas le passage et fit demi-tour. Enfin c'est ce qu'elle voulut faire croire car même pas un mètre plus loin elle fit volte-face et se dédoubla en plusieurs exemplaires qui partirent dans différentes directions pour se fondre dans la foule. L'homme en uniforme eu tout juste le temps de sortir un Élektek de sa Pokéball qu'elle avait disparue.
Cela me fit reprendre pied sur terre et je me mis à mon tour en marche me mêlant à la marée humaine de curieux.
Dès que je le pus, je quittai la promenade pour m'engager dans une rue moins bondée et pris la direction de la boutique de souvenirs. Je me retenais de presser le pas pour ne pas avoir l'air suspecte.
Je refis le chemin que j'avais emprunté le matin même et eus la surprise de voir, dans la ruelle qui passait derrière le magasin, la Pikachu de tout à l'heure attendre devant la porte arrière. Je n'avais plus de doutes.
-Chu. dis-je normalement. Tout va bien ?
La concernée se tourna vers moi et m'offrit un de ses plus beaux sourires et me sauta dans les bras dès que je fus assez proche. Elle était adorable avec ses petits yeux brillants de malice et sa petite bouille, Rei avait trop de chance de …
-Rei ! Comment va-t-il ? demandai-je aussitôt.
Elle se mit à parler dans son langage incompréhensible pour moi.
-Je ne comprends rien. Il est vivant ?
Un hochement de tête suffit à me rassurer et dénouer le nœud qui me tordait l'estomac. Je n'eus pas l'occasion de lui poser plus de questions que le son de l'ouverture d'une porte attira notre attention.
Pixie apparu dans l'encadrement et nous fit signe d'entrer.
-On vous a suivis ? me demanda-t-elle.
-Non, tout le monde est occupé avec les blessés.
-Et toi ça va ? continua-t-elle en fermant la porte à clef.
-Juste quelques bleus, rien de grave. Rei par contre … j'ai un doute.
-Il est où ?!
-Pika ! s'exclama la Pikachu en tapant sur son sac banane avant de continuer plus sombrement : Chu chupi kapi pi …
Je regardais Pixie espérant qu'elle comprenne ce charabia. Elles avaient vécu ensembles plusieurs mois, elle devait sûrement pouvoir deviner. Son visage sembla perdre un peu de couleur, puis son regard croisa le mien et elle sembla être plus hésitante.
-Je n'ai pas tout compris Chu. Tu peux recommencer ?
La concernée râla et nous fit signe de garder le silence. Elle devait avoir perdu l'habitude d'être incomprise avec Rei. Elle s'exprima ensuite par geste pendant deux bonnes minutes avant que mon amie s'exclame avoir compris.
-Tu as des vilains Pokémons dans le sac et ils peuvent sûrement nous entendre ?!
Un hochement de tête confirma sa déduction. Sans attendre, l'humaine disparut dans la boutique pour revenir avec un carton vide.
-Mets-le sac là-dedans en attendant.
Au lieu de s'exécuter immédiatement, le Pokémon jaune ouvrit le sac en question et sortit une Pokéball d'un rouge sombre et délavée. Puis elle fit ce que lui avait demandé Pixie qui s'empressa de déposer l'emballage plus loin.
Il me fallut quelques secondes supplémentaires pour comprendre que c'était la balle de Rei qu'elle tenait dans ses pattes. Cela me fit l'effet d'une douche froide, il était vraiment vivant mais dans quel état ?!
-Il faut le soigner ! dis-je en regardant autour de moi à la recherche d'une potion.
N'en voyant pas je montais les escaliers quatre à quatre en direction de l'appartement à l'étage. J'ouvris la porte brusquement faisant sursauter les personnes présentes dans le salon sur ma gauche.
-Milly ?! Tu vas bien, quel soulagement ! s'exclama Louise la mère de Pixie en venant m'enlacer.
-Oui, ça va ! Mais il y a plus important, j'ai besoin d'une potion pour soigner Rei !
-Je t'en apporte tout de suite. répondit-elle gravement en comprenant l'urgence et se précipitant vers un placard dans le salon.
Je la regardai faire un instant avant de réaliser qu'elle n'était pas seule. Un homme dont les cheveux châtains étaient décoiffés, était installé à la table et finissait son repas en nous regardant silencieusement, apparemment assez fatigué. Son uniforme posé sur une chaise, attira tout de suite mon attention, c'était celle de la poste aérienne pour laquelle travaillait Lyra.
-C'était un de ses collègues ? Que faisait-il ici ? pensai-je.
Ce dernier me salua d'un geste de la main, auquel je répondis, avant de se désintéresser de moi et se concentrer sur son dessert. Je n'eus pas le temps de me perdre dans mes réflexions que la maîtresse de maison m'apporta les potions.
-Voilà, j'espère que ça suffira.
-Ce n'est pas la peine. annonça Pixie derrière moi manquant de me faire peur. Elles n'auront pas d'effet mais tout va bien il est vivant. Il récupère pour le moment.
-Comment ça ? demandai-je.
La rousse s'apprêta à me répondre avant de marquer une pause en voyant l'agent de la poste.
-Viens.
Elle me saisit par le bras et m'entraîna dans sa chambre. Ce n'est qu'une fois la porte fermée qu'elle me parla :
-Rei a atteint sa limite c'est pour ça que les potions ne fonctionnent plus. Il doit juste se reposer pour récupérer.
-Quelle limite ?
Elle sembla étonnée que je ne le sache pas et m'expliqua calmement. L'instinct de préservation était toujours manquant chez lui apparemment. Découvrir qu'il avait une limite aux soins signifiait qu'il avait déjà dû se retrouver près de la mort.
À moins que le fait de pouvoir se faire soigner l'avait rendu moins prudent. Pourtant lorsque nous l'avions rencontré dans la forêt en train de se faire manger par les larves, il ne s'était pas soigné si mes souvenirs étaient bons.
-Pika chuchu pi ! s'exlama Chu qui nous avait suivi en serrant la Pokéball de son ami contre elle.
-Je me doute que tu as du faire ton maximum pour le protéger. lui répondit la rousse.
-C'est qui le gars dans le salon ? demandai-je en changeant brusquement de sujet. Il fait partie de la résistance ?
-C'est … compliqué. Pour faire simple c'est un Rocket.
-Pardon ?! m'exclamai-je imaginant aussitôt que nous nous étions fait piéger.
-Ne t'inquiète pas, il ne l'est pas par vocation. Mais il n'est pas de leur côté, ni du nôtre donc il faut faire attention ce que l'on dit devant lui.
-Mais pourquoi l'inviter à entrer dans ce cas-là ?
-Maman lui fait confiance.
Je la regardai à la fois surprise et dubitative.
-Pourquoi tu ne lui fais pas confiance ?
-Ce … c'est … je ne l'apprécie pas. Je préférais quand c'était son frère. Lui au moins était sympa avec nous et nous aidait.
-Il ne vient plus ?
-Il a été attaqué par un Pokémon sauvage lors d'une mission. Il est encore en convalescence donc il ne peut pas venir.
-Ce n'est que temporaire alors. dis-je pour lui remonter un peu le moral, mais qui sembla avoir l'effet inverse.
-J'espère car …
Elle fut interrompue par des légers coups contre la porte.
-Les filles, j'aurai besoin de tout le monde dans le salon. Kazuma doit partir.
-On arrive. répondit Pixie comme si cela l'ennuyait. N'oublie pas, moins il en sait mieux c'est.
Je lui répondis d'un hochement avant de retourner dans la pièce à vivre de la maison. Cette fois-ci la télévision était allumée sur une chaîne d'information ou un flash spécial était diffusé.
La présentatrice expliqua rapidement le peu qu'elle savait mais notre attention était attirée par ce qui se trouvait derrière elle sur la plage.
-Pouvez-vous me dire ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle à la victime à côté d'elle.
-Des Pokémons nous ont attaqués ! Ils ont coulé notre bateau, expliqua un passager avec une main bandée.
-Vous avez dû avoir très peur.
-Oui ! Ils nous ont encerclés ! Heureusement que les marins étaient là pour nous défendre.
-C'est surtout grâce à l'autre qui nous a ramené des dresseurs. ajouta une autre personne.
-Que voulez-vous dire ?
-Les marins seront mieux vous expliquer que moi. On était en train de monter dans les canots de sauvetage quand je l'ai vu. C'était une sorte d'humain avec des ailes et une queue noire.
-Comme celui qui a été vu à Safrania ? s'empressa de demander la journaliste.
-Je ne sais pas. Sûrement, ce n'est pas tous les jours que l'on voit ça. Il nous a protégés avec les autres pour arriver jusqu'ici.
-Cet étrange humain est toujours là ?
-Aucune idée. Je sais que ceux du canot sans toit ont discuté avec lui je crois.
Flairant le scoop, la reporter continua son interrogatoire en se dirigeant vers les embarcations dont elle commenta l'état.
-Je dois partir. annonça brusquement le postier en enfilant sa veste et en attrapant un sac à dos qui était posé au sol. Ton colis est prêt ?
-Il y a un petit changement. lui répondit Louise.
Cela ne sembla pas plaire au jeune homme dont l'humeur sembla s'assombrir.
-Comment ça ?
-Je vais te demander d'emmener cette jeune fille avec toi. fit-elle d'une voix autoritaire en me désignant.
-Ce n'est pas ce qui était convenu.
-Je sais mais il s'agit d'un cas de force majeure.
Si un regard pouvait tuer, je serai déjà morte.
-Pour la déposer où ?
-On n'est pas encore fixés mais elle doit quitter la ville immédiatement.
-Je ne prends pas de colis sans destination. répondit-il sèchement.
-Tu peux l'héberger quelques temps. On te dira où l'amener ensuite.
-Hors de question.
-Je suis sûr que Keigo serait …
-Laisse-le en dehors de ça. fit-il plus menaçant. Personne ne vient chez moi.
Je ne comprenais pas exactement pourquoi la tension montait si vite. Dans tous les cas, je n'avais aucune envie de suivre cet inconnu qui semblait facilement s'énerver.
-Il y a peut-être une autre solution ? dis-je.
-Exactement, demandez à quelqu'un d'autre.
-Il n'y a que toi qui …
-Si vous voulez la faire sortir c'est qu'elle a un tas d'ennuis collés au cul. J'en ai assez des miens, je n'ai pas envie de me coltiner les siens en plus.
Il s'avança pour sortir mais elle lui bloqua le chemin.
-Kazuma, nous sommes à cours de temps.
-Moi aussi, figure-toi. Il faut que je sois rentré pour sept heures.
-Rends-moi ce service s'il te plaît, je ne te demande que ça.
Cela devait être une formule magique car il resta silencieux en la foudroyant du regard puis se tourna brusquement vers moi et m'observa de la tête aux pieds.
-Tu as un Pokématos ?
-Oui.
-Je peux le voir ?
Ne comprenant pas l'intérêt que cela pouvait avoir, je remontai le serre-poignet qui le cachait. Cela fut suffisant pour lui.
-Cinq minutes. Dans cinq minutes je me barre que tu sois prête ou non. me dit-il sèchement en croisant les bras devant lui.
-Je te prépare un sac. ajouta Pixie avant de partir en courant dans sa chambre.
-Merci Kazuma. dit la plus âgée.
-Il y a des choses que je dois savoir ? demanda ce dernier.
-Hum … les parents de Sélène ont voulu la marier à quelqu'un de peu recommandable. Elle a donc fugué et est venue à Carmin pour refaire sa vie. Malheureusement elle aurait croisé une ancienne connaissance qui l'aurait reconnue. On lui a fait un nouveau look mais maintenant qu'ils savent qu'elle est là … je ne préfère pas prendre de risque.
-Je vois. Elle est méconnaissable maintenant ?
-Oui, en plus elle cherche du travail. Elle pourrait te donner un coup de main à la maison.
-Sans façon.
-Tu pourrais être plus sympa. La période est difficile pour elle, soit compréhensif.
Il lui jeta un regard noir avant de se tourner vers moi.
-Tu possèdes quoi comme Pokémon ?
-Ah euh … une Pikachu et un Dracaufeu.
-Il sait voler ?
-Normalement oui mais il n'est pas en état actuellement.
-Tu ne le soignes pas ?
-Bien sûr, mais il a été terriblement blessé en voulant me sauvant. Il est encore convalescent.
J'avais beau réfléchir je ne trouvais pas de réponse plus satisfaisante.
-Je vois.
J'étais assez surprise qu'il accepte cette explication bancale mais je n'ajoutai rien.
-Tu sais voler sur un Pokémon ?
-Oui, un peu.
-C'est une mauvaise blague. soupira-t-il.
-Dis-toi que c'est une stagiaire.
-Super, j'ai hâte qu'elle tombe au décollage.
-Je connais les bases quand même ! me défendis-je.
-Tu comptes venir comme ça ? On va faire le trajet dans les airs je te signale.
Je réalisai que m'a tenue n'était pas du tout adaptée. J'allais avoir froid en restant comme ça, je fis demi-tour et aller rejoindre Pixie dans sa chambre. À peine passais-je le pas de la porte qu'elle me donna un sac à dos bien rempli.
-Je t'ai mis quelques vêtements qui devraient t'aller. Les Pokéball de Rei et de Chu sont à l'intérieur. Elle est facilement reconnaissable donc évite de la faire sortir.
-Merci. Tu aurais un manteau ? En t-shirt je risque d'avoir froid.
-Effectivement.
Elle sortit de la pièce après avoir déposé une doudoune sur le lit et j'en profitais pour enfiler la tenue qu'elle m'avait choisie.
-Deux minutes ! entendis-je crier dans le couloir, suivi de voix incompréhensibles.
Je me dépêchai de me rhabiller avant de sortir dans le couloir, je m'arrêtai un instant en entendant leur discussion.
-… Va falloir m'expliquer ce que vous foutez avec des Pokémons appartenant à la TR.
-Ce n'était pas prévu et on ne peut pas les faire obéir contrairement à toi.
-Je n'ai rien dit tout à l'heure concernant la fille et je ne préfère pas savoir la vérité. Mais là vous commencez à vraiment me faire peur.
-Tu sais que tu peux nous faire confiance. On ne te la confierait pas si elle pouvait représenter un danger pour vous. De plus c'est temporaire, on va trouver une solution au plus vite. Je doute qu'elle soit rassurée et apprécie de vivre avec des inconnus.
-Si tu le dis. répondit-il plus calmement.
J'en profitai terminer d'arriver dans le salon attirant tous les regards sur moi.
-Je suis prête. déclarai-je.
Louise du remarquer mon malaise et tenta de me rassurer avec un grand sourire.
-Tout va bien se passer, Sélène. Il est un peu bourru mais tu peux compter sur lui.
-Je ne suis pas bourru, c'est Pixie qui est trop sensible.
Cette dernière lui jeta un regard noir auquel il répondit avec un sourire narquois.
-S'il t'emmerde trop, menace-le avec Chu. Ça devrait le calmer. fit cette dernière.
-Minute, elle n'était pas à toi la Pikachu ? s'étonna-t-il.
-Non, M… Sélène me l'avait confiée.
-Je m'étonne que tu ne l'aies pas gardé.
La mère de Pixie les interrompis en frappant ses mains l'une dans l'autre.
-Ce n'est pas que je vous mets à la porte mais j'en connais un qui va être en retard.
-Oui, on y va ! fit le concerné en prenant la direction du rez-de-chaussée.
J'attendis qu'il soit assez loin dans l'escalier pour demander à la matriarche :
-Vous êtes sûre qu'il ne va pas me tendre un piège ?
-Non, ne t'inquiète pas. Je ne te garantis pas que ce sera marrant mais tu seras plus à l'abri qu'à Carmin. Si ça peut te rassurer son frère est plus abordable. Allez, file avant qu'il parte sans toi.
Je descendis à mon tour me demandant quand même ou tout cela allait m'amener.
Nous leur dîmes au revoir et après s'être assurés que la rue était déserte, nous sortîmes par la porte de derrière. Il pressa le pas et après avoir pris plusieurs intersections, nous arrivâmes sur une petite place déserte. La chaleur environnante combinée au blouson devenait insupportable.
Je le regardais sortir deux Rapasdepic. Il s'approcha d'eux et échangea quelques caresses tout en réajustant les selles que chacun d'eux portaient.
-Tu vas voyager avec Snipe. Accroche-toi bien à la selle et penche-toi en avant au décollage. m'expliqua-t-il.
-Ce n'est pas ma première fois. me défendis-je en m'approchant de l'oiseau qui était calme. Snipe, je suis Sélène. Enchanté de faire ta connaissance et merci de me transporter.
Ce dernier me répondit d'un hochement de tête.
Je suivis ensuite les indications et m'assis sur le siège qui se révéla confortable. Je regardai le jeune homme attacher à l'aide de sangle mon sac à dos derrière sa selle. Je restais mal à l'aise et perdu par l'enchaînement des événements de la matinée. C'était une des pires journées de ma vie je ne pouvais espérer qu'elle se termine rapidement.
-Je vais chercher mon chargement au centre de tri et je te rejoindrai. Si on vient te parler, dit simplement que tu m'attends pour te guider jusqu'à Parmanie.
-D'accord.
-C'est parti pour le décollage ! Snipe on se retrouve vers la cave Taupiqueur.
Sans attendre, les ailes de ma monture se déployèrent et battirent en rythme. Le vent balaya mes cheveux dans tous les sens et je fermai les yeux tandis que je sentais le Rapasdepic prendre le l'altitude.
J'attendis que son vol se stabilise pour jeter un coup d'œil. Nous étions moins hauts que je ne le pensais, je regardai les habitations défiler sous nos yeux me faisant réaliser qu'il n'allait pas vite. On quitta la ville et la vue du ciel parfaitement bleu et de la campagne verte me procura un immense bonheur. J'avais l'impression d'être totalement libre face à cette immensité.
Nous volions en cercle au-dessus du lieu de rendez-vous depuis quelques minutes quand un sifflement retentit. L'oiseau changea de trajectoire et rapidement l'agent de la poste nous rejoignit. Derrière lui, sur le dos de son Pokémon, se trouvait un gros sac en tissu.
Il vint se positionner au-dessus de moi pour me parler :
-Sélène, ça te sera peut-être un peu grand mais il te sera très utile.
Il me jeta un objet qui se révéla être un casque avec une visière transparente. Comprenant tout de suite son intérêt, je l'équipai.
Une fois prête, je lui fis signe de la main. Il me répondit de la même manière en me demandant de me coucher sur son Pokémon. À peine ma tête eut touché son plumage que le vent devient de plus en plus violent. Je me cramponnais à ses plumes pour ne pas me faire éjecter.
Le temps me parut infiniment long, j'avais mal aux mains à force de m'accrocher. Si Lyra devait faire ça à chaque fois, je lui laissai volontiers ce job. Il n'y avait rien d'agréable, je pouvais que subir en attendant qu'on arrive enfin à destination.
Puis le vent se fit plus calme et je pus enfin me redresser. Nous survolions la mer et nous pouvions voir se dessiner au loin les reliefs de la terre.
-ça va ? cria le postier qui volait à ma droite.
-J'ai mal aux mains. répondis-je tout aussi fort pour couvrir le bruit du vent.
-Je vois, ne t'inquiète pas, ça va passer. On a volé rapidement pour rattraper notre retard.
-Je ne savais pas que vous étiez si pointilleux là-dessus.
Il hocha les épaules pour me répondre, notre vol continua dans le silence qu'il brisa quelques minutes plus tard.
-Je vais venir, pour discuter du plan. Je n'ai pas envie de crier.
Je compris ce qu'il comptait faire en voyant son Rapasdepic se positionner au-dessus de moi. Il descendit en se tenant à la sangle de la selle de ce dernier avant de tout lâcher pour atterrir devant moi. Il s'assit aussitôt en posant ses jambes de chaque côté du cou de son Pokémon qui ne sembla pas perturbé.
Il était bien trop près de moi à mon goût et je pris sur moi ne voulant pas jouer les équilibristes.
-Donc que les choses soit bien claires. Si tu veux que je te garde à l'abri chez moi, tu as intérêt à bien te comporter et pas de remarques déplacés. Ok ?
-Si vous vous comportez bien vous aussi, il n'y aura aucun problème.
Ma réponse sembla l'irrité mais je n'en avais que faire. Il avait beau me rendre service mais je n'allais pas me laisser marcher dessus.
-Cela inclut tes Pokémons, interdiction de les sortir dans l'appartement.
-Ils sont bien éduqués.
-J'en ai rien à faire. Si tu veux les sortir de leur Pokéball, c'est dehors.
-Même la Pikachu ?
-Elle ne peut pas rester tranquille dans sa balle ?
-Je vais essayer.
-Il y a intérêt. Mon frère n'est pas très fan des Pokémons depuis son … accident.
-Je comprends. C'était … grave ? Pixie m'a dit qu'il était encore en convalescence.
Malgré sa visière, je le vis baisser le regard.
-Oui, il … il est en train de se remettre. Tu verras … fit-il hésitant avant de se reprendre. Bref, tu restes poli avec lui, pas de commentaires ou de questions sur son état, pigé ?! Sinon c'est direct la porte.
-D'accord. répondis-je un peu mal à l'aise.
-Bien. Concernant Parmanie, Snipe te déposera à la périphérie. Tu iras au centre commercial et commandera ton repas à la pizzeria…
Il marqua soudain une pause pendant laquelle il me fixa.
-Tu es déjà allé à Parmanie ?
Il se moquait de moi ou quoi ?
-Sache que je suis une dresseuse, j'ai voyagé et même obtenu plusieurs badges. dit-je en croisant les bras. J'ai même une amie qui habite en ville. La pizzeria dont tu me parles, c'est celle de Chez Bruno, non ?
Je fus contente de lui avoir cloué le bec. Malheureusement pour moi cela ne dura pas longtemps.
-Pourquoi ne pas directement aller chez elle ? fit-il joyeusement. Je suis sûr que ton amie sera heureuse de t'aider.
-Je ne peux pas.
-Comment ça ?
Ce fut à mon tour de garder le silence, réfléchissant à comment me sortir de là et surtout quoi dire.
-Ah oui c'est vrai ta famille te recherche. Ils vont forcément aller voir chez elle. râla-t-il d'un air faussement convaincu. Bon, on se retrouve à la pizzeria et on ira à la maison.
-ça me va.
-Parfait, vu que c'est réglé, on va pouvoir accélérer.
-Encore ?! m'exclamai-je.
-J'ai un horaire à tenir et arriver avec un seul Pokémon serait suspect. Positive, tu vas pouvoir manger une bonne pizza.
Ce dernier sembla satisfait, il siffla et se laissa glisser par côté. Je le regardais tomber avant d'atterrir sur sa monture qui se volait un peu plus bas. Je ne savais pas vraiment quoi penser de lui, mais un mot me vient sans hésitation : crétin.
Je me cramponnais à la selle pour ne pas tomber et me félicitais intérieurement d'avoir réussi à être resté sur le Rapasdepic lors de l'atterrissage. Ce dernier me laissa tranquillement descendre avant de s'envoler pour rattraper son maître.
Comme promis, il m'avait déposé en bordure de la ville. Assez près pour que je n'eus pas besoin de sortir Chu pour me protéger de potentiel ennemis. Après avoir rangé mes affaires chaudes dans mon sac, je me dirigeai sans attendre vers le centre commercial et notamment la pizzeria.
J'avais un peu d'argent sur moi qui m'avait été gracieusement donné par Pixie et sa mère. Ne pouvant utiliser mon Pokématos sans risque, il fallait que je fasse attention aux dépenses.
Après avoir commandé ma pizza, je me dépêchai de rentrer dans un magasin d'alimentation Pokémon non loin. Il fallait que je prenne des biscuits pour Chu. Je pris une boite correspondant à une semaine de ration. J'espérai que Rei puisse aussi en manger, je ne me voyais pas chercher des excuses pour expliquer sa présente à l'autre crétin. Mon achat terminé, je retournai attendre que ma commande soit prête et en profitai pour transférer les biscuits dans les Pokéballs de mes amis.
-Salut Sélène ! Comment vas-tu ?
Je n'eus pas à feindre la surprise de retrouver le postier souriant et enjoué.
-En forme, merci. répondis-je pour entrer dans son jeu.
-Quel hasard de se retrouver ici après tout ce temps.
-Tu m'ôtes les mots de la bouche.
-Rassure-moi, tu n'as pas pris une pizza avec de l'ananas ?
-Je ne risque pas, j'ai toujours détesté ça.
C'était assez étrange, après son comportement de cet après-midi. Je ne comprenais pas pourquoi il faisait cela, à moins qu'il joue ce rôle quand il avait du public autour de lui.
Au moins, c'était plus simple et agréable de discuter même si le sujet des ananas sur les pizzas n'était pas passionnant. Au moins, cela fit passer le temps plus rapidement jusqu'à ce que l'on récupère nos commandes respectives.
Nos cartons carrés dans les mains, nous prîmes la route de son appartement. Tout se passait sans problèmes mais l'inquiétude continuait de me dévorer de l'intérieur. Les paroles de Pixie n'arrêtaient pas de me faire hésiter.
S'il savait qui j'étais réellement … me dénoncerait-il ? Je me sentais sans défense sans mes amis. J'espérais qu'ils sentiraient mieux que moi. Non, je ne devais pas y penser j'allais me mettre à pleurer et ce n'était pas le moment. La fatigue de la journée n'aidant pas, les questions se bousculaient dans ma tête augmentant mon angoisse.
-Sélène ? m'interpella l'homme à mes côtés au bout de plusieurs minutes de marche.
-Oui ? dis-je doucement.
-Ne stresse pas, tout va bien se passer.
-ça c'est toi qui le dis. pensai-je avant de réaliser qu'il n'avait pas l'air sûr de lui.
Je n'eus pas le temps de m'en inquiéter davantage car il s'arrêta devant une porte. L'immeuble comptait plusieurs étages mais nous étions restés au rez-de-chaussée.
-On est arrivé. annonça-t-il avant de continuer plus sombrement : N'oublie pas ce que je t'ai dit et si Pixie te pose des questions. Ne lui dis rien.
Je le regardai donner des petits coups en rythme contre la porte avant de se saisir des clefs pour l'ouvrir. Encore un truc bizarre, ce type n'était décidément pas net.
-J'aurais du garder la Pokéball de Chu à portée de main. pensai-je en le voyant entrer.
-Keigo, je suis de rentré. fit-il joyeusement.
-Bon retour. Tu as passé une bonne journée ?
-Je me suis promené rien de nouveau. Comme je te l'ai dit au téléphone, j'ai invité une amie. Elle ne restera pas longtemps, juste le temps qu'on change sa porte.
-Ah oui, un problème de copain. répondit son frère moins enjoué.
-Je sais, tu te souviens de Sélène ? continua le crétin en me faisant signe d'entrer.
-Hum … pas vraiment.
Je m'exécutai et fermai la porte derrière moi. Je m'attendais à trouver un appartement dans un désordre et une propreté typique aux hommes. Mais ce fut l'inverse des racontars que j'avais face à moi. La cuisine et le salon dans lequel nous nous trouvions était simple et propre. Aucune décoration ne traînait sur les murs ou le rare mobilier.
-Bonsoir, désoler du déran... dis-je avant de me figer en voyant l'homme assit dans l'unique canapé qui regardait la télévision.
Je savais qu'il avait été attaqué mais je n'avais pas imaginé un tel résultat. Il ne portait aucun bandage, laissant à l'air libre ses blessures étaient cicatrisées. La moitié supérieure de son visage portait les traces d'une peau gravement brûlée en partie caché par ses cheveux blonds qui retombaient devant ses yeux qui ne voyaient plus.
-Bonsoir. Désolé si mon apparence te surprend … snif … C'est pizza ce soir ?
-Bingo.
-À table ! fit-il enjoué en attrapant la télécommande pour éteindre la télévision d'une main ou il ne restait plus que trois doigts.
-Sélène vient t'asseoir. m'invita gentiment le postier en me jetant un regard appuyé.
-Je meurs de faim. dis-je essayant de cacher mon malaise alors que mon estomac m'annonçait l'inverse.
Il me fit asseoir face à lui, probablement pour je puisse digérer ce que je venais de voir. Son frère s'assit à ma droite sans trop d'hésitation. Chacun ouvrit sa boite en carton pour en manger le contenu.
-Tu aurais pu me prévenir qu'elle allait rester. J'aurai préparé le lit, tu comptes la faire dormir où ? continua-t-il d'une voix taquin.
-Dans ma chambre.
-Ho ho.
-J'ai pas dit ensemble, banane ! râla-t-il un petit sourire en coin.
-J'espère que tu as rangé.
-Tais-toi et mange, ça va être froid.
-Sélène si tu préfères, tu peux choisir de dormir sur le canapé. m'interpella le blond.
-Pour t'entendre aller pisser la nuit ?
-On est à table.
-Comme si cela avait une importance.
L'aveugle soupira avant de me parler à nouveau.
-Tu fais quoi dans la vie Sélène ?
-Je prends soin des Pokémons.
-Ah ! Tu bosses au Parc Safari alors. C'est chouette là-bas.
Kazuma me fixa en hochant la tête.
-Oui. Après je suis principalement dans les bureaux, je n'ai pas encore toutes les connaissances nécessaire pour m'occuper des Pokémon comme il faut.
-Si tu es motivée je suis sûr que tu y arriveras.
Ses paroles me firent chaud au cœur malgré les circonstances. Nous discutâmes de Pokémon entre deux bouchées de pizza. Kazuma finit le premier et s'excusa pour aller préparer mon lit.
-Hé franchement. me murmura son frère. Je comprends que tu souhaites un peu d'intimité mais tu peux choisir le canapé. T'inquiète pas pour Kazu, quand il ronchonne comme ça, c'est qu'il a passé une mauvaise journée.
Cela m'arracha un petit rire.
-ça ira, je m'impose un peu, je ne veux pas vous déranger plus.
-Pas du tout. C'est toujours agréable de voir de nouvelles têtes.
J'osai enfin le regarder et remarquai qu'il avait mis une paire de lunettes de soleil, probablement avant de venir à table.
-Tu as compris la blague ? continua-t-il toujours en souriant.
-Oui, oui. Je ne sais pas comment je dois réagir.
-Ne t'inquiète pas, je ne vais pas me froisser pour ça. On ne peut pas défaire le passé, autant vivre l'instant présent et en rire.
-C'est vrai.
Un petit silence confortable s'installa et je sentis la fatigue me rattraper une fois de plus.
-C'est prêt ! s'exclama le postier en sortant de la pièce avec des affaires pleins les bras qu'il jeta sur le canapé.
Je me levai et m'attelai aussitôt à ranger le couvert.
-Je m'en occupe. proposa gentiment Keigo. Va te reposer tu tombes de sommeil.
-Tu es sûr ?
-Mais oui, va vérifier que Kazuma a tout rangé.
-Les blagues les plus courtes sont les meilleures. ronchonna ce dernier avant de me faire un rapide tour des lieux pour que je sache où étaient la salle de bain et les toilettes.
Je récupérai mon sac que j'avais laissé dans l'entrée et allai m'installer dans la chambre. Je posai mes affaires sur commode avant d'aller verrouiller la porte.
Ce n'est qu'une fois fait que je soufflais enfin. Tel un automate, je changeai de tenu et me glissai sur les draps. Malgré la fatigue, le sommeil me fuyait, je fixai sans le voir le plafond alors que je repassais la journée dans ma tête.
Tout s'était passé si vite, l'espoir d'une nouvelle vie, la peur de mourir en mer puis ma fuite jusqu'ici et enfin les blessures de ce fameux frère. Je comprenais mieux pourquoi il ne voulait pas que je rentre dans cette sphère privée.
Je n'osai même pas imaginer les autres cicatrices qui pouvaient se cacher sous ses vêtements. J'ignorai si c'était vraiment de la chance d'être en vie après ça, d'être dépendant de sa famille et d'avoir peur des Pokémons au point de rester enfermer chez soi. Celui qui l'avait attaqué devait être vicieux pour lui infliger de telles blessures. On aurait dit que son principal but était d'infliger de la douleur, plutôt que de le tuer rapidement.
Une conclusion désagréable me traversa l'esprit en repensant aux mots de Pixie. Ils n'avaient pas choisi de faire partie de la Team Rocket par conviction. C'est qu'ils devaient y être forcés comme c'était le cas avec le professeur Chen ou par défaut comme moi.
J'ignorai ce qu'il avait dû se passer mais Keigo avait dû recevoir une punition. C'était un avertissement, un exemple de ce qu'il arrivait lorsque l'on déviait de la ligne de conduite.
Rei m'avait dit qu'il avait dû tuer des gens, j'espère qu'il n'avait pas dû faire subir ce genre de choses aux humains. Peut-être que c'est de cela qu'il m'a sauvé en m'enlevant.
La peur s'insinua à nouveau en moi. N'arrivant pas à dormir, je fini par abandonner et me lever pour chercher la Pokéball de Chu.
-Cela ne te dérange pas de sortir pour dormir avec moi ? murmurai-je. Il ne faut pas faire de bruit par contre.
Cette dernière sortit sans attendre et s'installa à côté de moi quand je fus de retour dans le lit. Je l'enlaçai en la remerciant alors que mes larmes se mirent à sortir.
Réponse à Kisak:
Merci pour ta fidélité surtout quand cela fait au moins deux ans que les alertes pour de nouveaux chapitres ne sont plus envoyés. Je dois avouer que je ne pensais pas cela pouvait prendre autant de temps d'écrire une aventure. Je me disais en un ou deux ans c'est fait ... La bonne nouvelle c'est que même si j'arrive difficilement à poster tous les mois j'avance plus régulièrement.
Si tu relis tout : Il y a des liens tout le long de l'histoire qui sont invisibles à la première lecture que tu devrais voir maintenant que tu sais ce qu'il se passe. ;)
