Chapitre 11.

Hermione avait dépassé le stade de la nervosité : cette affaire la rendait tout bonnement folle. Alors, elle tournait en rond dans ses quartiers, en compagnie de Ginny Weasley qui la regardait marcher de la sorte, fatiguée par toute cette histoire qui n'en finissait pas.

« Tu te rends compte ? Ça fait prés d'une semaine qu'on n'a pas vu Snape dans les parages et McGonagall qui fait comme si elle ne savait rien du tout !

_ Personnellement, je ne vais pas m'en plaindre, soupira Ginny.

_ Comment peut-tu dire une horreur pareille ? s'offusqua Hermione.

_ Peut-être que Snape a été un ange avec toi, mais il est resté un indubitable connard avec le reste du commun des mortels, je te le rappelle. »

La jeune femme se fit fusiller du regard par son amie, sans trop comprendre pourquoi.

« Au lieu de ne penser qu'à toi, Ginny, essaie de prendre du recul tu veux ? Quand j'essaie de prospecter auprès du professeur McGonagall ou de Pomfresh, elles me disent qu'il est à Sainte Mangouste pour des examens complémentaires. Mais qui peut donc croire à une bêtise pareille ? s'exclama Hermione, scandalisée.

_ Dis-moi, est-ce que McGonagall va lui rendre service de temps à autre ? Je veux dire, tu peux toujours aller fouiller dans ses papiers quand elle a le dos tourné, dans le pire des cas. »

Hermione s'arrêta soudain dans sa marche, avant d'arrondir le regard.

« Oh, Ginny, tu viens de me donner une idée, une brillante idée ! »

La rouquine leva les sourcils et Hermione se précipita à ses côtés, dans le sofa de ses quartiers. Elle replia ses jambes sous elle et son faciès ne montrait qu'une espèce d'excitation, ancienne, une de celles qu'elle voyait sur la tronche de Ron quand il faisait les 400 coups avec Harry à l'époque.

« Tu sais ce que Snape a toujours en stock dans sa réserve ?

_ Non… répondit Ginny, avec suspicion.

_ Du polynectar. »

Le rouquin fronça les sourcils, avant de les lever et d'afficher une expression paniquée.

« Non, Hermione.

_ Je l'ai entendu dire qu'elle ne pouvait pas se rendre à son chevet lors du diner car elle avait des tas de réunions ces derniers temps à cause de l'absence de Dumbledore.

_ Hermione, tu es complètement folle ou quoi ?! Tu ne peux pas usurper l'identité de McGonagall pour aller vérifier des trucs complètement délirant dans cet hôpital. Et si Snape le découvre, lui aussi, tu y a pensé ?

_ Il comprendra, trancha-t-elle.

_ Tu déraille complètement. C'est de Snape dont on parle, Snape, répéta Ginny en élevant la voix.

_ Je sais qui il est, s'écria-t-elle, excédée. »

Ginny prit une inspiration, un peu surprise, mais aussi vexée que son amie lui hurle ainsi dessus. Le remarquant, Hermione soupira de dépit.

« Désolée, marmonna-t-elle. C'est juste que… il n'y a pas que la potion, d'accord ? Je suis sure qu'il est sincère, qu'une partie de lui du moins, l'a été. Il m'a dit qu'il serait transparent, que nous pourrons discuter des événements entre adultes, et il est parti… comme ça, sans explication. Je trouve ça louche.

_ D'accord, mais Hermione, ce que tu t'apprête à faire est illégal. Et nous n'avons plus 12 ans. Il ne s'agit plus d'usurper l'identité d'un copain pour rentrer dans une salle commune. Il s'agit de secret médical, d'un hôpital, de son personnel, de la directrice adjointe nom d'un chien ! Si tu te fais prendre, tu vas te faire virer de ton apprentissage.

_ Ginny ? »

Hermione se redressa sur ses pieds, et cligna plusieurs fois des yeux.

« Je me fiche de mon apprentissage, c'est de Snape dont on parle et je ne lâcherais pas l'affaire aussi facilement.

_ Hermione, ôte-moi d'un doute. »

La concernée pencha la tête, un peu impatiente.

« T'en pincerais pas un peu pour lui à tout hasard ? »

Hermione arrondit soudain le regard avant de sentir son teint virer vers le pâle cadavérique.

« P-p-pardon, bafouilla-t-elle, alors que la rouquine commençait à sourire de plus en plus. C'est une question absurde, stupide, hors de propos et tout à fait ridicule alors je te prierais de ne plus jamais me la poser, puisque ce n'est pas moi qui ait été touché par la potion, d'ailleurs je portais des gants ce soir-là. »

Le débit de parole de la jeune femme venait de s'accélerer d'un coup et Ginny ne put s'empêcher de pouffer.

« Si tu le dis.

_ Bien. »

Hermione se retourna pour repartir, le pas hésitant, avant de revenir sur ses pas, se saisir maladroitement de son sac et de tenter de repartir le dos droit sous une Ginny moqueuse.

xXx

Hermione n'avait jamais été aussi nerveuse, même devant le gobelin de l'entrée de la banque en pleine guerre alors qu'elle s'était grimée en Bellatrix Lestrange. Elle n'avait pas songé à quel point le genre de robe qu'avait l'habitude de porter le professeur McGonagall pouvait être si peu pratique et littéralement lui étrangler la gorge. Son chapeau refusait de se mettre correctement sur sa tête, et sa démarche n'était pas franchement convaincante.

Hermione parcourait ainsi les couloirs de l'aile de Sainte Mangouste qu'une magicomage lui avait maladroitement indiqué à l'accueil. Et il n'y avait là rien de franchement engageant, ni qui diffère vraiment de ce qu'on peut s'imaginer des asiles de moldus. Elle croisait divers sorciers aux maux magiques, délirant, errant sans but. L'infirmière l'accompagnant l'amena jusqu'à la porte 157, verrouillée.

« Faites attention à vous professeur, il est attaché, mais il reste très imprévisible. »

Hermione se retint d'en demander plus. Elle entra alors sans un mot, la porte derrière elle se refermant en un claquement lugubre. Elle sentit son souffle se couper avant de se figer devant ce semblant de lit.

Une couchette sommaire, faite de ferraille et d'un matelas peu épais. Snape, dans un habit blanc qui ne lui était pas habituel, y était allongé en position foetale.

Il avait perdu sa cape, perdu sa redingote, sa fierté et sa verve. Son regard était perdu dans le vide, et il se tenait la tête par intervalle, marmonnant… son prénom ?

« Professeur Snape, se précipita-t-elle, affolée. »

Le concerné sursauta en remarquant sa présence, et eut un mouvement de recul, bloqué par les liens sur ses mains et ses pieds. Il semblait effrayé, et furieux à la fois.

« Partez Minerva ! Tout ça est à cause de vous, accusa-t-il d'une voix glaciale sortie d'outre-tombe.

_ Professeur, c'est moi ! »

Hermione soupira et sortit sa baguette, hésitante. D'un mouvement du poignet, l'enchantement disparut et son véritable visage se forma devant les yeux de Snape.

« Hermione, murmura-t-il.

_ Oui, c'est moi, finit-elle par soupirer après lui avoir offert un sourire soulagé, attendri et attristé à la fois. »

Le regard de Snape venait de changer du tout au tout. Il retrouva un peu d'assurance, mais parut tout aussi perdu, et paniqué face à la situation.

« Miss Granger, partez, murmura-t-il avec difficulté. S'ils vous voit me parler…

_ Que vous est-il arrivé ? demanda-t-elle avec douceur.

_ Je ne sais pas, je… »

Snape se tint alors les tempes avec le plat de ses mains en grimaçant. La douleur était vive, si vive ! Il avait l'impression qu'Hermione le hantait comme un spectre, qu'il était dépossédé de lui-même et qu'elle habitait tant son esprit et son corps que chaque vision de sa peau qui n'était pas la sienne serait capable de le tuer à tout moment.

« Hermione, murmura-t-il avec douleur. »

La jeune femme sentit son regard s'obscurcir de larmes et elle s'approcha d'un pas, avant d'oser s'agenouiller devant le lit sur lequel il était allongé.

« Professeur, dites-moi ce que je dois savoir.

_ Je, je… Non, ça brûle, ça brûle dans ma tête, ça brûle encore… répéta-t-il d'une voix gémissante, la respiration haletante tout en tapant son crâne avec ses poings.

_ Voulez-vous que j'appelle une infirmière ?

_ Non, surtout pas ! s'affola-t-il soudain. Elles vont m'endormir pour oublier, elles vont vous effacer de moi ! »

Hermione se pinça la bouche, avant de déglutir.

« C'est l'antidote. Merlin, il y a eu une erreur, réalisa-t-elle avec horreur.

_ L'antidote, répéta Snape en se secouant la tête.

_ Est-ce que vous arrivez à me regarder, professeur ? »

Mais Snape, bien trop hagard, continuait de se balancer à intervalles réguliers pour se rassurer et ne pas sombrer plus encore dans sa folie, si c'était encore possible.

« Professeur Snape, répéta Hermione. »

Sans réponse, la jeune femme osa prendre en coupe le visage du maître des cachots qui sembla de nouveau émerger de son monde. Elle plongea son regard dans le sien, captant enfin la lueur encore présente dans celui-ci.

Sans un mot, il se calma. Et elle en fut terriblement soulagée.

« Comment… êtes-vous ici ? Est-ce que… je perds la boule, encore ?

_ Non… murmura Hermione en passant lentement son pouce sur sa joue alors qu'elle gardait toujours ses mains autour de son visage afin de maintenir le contact. Non, je suis là, j'ai pris du polynectar pour passer la sécurité et vous trouver. Minerva a refusé de me dire ce qu'il s'est passé.

_ Je ne fais que… que penser à vous. »

Hermione sentit son regard s'embrumer d'émotion, et une boule se forma dans sa gorge. Elle pencha la tête, retenant quelques larmes qu'elle refusait de laisser couler.

« J'ai écris, votre prénom, partout, pour vous sortir de ma tête, lâcha-t-il d'une voix forte et hachée à la fois, décousue, ressemblant à celle d'un enfant paniqué.

_ Professeur, gémit Hermione, prise à ses propres émotions.

_ Pourquoi est-ce que vous êtes là ? Partez ! gronda-t-il soudain sans vraiment crier garde. »

Hermione se recula, juste de quelques centimètres avant d'entendre la respiration de Snape s'accélérer.

« Non, ne m'abandonnez pas, non ! s'écria-t-il en sanglot. Je regrette, je suis désolé, je regrette ! »

Cette fois, la jeune femme se décomposa pour de bon lorsque Snape fondit en larmes, les mains agrippées aux siennes, si suppliant. Hermione prit une profonde inspiration.

Comment réagir, comment se comporter ? Devait-elle partir ? Elle ne pouvait pas lui faire une chose pareille, et elle n'en avait pas envie, de toute façon.

« Je ne pars pas, pas tout de suite, murmura-t-elle. »

Snape se contenta d'acquiescer et Hermione se permit de lui caresser les cheveux alors qu'il s'allongeait de nouveau, épuisé.

« La situation nous a un peu échappé, lâcha-t-il, la voix usée.

_ Je crains que oui, lui glissa-t-elle, tentant de cacher son inquiétude.

_ Comment va-t-on s'y prendre pour la suite alors que je suis coincé ici.

_ Je vais commencer par reprendre la formule point par point.

_ Elle ne comportait aucune erreur.

_ Il y en avait forcément une, regardez votre état.

_ Il y a une infirmière dans le service, soupira Snape. Une véritable garce.

_ Ce genre de choses arrivent.

_ Non, vous ne comprenez pas. Lorsque je dis le mot « garce », je l'allége largement. C'était une ancienne élève à moi, je crois… Enfin, peut-être une stagiaire…

_ Attendez, quoi ? s'offusqua soudain la jeune femme en se retournant vers lui.

_ Parfois, j'ai des… crises de douleurs, et quand c'est elle, je peux toujours aller me gratter pour avoir quelque chose. »

Hermione serra les dents, et sembla fulminer.

« Ça vous a mis en colère.

_ Je m'assurerais qu'elle vous approche le moins possible.

_ Vous êtes un peu bien trop surproductrice, parvint-il à sortir avant de grimacer et de se contorsionner. »

Hermione sentit son coeur se serrer et porta sa main sur son bras en guise de support.

« Ça va passer, Severus, chuchota-t-elle. Tenez-bon. »

Snape aspira l'air et porta machinalement sa main sur la sienne qu'il tenta de ne pas broyer, tant il avait mal.

C'était comme si son cerveau devenait une véritable bouilloire. Il sentait sa peau grouiller et brûler, et se retenait d'ouvrir les yeux car s'il le faisait, il aurait cette envie irrépressible de se faire du mal, de la graver en lui pour rendre la chose plus concrète.

Mais la paume chaude de la jeune femme calma ses tremblements, et la crise finit par passer, un peu plus vite que d'habitude. Chaque fois, elle l'épuisait d'avantage.

« Vous m'avez appelé Severus, souffla-t-il, les yeux toujours clos et le front moite, ses tremblements causés cette fois par le froid de la pièce se percutant sur la sueur de son visage.

_ Que voulez-vous, vous vous foutez dans une blouse d'hôpital, c'est déloyal. »

Snape eut une expiration à la fois amusée et sarcastique avant d'ouvrir difficilement les paupières.

« Ne vous avais-je pas prévenu de ma nature Serpentard, Miss Granger ? osa-t-il d'une voix faible.

_ Vous arrivez vraiment à faire preuve de ce genre d'humour, même au 36éme dessous, soupira-t-elle.

_ Référez-vous à ma première question ma douce.

_ Ma douce ? releva Hermione, moqueuse.

_ Quoi ? Vous préférez pupuce ? lâcha Snape en expirant de douleur. »

Hermione souffla d'amusement.

« Vous en avez d'autre en stock ? demanda-t-elle soudain, pour lui faire oublier sa douleur.

_ J'en sais rien, mon père appelait ma mère « ma colombe ». Le soucis était que ça me filait la nausée.

_ On va peut-être éviter de reproduire des schémas familiaux bancals dans ce cas.

_ Ne m'en parlez pas. »

Snape posa son front brulant contre son bras, à bout de force. Hermione, de nouveau, s'approcha de lui en support. Elle ignorait le mal qui le rongeait, tout ce qu'elle savait était que cela avait un rapport avec elle, elle et ses erreurs.

« Petit oiseau des îles, balança-t-elle sans réfléchir.

_ Quoi ?

_ J'ai entendu ça… une fois, dans une boutique, sur le chemin de traverse.

_ Comme c'est étonnant, moi qui jurerait entendre régulièrement ce genre de petit surnom dans l'allée des embrumes. »

Snape lâcha un semblant de rire sombre, avant de se crisper encore une fois.

« Je vais mourir, murmura-t-il.

_ Ne dites pas ça, gronda-t-elle.

_ Je préférerais.

_ Pas moi. »

De nouveau, l'homme lâcha une expiration faussement amusée.

« Ne dites plus jamais ce genre de choses, je vous sortirais de là, c'est clair ?

_ Oh cela, je n'en doute pas, Miss Granger, heureusement que… toute cette merde vous soit tombé dessus, je n'aurais pas eu confiance en quelqu'un d'autre pour ce genre de tâche. »

Hermione sentit la sincérité dans sa voix, et sa gorge se serra. Elle réagit lorsque des pas s'approchèrent, lents et trainants ressemblant bel et bien à des sabots d'infirmière.

« Professeur, je dois partir…

_ Non, gémit-il.

_ Je reviendrais, je vous le promet.

_ Vous ne comprenez pas, murmura-t-il. Vous habitez mon corps, ma tête, mon esprit, chacun des pores de ma peau.

_ Je le sais, répondit-elle avec émotion. Je suis désolée, si désolée.

_ Ne le soyez pas, murmura-t-il. Je crois que mes crises sont moins fortes quand vous êtes là.

_ Vous plaisantez ou quoi, vous souffrez le martyr.

_ Alors maintenant, vous comprenez pourquoi Minerva ne peut pas supporter cette vision plus de… cinq minutes. »

Affolée par les bruits de pas se rapprochant, Hermione reprit une gorgée de poly nectar alors que Snape continuait de s'agripper à elle.

Difficilement, elle s'extrait de la prise de sa main fermement accrochée à son bras et s'éloigna d'un pas avant que la porte ne s'ouvre rapidement.

Sans un mot, elle repartit de la chambre, l'air déconfit et le coeur brisé en milles morceaux alors qu'au loin, les cris de douleur de Snape ne s'en faisaient que plus forts au fil des secondes.