.
- 17 -
Sur le sofa de Bella dans le salon. Edward est couché, Bella au-dessus de lui, à cheval sur ses hanches.
.
Edward
"Oui."
Edward avait du mal à croire qu'il avait prononcé ces mots. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait donné une voix à un désir profond qu'il n'avait jamais reconnu, et encore moins admis. Jusqu'à présent.
Il fixe les yeux de Bella, perdu dans leur profondeur, son nouveau cœur ouvert pour qu'elle le voie. Il avait porté la nouvelle de leur potentiel pendant près d'une semaine mais la maladie de Bella avait tout emporté. Et si Edward s'était accordé quelques instants fugaces pour réfléchir à cette nouvelle information, il ne s'était pas laissé aller à la ressentir. Et maintenant qu'il le faisait, ces sentiments lui faisaient l'effet d'un choc. Une révélation qui le secouait et le tenait dans un mélange enivrant d'excitation et d'incrédulité.
C'est ce qu'il voulait. Une famille à lui. Une famille à eux.
Ses mots semblaient résonner dans le silence du salon de Bella. Ils résonnaient dans sa tête. Il les sentait dans son cœur.
Il voulait ça.
Mais seulement si Bella le voulait aussi, et jusqu'à présent, elle n'avait pas vraiment dit ce qu'elle voulait. Et peut-être en avait-il trop dit.
Ses paroles s'étaient évanouies, remplacées par le silence.
Lentement, Edward retire sa main du ventre de Bella. Il retient sa respiration, toujours enfermé dans son regard, attendant sa réaction, ne se permettant pas de penser ou d'analyser. Ou d'espérer. Il ignore le petit coin sombre et tordu de son esprit qui se prépare au pire. Que Bella pourrait ne pas ressentir la même chose. Que, face à cette nouvelle réalité des enfants hybrides, elle pourrait être rebutée.
Les secondes passent. Beaucoup de secondes.
Puis un sourire lent et chaleureux commence à poindre sur le visage de Bella. Comme un lever de soleil, pense Edward.
"J'aime bien le prénom Elliot, pour un garçon," murmure-t-elle. "Peut-être Lara pour une fille."
Malgré l'immense intelligence d'Edward, il lui faut un moment pour comprendre les mots de Bella ou mesurer la signification de son sourire. Et lorsque la réalisation arrive, elle frappe fort. Son souffle frémit et se brise lorsqu'il expire brusquement. Ses doigts tremblent en saisissant les hanches de Bella. Il déglutit difficilement tandis que l'espoir inonde son cœur et qu'un nouvel avenir, une nouvelle vie, se dessine dans son esprit.
"Ce sont de beaux prénoms," chuchote-t-il. "De très beaux prénoms." Il se met à sourire lui aussi mais s'arrête soudain. "Est-ce que...est-ce que tu pleures ?" Edward efface rapidement une larme sur la joue de Bella.
"Heureuse," murmure-t-elle. "Je suis heureuse."
Edward croit que son cœur va éclater. Il ouvre ses jambes pour qu'elle tombe entre elles, son corps s'allongeant le long de la sienne, sa joue contre sa poitrine. Il lui caresse le dos et embrasse ses cheveux, souhaitant avoir les mots pour lui dire ce qu'il ressent.
"Tu m'as vraiment dit..." dit-elle, et il sent de nouvelles larmes mouiller sa chemise.
"Dis quoi ?"
"Ce que tu voulais." Reniflant, elle lève le visage et pose ses doigts sur sa joue en le regardant dans les yeux. "Tu m'as dit ce que tu voulais. Tu ne fais jamais ça. Mais aujourd'hui, tu l'as fait. Tu le veux et tu ne le fais pas seulement pour moi parce que je le veux. Tu le fais aussi pour toi."
Edward se demande s'il n'avait pas trouvé les mots, sans même s'en rendre compte.
Elle l'embrasse alors, effleurant ses lèvres doucement, lentement. Edward emmêle ses mains dans ses cheveux. La joie l'envahit, le remplit, jusqu'à ce qu'elle déborde et qu'il ait l'impression qu'il va exploser sous l'effet de la force qu'elle dégage. Il n'arrive pas à saisir le changement que sa vie vient de prendre. En quelques minutes, en quelques mots. Il a pensé que Bella accepte de devenir sa femme, c'est le plus grand bonheur qu'il aurait jamais eu mais maintenant...
Elle n'a pas à renoncer à son existence en étant avec lui. Il pouvait lui donner des enfants. Il pouvait tout lui donner. Il pouvait être l'homme qu'il aurait été, qu'il aurait dû être, s'il était resté humain. Il pouvait être un père. C'était presque trop. Et Edward ne sait pas quoi faire de ces nouveaux sentiments. Alors il serre Bella contre lui et lui dit qu'il l'aime. Les mots ne semblent pas suffisants. Mais en même temps, ils sont tout.
"Je t'aime aussi." Bella sourit. "On peut vraiment faire ça ?"
"Oui." Edward acquiesce, déplaçant légèrement leur position pour pouvoir embrasser le long de sa mâchoire, voulant être aussi proche d'elle qu'il le peut. "Nous pouvons vraiment le faire. Mais il y a encore beaucoup de choses à discuter." Il dépose un baiser sous son oreille et sourit lorsqu'elle frissonne. "Il faudrait planifier avec soin, prendre des précautions particulières..." Il se dégage pour voir ses yeux. "Et Bella, si tu penses que je suis protecteur envers toi maintenant..." Il s'arrête de parler lorsqu'elle appuie ses lèvres contre les siennes et l'embrasse fougueusement. Edward approfondit le baiser autant qu'il l'ose. Il passe ses mains le long de son dos. "Alors... tu veux ça aussi ?" murmure-t-il et Bella glousse doucement.
"Tu veux juste m'entendre le répéter, n'est-ce pas ?"
"C'est vrai." Il glousse aussi. "Alors... tu veux ça ?"
"Je le veux. Je le veux. Avec toi." Elle soupire et sourit. "Je n'ai jamais voulu d'enfants juste pour le plaisir d'en avoir. Mais avec toi..." Elle se blottit contre sa poitrine. "Mais pas tout de suite," dit-elle. "Après l'université ?"
"Quand tu seras prête," dit Edward. "Dis-le-moi. Je serai là." Le désir brûle dans ses veines. Dans sa poitrine, son cœur a l'impression qu'il va se mettre à battre à tout moment. "Et cela nous donne tout le temps nécessaire pour planifier."
"Beaucoup d'organisation." Bella sourit. "Et de la pratique ?" Elle lui mord l'oreille, passe une jambe par-dessus la sienne et presse ses hanches contre lui. Edward sursaute doucement. Son corps réagit. Il la veut, il la veut tellement, mais...
"Grippe," murmure-t-il en embrassant sa gorge, ses mains s'emparant de ses hanches, freinant ses mouvements mais maintenant le contact. "Tu es encore en convalescence..."
"Edward, je vais mieux. Fais-moi confiance."
Edward est plus qu'heureux de lui faire confiance. Il la serre plus fort, la rapprochant de lui. Le pouls dans son cou bat sous ses lèvres et elle gémit lorsqu'il glisse sa jambe entre les siennes. Elle se redresse, à nouveau à califourchon sur lui et il tire doucement son pull par-dessus sa tête, la laissant nue et belle au-dessus de lui, ses cheveux châtains en désordre autour de ses épaules.
"Bella…" Son murmure était presque un gémissement. Il prend doucement ses seins et les taquine, tandis que ses doigts tremblants s'attaquent à la fermeture éclair de son jean. Et c'est à ce moment-là que les pensées commencent à filtrer de la rue en contrebas.
"Non…" Edward gémit et grimace. "Non..."
"Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui ne va pas ?"
"Des invités." Il voulait dire intrus. Envahisseurs. Et il se demande s'il y avait déjà eu un pire moment dans l'histoire du monde. Il décide que non.
"Qui ?"
Edward soupire. "Tes amis du travail. Du Drum. Ils sont venus voir comment tu te sentais."
Sur le sentier, Scott se demande combien Bella paie par mois pour un appartement dans cette partie de la ville. Amaranthe s'en veut de s'être fait piéger pour cette visite car elle est certaine que Bella est du genre à préférer se rétablir dans la paix et la tranquillité. Alison se félicite de sa bonne action.
"Oh !" Bella fronce les sourcils et jette un coup d'œil à la porte par-dessus son épaule. "Nous pourrions rester silencieux et ne pas répondre."
"On pourrait. Mais ta voiture est garée devant. Ils savent que tu es là." Il jure, doucement pour lui-même, et commence à réciter le tableau périodique des éléments en russe pour mettre son corps au pas. Pendant ce temps, Bella soupire et se mord la lèvre. Lorsque l'on frappe à la porte, elle ajuste son pull tandis qu'Edward ajuste son pantalon. Il espère vraiment que ses amis ne resteront pas longtemps car cette journée est devenue l'une des plus incroyables et des plus importantes de sa vie et, pour l'instant, il n'y a de place pour personne d'autre. Sauf pour Bella, bien sûr.
"Waouh, salut. Quelle surprise !" Bella sourit en ouvrant la porte à Scott, Alison et Amaranthe. "Entrez. Vous avez tous rencontré Edward, n'est-ce pas ?"
Il y a des hochements de tête timides et Edward lève la main en guise de salut. Il hésite à afficher un large sourire de bienvenue. Avec toutes ses dents. Peut-être même ajouter l'inclinaison anormalement douce de sa tête. D'habitude, cela suffit à vider une pièce. Mais il se tient tranquille.
"C'est pour toi, Bella." Alison lui tend un bouquet de fleurs. "Nous avons pensé qu'il fallait venir te saluer et voir comment tu allais. Tu as l'air un peu rouge, tu as encore de la fièvre ?" Elle recule d'un pas prudent.
Bella lui assure rapidement qu'elle va bien et sent le bouquet. "Il est superbe, merci, mais tu n'étais pas obligée. Et de toute façon, je reprendrai le travail dans deux jours..."
"On lui a dit ça," marmonne Amaranthe et Alison lui lance un regard.
"Hé, un rocking chair ! Ma grand-mère en avait un". Scott s'assied et commence à se balancer, manifestement à l'aise. Alison prend place sur le canapé. Après quelques hésitations, Amaranthe la rejoint. Bella propose du café et un Edward résigné la suit derrière le comptoir de la cuisine pour l'aider.
"Alors, tout le monde a passé un bon Thanksgiving ?" demande Bella. "Ai-je manqué beaucoup de choses au travail ?" Alison commence à raconter l'histoire d'un client qui voulait acheter un clavecin tandis qu'Edward descend les bonnes tasses de l'étagère haute et que Bella fait bouillir l'eau. Ses doigts effleurent les siens tandis qu'ils versent chacun une cuillère de café instantané du pot dans les mugs. Bella ajoute le lait. Edward ajoute le sucre. Ses seins frôlent son bras lorsqu'elle passe devant lui pour retourner au réfrigérateur. Edward siffle doucement. Bella se mord la lèvre. Alison leur demande s'ils ont besoin d'aide et fronce les sourcils lorsqu'ils se mettent à rire.
Edward s'assied les jambes croisées sur le sol et Bella se serre sur le canapé à côté d'Amaranthe. Alison parle encore, alors il se déconnecte, gardant juste une petite partie de son cerveau en alerte au cas où il serait appelé pour une interaction quelconque. Mais cela lui parait peu probable. Alison a à peine respiré depuis son arrivée. Il s'assied donc tranquillement, faisant semblant de siroter son café tandis que Bella et lui échangent de rapides coups d'œil par-dessus le bord de leur tasse. Et il essaie de paraître normal. Même si ce n'est pas ce qu'il ressent. Parce qu'il s'est passé trop de choses cet après-midi. Il s'est ouvert à de nouveaux sentiments, de nouvelles idées et de nouvelles possibilités et il n'a pas encore eu le temps d'assimiler tout cela. Et Edward a besoin de temps. Il est comme ça. Pour l'instant, son cœur et son esprit sont en surcharge. Son corps aussi. Il a envie de Bella. Mais il joue son rôle. Et il sirote son café. Comme si ce n'était pas l'un des plus grands jours de sa vie.
Pendant qu'Alison parle de ses projets de réorganisation de la réserve, Edward observe la façon dont Bella se lèche les lèvres après chaque gorgée de café. Il remarque la façon dont son pull-over tirelégèrement sur ses seins à chaque inspiration. Il aime la façon dont son pouce caresse l'anse de la tasse. Son esprit vagabonde vers des pensées d'elle enceinte, son ventre rempli de son enfant. Leur enfant.
Il pense aux cabanes qu'il construirait. Aux leçons de musique. Aux jeux qu'ils feraient et aux cerfs-volants qu'ils feraient voler. Aux leçons de vélo. Aux histoires qu'il lirait. Il avait encore l'exemplaire de L'île au trésor de son enfance. Ses yeux se portent sur les étagères de livres de Bella et sur son exemplaire bien-aimé d'Alice au pays des merveilles. Dans un hangar de Chicago se trouvent, entre autres, un ensemble de soldats de plomb et un train. Des antiquités pour certains, des trésors familiaux pour Edward. Ils avaient appartenu à son père puis à Edward, et maintenant...
Son cœur se gonfle à nouveau lorsqu'il réalise que, peut-être, il pourrait avoir la vie que ses parents auraient espérée pour lui, après tout.
"Edward, qu'en penses-tu ?" Alison le regardeavec impatience et il parcourt rapidement ses pensées pour rattraper la conversation. Ah, la musique des années 70. Les Ramones.
"Je ne suis pas un grand fan de la musique des années 70," dit-il. "J'ai aimé certains des premiers albums des Ramones. Mais je préfère les Sex Pistols."
Alison est surprise, Edward ne semble pas être un fan des Sex Pistols, mais sa réponse la satisfait. Elle se remet à parler des Ramones et Edward retourne à ses pensées.
Et si Bella et lui avaient une fille ?
Edward manque de renverser son café. Il ne connait rien aux petites filles et son esprit s'éloigne du punk du début des années 70 pour se tourner vers les maisons de poupées, les goûters et les leçons de ballet. Les filles aiment-elles les cabanes dans les arbres ? Edward n'en est pas sûr.
Il secoue la tête, essayant de dissiper le chaos qui règne dans ses pensées. Il est en train de s'emballer. Bien trop. Il y a encore tant de chemin à parcourir, tant de choses à décider. Il ne devrait pas encore remplir le coffre à jouets. Il prend une lente et profonde inspiration et se concentre sur la conversation autour de lui mais son esprit ne tarde pas à reprendre le même chemin, même avec une direction légèrement différente cette fois-ci.
Il ne plaisantait pas lorsqu'il avait dit à Bella qu'il serait protecteur. S'ils faisaient cela, il serait à ses côtés à chaque seconde de sa grossesse. Il ne la quitterait jamais. Sa famille devrait lui apporter ses repas dans un thermos.
Il se demandait s'il n'était pas égoïste de vouloir cela avec Bella. C'était un risque pour elle, un grand risque, même avec toutes les informations dont ils disposaient et les soins qu'elle recevrait. Mais elle le voulait aussi. Elle l'avait dit.
Scott raconte une blague et Edward se remet à participer à la conversation. Il rit et se joint à la conversation pendant un moment. Plus de musique. Le nouveau film d'espionnage qui n'a reçu que de mauvaises critiques et qui pourtant fait un tabac au box-office. La dernière série de The Office et la question de savoir si la version anglaise est meilleure que la version américaine. Il sourit, hoche la tête et donne son avis. Il répond aux questions de Scott sur sa voiture. Amaranthe admire sa veste et il lui envoie par texto les coordonnées du site Internet où il l'a achetée. Et puis il replonge dans ses pensées alors qu'Alison tient à nouveau sa cour.
Leur enfant serait en partie vampire, ce qui implique des cours de chasse. Il lui apprendrait à traquer et à abattre une proie. Comment tenir les pattes d'un animal pour qu'il ne s'agite pas pendant qu'on le vide de son sang. Il lui montrerait comment choisir le plus gros cerf d'un troupeau. Comment tirer un ours de son sommeil. Comment tuer un puma en plein saut. C'est la spécialité d'Edward. C'est bien loin des leçons de vélo et de ballet mais tout aussi important.
Il regarde Bella, qui se mord la lèvre en écoutant Alison. Il lui apprendrait ces choses aussi, quand elle serait comme lui. Son esprit se déplace à nouveau alors qu'il imagine sa première chasse, sous sa direction. Les images font remuer son corps et il prend rapidement une grande gorgée de café, sachant que son effet amer sera bien plus rapide que la récitation du tableau périodique en russe.
Puis Edward se concentre à nouveau sur les amis de Bella. Il aurait le temps de réfléchir et d'assimiler tout cela plus tard.
La conversation passe au hockey sur glace et aux livres puis à Thanksgiving, Scott taquinant Amaranthe à propos de sa dinde végétarienne, Alison se demandant si elle pouvait demander une deuxième tasse de café et décidant qu'ils devraient tous commander des plats à emporter parce que c'était tellement agréable et amusant. Elle avait même apporté des menus en pensant à cela, juste au cas où. Edward jette un regard rapide à Bella, espérant qu'elle comprenne. Au clin d'œil qu'elle lui adresse, il devine que c'était le cas. Un instant plus tard, Bella pose sa tasse et fait le bâillement le plus exagéré qu'Edward ait jamais vu. Et si Alison ne comprend pas le message, Amaranthe, elle, l'avait compris.
"Bella a besoin de se reposer," dit-elle en se levant et en ramassant les tasses.
"Mais j'allais suggérer qu'on prenne des plats à emporter et qu'on tienne compagnie à Bella," Alison a l'air confuse parce que partir maintenant ne faisait pas partie de ses plans. Scott dit qu'il a envie de nourriture thaïlandaise. Ou de pizza. Mais pas de mexicain parce qu'il en a mangé au petit déjeuner.
"Bella a déjà de la compagnie," dit Amaranthe. Elle remonte le capuchon de son manteau et se tient près de la porte.
Alison s'apprête à protester mais Bella se lève. "Merci beaucoup d'être venus", dit-elle. "Et pour les fleurs." Edward se soulève du sol et vient se placer derrière elle en souriant. Il pose légèrement ses mains sur ses hanches. Elle s'appuie contre lui, sa chaleur irradiant son corps. Il sait que la prochaine fois qu'il la retrouvera seule dans ses bras, il ne la lâchera pas.
"Mais j'ai des menus." Alison ouvre son sac, révélant une pile de papier. "Et j'ai pensé que ce serait une bonne occasion pour nous tous d'organiser la fête de Noël du magasin. Mon oncle peut trouver des rennes gonflables à prix coûtant. Des bonshommes de neige aussi."
Edward élargit lentement son sourire, entrouvrant ses lèvres, ne laissant entrevoir à Alison que quelques dents. Mais c'est suffisant.
Alison se sent soudain très mal à l'aise, sans savoir pourquoi. "Bien sûr," dit-elle en fermant son sac. "Tu as besoin de te reposer."
"Alors, pas de pizza ?" Scott se lève du rocking-chair.
"On peut aller manger une pizza." Alison lui prend le bras. "Il y a un endroit pas loin d'ici…" dit-elle en le poussant vers la porte qu'Amaranthe tenait ouverte.
"Qu'est-ce que tu as fait à Alison ?" demande Bella en ricanant, une fois la porte fermée.
"Rien. Je lui ai souri. C'est tout."
"Oh. Sourire. C'est vrai. Tu as fait le truc du vampire ?"
"Le truc du vampire," dit-il en souriant. "Qu'est-ce que ça veut dire ?"
"Tu sais exactement ce que ça veut dire." Elle montre les dents et Edward se met à rire.
"Très menaçant," dit-il. "J'ai peur."
"Tu devrais."
Il lui rend un large sourire de vampire et roule des yeux quand elle se met à rire, comme toujours.
"Et c'est ce mépris pour ta propre sécurité qui nous a menés là où nous en sommes maintenant," dit-il.
Elle fait un pas vers lui. "Et où en sommes-nous exactement, Edward ?"
Edward s'approche lui aussi d'un pas. Il tend le bras et accroche son doigt à l'un des passants de la ceinture du jean de Bella. Il la fixe dans les yeux et la tire lentement vers lui. Il baisse le visage et l'embrasse, très lentement, rapprochant son corps du sien. Il lui fait sentir à quel point il la désire, à quel point il l'aime. Comment il l'aime.
"Je dirais que nous y sommes," murmure-t-il.
Il la soulève dans ses bras et la porte jusqu'à la chambre, allumant le chauffage au passage.
Bella est belle. Tellement belle. Tandis qu'Edward la déshabille, il embrasse chaque parcelle de peau qu'il expose. Tous ses halètements et ses soupirs sont de la musique pour lui. La plus belle symphonie qu'il ait jamais entendue. Et elle ne joue que pour lui. Rien que pour lui.
"Je t'aime," murmure Bella quand Edward effleure sa cuisse de ses lèvres. Son corps brûle de désir. Le parfum de Bella est enivrant. Son toucher est un feu. Il grogne doucement lorsqu'elle emmêle ses doigts dans ses cheveux et tire dessus. "Je te veux. Maintenant."
Edward ne va pas le lui refuser. Ou se refuser à lui-même.
Retenant son souffle, il observe le visage de Bella alors qu'il se glisse en elle. Son corps tremble, laissant le bonheur l'envahir tandis qu'elle le prend. Son corps se cambre, elle gémit et Edward retient le grognement qui gronde au fond de sa poitrine. C'est si beau. L'extase peinte sur son visage reflète la sienne.
Le désir qui couvait pour elle auparavant est maintenant brûlant. Chaque fois qu'il est avec Bella, c'est parfait, mais cette fois-ci, quelque chose est différent. Toute la semaine depuis sa maladie, tout l'après-midi depuis qu'il l'a appris, ses émotions sont restées sous contrôle. Il s'était enfermé dans un carcan. Aujourd'hui, Edward s'agrippe à la tête de lit et se laisse aller.
C'est plus que faire l'amour. Chaque poussée est une affirmation de la vie. La vie de Bella. La nouvelle vie qu'ils pourraient créer ensemble. Edward commence à se perdre mais Bella fait de même. Elle s'agrippe à ses bras, aux draps, à ses cheveux, tandis que les mains d'Edward griffent la tête de lit en bois. Son sang s'emballe et rugit tandis qu'elle crie son nom. Son nom. Ses ongles ratissent son dos. Le venin s'accumule dans la bouche d'Edward. Les ongles de Bella sur sa peau, son nom sur ses lèvres, la pulsation de la vie dans ses veines, l'appelant...
La mâchoire d'Edward se bloque.
Et il serre les dents.
La tête de lit se brise entre ses mains. Il essaie de ralentir mais un besoin désespéré, palpitant, le pousse à continuer. Un instinct brut et primitif de la posséder. De la revendiquer. De la faire sienne dans tous les sens du terme. C'est alors que le corps de Bella frémit, durement, contre le sien. Elle rejette la tête en arrière, la cambrure de sa gorge si exposée et blanche dans la lumière du début de soirée. Edward ne peut se retenir. Un rugissement profond s'échappe de sa poitrine alors qu'il trouve sa propre libération, et ce faisant, il tourne son visage et enfonce profondément ses dents dans le muscle de son bras.
Edward avait l'impression que son corps s'était brisé en mille morceaux brûlants. Mais son bonheur post-orgasmique ne dura qu'un instant avant qu'une panique froide et rampante ne s'empare de lui.
Que venait-il de faire ?
Il lâche la tête de lit cassée et lève lentement le visage. Il ignore la douleur lancinante dans son bras et la partie de son cerveau qui lui dit que c'était peut-être la chose qui ferait enfin courir Bella en hurlant.
Edward se force à la regarder dans les yeux. Son choc est évident lorsqu'elle le fixe, bouche bée mais quoi d'autre ? Es-elle effrayée ? Horrifiée ?
Dégoûtée ?
Il essaie de déchiffrer son expression mais son regard se porte sur son bras.
"Bella, je suis tellement désolé..."
"Non, ne le sois pas," dit-elle rapidement en secouant la tête.
"Je t'ai fait peur ?"
"Non," dit-elle lentement. "Non, je ne m'attendais pas à ce que... Je ne t'ai jamais vu..." Elle regarde autour d'elle. Le lit était cassé et la tête de lit brisée. Les draps étaient déchirés et emmêlés autour de leurs jambes. Edward repousse avec hésitation quelques échardes de bois des cheveux de Bella.
"Je ne m'attendais pas à ça." Elle termina sa pensée initiale.
"Moi non plus," dit Edward.
"Je ne t'ai jamais vu mordre."
Ses yeux se ferment et il déglutit difficilement. "Je suis si..."
"Non, non, c'est bon. Je pense que je suis juste... surprise. Choquée."
Juste choquée. Pas dégoûtée ou horrifiée. Ses yeux fouillent les siens, à la recherche de la vérité. Et il la trouve. Le soulagement l'envahit.
"Moi aussi," dit-il et il roule sur le matelas. "Je suis tellement désolé..." commence-t-il et s'arrête lorsqu'elle secoue à nouveau la tête.
"Tu vas bien ?" demande-t-elle. Edward a un petit rire noir.
"Je crois que c'est à toi que je devrais demander ça." Il se tourne vers elle et ses yeux évaluent rapidement son corps nu.
"Je vais bien," dit-elle, et elle se tortille un peu pour montrer qu'elle vat bien. "Tu vois? En un seul morceau." Mais Edward ne manque pas la légère grimace qui traverse son visage. Son cœur se serre.
"Bella, s'il te plaît, ne le fais pas... J'ai besoin que tu me dises la vérité."
Il sait que dans le passé, elle lui avait souvent dit des choses qu'elle pensait qu'il voulait entendre. Il espère qu'ils ont dépassé cela maintenant. Il a besoin de son honnêteté.
"Je peux sentir où tu as été," murmure-t-elle en lui souriant doucement et en lui touchant la joue. "Et je me sens un peu... déstabilisée. Dans le bon sens du terme. Comme après un exercice." Elle soulève sa main et l'embrasse puis son regard se porte à nouveau sur son bras. Elle pose ses doigts sur son biceps.
"Ça fait mal ?"
"Ça pique."
"Il n'y a pas de marque."
"Pas pour les yeux humains." Il hésite un instant, puis prend son doigt pour tracer lentement la courbe argentée sur sa peau. Il observe son visage tandis que ses yeux suivent le chemin de leurs doigts.
"Mais d'autres vampires peuvent la voir ? Ta famille ?"
Il acquiesce.
"Et... ils le sauront ?"
"Peut-être." Il décide qu'il portera des manches longues près d'Emmett pendant un certain temps.
Edward lâche sa main mais son doigt resta sur sa peau.
"Je suis vraiment désolé." Il peut enfin s'excuser. Bella sourit doucement, touchant toujours la cicatrice qu'elle ne peut pas voir.
"Ça va," dit-elle. "Cela fait partie de ce que tu es. Et je n'ai pas eu peur..." Elle s'arrête et lève les yeux brusquement, croisant son regard. "J'aurais dû avoir peur ?"
Edward fronça les sourcils. C'était probablement l'une des questions les plus sensées qu'elle lui ait jamais posées.
"Je ne pense pas," dit-il. Ils regardent tous les deux le gonflement de son biceps. Edward déglutit difficilement. "L'envie de mordre pendant l'amour est toujours là mais d'habitude je la contrôle bien. Aujourd'hui..." Il regarde Bella. "Aujourd'hui, c'était trop," chuchote-t-il. "Il y avait trop de choses à ressentir. Je ne savais pas quoi faire de tout ça."
"Oh, Edward," dit-elle en l'attirant à elle. "Mais tu avais toujours le contrôle. Cela le prouve." Elle passe ses doigts sur son bras.
Edward se recroqueville alors autour d'elle. "J'aurais probablement dû aller courir à la place."
Bella rit et il soulève son visage d'entre ses seins et sourit.
"Tu trouves ça drôle ?" dit-il.
"Oui.
"Je suis sérieux."
"Je sais." Elle caresse les cheveux de son front. "Tu avais besoin de temps. Et un peu d'espace pour te remettre les idées en place et le passage de mes amis n'a pas aidé." Elle l'embrasse. "Tu avais besoin de courir. C'est ton truc. C'est ce que tu fais. J'aurais dû m'en rendre compte aussi." Elle hausse légèrement les épaules. "Nous aurions dû nous ménager."
Il soupire et se blottit à nouveau contre elle, se délectant de son amour. S'émerveillant de son acceptation. Et de sa compréhension. Quelqu'un comme elle ne pouvait certainement pas être fait pour lui. "Tout était tellement... plus," murmura-t-il.
"Pour moi aussi," dit-elle.
Lorsqu'elle passe ses doigts sur sa nuque, Edward soupire.
"Tu as remarqué quelque chose ?" demande-t-elle et il pouvait entendre le sourire dans sa voix.
"Quoi ?"
"Tu n'es pas en train de te battre pour ça."
Edward lève et cligne des yeux vers elle. Elle n'a pas tort. Il sait qu'il y avait eu un temps où quelque chose comme ça l'aurait chassé de son lit, jurant de ne plus jamais la toucher et qu'il n'aurait jamais dû la toucher en premier lieu. Pourtant, il était là, allongé dans ses bras, sa jambe entre les siennes, sentant son cœur battre contre sa poitrine. Il s'interroge sur le changement qui s'est opéré en lui et se demande s'il s'agit d'un pur égoïsme - il sait maintenant ce que c'est que de vivre sans elle et ne se soumettra plus jamais à une telle épreuve. Ou bien était-ce parce qu'il sait, au fond de lui, qu'ils sont faits l'un pour l'autre. Et être ensemble signifie accepter qui il est.
"Tu as raison," dit-il. "Je ne me fais pas de reproches." Il regarde l'arc argenté sur son bras. "Je fais avec ce que j'ai." Il soupire lorsque Bella resserre ses bras autour de lui. "Mais je ne suis toujours pas content de moi," dit-il.
"Oh ?" Elle glousse et la couleur de ses joues s'accentue. Elle se déhanche contre lui. "Après ta performance de cet après-midi, je pense que tu devrais être très heureux avec toi-même, Edward. Je sais que je suis heureuse avec toi."
Il a un petit rire ironique. "Vous flirtez encore, Mlle Swan."
"Oh, je fais plus que flirter, M. Cullen. Ou vous ne l'aviez pas remarqué ?" Elle lui donne un léger coup de genou et il siffle.
"J'ai remarqué."
Elle lui sourit et lui caresse la joue. "C'est tellement mieux que de se faire du mal, n'est-ce pas ?"
Ses mains se déplacent sur son dos, de lentes caresses qui descendent de plus en plus bas. "C'est bien mieux," dit-il.
Quelques heures plus tard, assis au comptoir de la cuisine de Bella...
BELLA
"Hum, c'est bon". J'avale une nouvelle bouchée du ragoût de thon qu'Edward m'a préparé et je soupire. "Où as-tu appris à le faire ? Sur Food Network ?"
Edward acquiesce et s'adosse aux placards en souriant. Il a jeté un torchon sur son épaule et c'est un spectacle digne d'une photo. Mon vampire domestique.
Il jette le torchon sur l'évier et s'installe sur un tabouret. Le sourire n'a pas quitté son visage depuis que nous sommes sortis du lit il y a deux heures. Je traverse le comptoir et lui prends la main. Et je baille.
"Tu es fatiguée," dit-il.
"Ça a été une grosse journée."
"C'est vrai.
Nous sommes assis, nous souriant l'un à l'autre, nous tenant la main dans ma minuscule cuisine.
Lorsque j'écarte mon assiette vide, Edward la met dans l'évier et nous nous installons sur le canapé. J'étire mes jambes sur ses genoux.
"Tu vas me parler de Joham ?" lui dis-je. "S'il est venu parler de ta mémoire perdue, comment en es-tu arrivé à parler de bébés ?
"C'était Carlisle," dit Edward en frottant lentement sa main le long de ma jambe. "Il avait déjà interrogé Joham sur ses enfants avant que je n'arrive. C'était sous couvert de recherches, et il était curieux, naturellement, mais il rassemblait aussi des informations pour nous. Au cas où." Il me fait une sorte de sourire timide qui fait palpiter mon cœur. Bien sûr, il l'entend. Il baisse les yeux, toujours souriant, et secoue la tête tandis que je sens la chaleur de mon rougissement sur ma peau.
"Quoi qu'il en soit," poursuit-il, Joham n'était que trop heureux de partager les détails et de parler de tout cela. Puis Carlisle m'a mis au courant plus tard. Il m'a rejoué la conversation dans ses pensées."
"Carlisle a-t-il été surpris lui aussi ?
"Choqué, est probablement un meilleur mot," dit Edward. "Nous pensions tous que les mythes n'étaient que cela. Des mythes." Il remonte la jambe de mon pantalon de survêtement et fait des cercles au-dessus de mon genou avec son doigt. Puis il me chatouille l'arrière du genou, ce qui me fait couiner et reculer. Il rit, attrape ma jambe et la tire vers l'arrière, la maintenant fermement en place sur ses genoux.
"Alors, une grossesse de six mois ?"
"Ouin" acquiesce Edward.
"Régime sanguin ?"
"J'en ai bien peur," dit-il en s'excusant.
"Du sang humain ?" Je ne peux m'empêcher de froncer un peu le nez.
Il acquiesce à nouveau. Très lentement. Il m'observe attentivement. "Carlisle y aurait accès par l'intermédiaire de l'hôpital."
"Mais je pourrais aussi manger de la nourriture normale ?"
"Oui",
"Et une césarienne, avec un scalpel spécial..."
"Un scalpel dentelé en forme de diamant."
"Oui, ça a l'air assez spécial. Et puis..."
"Et ensuite, je te transformerai." Je le vois déglutir difficilement.
"Combien de temps après la naissance du bébé ? Je pourrais le tenir dans mes bras ?"
"Il y aurait du temps, oui. Mais ton corps sera déjà affaibli et la transformation devrait se faire rapidement. Ton cœur doit avoir la force de pomper mon venin dans ton corps."
"Alors, cinq minutes ? Dix ?"
"Cela dépend mais dans la demi-heure."
Je hoche la tête, j'assimile à nouveau tout cela. Il m'a dit tout cela avant, dans la voiture, mais j'étais tellement occupée à me remettre les idées en place... les détails étaient flous.
"Mais le bébé sera mortel ?"
"Il aura un cœur qui battra, oui."
"Et il ou elle vivra environ mille ans ?" Soudain, je réalise ce que cela signifie. En théorie, Edward et moi survivrions à notre enfant. Mon cœur se serre un peu. Je crois qu'Edward comprend.
"Oui," murmure-t-il. Il y a une lueur de tristesse dans ses yeux. "C'est une chose que nous devons aussi prendre en compte."
"Quel âge ont les enfants de Joham ?
"Ils sont cinq", dit-il. "Leur âge varie de 21 à 117 ans, mais aucun d'entre eux ne semble avoir plus de 20 ans. Leur développement est similaire mais un peu plus rapide, que celui d'un enfant humain. Le processus de vieillissement semble ensuite ralentir lorsqu'ils atteignent la maturité, vers dix-huit ou dix-neuf ans."
Mon esprit commence à s'agiter et soudain, c'est comme si l'ampoule proverbiale s'était allumée au-dessus de ma tête. Je saisis la main d'Edward.
"Bella ?"
"Moment Eurêka,", je marmonne. "Donne-moi une seconde. " Je me redresse en essayant de me remettre les idées en place. "D'accord, ils atteignent la maturité vers dix-huit ans, puis le vieillissement ralentit."
"Oui."
"Et leur corps fonctionne comme celui d'un humain ?"
"Eh bien, oui. Les caractéristiques des vampires sont principalement la vitesse, la force et des sens plus développés. La vue, l'odorat, le goût, l'ouïe. Ils peuvent chasser mais ils ont besoin de nourriture humaine pour survivre. Et selon Joham, ils préfèrent le plat de viande au puma. En théorie, ils pourraient même avoir des enfants."
Je respire lentement et profondément, tandis que les pièces de mon tableau s'assemblent. "Edward, s'ils le voulaient, pourraient-ils être transformés une fois qu'ils auraient atteint la maturité ? Tu sais, à vingt-cinq ou trente ans, ou peu importe ?"
La bouche d'Edward s'entrouvre. "Je... n'avais pas pensé..."
"C'est possible, n'est-ce pas ? S'ils ont un cœur qui bat ?"
Il me regarde fixement, cligne lentement des yeux, réfléchit. "Je ne sais pas, je pense que c'est possible, oui." Il se redresse aussi. "Tu veux dire qu'ils ont le choix. Une fois qu'ils ont atteint la maturité, ils décident eux-mêmes s'ils veulent vivre une vie très, très longue, ou devenir immortels."
"Oui."
"Je ne sais pas," dit-il à nouveau, fronçant les sourcils. "Je vais en parler à Carlisle, voir ce qu'il en pense. Ce n'est pas quelque chose que nous voudrions essayer sans en être sûrs." Il se passe la main dans les cheveux et un demi-sourire tremblant se dessine sur ses lèvres. "Je pensais avoir toutes les réponses," dit-il.
"Mais nous n'avons trouvé que plus de questions."
Edward me touche doucement la joue. "Bella, si tu changes d'avis, si tu décides que tu ne veux pas..."
Je suis sur le point de protester et de lui dire que je ne vais pas changer d'avis, que je ne fais que réfléchir, c'est tout, mais je me souviens que c'est à Edward que je parle. Je ne proteste donc pas. Au contraire, je reconnais ce qu'il me dit.
"Je comprends," je souris. "En fin de compte, c'est moi qui décide."
Il acquiesce.
"Et si j'ai des doutes ou si je change d'avis, ça ne te gênera pas ?"
Il acquiesce à nouveau.
"Mais c'est la même chose pour toi," dis-je. "Si tu changes d'avis. Ou si tu as des doutes."
Il y a une lueur de confusion sur son visage. Puis il sourit.
"Et si nous décidons de ne pas aller de l'avant..." Je me blottis contre lui, "ce sera toujours toi et moi. Et ce n'est pas grave."
"Plus que bien," murmure Edward. Il baisse le visage et m'embrasse doucement.
Lorsqu'il se détache un instant plus tard, j'appuie ma tête sur son épaule et j'oriente la conversation sur une voie légèrement différente.
"Est-ce que Joham avait des indices sur le fait que tu aies perdu la mémoire ?"
Edward secoue la tête. "Non. Il était déconcerté par toute cette histoire, comme nous l'étions." Il dessine d'autres formes aléatoires sur ma jambe. "Finalement, c'est le raisonnement de Carlisle qui me semble le plus juste," dit-il en me regardant à travers ses cils. "Te perdre était trop douloureux. J'ai bloqué mes souvenirs pour survivre." Il baisse à nouveau les yeux sur son œuvre d'art invisible. Un froncement de sourcils assombrit son visage et j'embrasse sa joue.
"Je suis là," je murmure
Edward sourit. "Tu es là", dit-il en me serrant la jambe. "Et je suppose que, sans te connaître ni connaître cette partie de l'histoire, il n'est pas surprenant que Joham n'ait pu tirer aucune conclusion. Il a trouvé cela très particulier." Edward fronce les sourcils. "Il pensait que nous étions très particuliers. Notre mode de vie végétarien l'intriguait, ainsi que ses amis."
"Il n'était pas seul ?"
"Non. Il est venu avec deux vampires mâles. Oscar et Cornelius. Des suiveurs, en quelque sorte. Ils voulaient savoir comment nous chassons. Comment nous avons vécu parmi les humains. Tout ça. Ce qui est surprenant, c'est que Joham avait déjà fait des recherches sur nous. Il savait que nous avions vécu à Rochester, en Alaska et à Forks, et il connaissait aussi les légendes Quileute. C'est ce qui l'a le plus intrigué."
Je me redresse rapidement, surpris. "Comment aurait-il su pour les loups ?"
"Google."
Google ? Sérieusement ? "Les loups sont sur Google ?"
"Les légendes y sont." Il se remet à griffonner sur ma jambe.
"Alors, qu'est-ce que tu lui as dit ? A propos des loups ?"
"Très peu. Carlisle l'a minimisé et a dit que nous avions aussi entendu des légendes, mais que ce n'était que cela, des légendes. Joham l'a cru parce qu'il était certain que les loups ne laisseraient pas les vampires s'approcher de leur territoire."
Je m'appuie à nouveau sur son épaule. "Tu n'as pas parlé du traité, alors ?"
"Non. Et d'après leurs pensées, l'intérêt qu'ils portaient aux légendes a semblé s'estomper assez rapidement." Il écrit ses initiales au-dessus de mon genou, traçant soigneusement un E invisible, un A, puis un C.
"Savaient-ils que tu pouvais lire dans leurs pensées ?"
"Non," dit-il en faisant un geste sous son autographe. "Parfois, il vaut mieux ne pas en parler."
Il fronce les sourcils et je tends la main pour lisser le petit V qui s'est formé entre ses sourcils. "Tu ne l'aimais pas, n'est-ce pas ? "
"Non." Il fronce les sourcils. "Les femmes humaines qu'il choisit, les enfants qu'il met au monde, il ne les considère pas comme sa famille. Ses liens avec eux sont très faibles. Ils ne sont pas plus pour lui que des sujets d'expérience."
"C'est si froid."
"C'est pourquoi je ne voulais pas qu'il sache quoi que ce soit sur toi. Parce que si les mythes et les rumeurs étaient vrais..." Il esquisse un sourire sinistre et complice. "Une jeune femme humaine prête à s'accoupler avec un vampire." Sa pensée devient soudain très claire. Pendant tout ce temps, j'avais cru qu'il en faisait un peu trop en ne voulant pas que je vienne rencontrer Joham. Un petit frisson me parcourt.
"Mais il est parti maintenant, n'est-ce pas ? Il a quitté la ville."
Edward acquiesce. "Il est parti," dit-il. "Je m'en suis assuré." Il soulève mes jambes et nous déplace doucement pour qu'il soit allongé, la tête sur mes genoux. Il me sourit et prend ma main gauche dans la sienne. "Parlons d'autre chose."
"Comme quoi ?"
Il passe lentement son pouce sur ma bague de fiançailles. "Eh bien, nous devons nous organiser si nous voulons toujours avoir un mariage le soir de Noël."
"C'est vrai". Je réponds à son sourire par le mien.
"Et je pense, Bella..."
"Oui, Edward ?"
"La première chose à faire est d'annoncer la date à nos familles."
Le lendemain soir, les Cullen sont réunis dans leur salon et attendent avec impatience qu'un Edward souriant me prenne la main, hausse les épaules et dise qu'il a une annonce à faire.
"Vous savez déjà que, par miracle, Bella a accepté de m'épouser..."
"Oui, c'est un miracle," s'esclaffe Emmett. Jasper sourit. Rosalie lance un regard noir à son mari, Edward roule des yeux et ignore son frère.
"Nous avons décidé d'une date pour le mariage," dit-il.
"Oh !" s'écrie Esmée, rayonnante.
"Je savais que ça allait arriver ! Je le savais !" Alice se jette sur moi alors qu'Edward lui dit de faire attention et que son étreinte n'est que de justesse non douloureuse. "J'ai eu une vision…" glousse-t-elle contre moi. "L'aperçu d'un mariage. J'ai tellement d'idées et je sais que tu as déjà dit que tu voulais faire les choses à ta façon, et c'est bien, mais je collectionne les magazines de mariage depuis que tu t'es fiancé, juste au cas où tu aurais besoin d'aide... Alors, c'est quand le grand jour ?"
"La veille de Noël," dit Edward.
Alice me lâche rapidement.
"La veille de Noël ?" demande-t-elle, les yeux écarquillés.
Edward acquiesce et Alice reste bouche bée. "Je n'ai pas vu venir cette partie," murmure-t-elle. "Tu n'es pas sérieux." Elle secoue lentement la tête et même si je ne pensais pas qu'il était possible qu'un vampire s'évanouisse, Alice a l'air de s'en approcher.
"Oh, nous sommes sérieux," dit Edward. Son sourire est encore plus éclatant.
"Vous ne pouvez pas !"
"On peut."
"Il n'y a pas assez de temps !"
"Si."
"C'est dans moins d'un mois !"
"Vingt-quatre jours, Alice. Crois-moi, je compte."
C'est comme un match de tennis. Nous regardons tous la volée de mots entre Edward et sa sœur.
"Ce n'est pas possible !" s'emporte Alice.
"Si, c'est possible."
"Il y a trop de choses à organiser ! On n'y arrivera jamais à temps ! Pas correctement, en tout cas."
"Nous ?"
Alice croise les bras sur sa poitrine et lance un regard à son frère. Jasper vient se placer derrière elle. Il lui chuchote quelque chose à l'oreille et, bien que je n'entende pas, je peux voir le petit sourire en coin sur les lèvres d'Edward. Rose et Emmett ont pris place sur le canapé et Emmett apprécie visiblement le spectacle. Carlisle et Esmée observent attentivement Edward qui me lâche la main pour marquer des points avec ses doigts.
"Nous avons parlé à l'aumônier de l'université ce matin et c'est lui qui célébrera la cérémonie. Nous avons organisé la licence cet après-midi. Le..."
"Et le lieu de la cérémonie ?" Alice l'interrompt. "Et la musique ? Les fleurs ? Les invitations ? La robe !"
Edward me reprend la main et se tourne vers Esmée. Il sourit, presque timidement. "Nous espérions pouvoir l'organiser ici," dit-il.
"Bien sûr,,murmure-t-elle, les yeux brillants. "Bien sûr que vous vous marierez ici. Nous ne voudrions pas qu'il en soit autrement."
Edward sourit et remercie d'un signe de tête, avant de se tourner vers Rosalie.
"Rose ? Veux-tu jouer pour nous ?"
Elle jette un coup d'œil vers le piano qui trône dans un coin, près des grandes fenêtres.
"S'il le faut," grogne-t-elle, mais son sourire éclatant dément ses paroles. Puis elle me regarde. "Il est tellement plus supportable quand tu es là," dit-elle. "Bienvenue dans la famille !"
"Merci, Rose." Edward sourit aussi et lui fait un clin d'œil. Elle lui répond par un clin d'œil et je réalise que c'est le premier vrai signe d'affection que je vois entre eux.
"Pour le reste..." Edward reporte son attention sur Alice. Il s'avance et lui embrasse la joue. "Bella et moi nous en occuperons."
Alice se renfrogne et fait la moue, mais même frustrée et en colère, elle reste belle. J'imagine à quoi elle ressemblera en tant que demoiselle d'honneur.
"Oh !" Elle se tourne vers moi, toute trace de frustration disparue. "Oui ! " s'écrie-t-elle en m'entourant à nouveau de ses bras, ce qui me fait presque tomber à la renverse. "J'adorerais être ta demoiselle d'honneur."
"Tu as vu celle-là, n'est-ce pas ?"
"Oui, je l'ai vue !" Elle rit en me relâchant et me traîne jusqu'au canapé pour discuter des couleurs de la robe et de l'opportunité de choisir une robe longue ou non. Emmett se lève pour faire de la place et sourit.
"Alors, est-ce qu'Edward va te transformer ?" demande-t-il.
La pièce devient silencieuse et je sens six paires d'yeux curieux sur moi. Je me tourne vers Edward, me demandant ce qu'il va dire.
"Nous avons des projets…" dit-il vaguement en me souriant.
"Quels projets ?" demande Emmett, et Carlisle lui suggère de s'occuper de ses affaires.
"Je suis sûr qu'Edward et Bella nous le feront savoir le moment venu," dit-il. "Pourquoi ne pas nous concentrer sur le mariage pour l'instant ?"
La maison est pleine de joie et de rires. Esmée et Rosalie discutent de la façon de réaménager la chambre pour la grande occasion et Emmett et Jasper préparent l'enterrement de vie de garçon qui mettra fin à tous les enterrements de vie de garçon. Ils sont comme n'importe quelle autre famille avec un mariage en préparation. Leur excitation et leur enthousiasme sont presque épuisants... et correspondent à ceux de ma mère.
Le cri de Renée a failli me crever le tympan cet après-midi lorsque nous l'avons appelée pour lui annoncer la date.
"Je sais que le délai est court…" ai-je dit.
"Non, non, chérie, l'urgence rend les choses encore plus belles."
Edward a dû quitter la pièce pour qu'elle ne l'entende pas rire.
Charlie était différent, bien sûr. Plus calme. Peut-être même résigné, une fois qu'il avait surmonté sa surprise face à la brièveté du préavis. Il voulait savoir s'il devait louer un costume noir ou gris.
"Je devrais probablement me mettre sur mon trente-et-un si je dois offrir la mariée," a-t-il dit. Il avait l'air un peu étouffé. Et cela m'a fait pleurer. Edward m'a attiré sur ses genoux et m'a pris dans ses bras pendant que Charlie me disait, d'un ton bourru, que mon bonheur était la chose la plus importante pour lui.
"Combien d'invités ?" demande Esmée, me tirant de mes pensées et souriant en regardant de moi à Edward et de nouveau à moi.
"Juste la famille," dit Edward. "Nous. Renée et Phil. Charlie... et il voudra peut-être amener Sue Clearwater."
Je retiens mon souffle, attendant la réaction de la famille d'Edward à la nouvelle de la présence de Sue. Carlisle n'en perd pas une miette.
"Bien sûr," dit-il en me souriant. "Sue est la bienvenue."
"C'est tout ?" demande Emmett.
"C'est tout", dis-je. "C'est tout ce que nous voulons."
Ce n'est pas tout à fait vrai. J'aimerais que Jacob soit là mais il n'y a pas beaucoup de chances. Cela fait deux jours que Charlie a appelé pour s'excuser d'avoir laissé entendre à Sue, Billy et Jacob qu'Edward et moi étions fiancés. Il m'a dit qu'ils étaient choqués, mais qu'il était sûr qu'ils s'en remettraient et qu'il fallait s'attendre à recevoir des appels. Et aujourd'hui, une fois que Charlie s'est remis de la surprise de notre nouvelle, il m'a demandé si j'avais eu des nouvelles de La Push. J'ai dû lui répondre que non.
"Eh bien, il y aura toujours de la place pour plus de monde," sourit Esmée. "Maintenant, parlons du gâteau."
Soudain, j'ai l'impression d'être sur les montagnes russes du mariage. Quand je ne suis pas en cours ou au travail, je suis en train de planifier. Dans les jours qui suivent, nous rencontrons l'aumônier pour discuter de nos vœux. Nous réservons un logement pour Renée et Phil. Edward passe un temps ridicule sur son ordinateur portable, à faire des cachotteries sur notre lune de miel. Tout ce qu'il me dit, c'est "Prépare tes affaires pour le soleil" mais je n'ai aucune idée de la façon dont une lune de miel ensoleillée pourrait convenir à M. Sparkly. Esmée nous demande notre avis sur les arrangements floraux du salon. Edward et Jasper font preuve de créativité pour éclairer le jardin.
Le samedi, je me rends à Seattle pour visiter des boutiques de mariage avec Alice, et je trouve une robe exquise en soie ivoire qui me va comme si elle avait été faite pour moi. Alice sourit et applaudit lorsque je monte sur le petit podium rond au milieu du magasin et que je lui dis que c'est la bonne.
"Il va t'adorer dans cette robe," dit Alice. "C'est très chic. Des lignes simples et classiques." Elle se recule et m'étudie d'un œil critique, fronçant légèrement les sourcils en faisant tourner son doigt, me demandant de me retourner. "La broderie autour de l'ourlet et de l'encolure est si délicate, juste assez de détails mais pas trop. Oui, c'est bien toi. Tu es magnifique."
Et pour être honnête, je me sens belle. Vraiment belle. Ce qui est surprenant car je n'ai jamais été à l'aise dans les robes mais maintenant que je porte celle-ci, je ne veux plus l'enlever. Et j'ai hâte qu'Edward me voit dedans. Je me tourne à nouveau et me regarde sous tous les angles dans les miroirs enveloppants. La soie s'agite doucement lorsque je bouge. C'est une robe coûteuse, mais la carte de crédit d'Edward se trouve dans mon sac à main. Il m'a dit de n'épargner aucune dépense. C'est son cadeau pour moi. Et nous ne le ferons qu'une fois.
Dimanche, je fais une rotation supplémentaire au Drum pendant qu'Edward est sorti avec ses frères à la recherche d'un costume. Il y a une nouvelle vitrine à installer - Les classiques de Noël - et je suis en train de gonfler l'un des rennes gonflables d'Alison avec une pompe à pied lorsque mon téléphone sonne. Le nom de Sue Clearwater s'affiche à l'écran. Mon cœur commence à battre la chamade et mon corps se crispe lorsque je lui dis bonjour mais le soulagement m'envahit lorsque j'entends ses félicitations silencieuses.
"Merci", dis-je. "Je vous en suis reconnaissante. Je sais que cela doit être difficile pour vous."
"Et pour toi aussi," dit-elle. "Je pense que les gens l'oublient parfois." Je suppose que par "les gens" elle entend Jake. Probablement la plupart des habitants de La Push. "Charlie dit que tu es heureuse et je pense que c'est la meilleure chose que l'on puisse souhaiter à quelqu'un. On commence par ça, et tout le reste peut être arrangé."
"Ça a l'air simple quand vous le dites comme ça."
Sue soupire. "Cela devrait être simple. Le problème, c'est que nous ne trouvons pas toujours notre bonheur là où nous l'attendons. Ou là où les autres pensent que nous devrions le faire."
Les autres. "Vous parlez de Jacob."
Je regarde mon renne se dégonfler devant moi.
"Tu as eu de ses nouvelles ?" demande-t-elle.
"Non."
"Eh bien, il a été très occupé," dit-elle. Peut-être qu'il l'a été mais je pense qu'elle se défile. Je suppose qu'occupé veut dire en colère. Le renne émet une respiration sifflante et sa tête se replie sur elle-même.
"Pouvez-vous lui dire que je lui passe le bonjour ? "
"Je lui dirai," dit Sue, et nous nous disons au revoir.
Je m'assois sur une caisse enveloppée pour ressembler à un cadeau et je laisse tomber ma tête dans mes mains. Un peu de houx du nœud se plante dans mon derrière mais je m'en moque. La réaction de Sue est un soulagement. Nous pouvons nous arranger avec tout le reste, dit-elle. Je prends cela comme un bon signe pour les choses entre Charlie et elle. Mais Jacob m'inquiète toujours. J'abandonne donc les rennes, je vais dans la réserve, je m'assois sur un vieux tabouret de piano et je tape son numéro dans mon téléphone. Mon cœur bat la chamade pendant que j'écoute la sonnerie. Un instant plus tard, le téléphone décroche mais personne ne parle.
"Jake ?
Je l'entends respirer lentement et je me prépare à l'explosion de colère que je sais devoir venir.
"J'ai essayé de réfléchir à ce que je devais te dire, Bella," dit-il doucement. Je ferme les yeux et mes doigts se resserrent autour du téléphone. "Tu vas vraiment l'épouser ?"
"Oui," je murmure. "Je vais l'épouser. La veille de Noël."
Il y a un silence de pierre. Ça traîne. Je commence à me demander s'il est encore là.
"Jake ?"
"Je suis là."
"Tu vas dire quelque chose ?"
"Quoi ? Dire quoi ?"
Je sais que c'est la plus longue des tentatives mais j'y vais quand même. "Dis que tu es heureux pour moi ?"
"Ça n'arrivera pas". Sa voix est si froide. Si calme. Je m'attendais à de la colère, pas à ce détachement froid. Un frisson me parcourt l'échine.
"Tu n'allais pas m'appeler ? Même pas pour me crier dessus ? Même pas pour me dire que je faisais une erreur ?"
"C'est ce que tu veux que je te dise ?"
"Non ! Bien sûr que non !"
Silence.
"Bella, quand j'ai su, j'allais aller là-bas pour te crier dessus et te faire entendre raison. J'avais même les clés de la voiture en main. Mais Beth et Sue m'ont arrêté. Elles m'ont dit de me calmer et de réfléchir d'abord."
"Et ?"
Il soupire. "Comme je l'ai dit, j'ai essayé de trouver quoi dire. Non pas que cela fasse une différence, parce que tu as fait ton choix. Et ce n'est pas ce que je voudrais pour toi. Alors peut-être que c'est mieux de rester silencieux."
"Non, Jake, on peut encore..."
"Non, on ne peut pas." Il me coupe la parole. "On ne peut pas être amis. On ne peut rien être. Tu le sais. Tu le sais."
Mon estomac se noue et mes yeux brûlent. Je le sais. Je l'ai toujours su. "On ne peut pas contrôler qui on aime," je murmure. "Tu devrais le savoir, mieux que quiconque." Il y a un autre long silence. Finalement, Jacob parle.
"Je le sais," dit-il. "C'est pourquoi je sais qu'il est inutile que je dise quoi que ce soit."
Amaranthe passe la porte, me regarde et repart. Je n'ose pas imaginer à quoi je dois ressembler en ce moment.
"J'aurai des nouvelles de toi par l'intermédiaire de Charlie," dit Jacob, si doucement. "Mais je sais qu'un jour, tu cesseras de lui rendre visite et que tu commenceras à trouver des excuses pour manquer Noël et les anniversaires, et je saurai alors ce qu'il s'est passé. Et je ne veux pas penser à ça." Sa voix se brise. Une larme glisse sur ma joue et je la laisse couler. "Ce à quoi je penserai, c'est à toi assise sur le sol de mon garage, avec de la graisse sur les mains, me passant les mauvais outils pendant que je reconstruisais ces motos."
"Jacob…"
"Je dois penser à mon propre avenir maintenant, Bella. Tu as le tien." Sa voix se brise à nouveau. "Juste... souviens-toi des motos."
Le téléphone se tait, mais je le garde à l'oreille parce que je ne suis pas prête à le laisser partir. Jacob. Il était mon ami. Il m'a aidé à rester forte quand mon monde s'écroulait...
La douleur me submerge et les souvenirs de ces motos envahissent mon esprit. Il me semble que c'était il y a si longtemps. Une éternité. J'étais une personne différente à l'époque, et lui aussi. Et quand je me souviens, je vois la vérité dans ce qu'il dit - nos avenirs prennent des chemins différents. Mais je ne changerais de chemin pour rien au monde. Et lui non plus.
"Je me souviendrai des motos," je murmure, et finalement, je laisse Jacob s'en aller. Je range mon téléphone, mais je ne suis pas pressée de bouger. Pas tout de suite.
Alors que je m'essuie le visage, la porte s'ouvre lentement et Edward apparaît.
"Bella ?"
En un éclair, je me lève du tabouret du piano et me retrouve dans ses bras, m'enfouissant dans son torse.
"Amaranthe m'a appelé. Sa voix est déchirée par l'anxiété et son corps est tendu. "Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qu'est-ce qui ne va pas ?"
"J'ai parlé à Jacob."
"Oh." La voix d'Edward se durcit. "Qu'est-ce qu'il a dit ? Tu veux que je..."
"Non, non. Il a juste dit... nous nous sommes dit au revoir."
"Ah. Je vois. Je suis désolé." Il me serre plus fort dans ses bras et nous restons là, immobiles et silencieux, enveloppés l'un dans l'autre. "Je suis désolé," dit-il à nouveau au bout d'un moment.
Je regarde Edward dans les yeux. Il y a tellement d'amour dedans. Et de l'inquiétude. Mais ses cheveux sont plus désordonnés que d'habitude, comme s'il s'était passé frénétiquement les mains dedans. Il n'a pas de pull et sa chemise est défaite de son jean. Je tire sur l'ourlet.
"J'étais dans les vestiaires quand Amaranthe a appelé…" murmure-t-il en s'arrangeant. "Je suis parti précipitamment."
Mon cœur tressaille un peu à l'idée qu'il ait tout laissé tomber pour venir me voir.
"Tu essayais des costumes de mariage ?" Il acquiesce et je sens les prémices d'un faible sourire sur mes lèvres. "Tu as laissé une traînée de vêtements derrière toi ?"
"Juste un peu." Il me fait aussi un petit sourire. "Emmett et Jasper s'en occuperont. On avait besoin de moi ailleurs."
Mon cœur se gonfle maintenant et mes yeux se remplissent à nouveau.
"Merci," je murmure. "Je t'aime tellement."
"Je t'aime aussi." Edward me serre contre lui, sous son menton. "Tu vas t'en sortir ?" demande-t-il.
"Oui, ça va aller. Ça va aller." Je renifle. "Je vais me souvenir des motos."
La porte de la réserve s'ouvre. Alison passe la tête à l'intérieur.
"Bella, que se passe-t-il ? On a besoin de toi au comptoir. Oh, Edward, tu es là. Je ne savais pas." Je lui dis que j'arrive dans une seconde et elle disparaît rapidement.
"Je ferais mieux de me remettre au travail."
Je commence à bouger, mais Edward me prend la main, m'embrasse doucement, puis me chuchote à l'oreille...
"Quelles motos ?"
Le week-end suivant, notre petit mariage est pratiquement organisé. Et notre nouveau lit est arrivé. Il s'agit d'une commande spéciale, avec des renforts supplémentaires, et il rentre à peine dans la chambre.
"Il est grand," dis-je alors qu'Edward est assis par terre, entouré d'outils, en train de l'assembler. "Enorme."
"Eh bien, nous avons commandé un grand lit. Et nous ne vivrons pas toujours ici." Il lève les yeux vers moi en souriant. "Et c'est quelque chose dont je veux te parler." Il me fait signe de m'asseoir aussi et quand je vais m'asseoir à côté de lui, il me tire sur ses genoux. "Je pense que nous devrions avoir notre propre maison," dit-il en me caressant le cou avec son nez. "Un endroit sans voisins vivant de l'autre côté de murs minces comme du papier. Un endroit avec un meilleur chauffage et une baignoire pour que tu puisses t'y tremper, pas seulement une douche. Un endroit avec un bureau pour travailler et lire. Un garage pour les voitures. Une cheminée..."
"J'ai toujours aimé les feux de cheminée."
"Je sais. Et il y aurait une grande chambre pour l'énorme lit." Son sourire se réchauffe. "Une bibliothèque pour nos livres."
Je jette un coup d'œil à la commode, remplie de livres, mes cours mélangés à des lectures de loisir. Il y a une autre pile similaire sur la table de nuit qui a été poussée dans un coin, mais ce sont ceux d'Edward. Mon marque-page dépasse des pages de l'un d'eux.
Mes yeux reviennent sur Edward.
"On dirait que tu as quelque chose en tête."
Il semble nerveux à présent. Son visage est sérieux. "C'est vrai," dit-il en sortant un prospectus immobilier de la poche arrière de son jean. Mais il ne me le tend pas. Au lieu de cela, il tombe sur le sol et, soudain, je me retrouve debout, près du mur, et Edward est accroupi devant moi. Ma tête tourne, mon cœur s'emballe et je cherche autour de moi... je ne sais pas quoi.
"Quoi. Qu'est-ce qu'il se passe ?"
Edward se redresse et l'horreur qui se lit sur son visage fait chuter mon cœur.
"Mon Dieu, non," murmure-t-il et se dirige rapidement vers la porte d'entrée. "C'est Jacob."
"Jake ?" Est-il venu me crier dessus après tout ? Mes jambes tremblent tandis que je suis Edward dans le salon. "Mais on s'est dit au revoir."
"Il n'est pas venu te voir," dit Edward. "Il est venu me voir. Il ferme les yeux et se passe les mains sur le visage. "Il ne s'agit pas de nous. Il s'agit de quelqu'un de la tribu. Kim."
"Kim ? La petite amie de Jared ?"
Edward ouvre la porte et Jacob est là.
Je n'arrive pas à croire que mon ami ait changé. C'est comme s'il avait vieilli de mille ans. Son mètre quatre-vingt-dix semble rétréci, ses épaules pendent, vaincues. Mais ce sont ses yeux qui me choquent vraiment - hantés, creux et pleins de douleur. Mais lorsqu'il voit Edward, son visage se durcit et ses poings se serrent le long de son corps. Il se dresse de toute sa hauteur et ses yeux s'enflamment de colère. Son corps commence à trembler, comme s'il était sur le point de prendre la forme d'un loup. Je l'appelle par son nom mais il ne me regarde même pas. Edward lui barre la route.
"Jacob, je veux bien t'aider, mais je ne peux pas te laisser entrer tant que tu ne t'es pas calmé." Il me jette un rapide coup d'œil par-dessus son épaule.
Jake me jette un regard fugace puis se retourne vers Edward.
"Jacob..." prévient-il.
Soudain, Jake prend une inspiration. Il ferme les yeux, ouvre les poings et expire brutalement.
"Tu as été dans ma tête, Cullen ? Tu as tout compris ?"
"J'ai tout compris," dit Edward. "Et je suis désolé, Jacob."
"Nous ne voulons pas de désolation," s'emporte-t-il, puis tout son corps semble s'affaisser. Il se passe les mains sur le visage, comme Edward l'a fait il y a quelques instants. "C'est vraiment n'importe quoi que tu sois la seule personne dont nous ayons besoin en ce moment."
Edward ne dit rien mais il s'écarte et Jacob entre dans mon salon.
"Bella," dit-il en me jetant à peine un coup d'œil.
"Jake…" Confuse et effrayée, je regarde d'Edward à lui. "Que s'est-il passé ?
Jacob secoue la tête. Il ouvre la bouche mais n'arrive pas à formuler les mots. Ses poings se crispent à nouveau. Edward place son corps devant le mien.
"Il y avait un vampire à La Push la semaine dernière," me dit Edward, mais ses yeux sont rivés sur Jake. "La meute l'a attaqué et l'a tué, mais pas avant que Kim ne soit mordue."
J'entends tous les mots, je sais ce qu'ils signifient, mais c'est comme si je ne pouvais pas les absorber. Comme s'ils avaient effleuré la surface de ma compréhension sans s'y enfoncer.
"Mordue ?" Je regarde d'Edward à Jacob.
"Mordue," me lance Jacob. "Elle est... elle est comme lui." Il penche la tête vers Edward.
"Oh." Pourtant, les mots ne font que remonter à la surface. Je n'arrive pas à l'assimiler, mais au fond d'un coin de mon esprit, un lien commence à se former. Je murmure "Joham".
"Pas tout à fait," dit Edward. "D'après ce que je vois dans les pensées de Jacob, c'est Cornélius."
Mes jambes se dérobent et Edward vient vers moi, me prend dans ses bras et s'assoit avec moi sur ses genoux sur le canapé. La pièce tourne. Tout semble irréel, c'est comme si je regardais un film, observant tout cela de l'extérieur.
"Où est Kim maintenant ?" demande Edward d'une voix pressante.
Jake nous observe attentivement tout en s'abaissant dans le rocking-chair. Le bois gémit et craque sous son poids et le son emplit la pièce. "Il y a une vieille cabane, près de la frontière. Leah, Paul et Jared sont avec elle. J'y étais aussi, jusqu'à aujourd'hui. Nous avons décidé ce matin que..." il fronce le visage comme s'il souffrait. "Que nous avons besoin d'aide. Elle a eu trois jours de, je ne sais pas comment vous appelleriez ça, l'agonie ne semble pas assez forte, mais maintenant elle est comme un animal. Elle est sauvage et il nous faut tous, sous forme de loups, pour la garder dans la cabane." Le regard vaincu est revenu dans ses yeux. "Mais parfois, elle pleure."
"Elle a soif," dit Edward. "Il faut qu'elle chasse."
"Nous avons abattu des cerfs et les lui avons apportés". dit Jakes. "Nous nous sommes dit que si le sang animal fonctionnait pour vous, il devait fonctionner pour elle. Mais ce n'est pas le cas."
"Ce n'est pas la même chose," dit Edward. Il me jette un coup d'œil avant de se retourner vers Jake. "Ce n'est pas seulement le sang dont elle a besoin. La chasse est cruciale. Elle doit traquer sa proie et la poursuivre pour l'abattre. Tu ne peux pas simplement la lui apporter. Elle a des instincts qui doivent être satisfaits. Elle doit sentir le pouls de l'animal lorsqu'elle le mord. L'adrénaline libérée pendant la poursuite rend le sang plus riche, plus doux, et elle en a également besoin. Se nourrir d'une carcasse étanchera à peine sa soif." Il marque une pause. "Pour l'instant, elle est terrifiée et désorientée. Tous ses sens sont en surcharge. Et tout cela, combiné à sa soif, la rend incontrôlable."
Le visage de Jake est un masque de dégoût. Je sais que je devrais ressentir quelque chose, mais ce n'est pas le cas. Je ne peux pas. C'est comme si tout me submergeait, me laissant insensible. Pour une raison que j'ignore, je me concentre sur les lacets défaits de Jake. L'un d'eux se courbe sur le sol en un S presque parfait. Edward attrape la couverture sur l'accoudoir du canapé et l'enroule autour de moi. Ce n'est que maintenant que je me rends compte que je tremble.
"Se souvient-elle de Jared ?" demande Edward.
Jacob acquiesce. "Elle se souvient de nous tous. Mais quand elle voit Jared, c'est là qu'elle pleure. Et il pleure aussi." Pendant un instant, je crois que Jake va pleurer. Il se penche en avant, appuyant ses bras sur ses genoux. "Alors qu'est-ce qu'on fait ? On la laisse chasser dans les bois ? Comment savoir si elle ne se dirigera pas vers le premier humain qu'elle sentira ?" Il grimace à nouveau. "Cela tue Jared", dit-il. "C'est en train de nous tuer tous."
Edward sort son téléphone de sa poche et son pouce est flou lorsqu'il se déplace sur le minuscule clavier. "Jasper et moi viendrons," dit-il. "Je peux plonger dans son esprit, Jasper l'aidera à modérer son humeur. La première étape est de l'emmener à la chasse, et ensuite nous pourrons aller de l'avant." Il range le téléphone. "Nous allons aussi mettre en place des traces d'une attaque mortelle d'animal, c'est probablement la meilleure histoire de couverture."
"Simuler sa mort ?" Jake est consterné. "C'est cruel."
"Ça peut paraître cruel, mais de cette façon, sa famille et ses amis pourront tourner la page. Crois-moi, il serait encore plus cruel de les laisser penser qu'elle pourrait repasser la porte un jour. Mais si tu as une autre solution..."
Jake secoue la tête. "Non", dit-il. "Je n'ai rien." Il se passe les mains dans les cheveux. "Que se passe-t-il maintenant ?"
"Tu retournes à La Push et je te rejoindrai bientôt avec Jasper. " Il hésite. "Je suppose que nous serons autorisés à franchir la ligne du traité."
"Oui," Jake se passe la main sur la tête. "Ça change un peu les choses. Ça change beaucoup de choses." Il se lève. "Je suppose que je dois te remercier," dit-il avec raideur.
Edward acquiesce et m'installe sur le canapé en se levant à son tour.
Jacob me regarde et je ne sais pas quoi dire. J'ouvre la bouche, je cherche mes mots. "Je suis désolée," c'est tout ce que j'arrive à dire. Son visage s'effondre.
"Moi aussi," dit-il, et il disparaît.
Edward m'apporte un verre d'eau et s'accroupit devant moi.
"Tu vas bien ?"
"Je... pense que je suis en état de choc. Suis-je en état de choc ?"
Edward hoche lentement la tête et me prend dans ses bras. "Je ne veux pas te quitter," dit-il. "Mais je dois y aller."
"Je sais."
"Et je serai parti pendant un certain temps. Quelques semaines au moins."
"Quelques semaines." Je fais écho à ses mots et ils sonnent creux sur ma langue, comme s'ils n'avaient pas de sens. Il aurait pu dire quelques minutes, ou quelques années, cela revient au même.
Le téléphone d'Edward sonne. Il parle vite, à la vitesse d'un vampire, si bien que je saisis à peine un mot.
"Emmett et Rosalie viennent aussi à La Push", dit-il en raccrochant. "Et Alice est en route. Elle restera avec toi."
"D'accord."
Il me touche la joue, puis se lève et disparaît dans la chambre. Je m'assois et fixe la tache sur le tapis. Quand il revient et que je vois les clés de la voiture dans sa main, c'est là que tout me frappe. C'est là que tout m'a frappé de plein fouet.
"Oh mon Dieu !" je souffle. Je me lève rapidement et la couverture tombe sur le sol. "C'est de notre faute. Tout est de notre faute !"
"Bella ?" Le visage d'Edward est préoccupé alors qu'il s'approche de moi. "Ce n'est pas..."
"Si, c'est vrai ! Joham et ses acolytes maléfiques sont venus ici à cause de nous, à cause de nous, et maintenant..."
"Non," Edward traverse rapidement la pièce et me prend dans ses bras. "Tu ne peux pas penser ça."
"Mais c'est vrai !" je lui crie dessus. "Tu sais que c'est vrai. Et maintenant, Kim..." Un sanglot s'échappe de ma gorge et je me dégage des bras d'Edward en frappant des poings contre sa poitrine. "Si nous n'avions pas..."
"Bella !"
"Si nous n'avions pas voulu connaître ces mythes..."
"Pas toi ! Moi !" Edward hausse le ton. "Moi ! Joham est venu me parler. Carlisle l'avait traqué avant même que toi et moi soyons de nouveau ensemble, tu le sais."
Mes larmes commencent à couler. Edward m'attire à nouveau dans ses bras et je sanglote maintenant contre sa poitrine. Il a raison, je le sais. Et Joham savait pour La Push avant même d'arriver ici.
"Je suis désolée," je marmonne.
"Tu as eu un choc."
Un choc énorme. Je pense à Kim et à la façon dont elle et Jared riaient et s'aimaient à Thanksgiving.
"Qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer ? Les loups ne l'abandonneront pas ?"
"Il n'y a aucun signe de cela," dit Edward. "Comme l'a dit Jacob, cela change beaucoup de choses. Et d'après ce que j'ai vu dans ses pensées, l'imprégnation de Jared tient toujours. Il l'aime toujours." Edward passe sa main dans mon dos. C'est apaisant.
"Alors, tu vas aller à La Push ?"
"Il le faut,", dit-il. "Kim ne peut pas traverser ça toute seule." Je sens son corps se tendre légèrement. "Je suis désolé pour le mariage."
"Nous trouverons une nouvelle date," dis-je.
"Nous le ferons. Je le promets." Edward m'enfonce sous son menton. "Charlie va sans doute bientôt poser des questions. Les gens vont se demander où est passée Kim."
Je lève les yeux vers ceux d'Edward. "Je vais devoir mentir, n'est-ce pas ?"
"Oui."
"Je ne peux pas," je murmure. "Je ne pourrai jamais continuer à mentir."
"Tu devras le faire, Bella. Et s'il y a un service commémoratif, tu devras y aller."
"Je ne pourrais pas."
"On attendra de toi que tu y ailles et ce serait étrange si tu ne le faisais pas. Tu dois sauver les apparences. C'est ta première priorité."
L'idée est trop forte et mes larmes recommencent à couler.
"Je ne peux pas. Je ne peux pas faire ça."
"Si, tu dois le faire". Sa voix est plus ferme maintenant. "Cela en fait partie, sauver les apparences. Cela fait partie de mon monde, du monde auquel tu veux appartenir. Et ce ne sera pas le dernier mensonge que tu diras. Ce ne sera pas la dernière fausse mort. Et la prochaine fois, ce ne sera peut-être pas un vampire quelconque après lequel nous devrons faire le ménage. Ça pourrait être l'un d'entre nous, l'un de ma famille. Et si tu es transformée, ça pourrait être toi."
"Non." Je m'éloigne de lui en secouant la tête.
"Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela n'arrive pas mais il n'y a aucune garantie. Pas avec un vampire."
Je ne veux pas entendre ça. Je ferme les yeux comme si cela allait tout arrêter et faire disparaître la dernière demi-heure.
"Et si nous avons un enfant, Bella, il devra aussi apprendre à mentir." La voix d'Edward est basse et douce maintenant. Et triste. "Nous avons organisé un mariage, commandé des fleurs et parlé d'un avenir, mais une partie de cet avenir impliquera toujours la mort, les mensonges et le fait de devoir déménager au pied levé parce que quelqu'un a dérapé."
"Pourquoi dis-tu tout cela ? Pourquoi ?"
"Parce que tu as besoin de l'entendre. Tu as parlé de la bulle dans laquelle nous vivions à Forks ? Eh bien, nous sommes vraiment sortis de cette bulle maintenant, Bella. C'est ma réalité." Il me prend à nouveau dans ses bras. "Je t'aime," dit-il et sa voix se brise un peu. "Je t'aime plus que ma propre vie mais tu dois être sûre que c'est la vie que tu veux." Je m'accroche à lui, enfouissant mon visage dans sa poitrine. "Et si tu changes d'avis, je comprendrai." Je sens ses lèvres dans mes cheveux. "Quelle que soit ta décision, Bella, je t'aimerai toujours."
Son téléphone émet un bip et je sais qu'il doit partir. Il m'embrasse, fort, comme si sa vie en dépendait, puis il passe la porte et je suis seule.
Je ne sais pas quoi ressentir. Je ne suis même pas sûre de savoir ce qu'il s'est passé dans mon petit appartement cet après-midi. C'est comme si ma vie avait pris une autre direction et m'avait abandonnée. Comme si mon cœur et mon esprit n'arrivaient pas à suivre ce qu'il vient de se passer.
Je retourne dans la chambre sur des jambes tremblantes, et je vois qu'Edward a assemblé le lit. Il a dû le faire lorsqu'il est venu chercher ses clés.
"Rapidité de vampire," je murmure en passant mes doigts sur un montant de lit en bois brillant.
La table de chevet a elle aussi été remise en place. Les livres d'Edward sont soigneusement empilés. Je passe mes doigts le long de leur dos, et mes larmes coulent à nouveau quand je vois que mon marque-page a disparu.
Et voilà ça vient d'arriver … à vos claviers... Le chapitre suivant est super loooong - merci de vos encouragements ;)
