Vassilys, Centre:

Le marché d'Edvard était achalandé comme chaque fin de semaine. Des commerçants exposaient leurs marchandises allant des toiles bariolées aux plats exotiques du jour, les gardes patrouillaient, profitant pour chasser quelques gueux quémandant à tout va. La routine dirait-on. Quand à la place de Vassilys, un peu plus loin, on avait droit à un spectacle digne de la terre des Anges. Des fleurs s'éclosaient, embaumant l'air d'un un parfum capiteux. Le ciel, de son habituelle camaïeu de gris, s'assombrit légèrement offrant un merveilleux tableau se dressant tel un oasis au milieu d'une cacophonie causée par les véhicules mêlée au brouhaha incessant du marché. Plus loin, dans la serre, des jeune filles riaient tout en décorant leurs tignasses de lys sous les regards admiratifs de quelques cadets passant par là, fraîchement recruté dans l'armée. Certains se fit bousculer par un groupe d'enfants courant en direction d'un immeuble. Pour cause, de grosses gouttelettes commencèrent à s'abattre sur la ville la plus ancienne de la terre vampirique . En un clin d'oeil, la population se dispersa, évitant cette pluie néfaste pour les vampires a cette période de l'année. Une exposition prolongée entraînaient des séquelles à court terme certe mais handicapantes . L'averse s'amplifia sur la ville, les rues désormais déserte, son petit monde étant l'abris. Des éclairs épars zébrèrent le ciel accompagné d'un grondement sonore, le vent faisant danser les conifères au loin.

Soudainement, une silhouette se mouvant aussi rapide que l'éclair, slaloma dans les rues vides avant de s'arrêter face à un immeuble désaffecté. Il huma l'air, retira sa cap en pénétrant le bâtiment , la plia et la mit dans une sacoche imperméable, quelques mèches épars de sa tignasse ondulée se plaquaient sur son front . Il vérifiait avant tout si sa chemise était sèche, l' ouïe a l'affût, le temps lui faisant défaut . S'éterniser lui serait fatale s'il ne profitait pas de la pluie qui l'offrait l'occasion inouïe d'en finir. Sans tarder davantage, il avança vers une pièce distincte s'apprêtant à l'appeler quand son parfum embauma l'air avant qu'elle se matérialisa. Drapée telle une déesse d'une robe blanche, assez révélateur par la finesse du tissu, son corps invitant à la luxure. Pas étonnant qu'elle soit une courtisane de la cour. Elle avança, les cheveux d'un blond platine coiffée en une magnifique tresse parsemée de lys. Une fois à sa hauteur , elle s'arrêta et lui sourit. Ses yeux d'un bleu clair admiraient son invité avec convoitise.

Cependant, elle ignora de quoi son hôte était réellement capable, tant son apparence était candide. Oubliant que celle-ci pouvait induire en erreur, parfois.

Mais contrairement à elle, il savait la raison de son intérêt. Pour la même chose qu'eux.

"Dommage" se dit-il.

Elle n'avait aucune idée de ce qu'il était, se croyant assez rusée pour sortir vivante de l'antre d'une ignominie. C'est ce qu'il était, est sera toujours.

Une ignominie.

Son aura les attirait telles des mouches suivant un macchabée. Mais tandis qu'ils pensaient l'appâter, le considérant comme une proie, il les prenaient de court, étant astucieux . C'est ce qui le rendait spécial malgré son jeune âge. Sa capacité d'anticiper. Survivre dans la cour des grands n'était pas donné à n'importe qui.

La femme lui caressa doucement le torse et se dénuda avec minutie, utilisant l'effet que son corps de sylphide lui faisait. Mais pas aujourd'hui. Étant adepte de la duperie, il finissait toujours par découvrir la supercherie.

Impatiente, elle se frotta à lui, montrant sa nuque. Il souri, l'empoigna brusquement, et murmura d'une voix suave:

"— Tu te languis de moi parait-il ? Elle acquiesçait, guillerette, cherchant la braguette de son pantalon.

Elle se pensait vainqueur, son aura le lui montrait. Pathétiquement naïve.

— Hmm, continua t-il en lui mordillant le lobe de l'oreille ; pour s'être fait buter par le tiers de la cour, suis-je à tes goûts sterling?

L'excitation de la vampire était à son paroxysme. Tout comme son l'envie de lui broyer le cœur. Elle répondit:

— Tu n'es pas Draculea pour rien, pourquoi je ne t'ai pas connue plus tôt. Ou as tu appris tout ça? Azazel pâlirait de jalousie. Minauda t-elle.

"Quelle sotte", pensa t-il. Lui comparer à l'ancêtre de tout les vampire pour des galipettes, on aura tout vu. Elle pensait vraiment l'embobiner. Il roula des yeux.

—Hmm, tu es délicieuse comme appât, tu le sais ça au moins? Hasarda t-il.

Elle tressauta. La courtisane voulait gagner à tout prix. Cette évidence énervait le jeune Draculae au plus haut point.

— Bien sur, c'est pour cela que tu m'aime tant mon beau petit draculea, minauda t-elle. Je t'aime aussi.

Il avait envie clairement envie de lui arracher la tête. Aimer. Cela lui mettait en rogne et le temps s'amenuisait à grande vitesse. La pluie ne tardera pas a s'arrêter.

— Tu aimes ce que je te fais, pas moi. Dit- il calmement.

Trop calmement. Un froissement de tissu s'échouant au sol.

—Tu as raison, passons au chose serieuse... claqua t-elle d'une voix mystérieuse.

Chose dit, elle se jeta sur lui. Comme il l'imaginât, elle était a deux doigt de l'arracher la carotide qu'il lui stoppa net , resserrant sa prise sur son cou. Il avait beau être jeune, il était beaucoup plus fort. Beaucoup plus fort qu'elle supposait.

Elle se débattit. Hargneuse. Surprise d'être interceptée a temps. Son regard parlait pour elle.

— Si tu oses me tuer là maintenant , le signal sera lancé et tu perdras de toute façon. Menaça t-elle d'une voix désincarnée.

Elle allait se transformer, signant sans le savoir, sa perte.

—Tu me veux quoi Dahlia ? Coupa t-il sèchement.

Le tonnerre grondait et l'averse repris de plus belle. Au fond il savait la raison de sa convoitise.

—Ton sang! Cracha t-elle . Je ne suis pas là pour te tuer.

Il ricana, se fichant de vivre ou de mourir. Ses ailes lui démangeaient. Depuis combien de temps les avait-il déployé ?

— Sois plus polie. Je veux une monnaie d'échange. Il fit mine de réfléchir. Donnes moi ton corps une dernière fois et tu l'aura."

Elle haussa les épaules, sa peau grise redevenue laiteuse, et s'adonna à lui sur une table. Il ne l'embrassa pas, se contentant de lui mordiller. Sans crier gare, il se mit cette fois à la mordre, partout, avec une rapidité déconcertante injectant le venin léthale que produisaient ses canines. Comme les illustres vypaires du Nord-ouest. Personne ne savait, ce qui lui permettait de jouir de son utilisation à sa guise. Il continua sa besogne: la mordre sans relâche. Affaibli par leur ébats, Dahlia ne comprit pas tout de suite ce qui se passa quand il enfonça ses ongles dans ses morsures. Elle voulut hurler mais elle constata avec effroi qu'elle en était incapable. Il se redressa, les yeux opaques, la toisant, se délectant de sa souffrance. Convulsant, le corps recouvert de plaies se nécrosant à vue d'œil, les yeux révulsé, le souffle erratique. Doucement, il mordit sa lèvre inférieure jusqu'à ce qu'elle saigne et l'embrassa, lâchant quelques gouttes de son liquide vital dans sa gorge. Ce sang qu'elle enviait tant. N'étant pas assez pour la sauver, mais assez pour lui délier la langue, désirant éclaircir ses doutes malgré sa capacité de pénétrer la psyché. Cette option, plus radicale, lui fatiguait. Il s'était découvert ce don depuis peu, ne voulant pas en abuser néanmoins. Capable de lire les moindres pensées a sa volonté, autant qu'il pouvait torturer psychiquement. Un atout de taille lui coûtant beaucoup trop d'énergie . Sa future victime toussa:

"— Qui t'as envoyé? demanda t-il connaissant déjà la réponse.

Elle secoua la tête, ses yeux lui fixant, réalisant son erreur qui lui coûtera sûrement la vie.

— Si tu refuses de m'avouer, je te tuerai et te ressussiterai autant de fois que je le désire Dahlia, juste pour te faire chier. Claqua t-il se rhabillant prestement. A l'extérieur, la pluie se raréfiait.

Son aura gorgé de peur lui frappa en plein fouet.

L'effet de la douleur.

— Que ... ton s... sang, bégaya - elle recouvrant sa voix.

Il s'avança et se pencha sur le corps de sa proie paralysée par son venin, les pupilles dilatées.

— Ah, tu veux vraiment que j'emploies les grands moyens? Sursurra t-il, pénétrant ses ongles dans l'une de ses morsures.

Les yeux de la courtisane s'agrandirent, perdant totalement son assurance.

— Le compté du Nord. Ils veulent avoir ton cœur ! dit- elle d'un trait, la voix rauque.

Eux. Encore eux. Toujours eux.

— Merci d'être si gentille, que t'as t-il promis en échange ma douce?

Sa voix suintait de mépris. Son talent de comédienne lui allait à ravir. Dès leur premier soir, il savait mais se contenta de faire l'imbécil. Hors, il s'était lassé de ce jeu et voulait y mettre un terme . Personne ne l'aimait, peu l'appréciait.

— Toi." Lâcha la courtisane.

Il arborai cette réponse. L'usurpatrice. Des salves de souvenirs désagréables refirent surface.

Toi.

L' essence d'un viol,

Le rejeton d'une esseulée.

Le chef d'oeuvre d'une pure vengeance,

L'opprobre d'une famille.

Toi.

Comment pouvait-il oublier cette voix? On le convoitait car il ressemblait a cet ange déchu . On le traquait dû à sa singularité . Rare étaient les beaux Dracula. Leur héritage vampirique génétiquement élevée les empêchaient d'être gâté par mère nature. On l'enviait pour son sang maudit ne se doutant pas qu'il s'en fichais de leur grâces en échange d'une partie de lui ayant déjà si pâtit de sa différence dans le passé. Surtout que pour lui, son sang était un fragment de son âme.

Un sursaut lui sortit de sa demi torpeur. Dehors, le calme régnait, signe que même si la pluie n'était plus aussi dense, elle ne s'était pas arrêté . Les iris bleues clairs de Dahlia lui fixaient toujours , s'emplissant d'eau tandis que le sang pulsait dans les tempes de Nakth. La courtisane comprenait sûrement qu'elle ne s'en sortirait probablement pas contrairement a ses précédents missions. Elle s'était attachée à cette proie qui n'était qu'un prédateur imprévisible.

On finissait toujours par l'idolâtrer, pas l'aimer.

"— Désolée Sterling!" Siffla t-il , fourrant sa main munis de griffes entre les seins dénudés de sa victime puis la ressortie brutalement , empoignant son organe vital déjà gorgé de venin, l'éclaboussant de son sang au passage pour ensuite la lâcher sur le corps sans vie de la courtisane , ses pupille se rétrécissant.

Abattre pour préserver sa paix l'éreintait mais c'était le prix fort.

Nakth pris ses affaires et sortit en prenant soin de ne pas attirer l'attention, l'air serein.

Après combien de morts faudrait-il qu'ils sachent qu'il était qu' un monstre prêt à tout pour rester dans l'ombre.