Sous les apparences

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Hermione fulminait littéralement, et Ron comme Harry s'enfonçaient dans leur siège, se demandant s'ils ne se déclarerait pas une troisième guère mondiale sous peu.

Depuis leur retour à Poudlard malgré leur majorité bien tassée, le survivant se demandait si c'était une bonne idée de s'acharner pour ce fichu diplôme. La carrière d'Auror à laquelle il aspirait le nécessitait, tout comme Ron d'ailleurs, alors ils étaient revenu bon gré mal gré.

Cependant, Hermione elle, était loin d'avoir pris cette décision à contrecoeur. La jeune femme comptait bel et bien rester dans le système scolaire le plus longtemps possible, afin d'acquérir un maximum de savoirs lui permettant d'avoir la plus large palette possible en terme d'avenir professionnel.

Sa matière favorite restant indubitablement les potions, elle avait forcément fini par se confronter au redouté professeur Snape, qui n'avait pas quitté son poste malgré la fin de Voldemort. Leurs deux personnalités similaires devaient-ils l'admettre, les entrainait à se crêper le chignon, Hermione étant à présent bien loin de la petite fille sensible qu'elle avait pu être autrefois.

Elle n'éprouvait aucune hésitation à tenir tête au maître des cachots qui, lui, se sentait toujours aussi exaspéré par l'attitude hautaine et Je-Sais-Tout de cette Gryffondor de malheur. Et cette fois ne faisant pas coutume, elle n'avait pas pu s'empêcher de répondre à sa remarque acerbe devant sa préparation pourtant assez convenable crépitant dans son chaudron.

« Dois-je vous rappeler qui est le professeur dans cette classe Granger ? aboya-t-il.

_ Je ne remets pas en doute cela, Monsieur, insista Hermione. Je sais simplement que contrairement à ce que vous affirmez, ma potion corresponds au résultat attendu.

_ Au résultat attendu, fulmina Snape. J'en attends plus que cela, plus qu'un résultat banal, et vous devriez aspirer à tout autant.

_ J'ai suivi les instructions, siffla-t-elle.

_ Hé bien allez au delà des instructions, gronda-t-il à son tour. »

Snape venait de s'accrocher à sa paillasse, se penchant vers elle avec cet air du démon qui ne la faisait même pas sourciller pendant que ses autres camarades tremblaient de frousse. Au contraire même, Hermione entama le même mouvement, ses yeux envoyant des éclairs dans le regard de son professeur.

« Vous fournissez des manuels, c'est pour qu'on s'en serve.

_ Je n'ai pas à discuter de ma façon d'enseigner avec vous.

_ Et moi, je n'ai pas à inventer et fignoler moi-même une recette, c'est prétentieux.

_ Vous sous entendez que je suis prétentieux ?

_ Vous sous entendez que je suis une idiote ?

_ Suivre une série d'instructions sans réfléchir, à votre niveau, j'appellerais ça de la paresse.

_ Je vous emmerde.

_ Granger ! beugla Snape en tapant du poing sur la table, faisant trembler sa préparation et les instruments tout autour.

_ Vous n'avez pas le droit de me sous-noter alors que ma préparation est…

_ Je n'ai pas le droit ? demanda Snape d'une voix doucereuse. Si vous insistez tant, vous viendrez me voir à la fin du cours.

_ Avec plaisir, ironisa-t-elle de colère. »

Harry soupira en fermant les paupières.

Depuis la rentrée scolaire, ces deux là s'étaient lancés dans une sorte de guerre froide bizarre.

C'était que Snape ne s'était pas détaché de son rôle de professeur intransigeant, dont l'exigence dépassait souvent l'entendement, ce qui ne rentrait absolument pas dans le cadre qu'Hermione s'était fixée. Elle avait désormais assez confiance en elle pour affirmer lorsqu'elle se trompait, ou non, surtout dans cette discipline qu'était l'art des potions et n'éprouvait aucun remord à pointer du doigts le zèle dont faisait preuve son professeur. Cette tendance couplée à son légendaire courage de Gryffondor les avaient plongé dans un conflit tel qu'une fois sur deux, cela manquait de se terminer en bain de sang, et que, ne se supportant même plus, Snape avait même abandonné l'idée de lui filer des heures de colle, histoire de ne pas s'infliger sa présence une seconde de plus dans sa journée.

Cela arrangeait d'ailleurs bien Hermione qui se demandait si elle ne finirait pas par lui sauter à la gorge un jour. Elle souffla lourdement l'air par ses narines tel un vilain taureau, et Snape continua de la fixer de ses orbes noires, se postant lourdement sur son siège derrière son bureau. Il ne la quitta du regard, tandis qu'elle grogna et finit par céder et rompre le contact visuel pour remplir le devoir accompagnant la préparation de la potion demandée.

Snape prit une profonde inspiration, et, ne parvenant à se concentrer pour corriger les copies de sa classe précédente, jeta discrètement un regard vers Hermione, puis deux, trois, et ainsi de suite.

Cette jeune femme était si… agaçante. Car oui, elle était bel et bien devenu une femme, et désormais, Snape avait l'impression d'enseigner à une classe adulte chaque fois que ses huitièmes années venaient assister à ses cours. Autant dire que c'était déstabilisant, mais pas autant que de se frotter à cette maudite Gryffondor.

Elle avait du répondant, aucun doute là dessus. Et Dieu, c'était sans doute la seule à ne pas sourciller d'un iota dès qu'il haussait le ton. En plus de sa propension à avoir un peu trop raison, il se sentait partagé entre l'envie de lui faire fermer son caquet et celui de lui demander si elle n'avait pas envie de rester dans sa classe toute la journée.

Enseigner à des imbéciles était barbant, mais se fritter avec une sorcière assez maligne pour lui tenir tête avait le don d'exciter son intellect. Et il fallait dire que Granger avait pris autant de bagou qu'un charme particulier. Ces imbéciles de camarades n'y prêtait juste pas assez attention, c'est ce à quoi songeait Snape en la voyant se cacher derrière sa masse de cheveux. Mais le jeune Ronald sembla lui avoir fait une remarque dérangeante, et, lorsqu'elle lui répondit d'une remarque acerbe le faisant se tasser dans sa chaise dans un silence confus, Snape se cacha derrière son manuel pour pouffer un peu, un poil trop amusé.

Harry crut même avoir rêver en l'entendant derrière son livre, mais choisit de l'ignorer, comme il le faisait depuis le début de l'année.

Lorsque Snape ressortit son visage pour les fusiller du regard, il avait reprit son visage impassible, froid et dur habituel.

L'heure sonna quelques minutes plus tard, et Snape resta derrière son bureau, fixant Hermione qui finit par tomber à son tour sur son regard. Elle le soutint en une aspiration, avant de se secouer la tête.

Attendant que l'ensemble de la classe s'en aille, elle resta un long moment devant lui dans un silence de plomb. Les deux se jaugeaient comme deux animaux sur le point de se sauter dessus pour s'étriper.

« Miss Granger, finit par prononcer Snape de sa voix habituelle, roulant les R comme il aimait le faire.

_ Professeur.

_ Y-a-t-il quelque chose à la fin que vous ne me dites pas ? »

Hermione cligna plusieurs fois des yeux, confuse.

Elle s'attendait à ce qu'il lui hurle dessus, comme il avait l'habitude de faire. C'était ainsi que cela devait fonctionner après tout, non ? La jeune femme perdit soudain son regard sur un point invisible, vers les fioles entreposées sur les étagères derrière son bureau.

Snape se leva de son siège, sans doute pour la dépasser physiquement et ainsi, asseoir sa position sur elle. Hermione monta lentement le regard pour suivre son mouvement et maintenir leur échange.

« Il y a forcément quelque chose, vous vous acharnez bien trop à me prouver dieu sait quoi depuis plusieurs semaines déjà. »

Hermione sentit un frisson étrange prendre forme dans le fond de son estomac. Elle se racla la gorge, avant de remuer de nervosité.

Snape faisait une drôle de tête, et son absence de sarcasme la mit d'autant plus mal à l'aise.

Ils se devaient de se hurler dessus, c'était ainsi qu'ils fonctionnaient et son silence la stressait plus qu'il ne la rassurait.

« Alors ?

_ Vous vous faites des idées, je pensais ce que je disais tout à l'heure. Je trouve votre système de notation injuste.

_ Si vous croyez que je ne remarque pas votre façon d'éviter le sujet et de me piquer suffisamment pour relancer une énième dispute. »

Hermione souffla, puis finit par s'agacer et à tenter de partir, mais Snape ne voulut pas la laisser se dérober aussi facilement. Il se précipita alors de derrière sa paillasse, pour se mettre en travers de son chemin, et Hermione tenta de s'y opposer en forçant le passage. Mais l'homme, peu motivé à se laisser avoir par un stratagème si bas pressa ses mains sur ses bras pour la maintenir en place.

« Alors quoi, on va en venir aux mains maintenant ?! s'emporta Hermione.

_ Tout ce que je veux, c'est comprendre votre problème ! s'agaça Snape en approchant son visage du sien à une faible, très faible distance.

_ Mon problème, c'est vous, finit-elle par souffler en se détachant brutalement de sa poigne. Vous et vos sarcasmes, vous et votre façon de m'ignorer, de me prendre pour une idiote, vous et vos demandes irréalistes ainsi que votre insatisfaction constante !

_ Rassurez-vous sur un point Miss Granger : vous me sortez d'autant plus par les oreilles ! Parce que vous êtes suffisante, incapable de vous remettre en question, horripilante, avec cette fâcheuse tendance à avoir réponse à tout, même quand il n'y a pas lieu d'être !

_ Dans ce cas, pourquoi vous ne me virez pas d'ici qu'on en finisse ?!

_ Ne me tentez pas, gronda-t-il. »

Comme pour illustrer son propos, Snape lui saisit de nouveau le bras pour l'approcher de lui, plus prés encore que tout à l'heure. Son nez frôlait le sien, et Hermione sentait son souffle chaud, sa respiration saccadée ainsi que l'odeur du café et des plantes qu'il dégageait.

Hermione resta un instant là, à le fixer étrangement, ne décolérant pas tout en se sentant troublée de cette proximité impromptue. Lorsqu'il osa glisser furtivement son regard vers sa bouche, juste le temps d'une seconde à peine, elle crut rêver.

Mais juste après, Snape avait redirigé ses orbes fixes sur les siennes d'un air fier, trop fier pour ne pas être une sorte de stratégie purement Serpentard de fuite en avant.

Prise d'un doute soudain, Hermione baissa elle aussi ses yeux vers ses lèvres, fines et entrouvertes. Elle n'eut guère temps de s'y appesantir en réalité, cela avait été si rapide.

Et pourtant, depuis une bonne dizaine de secondes, alors qu'il aurait du la lâcher comme une pestiférée, il n'en n'était rien, et il en était de même sur leurs respirations communes qui ne se calmaient guère.

« Alors, demanda-t-elle d'une voix soudain basse et défiante, toujours aussi essoufflée néanmoins. Que comptez-vous faire maintenant ? »

Snape glissa alors son bras contre sa taille, la rapprochant de lui d'un geste brute. Hermione n'eut d'autre réflexe que de s'accrocher à sa redingote, tandis qu'il continuait de l'observer, à la fois pour anticiper une claque retentissante comme pour guetter le moindre signe d'un sentiment contraire.

Leurs bouches respectives n'étaient plus qu'à quelques millimètres l'une de l'autre, et se frôlaient d'ailleurs avec un chatouillement presque plaisant, si ce n'est pressant.

« J'attend que vous m'en foutiez une, prononça-t-il d'une voix grave. »

Hermione chercha dans son regard une étincelle quelconque, autre chose que celle qui l'habitait ordinairement quand ils se jetaient des regards haineux, peut-être pas tant qu'elle y avait songé. Ses pupilles étaient toujours aussi défiantes, toujours aussi intenses, et elle ne les quitta même pas lorsqu'elle glissa sa main le long de son torse jusqu'à sa nuque.

Puis, elle le regarda une dernière fois, une toute dernière avant que, de concert, ils ne se jettent sur les lèvres l'un de l'autre. Si l'on posait la question à Snape, il dirait sans hésiter que c'était elle qui l'avait attaqué, elle qui avait commencé. Et en retournant cette même interrogation vers Hermione, elle rétorquerait sans aucun doute qu'il était le seul et l'unique responsable de ce désastre.

Pourtant, la vérité était qu'ils étaient ensemble dans cette bataille, ensemble dans cette guerre des corps à l'heure actuelle, s'étant même jeté l'un sur l'autre avec tant de fièvre, tant de fureur et d'envie que leurs dents s'étaient entrechoqués, qu'Hermione avait lâché une expiration surprise et lascive et Snape, un grognement bien plus animal encore que les précédents.

Sans prendre gare, l'homme descendit ses mains vers son dos, sa taille, explorant frénétiquement son corps avant de s'attarder sur ses fesses, son assaillante ayant bien assez compris le message pour s'accrocher à ses épaules afin qu'il la soulève de terre et qu'elle ne vienne emboiter son bassin au sien.

Hermione comme Snape sentait leur respiration respective prendre une cadence pire encore que l'état de colère dans lequel ils se trouvaient à peine trois minutes auparavant. Hermione se détacha rapidement de ce baiser pour ôter son chemisier, geste qu'il l'aida à exécuter, Désormais en soutien gorge face à lui, Snape se tourna avec elle dans les bras vers son bureau, le balaya d'un revers dans un fracas indicible afin de l'allonger dessus avec passion.

« Miss Granger ? Oh oh je vous parle ! Granger ! »

Hermione sursauta alors, retrouvant la vue vers son professeur de potions, assis derrière son bureau, le regard haineux et la mâchoire serrée. Il venait de claquer des doigts vers ses yeux perdus dans le vide avant qu'elle ne cligne des paupières vers lui, sortant de sa rêverie… Et dieu, quel rêverie !

« Excusez-moi, bégaya-t-elle.

_ Je vous demandais s'il n'y avait pas quelque chose qui vous dérangeait, mais visiblement, je constate plutôt que vous devez juste devenir une parfaite folle à lier. »

Hermione prit une profonde inspiration agacée et Snape lui envoya un sourire moqueur, et terriblement fier. Il planta alors son regard dans le sien, avec une intensité égale à la sienne, le genre qui pouvait faire trembler n'importe qui. Et à raison, lorsqu'il constata, d'un léger coup d'oeil, le frisson parcourant la peau de ses bras.

« Ecoutez-moi bien : j'en ai marre de vos réprimandes, marre de vos remarques minables, marre de votre manque de considération et de votre sarcasme, dit-elle avec un calme olympien assez inquiétant.

_ Personne ne vous oblige à continuer de suivre mes cours Granger, s'en gaussa-t-il. Essayez donc de réchapper à mon enseignement, et vous viendrez pleurer sur votre note d'ASPIC dès le mois de juin, couinant de vous voir refuser un poste au ministère.

_ Figurez-vous que je me fiche éperdument de votre avis, monsieur, appuya-t-elle. »

Snape grogna et se leva enfin pour lui faire face. Hermione portait sur ses traits un sourire, ayant sans doute comme unique but de le narguer… Le plus terrible étant que cela fonctionnait foutrement bien. Et il avait beau la regarder de haut, il n'en demeurait pas qu'il ressentait le besoin viscéral de lui faire fermer sa grande bouche.

« Ma potion était parfaite, balança-t-elle.

_ Votre potion était banale.

_ Mes préparations vous enchantent à chaque fois et ça vous tue de le dire.

_ Ne prenez pas vos souhaits pour la réalité Granger. Maintenant, sortez d'ici, gronda-t-il en lui désignant la porte. Je ne veux plus vous revoir dans mon cours. »

Hermione pouffa, entre ironie et inquiétude. Elle croisa les bras devant sa poitrine et Snape durcit plus encore son regard.

« Vous pensez que je plaisante peut-être ?

_ Vous ne me virerez pas de votre classe.

_ Vous me croyez aussi faible que Minerva pour tout vous céder, petite sotte prétentieuse et tête brûlée, abrutie à force de foncer bêtement dans toutes sorte de problèmes ? »

Cette fois, il jurerait sur Salazar, il l'avait vraiment énervé.

Etait-ce l'emploi successif des mots sottes, abrutie et bête dans la même phrase ? A moins que ce ne soit la petite attaque contre Minerva ayant été la goutte d'eau ?

Il n'en savait foutrement rien, mais Hermione se leva à son tour pour lui faire face, le poing claquant sur le bois du bureau avec la même force avec laquelle lui-même l'avait fait le cours précédent.

« C'est donc vous qui avez un problème avec moi !

_ Bien évidemment que j'en ai un, s'emporta-t-il d'une voix forte. Pourquoi, ce n'était pas évident jusqu'à maintenant ?

_ Et qu'est-ce que je vous ai fais, moi ? »

Snape leva les sourcils d'un air fatigué, fatigué d'avance de devoir lui expliquer en quoi elle le rendait fou d'énervement, en quoi elle était capable de le faire sortir de ses gongs malgré son self control légendaire.

« Vous parlez sans y être invité, commença-t-il.

_ Parce que vous m'ignorez.

_ Vous vous croyez plus maligne que les autres.

_ Parce que c'est le cas !

_ Vous êtes si suffisante, pédante, insupportablement parfaite !

_ Alors c'est ça, n'est-ce pas ? C'est donc ça le problème. Je suis bien trop parfaite, alors vous me cherchez des défauts. »

Snape expira par le nez, profondément agacé. Il contourna le bureau, dans le but de se diriger vers la porte de sortie et de la lui ouvrir pour qu'elle dégage d'ici, mais Hermione lui agrippa le bras pour le retourner brutalement, pointant son index sur son torse afin d'appuyer son propos.

« C'est dégueulasse ce que vous faites, profondément dégueulasse, et si j'étais chez les Serpentard, vous ne vous comporteriez jamais de la sorte avec moi, accusa-t-elle.

_ Votre maison n'a rien à voir avec le sentiment que je vous porte Granger.

_ Oh oui, bien sûr puisque je vous insupporte, siffla-t-elle.

_ Et c'est réciproque semblerait-il.

_ Oui, vous serez ravie d'apprendre, Severus Snape, que je vous déteste. »

Hermione approcha son visage de celui de Snape, toujours aussi impassible, quoique de plus en plus irrité par elle et son impétuosité. Il ne prit même pas la peine de reculer tandis qu'elle le fixait de cet air suffisant, cet air fier et foutrement courageux lui allant si bien.

« Et moi aussi Granger, sachez le. Je vous hais de toute mon âme, murmura-t-il d'une voix sombre. »

Sa voix si grave venait de remuer un drôle de sentiment dans ses entrailles, et Hermione ressenti un frisson irrépressible.

Elle fixa ses pupilles entre les siennes, déstabilisée par son éclat, par ses pensées dans lesquelles elle s'était perdu quelques minutes auparavant, par son expression agacée et sa fureur.

« Vous détestez tous les Gryffondor, souffla-t-elle.

_ Pas autant que vous. »

Snape remarqua la légère inspiration prise entre ses lèvres entrouvertes et machinalement, il humidifia les siennes.

« Oh vraiment, murmura-t-elle. »

Cette fois, ce fut à lui de ressentir un long et large frisson, parcourant son dos, ses bras, puis son corps tout entier.

Pourquoi le regardait-elle ainsi ? Pourquoi était-elle si proche et pourquoi diable n'agissait-elle pas comme d'habitude en lui envoyant une insulte à la figure ou pire encore, une baffe bien méritée ?

« Vous voulez peut être que je parte dans de longues et barbantes explications, chuchota-t-il.

_ Si vous y tenez, envoya-t-elle d'une pique.

_ A quel point vous me hérissez le poil, à quel point mon cœur se met à battre comme un dingue à votre simple présence à un tel point que j'éprouve l'envie viscérale de vous faire taire par n'importe quel moyen ? »

Hermione retint son expiration avant de s'approcher de quelques millimètres du potionniste. Ce qu'il lui décrivait avait cette facette troublante d'une excitation toute autre que celle conduite par la colère.

« Je ne suis pas en reste vous concernant, rassurez-vous. Car dès que je vous vois, j'ai l'impression que je serais capable de vous sauter dessus dans la seconde.

_ Qu'est ce que vous attendez alors ? murmura-t-il. C'est l'occasion ou jamais de régler ça maintenant. »

La défiait-il ?

Snape sentit les expirations chaudes d'Hermione s'accélérer et il n'eut d'autres réflexes que de glisser ses yeux vers la provenance de ce souffle. Il crut mourir lorsqu'elle sortit sa langue pour humidifier à son tour sa bouche, cette bouche parée d'un touché légère de gloss, cette bouche charnue et luisante, brillante, attrayante.

« Suis-je sûre de bien comprendre, souffla-t-elle, ses yeux se dirigeant à son tour vers ses lèvres.

_ Enfin une question pertinente Miss Granger, 5 points pour Gryffondor. »

Hermione ignora son sarcasme et s'approcha une nouvelle fois de lui, hypnotisée.

« Vous voyez, c'est pour cette raison qu'on est sur le point de s'étriper chaque fois qu'on se croise Miss Granger. Vous êtes incapable d'aller au bout de vos idées, en cours comme en dehors. »

Hermione se mit soudain à le fusiller du regard, lui et son air fier, lui et cette suffisance ! Elle voulait lui rabattre son caquet, elle voulait le faire taire, elle voulait virer toute trace de prétention de son visage pour l'éternité.

D'un geste alors brusque, Hermione saisit son col et se jeta sur ses lèvres comme un animal, une bête si dépravée qu'elle aurait pu en avoir terriblement honte.

Snape eut un premier mouvement de surprise, levant les bras en l'air, décontenancé. Puis, au fil des secondes et de sa langue commençant à s'aventurer autour de ses lèvres, il soupira et laissa tomber ses mains vers ses hanches, entrouvrant la bouche afin de lui en céder l'accès.

Lorsqu'il suivit son mouvement avec une intensité rare, il ne jura plus de rien en percevant le gémissement de la jeune femme se percuter dans sa propre gorge. Emporté, Snape la fit se reculer encore et encore, ne détachant sa bouche de la sienne alors qu'ils se déshabillaient déjà mutuellement de plusieurs gestes aussi maladroits qu'impulsifs.

Snape défit d'une main habile le premier sous vêtement de la jeune femme : un simple soutien gorge de dentelle, sans armature et déjà assez transparent pour ne laisser aucune place à l'imagination. Elle colla ainsi ses seins contre sa redingote, le faisant grogner d'envie alors que sa main descendait déjà vers la courbure de son dos, plaquant son bassin contre le sien avec une force rare.

Hermione, savourant la bouche de son professeur avec appétence, ondula contre lui comme… Merlin, comme une pure dépravée ! Elle ne se reconnaissait plus, que lui prenait-il ?! Jamais elle n'avait agit de la sorte auparavant, jamais cela ne lui aurait même effleuré l'esprit ! Snape quant à lui n'en menait guère plus large.

Comment diable avaient-ils pu passer de l'étape du meurtre à celle d'une envie de baise absolument hors de contrôle ? L'esprit de Snape en était si obscurci que, pour une fois dans sa vie, une seule fois, il n'avait aucune réponse valable à son attitude.

Il avait envie de la renverser la, sur ce bureau. Il avait envie de la faire sienne, de la baiser comme un dératé jusqu'à ce qu'elle hurle son nom, il avait envie de s'enfoncer en elle, de lui faire voir qui était le décisionnaire ici, qui était le chef, qui était le seul, oui, le seul à avoir le droit de lui arracher de tels hurlements. Il n'était plus rationnel, n'ayant plus rien d'un professeur, plus rien d'un sorcier ni même d'un homme.

Et il n'y avait qu'elle. Par un espèce de sortilège perfide, il n'y avait qu'elle qui semblait être capable de le mettre dans un tel état.

Il ferma ainsi les yeux une seconde, et il eut l'impression qu'il n'en fallait pas moins que ça pour se retrouver sur elle, le pantalon juste suffisamment baisser pour lui permettre de démolir les dernières barrières faisant d'elle son élève et de lui, son professeur.

Qui se souciait seulement de ses cris ? Au pire il pourrait bien être en train de l'égorger, et pourtant, il plaqua sa main sur sa bouche pour cacher ses hurlements, même s'il tuerait pour qu'il en soit tout autrement.

Snape allongé de tout son poids sur elle, il amplifie alors son mouvement, haletant et perdu dans ses pupilles, manquant presque de jouir face à l'éclat de ces dernières. Oh oui, elle ressemblait à un petit chiot apeuré qui tuerait pour qu'on continue de le caresser encore et encore. Il y avait une telle dévotion dans ce regard la, mais aussi un tel plaisir. Sa main vibrait même sous ses supplications étouffés et Snape échapper un gémissement, son prénom. Pourtant hors d'haleine, il trouvait le moyen de l'appeler elle aussi, avec une supplication rare et assez intense pour qu'elle s'accroche à cette main plaquée sur sa bouche.

« Alors ? »

Snape rompit le contact visuel, se retrouvant assis, habillé et toujours aussi en colère derrière son bureau, avant de la fusiller de nouveau du regard.

Elle l'avait fait exprès ! Il en était sûr qu'elle l'avait fait exprès !

« Une folle à lier, murmura-t-elle d'une voix tremblotante.

_ Exactement, prononça-t-il avec difficulté avant de se rendre compte qu'il était aussi essoufflé que dans ses rêveries.

_ C'est tout ce que vous avez, lâcha-t-elle, à bout de souffle elle aussi a un tel point que sa poitrine se soulevait à une cadence importante.

_ Ça ne vous suffit pas peut être, dit-il sur le même ton. »

Hermione sentit sa respiration enfin se calmer, un peu. Ses doigts remuèrent nerveusement autour de sa main, tandis qu'elle détourna enfin les yeux.

« Je pense qu'il serait plus sage pour nous que vous partiez. Maintenant. »

Hermione lui jeta un coup d'oeil curieux, avant d'hésiter un faible instant. L'homme ne cessait de la regarder, tendu, accroché presque au bord de son bureau. Puis, elle finit par se résigner et prit ses affaires pour s'en aller d'ici, non sans lui jeter un dernier regard lourd de sens.

Une fois la porte close, elle s'y laissa tomber en soupirant lourdement tandis que Snape coula dans son siège, la main pressée contre son visage.

Pourquoi est-ce que cela se terminait toujours de la même façon ? songèrent-ils au même instant.

Hermione se demanda soudain si, dans leur inconscient, ils ne finissaient pas par se crêper le chignon pour en finir par cette conclusion bizarre, ou par pur frustration sexuelle.

Mais c'était idiot, n'est-ce pas ? souffla-t-elle d'un rire sans joie.

Parce que tout ça était dans sa tête, uniquement dans sa tête, la sienne !

Hermione repartit de la salle de classe, assez perturbée pour que ses jambes flagellent un peu.

Ce n'était guère la première fois qu'elle songeait à ce genre d'événements, se perdant dans ses pensées pendant que Snape lui hurlait dessus, ou qu'elle-même lui rétorquait des choses tout aussi mauvaises. En vérité, cela durait depuis quelques mois, à bien réfléchir.

La jeune femme prit une profonde inspiration avant de se secouer la tête, un peu gênée néanmoins par l'était déplorable de… son entrejambe. Etait-elle à ce point en manque ?!

Hermione se racla la gorge en croisant les jambes une seconde avant de reprendre le chemin la menant vers ses quartiers.

Pour se faire, elle passa devant les sabliers et se figea d'effroi. Puis, elle recula de deux pas et se tourna vers les coupes.

Gryffondor venait de gagner 5 points.

Hermione perdit son regard dans le vide avant de sentir toute les couleurs de son visage se ternirent, accordant à son teint une pâleur peu habituelle.

Snape avait gardé son regard dardé droit dans le sien la deuxième fois…

« Oh mon Dieu, réalisa-t-elle en un souffle catastrophé, sans savoir que quelque part au fin fond des cachots, le meilleur legilimens de Poudlard corrigeait la fin de ses copies, un léger sourire sardonique aux lèvres. »

FIN.