Final Fantasy VII appartient à Square Enix. Merci de ne pas reposter cette histoire ailleurs sans m'en informer. Tout vol ou plagia sera signalé. Merci.
Day 4 Free day - Yule Ball
La première fois qu'ils s'étaient vu, c'était en première année.
Enfin, première année pour Cloud et septième année pour Sephiroth. Ils étudiaient tous les deux dans le collège Poudlard, établissement d'Angleterre formant les jeunes sorciers et les jeunes sorcières pour leur entrée dans le monde magique. Ils étaient dans deux maisons radicalement opposées, Sephiroth était à Serpentard, chez les rusés et les fourbes et Cloud à Griffondor, chez les courageux et les nobles. Rien ne pouvait les amener à jamais s'adresser la parole.
Et pourtant, ce fut le cas. Un jour de mois d'avril, ils s'adressèrent la parole. Enfin, s'adresser la parole était un euphémisme. Parce qu'on ne peut pas dire qu'ils aient eu une conversation entière. Il y avait eu une altercation. Sans faire exprès, Cloud était rentré dans un septième année de Serdaigle. Enfin, c'était plutôt le septième année qui lui était rentré dedans. Il discutait avec ses amis pendant que Cloud réfléchissait à son dernier cours. Cloud avait fait un pas de côté pour l'éviter, mais le septième année aussi. Et il ne l'avait pas vu. La collision les fit tomber tous les deux au sol. Cloud s'excusa en essayant de ramasser ses livres quand le septième année le poussa.
- T'aurais pu faire attention, minus !
- Désolé, désolé...
- Je vais te donner une bonne raison d'être désolé, ouais...
Il l'attrapa par le col et s'apprêta à lui mettre son poing dans la figure quand une voix retentit.
- Lâche-le Rhapsodos !
Le septième année le lâcha et regarda le nouvel arrivant.
- Qu'est-ce que tu veux Sephiroth ?
- Arrête de terroriser les premières années.
- Ou sinon quoi, l'orphelin ? Euh pardon, monsieur le préfet-en-chef. Tu vas me gronder ?
- Non, mais je peux te coller des points en moins.
- C'est de l'abus de pouvoir !
- Tu veux qu'on aille voir ton directeur de maison, savoir ce qu'il en pense ?
Le dénommé Rhapsodos le lâcha. Cloud se dépêcha de ramasser ses livres.
- C'est pas fini, l'orphelin, cracha le Serdaigle.
- C'est ça... répondit Sephiroth.
Quand le Serdaigle disparut au détour d'un couloir, Cloud regarda Sephiroth.
- Merci.
Mais Sephiroth se contenta de le regarder de haut (ce qui n'était pas très compliqué comme il faisait deux fois sa taille).
- C'est ça...
Sephiroth s'en alla de l'autre côté du couloir et Cloud resta seul avec ses livres, les yeux plein d'étoiles envers celui qui venait de lui épargner un tabassage.
C'était chose courante, les bizutages de premières années. Évidemment, ça arrivait quand il n'y avait pas de professeur aux alentours. Cloud avait eu sa part de tabassage. Il n'avait pas d'ami à qui parler, étant plutôt solitaire et timide. Et le fait que ce courageux septième année ait pris sa défense, ça lui faisait reprendre un peu espoir en se disant que tous les septièmes années n'étaient pas des pourris.
Discrètement, il se renseigna sur Sephiroth. Il apprit qu'il était en septième année, à Serpentard, et orphelin. En tout cas, tout le monde l'appelait comme ça. Un jour, il entendit deux filles de Pouffsoufle discuter et en apprit davantage. D'après elles, Sephiroth avait été trouver bébé au pied de la tour nord et personne n'aurait jamais su d'où il venait. Alors les profs l'avaient plus ou moins adopté et le directeur avait pris la décision de s'en occuper jusqu'à ce qu'ils retrouvent ses parents. Mais personne ne l'avait réclamé. Alors le directeur l'avait gardé. Sephiroth avait grandi et quand il arriva à onze ans, il entra en première année. Et tout le monde savait que les profs étaient plus souples avec lui.
Cloud essaya de lui parler à plusieurs reprises avant la fin de l'année, mais ça avait été un échec cuisant. Il s'était résous tristement à ne plus jamais le voir.
Mais quelle ne fut pas sa joie en deuxième année de le voir revenir après ses Aspic. Il assistait désormais le maître des potions. Cloud avait élaboré tout un plan pour essayer de faire en sorte que Sephiroth accepte de lui parler. Mais après plusieurs semaines d'observation, Cloud avait abandonné. Sephiroth restait toujours en arrière et ne décrochait jamais un mot à qui que ce soit, à part au professeur de potions. Il fronçait sans arrêt les sourcils. Alors au lieu de lui parler, comme il l'avait initialement prévu, il se contenta de l'observer, d'essayer de déceler s'il y avait quelque chose qu'il aimait en particulier. Il n'apprit pas grand-chose, à part qu'il sentait toujours bon des mains, qu'il caressait les ingrédients avec délicatesse quand il les manipulait et que systématiquement, il tressait ses longs cheveux argentés quand il avait le nez sur un chaudron. Mais rien de personnel. Il ignorait sa couleur préférée, s'il aimait le vol sur balais ou préférait la poudre de cheminette. S'il avait des amis ou des loisirs.
En plus de sa surveillance constante sur l'assistant de potion, il faisait en sorte d'avoir les meilleures notes possibles pour qu'il le remarque. Il étudiait les potions sur son temps libre et quand il ne faisait pas ses devoirs, il apprenait tout ce qu'il pouvait sur les potions. La bibliothécaire lui avait conseillé à plusieurs reprises de trouver des amis, mais Cloud l'ignorait.
Durant sa troisième année, Cloud n'avait pas modifié son plan. Il avait les meilleures notes en potion, autant en rédaction qu'en pratique. Mais ça ne suffisait pas. Sephiroth continuait de l'ignorer, comme il ignorait tout le monde. Cette même année-là, il réussit à se faire des amis. Les autres garçons de son dortoir, Zack, Kunsel, Reno, et Barret l'avaient intégré à leur groupe d'amis. Il appréciait leur attention et acceptait leur présence, mais rien ne le détourna de son intense surveillance. Quand arriva Noël, sa mère lui envoya un carnet, et il commença à noter toutes ses observations. Quand arriva son anniversaire, il demanda un autre carnet à sa mère parce que le premier était rempli.
Pendant sa quatrième année, il remarqua certains détails. Sephiroth ne souriait jamais et fronçait les sourcils, mais quand il regardait la fenêtre, le matin, ses yeux se perdaient dans le vague. Cloud passa des heures à essayer de deviner ce qu'il pouvait penser. Il commença à remarquer des petites choses comme ses plats préférés. C'étaient les seuls plats dont il se servait deux fois. Il arrivait qu'il reste deux heures de cours, assis, sans bouger au fond de la salle. Cloud en déduisit devait bien supporter le froid. Et de fil en aiguille, il arriva à cerner plein de petits détails comme ça. Vers la fin de Mai, il entendit de nouveau sa voix après trois ans. Il corrigea Barret sur sa façon de couper les herbes. Ce n'était que quelques mots, mais Cloud sentit son souffle se couper. Il avait presque oublié sa voix. Et ce n'était pas faute de l'avoir répété dans sa tête tous les soirs depuis le jour où il l'avait sauvé du septième année de Serdaigle. Elle était cependant plus grave que dans son souvenir et il sentit des frissons le parcourir. Et pour la première fois de sa vie, Cloud sut ce que c'était d'avoir une érection.
L'arrivée de la cinquième année marqua le début de la carrière de Sephiroth en tant que professeur à plein temps. Le professeur d'avant était parti à la retraite et entendre sa voix pendant les cours n'améliora pas les problèmes de rêves érotiques qu'avait Cloud. Il essaya de se faire remarquer en faisant les potions les plus réussies, mais sans résultat. À chaque fois, Sephiroth passait à côté de son chaudron sans rien dire. Sans un regard. Alors Cloud avait commencé à lui poser des questions pendant les cours auxquelles Sephiroth répondait avec des réponses courtes. Il finit par laisser tomber.
Durant l'année, il essaya de sortir avec une fille, mais sans succès. Il n'arrivait pas à être attiré par elle. Et la seule fois où elle avait essayé de l'embrasser, il s'était pris une claque parce qu'il lui avait fait remarquer qu'elle bavait trop. Cloud avait été sifflé pendant des semaines et elle s'était consolée dans les bras d'un sixième année.
En sixième année, il eut le cœur brisé. Pendant une journée en ville, du côté moldu, il vit le professeur Sephiroth embrasser un type roux. Quelques secondes de réflexion permirent à Cloud de se rappeler ce visage. C'était celui de Genesis Rhapsodos, le septième année qui l'avait bousculé. Après leur baiser, ils s'étaient enlacés et Cloud était parti en courant se réfugier sous ses couvertures où il resta à pleurer pendant vingt-quatre heures. Zack était passé quand il avait su la nouvelle. Il était le seul à être au courant, parce que Cloud s'était bien gardé de dire à qui que ce soit qu'il avait un béguin monstrueux pour leur professeur de potions. Mais Zack l'avait découvert tout seul et lui en avait parlé à un moment où ils étaient seuls. Cloud avait tout nié en bloc, mais Zack lui avait assuré qu'il s'en moquait, qu'il serait toujours son ami et que rien n'y changerait, Cloud avait tout avoué. Zack l'avait réconforté et promis de l'aider dès qu'il pourrait. Et ce jour-là, conformément à sa promesse, il était venu. Il s'était excusé auprès de sa petite amie et s'était immédiatement rendu chez Cloud.
Quand l'école recommença, Cloud ne dit rien. Il ne regardait même plus Sephiroth, ayant trop peur de se mettre à pleurer. Il garda un excellent niveau en potions malgré tout. Sephiroth continuait de l'ignorer.
Quand la septième année arriva, Cloud s'était remis. Ça faisait toujours mal mais il évitait d'y penser. Il essayait de passer à autre chose. Zack lui fit remarquer que Sephiroth avait l'air d'être plus détendu. Alors Cloud remarqua qu'il souriait de temps en temps, qu'il parlait un peu plus. Comme s'il était soudainement plus heureux dans sa vie. Et Cloud pensa que ça devait être à cause de Genesis. Ça lui fit encore plus mal au cœur.
Un jour, pendant un cours, cependant, Sephiroth n'avait pas eu envie de rire. Durant la préparation d'une potion Tue-loup, une élève de Serdaigle leva la main.
- Oui, mademoiselle ?
- Pourquoi vous n'avez pas de nom de famille ?
Sephiroth fronça les sourcils.
- Pardon ?
- Bah, je sais pas, l'autre jour, j'ai vu que les autres profs vous appellent Sephiroth, aussi. Et ma sœur m'a dit que c'était votre prénom, parce qu'elle a été à l'école avec vous. Mais si on vous appelle professeur Sephiroth, c'est que vous n'avez pas de nom de famille ?
Sephiroth sembla se détendre et sourit.
- Si seulement vous étiez aussi bonne observatrice que préparatrice de potion, vous seriez maître des potions en peu de temps.
La classe rigola et Sephiroth retourna à son bureau. Mais Cloud l'avait trop longtemps observé pour savoir qu'il se forçait à sourire et que s'il faisait semblant de chercher un ingrédient dans ses étagères, dos à eux, c'est parce qu'il préférait que personne ne le voie en train de contenir ses nerfs.
- Monsieur, reprit l'élève. Vous avez pas répondu à ma question.
- C'est probablement parce que ça ne vous regarde pas.
- Pourquoi vous voulez pas répondre ?
- Oh mais lâche l'affaire, connasse ! Cria quelqu'un.
Quand tout le monde le regarda, Cloud comprit que c'était lui qui avait parlé.
- Euh, pardon ? Fit la fille sur un ton traînant. Qu'est-ce que tu viens de me dire, là ?
- Je t'ai dit de lâcher l'affaire, répondit Cloud sans réfléchir. Il vient de te dire que ça ne te regardait pas, alors fiche la paix et va chercher tes ragots ailleurs.
- Monsieur Strife.
Palissant, Cloud se retourna vers le professeur.
- J'apprécie le geste, mais vous viendrez me voir à la fin du cours. Vous aurez une retenue.
- Hein, mais pourquoi ? S'écria Zack. C'est elle qui vous manque de respect !
- Oui. Et pour cela, elle se fera retirer 10 points...
- Hein ? Protesta la jeune fille.
- ... Et monsieur Strife, continua Sephiroth comme s'il n'avait pas entendu sa protestation, écopera d'une retenue. Parce que je refuse de tolérer les insultes dans ma classe. Et encore un mot, monsieur Fair, ajouta-t-il en levant la main, dès que Zack avait ouvert la bouche pour répondre, et je vous enlève dix points à vous aussi. Bon, le prochain qui l'ouvre sans y avoir été invité se verra coller une retenue pendant tous les soirs de la semaine.
Le reste du cours se passa dans le calme le plus olympien et Cloud resta comme convenu à la fin du cours. Quand le dernier élève fut sorti, il regarda Cloud et parla.
- Monsieur Strife, j'apprécie qu'on prenne ma défense, mais je ne peux pas tolérer que vous parliez ainsi à vos camarades.
- Oui, monsieur.
- Donc vous ferez votre retenue vendredi soir...
- Mais elle n'avait pas à vous insulter, intervint Cloud en le coupant.
- Et... Je vous demande pardon ?
- Elle n'avait pas à continuer de vous ennuyer. Elle n'avait même pas à poser ce genre de question. C'était personnel.
Sephiroth s'appuya sur son dossier de chaise.
- Ce n'est pas si personnel que ça. Tout le monde est au courant que je n'ai pas de nom de famille.
- Il reste que c'est un sujet sensible et que …
- Et qu'est-ce qui vous fait dire ça ? Coupa Sephiroth en fronçant les sourcils.
Cloud se retrouva pris au piège et choisit de dire une demi-vérité.
- Je sais que quand j'étais en première année, on vous appelait l'orphelin. Donc c'est certainement un sujet douloureux. Et...
Il souffla.
- Quand j'étais en première année, vous m'avez sauvé d'un septième année et...
Sephiroth rigola.
- Oh non... Ne me dites pas... Je vous ai rendu service ce jour-là, alors vous voulez me rendre la pareille.
Il soupira et Cloud resta figé sur place.
- Écoutez, monsieur Strife. Vous n'êtes pas le seul première année à qui j'ai empêché un tabassage. À l'époque, les professeurs étaient parfaitement au courant de ce qui se passait et nous avaient demandé à nous, les préfets, de surveiller et d'intervenir quand on voyait quelque chose. Je ne faisais que ce qu'on m'avait demandé, vous comprenez ?
Il soupira.
- Vous n'êtes pas le seul à qui j'ai évité une raclée. Certains d'entre eux ont même monté un fan-club. Et j'espère que vous n'en êtes pas membre...
- J'ignorais que vous aviez un fan-club, coupa Cloud.
- Tant mieux, reprit Sephiroth. Parce que je n'ai pas besoin d'avoir des élèves... Amoureux de moi... Quand je tente de leur enseigner quelque chose. Non merci, j'ai déjà donné. Alors oubliez toute cette histoire, d'accord ? Si ce n'avait pas été moi, ça aurait été quelqu'un d'autre.
Cloud sentit ses entrailles se geler.
- Oui, monsieur.
- Et ne parlez plus comme ça à vos camarades de classe, d'accord ?
- Oui, monsieur.
- Donc je disais que la retenue aurait lieu vendredi soir, à 21h.
- Ça durera combien de temps, monsieur ?
- Quoi, vous êtes pressé ?
- C'est juste pour savoir.
- Quand vous aurez fini ce que je vous aurais demandé, vous pourrez partir.
- D'accord, monsieur.
- Vous pouvez y aller, monsieur Strife.
Sans dire un mot, Cloud s'en alla. Dès qu'il sortit des donjons, il alla dans la tour d'Astronomie, toujours vide en plein jour, pour lâcher sa peine. Il avait l'impression qu'un millier de lames venaient de lui transpercer le cœur. Non seulement, Sephiroth se fichait de l'avoir aidé ce jour-là, mais il ne l'avait fait que parce qu'on lui avait demandé. Comme si ça avait été une corvée. Son cerveau se mit à faire des raisonnements. Si ça se trouve, Sephiroth et Rhapsodos sortaient déjà ensemble au moment où Cloud les avait rencontrés. Si ça se trouve, ils avaient même mis ça au point pour rigoler. Si ça se trouve, Sephiroth avait compris depuis longtemps les sentiments de Cloud et en rigolait avec son petit ami.
L'estomac noué et vide, il reprit la direction de sa salle de classe pour sa première heure de l'après-midi. Il avait Histoire de la Magie, et comme tout le monde dormait, Zack lui avait discrètement glissé un mot en lui demandant ce qu'il avait et pourquoi il avait loupé le déjeuner. Cloud lui avait expliqué sur un bout de parchemin dans les grandes lignes ce qui s'était passé et Zack avait levé la main.
- Monsieur ? Cloud ne se sent pas bien, je peux l'amener à l'infirmerie ?
- Hum ? Oui, oui...
Ils sortirent de la salle de classe et allèrent dans les toilettes les plus proches. Alors qu'ils étaient tranquilles, Cloud lui expliqua toute la situation.
- Tu sais, dit Zack quand il eut fini son récit. Je ne pense pas qu'il se moquait de toi. Il devait juste se dire que tu devais faire partie de son fan-club, comme plein d'autres élèves.
- Il a vraiment un fan-club ?
- Faut croire. Apparemment, quand il était élève ici, il a fait plein de choses bien pour tout le monde, et tout le monde le remerciait. Mais mon frangin le connaît et m'a dit que c'était juste parce que les profs lui demandaient. Tout le monde a toujours cru que les profs le favorisaient mais ils étaient plus durs envers lui qu'envers les autres. Il n'a jamais voulu être le centre d'attention, mais personne ne lui a laissé le choix.
- Alors pourquoi il sort avec le mec qui a failli me taper dessus ?
Zack soupira.
- Va savoir. De ce que j'en sais, Genesis a emmerdé pas mal de monde quand il était élève ici. Je le sais parce que c'est un ami de mon frère.
- Ton frère connaît tout le monde...
Zack sourit.
- On est sympa dans la famille. C'est pour ça. Bref, apparemment, Genesis était une tête de con, quand il était jeune. Il n'a pas vraiment changé, d'ailleurs.
Cloud renifla.
- Je fais quoi alors ? À part pleurer comme un couillon ?
Zack lui pressa l'épaule dans un geste de réconfort.
- Tu fais ton deuil et tu attends que ça passe.
Cloud essaya tant bien que mal d'appliquer ce conseil. Tous les soirs, il se répétait que c'était fini, que Sephiroth ne l'aimerait jamais, qu'il ne pourrait jamais le remercier comme il voudrait et qu'il devait passer à autre chose. Quand arriva vendredi soir, il alla frapper à la porte de la salle de classe de son professeur en priant le ciel de garder son calme. Sephiroth le fit entrer.
- Asseyez-vous, monsieur Strife.
Cloud s'installa à sa place habituelle et posa son sac à terre.
- Vous allez me faire un papier sur la fonction de l'Herbe du Ciel et ses différentes utilisations.
- Vous en voulez combien de centimètres ?
- Mettez tout ce que vous savez.
- J'espère que vous n'avez rien de prévu, grogna Cloud.
Pendant deux ans sur son temps libre, il avait appris par cœur tous les ingrédients de potion et leurs utilisations.
- Je vous demande pardon ? Demanda Sephiroth en fronçant les sourcils.
- J'espère que vous n'avez rien de prévu, répéta Cloud plus fort.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que je risque d'en avoir pour un moment.
- On verra bien, dit Sephiroth avec un rictus aux lèvres. Puisque vous avez l'air confiant en vos capacités, je noterais votre rédaction.
- Ça ne baissera pas ma moyenne.
- Bien sûr, vous me ferez votre rédaction sans vos livres.
- Je ne les avais pas amenés.
- Encore un mot, Strife, et vous écoperez d'une semaine de retenue.
Cloud le regarda sans rien dire et haussa les épaules avant de sortir deux parchemins. Il commença à faire la liste de tout ce qu'il savait et fit le plan pour sa rédaction. Il commença à la rédiger et après ce qui lui semblait cinq minutes, il entendit un bruit. Il leva la tête et vit son professeur tourné vers la cheminée. Avec le crépitement du feu, il n'entendait pas bien les chuchotements et il tendit l'oreille en fermant les yeux pour distinguer ce qu'il se disait.
- Tu devais rentrer il y a une heure !
- Je suis en retenue, Gen, je te l'ai dit.
- Mais je t'attends !
- Je t'ai dit que je rentrerais quand j'en aurais fini.
- Et c'est lequel qui est en retenue, cette fois ?
- Strife.
- Celui qui a pris ta défense l'autre jour ?
- Oui.
- Pourquoi tu l'as collé en retenue ?
- Il a mal parlé à une élève.
- Et alors ?
- Moi, je m'en fous, mais le directeur me passera une soufflante si je n'interviens pas.
- Et puis c'est pas ton meilleur élève, ou je ne sais quoi, en plus ?
- Si. Mais ça ne change rien. Et il est bien trop arrogant pour son propre bien.
- Tu vas lui faire le coup du gentil prof pour mieux le rabaisser derrière, pas vrai?
- C'est le but.
- J'aimerais bien voir ça.
- Ce n'est pas un spectacle, Gen, c'est de l'éducation.
- Il ne va rien voir venir...
- Il n'a qu'à pas être aussi arrogant. Bon, je reviens à la maison quand j'ai fini, d'accord ?
- Oui. Mais dépêche-toi.
Cloud rouvrit les yeux et fit semblant d'être absorbé par sa copie. Il regarda discrètement sa montre. Elle indiquait 23h16. Il regarda la masse de travail qu'il lui restait à faire et s'y attela sans un bruit. Lorsqu'il eut enfin fini, vers 1h du matin, il leva les yeux vers son professeur. Il s'était endormi sur sa chaise, les bras et les jambes croisés. Sans un mot, Cloud s'approcha de son bureau et posa sa copie dessus. Après réflexion, il y ajouta un petit mot avant de sortir de la salle.
Désolé de vous avoir gardé aussi longtemps, mais je vous avais prévenu que ça serait long. La prochaine fois, collez-moi le samedi matin, ça sera mieux.
N'hésitez pas à me faire pas de vos remarques sur ma copie, si j'ai oublié des choses. Je suis ouvert aux critiques constructives.
Bonne nuit.
Le lendemain, il alla prendre son petit déjeuner, des cernes sous les yeux. Il alla rejoindre Zack et Barret à table et déjeuna. Mais deux minutes à peine après s'être installé, il entendit une voix.
- Strife !
Il regarda son professeur de potions marcher rapidement vers lui, l'air furieux.
- Monsieur ?
- Vous trouvez ça amusant ?
- De quoi ?
- Votre mot. Sur votre copie.
- Non, ce n'était pas fait pour être amusant, juste pour vous indiquer...
- Silence ! Si ça vous fait tant rire que ça, je prendrai note de vos remarques pour votre prochaine retenue.
- Elles sont là pour ça.
Sephiroth le foudroya du regard et s'en alla.
- Tu viens de signer ton arrêt de mort, dit Zack, blanc comme un linge.
Barret rigolait.
- Mec, t'as la plus grosse paire de boules que j'ai jamais vues.
À partir de ce jour-là, Sephiroth semblait lui avoir déclaré la guerre. Dès qu'il pouvait, il lui retirait des points sur sa copie ou le collait pour des motifs aussi dérisoires que 'écrit trop gros' ou 'utilise une plume non adaptée'. Mais même avec ça, Cloud persistait. Son professeur le détestait, soit. Dans ce cas, il faisait tout pour qu'il n'ait rien à lui reprocher en faisant en sorte d'avoir les rédactions les plus complètes et les potions les plus réussies. C'est pour ça qu'un jour, il fut surpris de recevoir un mot de son professeur l'invitant dans son bureau à 18h.
Un peu nerveux, il se retrouva en face de lui, le jour et l'heure prévus.
- Asseyez-vous, Strife, ordonna Sephiroth.
Cloud s'assit.
- Pourquoi vous vouliez me voir, professeur ?
- Le directeur m'a demandé de vous parler à propos de vos notes en potion.
- Il y a un problème ?
Sephiroth lui jeta un regard noir.
- Non. Vous avez d'excellentes notes. Je vous ai fait venir pour vous parler de vos possibilités de carrière, avec des notes pareilles...
Cloud se leva.
- Ne vous donnez pas cette peine.
- Strife, asseyez-vous.
- Non. Écoutez, ça vous ennuie autant que moi, ce rendez-vous. Alors autant en finir tout de suite. Non, je ne suis pas intéressé par une carrière là-dedans. J'ai déjà un boulot en vue, et ça n'a rien à voir avec les potions. Alors dites au directeur que vous m'avez fait votre speech et que j'ai dit que j'y réfléchirais.
Sephiroth fulminait.
- Comment osez-vous me parler ainsi !
- Osez quoi ? Mais qu'est-ce que j'ai dit, à la fin !
Sephiroth ouvrit la bouche pour répondre, mais Cloud le coupa.
- Je ne comprends rien !
Il en avait marre. Six ans qu'il était tombé amoureux, un an qu'il s'était fait briser le cœur. Il était passé à autre chose, mais le professeur semblait éperdument déterminé à rester dans sa vie alors que Cloud voulait juste l'ignorer. Il s'obstinait à lui pourrir la vie gratuitement alors que Cloud faisait des efforts immenses pour se remettre de sa peine de cœur. Mais aujourd'hui, après six ans, ça n'avait plus d'importance.
Il en avait marre.
- Depuis le début je travaille comme un dingue pour avoir les meilleures notes possibles. Pour qu'enfin vous me regardiez. Parce que j'ai toujours été amoureux de vous. J'aurais juste voulu que vous me félicitiez rien qu'une fois. Mais non. Vous avez décrété que j'étais un bon à rien et vous vous escrimez à me pourrir la vie. Alors que je fais des efforts. Vous n'arrêtez pas de me dire que je suis arrogant et imbuvable, alors que j'essaye juste de réussir dans cette matière. Quand je vous ai laissé un mot, la première fois que j'étais en retenue, ce n'était pas pour faire le malin, mais juste pour dire que ce n'est pas en me collant un devoir sur quelque chose que j'ai appris en deuxième année que ça va me servir de leçon. Et je sais que vous aviez prévu de rejoindre votre petit ami ce soir-là, alors je vous ai dit de décaler les retenues pendant la journée, parce que vous pourriez rentrer chez vous le soir. Mais non, monsieur a décrété que j'étais un sale petit con, alors il a décidé de me pourrir la vie.
Il reprit sa respiration.
- Si je vous ai dit d'abréger ce rendez-vous, c'est parce que je sais pertinemment que vous n'aimez pas rester avec des gens quand vous n'y êtes pas obligé et que vous évitez les interactions sociales dès que vous le pouvez. Je n'ai pas envie de faire carrière là-dedans. Vous vous doutez bien que ça fait un moment que j'ai réfléchi à ce que je voudrais faire plus tard. Alors autant abréger le calvaire. Je ne fais pas l'arrogant, j'essaie juste de vous simplifier la vie.
Il soupira et regarda son professeur avec l'air le plus triste du monde.
- Allez-y, vous pouvez me rire au nez, maintenant.
Sephiroth soupira.
- Déjà, vous n'êtes pas le premier élève à me faire une déclaration d'amour...
- Oui, coupa Cloud. Parce que je me doute bien qu'il y en a eu bien d'autres avant moi qui vous ont demandé pourquoi vous avez l'air triste quand personne ne vous regarde, ou comment ça se fait que vous supportez si bien de rester complètement immobile pendant des heures, ou comment vous en êtes venu à préférer les bonbons à la menthe au chocolat. Je sais que je ne suis pas le premier. Mais...
Il prit une grande inspiration.
- Vous savez, j'ai tellement essayé de vous oublier. Vraiment. De passer à autre chose. Mais le plus dur, c'est d'avoir compris que vous sortiez avec le même mec qui m'avait poussé au sol quand j'étais en première année. Parce qu'à partir de là, je vous ai toujours vu comme une espèce de héros. Vous n'étiez pas obligé de me venir en aide, mais vous l'avez quand même fait. J'avais tellement d'admiration pour vous et j'ai tout fait pour vous plaire. Et quand je vous ai vus embrasser ce type... Le même qui avait voulu me tabasser...
Il soupira.
- Aujourd'hui, j'en ai marre. Et je regrette que notre plus longue conversation se passe comme ça, mais je laisse tomber. Criez-moi dessus, baissez mes notes, collez-moi en retenue jusqu'à la fin de l'année ou payez-vous ma tête si vous voulez, mais j'abandonne.
Sans demander son reste, il prit son sac et retourna dans la Grande Salle. Il y retrouva ses amis et quand Zack lui demanda comment il allait, parce qu'il avait, selon ses propres termes, une 'tête de déterré', Cloud lui dit qu'il venait de tourner une page de sa vie. Personne ne comprit à part Zack qui lui fit un sourire compatissant.
À partir de là, Sephiroth avait abandonné l'idée de lui faire la guerre, visiblement, puisqu'il avait décidé de l'ignorer complètement. Cloud faisait pareil. Il ne posait aucune question en classe, rendait des devoirs toujours aussi impeccables et évitait son regard dès qu'il pouvait. Dans le fond, ça l'ennuyait, mais Cloud se disait que c'était probablement pour le mieux. Il arrivait à mieux gérer sa peine de cœur, depuis.
Il essaya de se changer les idées en sortant avec un garçon de Serpentard de son année deux semaines avant Noël. Ils avaient discuté pendant leurs quelques cours en commun et s'étaient embrassés discrètement. Ce n'était pas la passion folle, mais ça convenait à Cloud. C'était toujours mieux que rien.
En décembre, le directeur annonça un bal de Noël. Les élèves devaient s'acheter ou se faire envoyer un costume ou une robe. Il y aurait de la musique, de la nourriture et beaucoup de place pour danser. Dès l'annonce, les murmures des couloirs ne parlaient que de ça. Les invitations fusaient dans tous les sens et Cloud n'avait pas été étonné que son petit ami lui demande de venir avec lui.
Le soir du bal, il s'était rendu dans la Grande Salle qui avait été richement décorée. Les tables avaient été poussées contre les murs. On les avait remplis de nourriture et les bancs avaient été remplacés par des petites chaises. À l'endroit où il aurait dû se trouver la table des professeurs, il y avait une estrade avec des instruments qui jouaient tous seuls. Des décorations pendaient du plafond et Zack poussa un sifflement d'admiration.
- La vache, ils ont mis le paquet.
Ils rejoignirent les autres garçons de leur année. Zack regarda sa montre et s'excusa en disant qu'il devait aller chercher sa petite amie. Il revint quelques minutes plus tard avec une fille de Serdaigle à laquelle Cloud n'avait jamais parlé. Il était visiblement le seul, puisque tout le monde la salua. Zack la présenta à Cloud.
- Chérie, je te présente Cloud. Cloud, Aerith.
Elle lui fit un sourire doux et lui fit un petit signe de la main que Cloud lui rendit en souriant.
Doucement, les gens commencèrent à arriver et quand Cloud aperçut son petit copain, il fit signe à Zack qu'il allait le voir.
- Ouais, répondit Zack en criant pour couvrir le bruit de la musique. Dans un instant. Avant, je voudrais te présenter mon frère.
Curieux, Cloud se laissa emmener vers le coin des professeurs. À côté du directeur se trouvait le professeur Sephiroth, Genesis Rhapsodos que Cloud n'avait aucun mal à reconnaître, et un grand type brun qu'il n'avait jamais vu.
- Angeal !
Le grand type brun se retourna et sourit.
- Zack !
- Cloud, je te présente mon frère, Angeal. Il sera prof là, l'année prochaine.
- C'est vrai ? demanda Cloud poliment en lui serrant la main que lui tendait Angeal. Vous enseignerez quelle matière ?
- Défense. Le professeur actuel prend sa retraite à la fin de l'année.
- Vous êtes en avance.
- Le directeur m'a invité à venir rencontrer mes collègues, cette semaine.
- Cool. Alors bonne chance à vous.
Il se tourna vers Zack.
- Je vais aller voir mon mec, maintenant.
- Non, reste encore un peu avec nous, insista Zack en souriant.
Mais Cloud connaissait son ami et savait ce que ce sourire voulait dire. Il n'était pas à l'aise. Zack lui cachait quelque chose. On lui tapa sur l'épaule.
- Hey.
Il se tourna et vit Genesis.
- On va danser ?
Cloud perdit le peu de couleur qu'il avait sur le visage.
- Non... Non, je voudrais...
- Cool ! Fit Genesis en lui prenant la main.
Il l'entraîna sur la piste de danse en ignorant les appels de ses deux amis. La musique étant encore relativement douce, il ne fut pas vraiment étonné quand Genesis glissa son bras dans son dos et lui prit sa deuxième main.
- Je crois qu'on doit discuter, toi et moi.
- Je n'ai rien à vous dire, dit Cloud en espérant que ça soit convaincant.
- Sephiroth m'a tout dit.
Cloud baissa la tête.
- Écoutez...
- Non, toi, écoute, coupa Genesis. Je sais que j'ai failli te tabasser quand j'étais à l'école. Pour être honnête, j'ai emmerdé tellement de monde que je ne me souviens pas de tout le monde. Et ne t'attends pas à des excuses. Parce que je n'ai aucun remords. C'est comme ça que je fonctionne. Je suis un connard.
Il soupira.
- Ceci étant dit, on va mettre les choses au clair.
- Quoi ? souffla Cloud, las. Si je m'approche de ton copain, tu vas me péter les jambes ?
Genesis lui fit un sourire.
- Oui. Complètement. Mais, par bonheur, tu n'es pas intéressé par mon copain mais par Sephiroth.
Cloud fronça les sourcils.
- Attendez...
- Jamais de la vie, je ne suis sorti avec Sephiroth.
- Je vous ai vu vous embrasser dans ce restaurant moldu...
- Le vingt-cinq juillet ? C'est normal. Écoute, je ne vais pas te raconter ma vie, mais je n'étais pas bien à cette période. Ce que tu as vu, c'est mon meilleur ami qui me consolait.
- Vous lui avez parlé par la cheminée, la première fois que j'ai été collé avec lui.
- Oui, on avait prévu de sortir, ce soir-là. Et ce crétin a fait exprès de te coller une retenue.
- Comment ça ?
- Comme il n'aime pas sortir avec nous, il s'arrange toujours pour trouver un truc ''important'' à faire qu'il ne peut absolument pas décaler. Ce soir-là, c'était toi. Des fois, c'est qu'il a des copies en retard, ou il refait les stocks de potions de l'infirmerie. Bref, dès qu'il peut nous pondre une excuse, il esquive. Maintenant, j'aimerais te poser une question.
- De quoi ?
- C'est vrai que tu es fragile ?
Cloud fronça les sourcils.
- Comment ça ?
- Zack m'a dit que tu étais du genre fragile et qu'on ne devait pas te parler d'une certaine chose.
- Je ne comprends pas...
La musique se termina. Genesis se pencha vers lui et lui murmura à l'oreille.
- Quoiqu'il se passe ce soir, ne va pas danser avec ton copain.
Avant que Cloud n'ait pu lui demander des explications, il était retourné voir ses amis. Un peu perdu, il le suivit puisque Zack parlait toujours avec son frère. Quelques secondes plus tard, Genesis revint en tenant Sephiroth par le bras.
- Danse avec lui.
- Gen, je t'ai déjà dit que...
- Et je t'ai dit que si tu ne le faisais pas, je balancerais ton sale petit secret à tout le monde.
Levant les yeux au ciel, Sephiroth tendit la main vers Cloud. Mais Cloud secoua la tête.
- Non. Non, je n'ai pas envie.
Sephiroth ouvrit la bouche pour répondre mais on lui coupa la parole.
- Cloud ?
Le blond se retourna et vit son petit ami.
- On va danser ?
Avant qu'il ne puisse répondre, Zack le fit à sa place.
- Non.
- Euh... Excuse-moi, Fair, mais je m'adressais à Cloud.
- Cloud n'a pas envie de danser avec toi.
- Cloud n'a pas son mot à dire ? Demanda Cloud.
- Non, répondirent d'une même voix Genesis et Zack.
Genesis se retourna vers Sephiroth et lui marmonna quelque chose à l'oreille. Sephiroth lui jeta un regard sombre et attrapa la main de Cloud.
- Venez, Strife.
Il l'amena sur la piste de danse et glissa son bras autour de sa taille et prit sa deuxième main. Autour de lui, tout le monde avait arrêté de danser et les regardait.
- Monsieur, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
- Ce n'est pas la mienne.
Sephiroth commença à danser, entraînant Cloud avec lui.
- Écoutez, Strife... Vous feriez mieux de remonter dans votre dortoir, d'accord ?
- Pourquoi ?
- Faites ce que je vous dis.
Cloud fronça les sourcils.
- Pourquoi je devrais vous écouter ? Tout ce que vous faites, c'est vous payer ma tête. Vous avez parlé à Genesis de ce que je vous avais dit. Et j'imagine que c'était très drôle, et que vous avez dû bien rigoler.
- Calmez-vous...
Ça énerva davantage l'élève.
- Non ! Pourquoi je devrais me calmer ? J'en ai marre qu'on se paye ma tête. Tout ce que vous faites, c'est...
- Vous voyez la fille, derrière moi ? Coupa Sephiroth. La blonde avec le chignon ? Regardez par-dessus mon épaule.
Cloud risqua un coup d'œil. Tout au fond de la salle, il y avait une élève en robe rouge, avec des cheveux blonds remontés en chignon et qui jouait avec sa baguette magique. Elle le fixait sans ciller.
- C'est qui ?
Sans répondre, Sephiroth le fit tourner légèrement et lui murmura.
- Regardez le petit gros maintenant. À côté du buffet.
Cloud le repéra. Derrière la foule, à côté du buffet, sa baguette à la main. Ils étaient pratiquement seuls sur la piste maintenant. Tout le monde les regardait. Il baissa la voix.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Je suis désolé de vous apprendre ça, mais votre petit ami a prévu de vous faire une farce.
- Quoi ?
- J'ai surpris une conversation, il y a quelque temps. Monsieur Strife, je suis désolé. Mais il ne vous aime pas. Il sort avec vous juste pour vous humilier.
Cloud pâlit.
- Hein ?
- Je vous épargnerai les détails les plus grossiers, mais il a demandé à certains de ses camarades de se tenir près. Quand il vous aura amené sur la piste, ils ont prévu de vous lancer à plusieurs un sortilège consistant à vous retrouver nu.
Cloud pâlit. Il n'y croyait pas.
- Quoi ?
- C'est pour ça que vous ne devrez pas être seul. Et ce serait mieux que vous remontiez dans votre dortoir.
- Comment vous êtes au courant ?
- Je les ai entendu en parler quand le bal a été annoncé. Et quand au petit-déjeuner aujourd'hui, votre nom est sorti, j'ai compris. Je vous cours après depuis ce matin pour vous en parler. J'ai réussi à attraper monsieur Fair, pour le prévenir. Il a dit que vous étiez fragile émotionnellement en ce moment, et qu'on devait vous protéger sans vous en parler.
Il posa sa tête sur celle de Cloud. De l'extérieur, on aurait peut-être dit un couple qui dansait, mais la réalité était différente. Ils étaient tous les deux tendus, à scanner les environs des yeux pour analyser les menaces potentielles.
Cloud baissa la tête, les larmes montant doucement.
- Pourquoi... Pourquoi il a fait ça ?
- Parce que vous êtes une cible facile, répondit Sephiroth en continuant de le faire valser.
Cloud le regarda.
- Vous êtes un solitaire et le meilleur de la classe dans bien des matières. Mais surtout dans la mienne. Et ils ne l'acceptent pas.
- Je ne leur ai rien fait.
- Je sais. On ne leur fait jamais rien à ces types-là. Mais ils sont toujours là.
- On ?
Sephiroth le regarda.
- Vous n'êtes pas le seul à subir ce genre de chose.
- Pourquoi vous me l'avez dit ?
- Comment ça ?
- Pourquoi vous êtes intervenu ?
Sephiroth fronça les sourcils. La chanson se termina. Ils s'arrêtèrent de danser.
- Parce que je ne laisse pas faire ce genre de chose. Pas si je peux l'empêcher.
Zack arriva en courant.
- Hey... Euh... Vous feriez mieux de bouger, tout le monde vous regarde.
Cloud regarda son petit ami les rejoindre.
- On danse, Cloud ?
Il se demandait s'il pouvait vraiment lui faire confiance quand il venait d'apprendre tout ça. Et est-ce qu'il pouvait vraiment avoir confiance en son professeur ? Zack aussi était dans le coup, visiblement. Mais est-ce que c'était vrai ? C'est vrai qu'en y repensant, il avait eu un comportement étrange, à l'empêcher d'aller voir son petit ami, toute la journée. Si Zack était vraiment dans le coup, est-ce que ça veut dire que Sephiroth avait raison ? Quand il vit son petit ami jeter un coup d'œil à la blonde en rouge, il sentit son cœur tomber dans sa poitrine.
- Non. Non, je pense que je vais aller me coucher.
- Mais... Mais il est dix-neuf heures !
- Je suis fatigué. Bonne nuit.
- Je vous accompagne, dit Sephiroth.
- Je ne crois pas non.
Genesis arriva au pas de course.
- J'ai des copies à corriger, dit Sephiroth.
- Comme si je ne l'avais jamais entendu, celle-là.
- Bonne soirée.
- C'est ça.
Cloud quitta la Grande Salle, accompagné du professeur. Lorsqu'ils se furent éloignés de la porte d'entrée, Sephiroth arrêta Cloud.
- Monsieur Strife, je peux vous raccompagner dans votre dortoir, si vous ne voulez pas rentrer seul, au cas où. Ou...
Il soupira.
- Ou je peux vous inviter à boire un thé dans ma classe. J'aimerais vous parler de quelque chose.
Cloud le regarda, le cerveau tournant à plein régime.
- Cloud !
Derrière eux, son petit ami arrivait au pas de course, avec quelques élèves derrière. Il y avait notamment la blonde et le petit garçon potelé qu'il avait vu dans la Grande Salle.
- Euh... Excusez-moi, professeur. Cloud, on peut aller ailleurs ? J'aimerais te parler.
Cloud regarda son petit ami et les autres élèves. Ils n'étaient pas tous là pour lui jeter un sort. Ça faisait trop de monde. Et trop peu de spectateurs. Une horrible pensée lui traversa l'esprit. S'ils étaient là pour lui faire bien pire ?
- Euh, je dois discuter de mon dernier devoir de potion avec le professeur Sephiroth. On se verra plus tard ?
Son petit ami fronça les sourcils.
- C'est Noël !
Cloud se força à sourire.
- Tu sais ce qu'on dit. Pas de repos pour les braves.
Il s'approcha de lui et l'enlaça par la taille avant de l'embrasser.
- On se voit demain ?
Il ne lui laissa pas le temps de réagir et courut rejoindre le professeur.
- Donc, vous vouliez me parler de mon dernier devoir.
- C'est exact. Et de votre orientation de carrière.
Quand ils furent sûrs que tous les autres furent partis, Sephiroth glissa.
- Vous mentez à merveille.
- Je n'ai pas trop le choix. Je suis amoureux de vous depuis six ans. Il a bien fallu que je le cache.
- Et vous étiez obligé de l'embrasser ?
- Sinon je n'aurais pas pu récupérer ça.
Il fit tournoyer une baguette dans ses doigts. Il vit Sephiroth sourire du coin de l'œil.
- J'imagine que ce n'est pas la vôtre.
- Non.
- Et vous allez en faire quoi ?
- Je n'ai pas encore décidé.
Sephiroth lui ouvrit la porte qui menait à sa salle de classe.
- Alors rendez-nous service à tous les deux et décidez quand je ne serais plus là. Je n'aimerais pas être obligé d'intervenir.
Cloud sourit et entra. Sephiroth ferma la porte derrière lui et d'un mouvement de baguette, il conjura un service à thé enchanté qui leur servit deux tasses.
- Vous vouliez me parler ?
Sephiroth s'assit sur une table et invita Cloud à s'asseoir sur une chaise.
- Déjà, je voulais vous présenter mes excuses, pour mon comportement. Je n'aurais jamais dû vous traiter comme je l'ai fait. J'ai cru que vous faisiez preuve d'arrogance, alors que vous étiez juste... Gentil. Quand vous m'avez laissé un mot, à votre première retenue, j'ai cru que vous vous moquiez de moi. Mais non, vous avez juste fait ça pour moi...
Il soupira.
- Concernant vos... Vos sentiments, à mon égard, je suis désolé d'avoir réagi comme ça. Je veux dire... Je reçois énormément de déclarations d'amour. Encore plus depuis que ce stupide journal... Sorcier Hebdo... A décidé de me décerner le titre du 'prof le plus sexy'... Mais généralement, ça ne va pas au-delà de la simple admiration et de me dire que j'ai...
Il toussa, mal à l'aise.
- Que j'ai un... Un beau p'tit cul, apparemment. Mais ce que vous ressentez pour moi...
- J'ai essayé de vous oublier, coupa Cloud. Si vous saviez comme... comme j'ai essayé, finit-il en baissant les yeux.
- Je sais, dit Sephiroth. Et c'est bien ce qui vous différencie des autres. Parce que j'ai l'impression que vous êtes le seul de mes fans à être sensé...
- Je ne suis toujours pas dans votre fan-club.
- Tant mieux. Parce que... Comment vous savez autant de choses sur moi ? Je veux dire... Les bonbons à la menthe, par exemple ?
- J'ai remarqué que vous en preniez toujours un, au début du repas. Et vous le mangez à la fin.
Sephiroth souffla.
- Eh bien, vous avez bien fait vos devoirs... Je ne suis même pas sûr que ce soit un fait connu, que j'aime la menthe.
- Je ne sais pas, dit Cloud. Mais moi je le sais.
- Et vous savez quoi d'autre sur moi ?
- Que, par exemple, vous aimez bien courir le matin, en hiver.
- Comment vous pouvez savoir ça ?
- Beh, au début, je n'avais pas compris. Vous regardiez sans arrêt par la fenêtre le matin, en début et fin d'année. Et un jour, j'ai porter un colis à ma mère pour Noël, et quand je suis allé à la volière, je vous ai vu courir et faire des tours de parc. Et quand je vous ai revu en cours le matin, vous ne regardiez plus par la fenêtre. J'en ai déduit que c'est que vous préfériez courir le matin en hiver. Probablement parce qu'il n'y a personne de levé à cette heure-là et que vous êtes seul.
Sephiroth souffla.
- C'est troublant. Je crois que vous me connaissez mieux que mes propres amis... C'est presque effrayant.
- Désolé, rougit Cloud. Je vous ai observé longtemps.
Il se passa un silence avant que Cloud ne reprenne la parole.
- Je peux vous poser une question ?
- Allez-y.
- Genesis m'a dit que vous n'êtes jamais sorti ensemble. Mais quand je vous ai vu vous embrasser...
- Genesis a un truc avec le fait d'embrasser les gens sur la bouche. Il est … Il est comme ça.
- Non, je veux dire, j'avais compris. Mais quand vous êtes revenu à l'école, après, vous étiez plus heureux. J'ai cru que c'est parce que vous aviez quelqu'un dans votre vie. Mais si ce n'est pas ça, c'est quoi ?
Sephiroth se figea un instant et finit par soupirer.
- Bon, si vous avez découvert tout le reste et que vous n'aviez rien dit, j'imagine que je peux bien vous dire ça. En réalité, j'ai... J'ai quelques problèmes avec ma famille.
- Oh... J'avais cru comprendre que vous n'en aviez pas...
- Oui. D'où le fait que ce soit compliqué. Bref. Quand j'étais en septième année, j'ai fait des recherches sur qui j'étais. Pour savoir ce genre de chose, on peut aller à Ste-Mangouste et ils vous font ce qu'il s'appelle un scan de magie. Ça peut aider à déterminer le taux de magie dans votre sang, le genre de magie qui vous correspond le mieux, et dans mon cas, si j'ai des membres de ma famille qui ont donné leur empreinte de magie, on aurait pu les retrouver. On n'a pas retrouvé mes parents, mais on a découvert des choses sur moi qui... Qui ont été dures à digérer. Et j'ai préféré taire ce que j'avais découvert. Et ça... Ça m'a bien anéanti. Jusqu'au jour où j'ai j'en ai parlé à mes amis parce que je ne supportais plus de garder ça pour moi. Ce jour-là, quand vous m'avez vu avec Genesis, c'était quelques jours après que je lui en aie parlé. J'ai essayé de les éloigner de ma vie, parce que je pensais que ça serait mieux, mais ils sont revenus et je m'en suis beaucoup rapproché depuis cette époque. C'est pour ça que j'étais plus joyeux à la rentrée. C'est parce que j'avais retrouvé un semblant de stabilité dans ma vie. Un semblant d'amour.
Cloud baissa la tête, confus. Ça allait bien au-delà de tout ce qu'il avait pu imaginer.
- Wow...
- Oui. Bien évidemment, je vous demanderai de n'en parler à personne, vous vous en doutez.
- Je garderais le secret.
- Je sais. Bref, tout ça pour dire que je vous présente mes excuses pour mon comportement. Et même si je suis flatté par votre affection... Quoi ?
Cloud le regarda en croisant les bras. Puis, il percuta.
- En fait, vous faites seulement semblant de jouer les méchants.
- Je vous demande pardon ?
- Quand vous m'avez aidé, il y a six ans, vous n'étiez pas obligé d'intervenir. Vous auriez pu laisser quelqu'un d'autre s'en charger ou faire comme si vous n'aviez rien vu. Mais vous êtes quand même intervenu et vous êtes allé contre un de vos amis...
- Qui a dit que c'était mon ami ?
- Vous. Vous avez dit que vous avez appris cette chose sur vous en septième année et que vous avez repoussé tout le monde jusqu'à il y a un an. Donc il était déjà votre ami. Donc vous êtes allé contre un de vos amis pour m'aider.
- Si vous croyez que j'avais un faible pour vous à onze ans, vous rêvez.
- Non, dit Cloud. Mais vous avez dit que c'est parce que les profs vous demandaient de jouer les gendarmes. Mais ce n'est pas vrai. Ce jour-là, vous êtes intervenu parce que vous pouviez intervenir. Pas parce qu'on vous l'avait demandé. C'est comme ce soir. Vous auriez pu juste ne rien faire. Mais vous êtes intervenu. Parce que je ne laisse pas faire ce genre de chose. Pas si je peux l'empêcher. C'est ce que vous m'avez dit.
Sephiroth détourna les yeux.
- En fait, vous intervenez parce que vous voulez intervenir.
- C'est ridicule.
Cloud sourit.
- C'est ça, le sale petit secret que Genesis a menacé de dévoiler ?
- Taisez-vous, Strife.
- En fait, le grand méchant professeur Sephiroth, avec ses retenues et son silence...
- Strife...
- Le grand méchant professeur a un cœur.
Sephiroth lui jeta un regard noir.
- N'importe quel être vivant a un cœur. C'est de la biologie élémentaire.
Cloud soupira et le regarda. Il dit d'une voix calme, presque à contre cœur.
- Et comment voulez-vous que je ne sois pas amoureux de vous, après ?
Sephiroth soupira.
- Essayez. Vous êtes mon élève, et ce genre de chose est inconvenant.
Cloud ne dit rien pendant un moment.
- Après... Je ne serais pas éternellement votre élève.
Sephiroth le regarda en silence.
- Même si ce n'était pas le cas, ça ne marcherait pas.
- Comment vous pouvez le savoir ?
- Si vous me connaissez vraiment, vous ne m'apprécieriez pas autant que vous le pensiez.
- Je pense que j'en suis le seul juge.
Sephiroth le regarda longuement.
- Vous voulez savoir comment je le sais ?
L'ambiance était devenue tout à coup lourde. Cloud le regarda et hocha timidement la tête.
Sephiroth se leva et retira sa robe de sorcier. Puis il retira son pardessus et sa chemise. Et alors que Cloud avait toujours imaginé cet instant rempli de passion, ce qu'il avait devant lui le frappait d'horreur. Le corps de son enseignant était mutilé de part et d'autre. Il avait des cicatrices qui avaient semblé s'agrandir avec le temps et elles zébraient son torse. Certaines semblaient plus profondes que les autres.
- Qui vous... Qui vous a fait ça ?
- Le directeur m'a trouvé comme ça, répondit Sephiroth la voix éteinte. On suppose que ce sont mes parents.
- Qu'est-ce qu'ils vous ont fait ?
Sephiroth tripota sa chemise du bout des doigts.
- On a découvert qu'ils ont fait des expériences sur moi.
- Quels genres de...
- Le genre qu'on ne pratique pas sur un être humain. Ni sur un animal si on a une quelconque once de décence.
Il posa sa chemise.
- On pense qu'ils ont essayé de faire quelque chose avec ma magie, parce qu'elle est détraquée. J'ai mis longtemps avant de l'avoir sous un quelconque contrôle. Aujourd'hui, j'évite de m'en servir parce qu'au delà des sorts les plus simples, j'ai des ratés et je peux faire beaucoup de dégâts avec ma baguette.
Cloud s'approcha de lui et tout doucement, il posa sa main sur une des cicatrices.
- Vous vous verriez passer votre vie avec un sorcier défiguré qui ne fait pas de magie ? Rigola faiblement Sephiroth. Parce que c'est ce que je suis.
Cloud leva les yeux vers lui. Doucement, il mit sa main sur sa joue et murmura.
- Si je n'étais pas ton élève, je t'aurais embrassé pour que tu saches que oui. Bien sûr, que je voudrais passer ma vie avec toi.
Sephiroth le regarda intensément et posa sa main sur la joue du blond.
- Si tu n'étais pas mon élève, j'aurais aimé que tu le fasses.
Il s'écarta de lui avant de se rhabiller. Quand il se tourna vers Cloud, celui-ci prit une grande respiration.
- Merci pour ce soir, professeur. Et je vous dis à la fin de l'année.
Sephiroth sourit légèrement.
- On se voit à la fin de l'année, alors, monsieur Strife. J'ai hâte.
