Final Fantasy VII appartient à Square Enix. Merci de ne pas reposter cette histoire ailleurs sans m'en informer. Tout vol ou plagia sera signalé. Merci.
Day 6 : Hanahaki
Le compte à rebours avait commencé. Cloud avait craché un pétale.
Il avait eu la chance d'avoir reconnu tout de suite le premier symptôme. La plupart des gens qui avaient la maladie d'Hanahaki ne s'en rendaient compte qu'au bout d'un certain temps.
Mais dans son malheur, Cloud avait déjà vu ce pétale. C'était le même que sa mère avait craché avant de mourir. Elle avait essayé de lui cacher, mais il avait fini par découvrir la vérité. Elle avait pris le temps de lui expliquer, allongée dans son lit, quelques semaines avant sa mort, ce qu'était en train de lui arriver. Quand quelqu'un éprouvait un amour à sens unique, certaines fois, il attrapait la maladie d'Hanahaki. Dès le premier pétale, le compte à rebours se déclenchait et il restait un an au malade pour faire en sorte que son amour lui soit retourné. Sinon, il continuait de cracher de plus en plus de pétales, puis des fleurs entières. Quand on commençait à cracher une fleur, le compte à rebours s'accélérait et il ne restait qu'un mois à agir. Et si la personne atteinte n'y arrivait pas, on la retrouvait morte quelque part, la bouche pleine de pétale et la gorge pleine de végétation.
Quand Cloud avait compris ce qui lui arrivait, il n'avait pas pleuré, pas hurlé. Il avait juste accepté. Il savait pertinemment de qui il était amoureux, et ça ne serait jamais réciproque. Il lui restait juste un an à vivre, alors il voulait en profiter.
Au début, ça avait été simple. Il s'était donné comme mission de rentrer dans le SOLDAT, ne serait-ce qu'en Troisième Classe. Pour se prouver qu'il en était capable. En six mois, c'était parfaitement faisable.
Au début, personne n'avait rien vu. Il arrivait très bien à cacher sa condition à ses camarades d'unité et à part lui dire qu'il devait consulter pour sa toux, personne n'avait fait de commentaires. Mais malheureusement, après cinq mois d'efforts, son capitaine lui avait refusé sa validation.
- Tu n'es pas assez solide, Strife, avait-il dit. Tu es trop petit, trop maigrichon. D'accord, tu es rapide et malin, mais ça ne suffira pas. Entraîne-toi davantage et on en rediscutera dans un an.
Cloud n'avait rien dit, avait remercié son capitaine pour son temps et avait démissionné de l'armée le lendemain. Il avait loué une chambre d'hôtel dans laquelle il tournait en rond en se demandant quel genre de boulot il pourrait faire en attendant la fin quand Zack était venu le voir en lui demandant des explications sur son départ. Comme à tout le monde, il lui mentit.
- Je pense que ça n'est pas fait pour moi, je vais essayer de me reconvertir dans autre chose.
- Oh, Spiky... avait soupiré Zack. C'est dommage que tu abandonnes.
Cloud souriait.
- J'ai envie de faire autre chose de ma vie.
- Et tu sais quoi ?
- Pas encore.
Il se força à sourire.
- Mais je vais bien trouver !
S'en était suivi une longue argumentation pendant laquelle Zack l'avait convaincu de lui payer à dîner ''en souvenir du bon vieux temps''. Cloud s'était laissé tenter une fois, puis deux, puis une fois par semaine. Il y avait quelques fois où Zack annulait parce qu'il était en mission, mais dans l'ensemble, ça faisait plaisir à Cloud. Puis son état avait commencé à s'aggraver.
Il ne toussait pas encore des fleurs entières, mais le nombre de pétales avait singulièrement augmenté. Son médecin lui avait conseillé une opération. Comme personne n'avait compris comment enlever les fleurs, l'opération consistait à enlever injecter un produit qui enlevait les émotions. Ça cramait le cœur, comme l'avait si bien imagé son médecin. Mais Cloud avait refusé. Sa mère lui avait dit avant de mourir qu'elle était heureuse d'avoir eu la chance de tomber amoureuse, et qu'elle ne regrettait ça pour rien au monde, même pas sa maladie. Alors Cloud avait décidé de faire de même. Mieux valait une vie raccourcie qu'une vie sans émotions.
Zack avait fini par découvrir sa maladie un jour où il avait défoncé sa porte parce que Cloud mettait trop de temps à lui ouvrir. Il l'avait entendu tousser et était entré de force pour être sûr que tout allait bien. Cloud avait été obligé de tout lui raconter. Zack l'avait enlacé, avait un peu pleuré et il lui avait demandé s'il pouvait faire quelque chose.
- On ne peut rien faire, avait dit Cloud en crachant un autre pétale.
- On ne peut pas aller voir la personne que tu aimes et...
- Non !
- Mais si on lui parle...
- Zack, ça ne marche pas comme ça. On ne peut pas forcer les gens à tomber amoureux.
Zack l'avait serré contre lui.
- C'est pour ça que tu as quitté l'armée.
- Difficile de viser quand tu t'étouffes avec des fleurs.
- J'aimerais faire quelque chose...
Cloud soupira.
- Je peux te demander quelque chose ?
- Tout ce que tu veux.
- J'arrive...
Il trembla.
- Je ne supporte pas d'être seul. Je sais que c'est égoïste de ma part, mais est-ce que je peux venir chez toi, pour le reste... Jusqu'à la fin ?
- Bien sûr, Cloud, s'était empressé de répondre Zack. Tout ce que tu veux.
- Ça veut dire que quand je vais mourir, tu devras t'occuper de...
- Chut. Je sais ce que ça implique. Je veux t'accompagner.
Cloud l'avait remercié plusieurs fois et quand il avait fini de tousser, ils avaient déménagé son petit appartement pour celui plus grand de Zack. Avec l'aide d'amis du Première Classe, ils s'étaient infiltrés dans la Tour ShinRa et avaient réussi à atteindre l'appartement de Zack.
Zack l'avait installé dans sa chambre d'amis en lui répétant dix fois de faire comme chez lui, de ne pas se gêner pour se servir dans le frigo ou de la télé. Au début, ça allait relativement bien. Cloud faisait le ménage et à manger et lisait ou regardait la télé pendant la journée. Et quand Zack revenait, même s'il était fatigué, il faisait tout pour divertir le mourant. Il lui racontait ses journées, l'emmenait au théâtre ou lui faisait rencontrer ses amis.
Pendant deux mois, l'état de Cloud empira et après l'avoir retrouvé évanoui avec la bouche pleine de pétale, le téléphone posé à côté de lui, le Première Classe avait demandé à faire moins de mission sur le terrain, histoire d'être toujours dans les environs s'il y avait un problème. Quand on lui avait demandé pour quel motif, il avait répondu que c'était pour raisons personnelles et ça avait fait tiquer ses supérieurs. Mais il avait refusé de s'expliquer davantage, en disant qu'il pourrait reprendre un rythme de missions normal dans trois mois. Ses supérieurs avaient refusé et il avait alors demandé à être en vacances pour les trois prochains mois. Quand on lui avait demandé s'il s'agissait d'une blague, il avait gardé son sérieux à la grande surprise de tous et avait répondu :
- Si c'était une blague, j'aurais rigolé. Et je n'ai pas envie de rire.
Il avait fini chez Sephiroth qui lui avait ordonné de s'expliquer. Mais Zack avait refusé. Même une menace de rétrogradation ne l'avait pas fait ciller. Le Général avait été intrigué.
- Je pense que j'ai droit à une explication sur pourquoi tu es en train de détruire ta carrière.
- Je ne te le dirais pas.
- Même sans rentrer dans les détails ?
Zack soupira et répéta ce qu'il avait déjà dit.
- J'ai mes raisons.
- Qui sont ?
- Personnelles.
On frappa à la porte.
- Oui ?
Sa secrétaire entra.
- Monsieur, j'ai un jeune homme ici, qui dit qu'il veut vous parler.
- Renvoyez-le, dit Sephiroth comme si c'était une évidence.
- Monsieur, ce jeune homme dit qu'il sait pourquoi le Première Classe Zack Fair demande des missions uniquement dans Midgar.
Zack se retourna en disant 'C'est pas vrai !' et intrigué, Sephiroth le suivit. Cloud était assis devant le bureau de sa secrétaire, pâle comme un linge. À trois mois de la mort, respirer devenait de plus en plus difficile. Il ne dormait plus assez car il se levait presque toutes les nuits pour cracher des pétales de fleurs de plus en plus nombreux.
Zack se précipita vers lui.
- Mais qu'est-ce que tu fais là ! Je t'avais dit de ne pas sortir de la maison !
- Je ne vais pas te laisser jeter ta carrière par la fenêtre.
- Et si tu as un problème ? Personne ne pourra t'aider et …
- Je peux savoir ce qui se passe ? Demanda Sephiroth, derrière Zack.
Cloud fut pour une fois soulagé d'être aussi fatigué parce qu'il était sûr que s'il lui restait du sang dans le corps, il serait allé directement dans son visage.
- C'est à cause de moi si Zack veut rester dans le coin.
- Cloud, tu n'es pas obligé de...
Mais Cloud le dépassa et regarda Sephiroth. Il devait avoir l'air bien pitoyable, avec un manteau trop grand serré autour de lui, les cheveux en bataille et le teint aussi pâle que la mort elle-même.
- Qui êtes-vous ? Demanda Sephiroth poliment.
- Je m'appelle Cloud, je suis le colocataire de Zack. C'est parce qu'il veut s'occuper de moi s'il demande à rester dans les environs de Midgar.
Cloud ne s'attendait certainement pas à ce que la première discussion qu'il ait avec la personne qu'il aimait tellement que c'était en train de le tuer se passe comme ça.
- Et je peux savoir pourquoi ?
- Je suis malade et Zack veille à ce que je ne meurs pas avant mon heure.
Sephiroth fronça les sourcils.
- Vous êtes très malade ?
Cloud soupira.
- J'ai la maladie d'Hanahaki.
- Je ne sais pas ce que c'est.
- C'est quand tu aimes quelqu'un mais qu'elle ne t'aime pas en retour, expliqua Zack. Des fois, tu as Hanahaki, qui te remplit de fleurs jusqu'à ce que tu t'étouffes avec.
- D'accord... Et c'est soignable ?
- Non, dit Cloud.
- J'ai cru entendre parler d'une opération, intervint la secrétaire.
- Je refuse de me faire transformer en robot, dit Cloud. C'est une opération qui consiste à se faire retirer toute émotion pour enrayer l'infection. Mais je refuse de vivre une seule seconde sans émotion.
- Ça vous sauverait la vie, pourtant, commenta Sephiroth.
- Je préfère vivre une vie raccourcie qu'une vie longue sans émotion.
Il s'attendait à une remarque acerbe au vu du regard que lui lançait Sephiroth, mais il se contenta de regarder Zack.
- J'appuierais ta demande.
Et il s'en alla. Cloud resta immobile et Zack le ramena à leur appartement.
L'état de Cloud empira jusqu'au jour où il cracha une fleur entière. Il se retint de laisser aller sa tristesse et la brûla dans l'évier. Depuis quelques semaines, il avait décidé de la manière dont il allait partir. Zack ne connaissait pas exactement la date de son premier pétale. Et s'il pouvait lui cacher qu'il crachait des fleurs à présent, ne serait-ce qu'une semaine, ça irait. Parce que son dernier soir, il dirait à Zack d'aller voir sa petite amie pour ne pas lui infliger sa mort. Bien sûr, il le retrouverait mort en revenant, mais il avait vécu les derniers moments d'une maladie d'Hanahaki avec sa mère et il ne voulait imposer ça à personne.
Quand Zack revint, Cloud fit comme si de rien était.
- J'ai invité des amis à manger, ça ne te dérange pas ?
Cloud sourit faiblement, enroulé dans un plaid.
- Non. Ça me fera du bien de voir les gens.
- Tant mieux, j'ai fait des courses.
- Tu veux que je t'aide ?
Il se mit à tousser et courut dans sa chambre. Il entendit vaguement Zack poser ses courses et le rejoindre. Il cracha une grosse quantité de pétale, mais pas la moindre fleur.
- Je vais annuler, pour ce soir, dit Zack.
- Non, non, surtout pas.
- Tu es sûr ? Tu es encore faible...
Il toussa encore quelques pétales.
- Oui. Ma condition ne risque pas de s'améliorer. Invite tes amis. S'il te plaît.
Malgré son désaccord, Zack accepta et ils se retrouvèrent à manger à quatre. Deux des amis de Zack avaient décommandé. Cloud rencontra alors Aerith, la petite amie de Zack dont il avait si souvent entendu parler et avait eu le plaisir mitigé de revoir Sephiroth. Alors que Zack débouchait des canettes de bière en discutant avec Sephiroth de leur prochaine mission, Aerith entraîna Cloud un peu plus loin. Elle lui fit un sourire triste et chaleureux.
- Zack m'a expliqué ton état.
- Je m'en doutais un peu. Bon, ça veut dire que tout le monde est au courant, ce soir.
Il sourit.
- Ça m'évitera d'inventer un mensonge pour expliquer mes voyages dans la salle de bain.
Mais Aerith semblait triste.
- Je sais que c'est douloureux. Tu n'es pas obligé de te forcer à sourire, tu sais.
Il continua de sourire.
- Je vais bien, tu sais. Zack me demande souvent pourquoi je ne suis pas plus abattu que ça, mais c'est la vérité, je vais bien.
- Tu n'as pas peur de mourir ?
- Tout le monde doit mourir un jour. Et j'ai l'avantage de savoir quand arrivera la mienne.
Elle soupira doucement.
- Tu sais, Zack est très abattu. Il a déjà perdu un ami, et il a eu du mal à s'en remettre. Je ne sais pas s'il arrivera à surmonter la tienne.
- À ce propos, dit Cloud en l'écartant un peu plus de la cuisine. J'ai quelque chose à te demander.
- Oui ?
- Il y a un soir, dans quelque temps, j'ai... J'ai prévu un truc, et j'aimerais éloigner Zack de l'appartement. Est-ce que tu pourras lui demander de te rendre visite quand je t'enverrai un message ?
Aerith sourit tristement.
- Et j'imagine qu'il n'aimera pas ce que tu as prévu ?
Cloud la regarda en écarquillant les yeux.
- Tu es plus près de la fin que tu ne le dis, dit Aerith.
- Comment tu as deviné ? Demanda Cloud
- Je connais les fleurs, dit Aerith. Et Zack m'a dit que tes pétales avaient grossi.
Estomaqué, Cloud se laissa tomber contre le mur.
- Ne lui dis pas, s'il te plaît.
- C'est prévu pour quand ?
- J'ai craché ma première fleur aujourd'hui.
Elle lui mit la main sur l'épaule et lui dit :
- Je suis désolé.
Mais Cloud sourit doucement.
- C'est la vie.
Il reprit un air triste.
- Tu pourras l'éloigner de la maison ?
- Pourquoi veux-tu faire ça seul ?
- Je sais ce que ça fait, d'être là les derniers instants d'Hanahaki. Et je ne veux pas qu'il voie ça.
- Hey !
Zack leur faisait signe. Elle sourit à Cloud.
- Tu peux compter sur moi.
Ils dînèrent sur la petite table de la cuisine et le repas se fit dans la plus grande convivialité. Tout le monde discutait de tout et de rien. À un moment, ils racontaient des anecdotes drôles et Cloud fut pris d'une quinte de toux et s'excusa. Zack soupira et se leva pour aller l'aider, mais Sephiroth lui fit signe de rester assis. Il se leva et alla voir Cloud.
Aerith frotta gentiment le dos de Zack.
- Hey, ça va aller...
Zack soupira une deuxième fois et essuya une petite larme du coin de l'œil.
- C'est mon meilleur ami et il est en train de mourir.
Il lâcha un sanglot et se mit à pleurer silencieusement. Aerith l'embrassa sur la joue et lui demanda qu'il ne bouge pas. Elle alla voir les deux autres dans la salle de bain et Cloud avait la tête penchée au-dessus de la poubelle, mais il ne crachait plus de fleurs.
- On va aller acheter quelque chose que Zack a oublié, d'accord ? On peut vous laisser seul vingt minutes ? Ça ira ?
- Je m'occupe de lui, dit Sephiroth.
Cloud lui sourit avant de se remettre à cracher des pétales. Elle lui sourit et retourna dans la cuisine. Zack était toujours assis, les mains sur les yeux à essayer de se retenir de pleurer.
- Viens, lui dit-elle gentiment.
Elle le prit par le bras et le leva délicatement. Elle sourit.
- Viens, on va aller faire un tour. Ça te fera du bien.
Il la remercia avant de l'embrasser sur le front. Dans la salle de bain, Cloud avait cessé de cracher des pétales.
- Vous pensez que ça va aller ? Demanda Sephiroth.
- Je crois, dit Cloud.
- Vous toussez combien de fois par jour ?
- J'ai des toux toutes les six heures environ, dit Cloud.
- Ce qui veut dire que vous êtes proche d'entrer dans votre dernier mois.
Cloud le regarda, stupéfait.
- Je me suis renseigné, dit Sephiroth en souriant.
Cloud sourit faiblement.
- J'y suis rentré aujourd'hui.
- Zack est au courant ? Demanda Sephiroth.
- Non, dit Cloud avec un soupir.
Ils entendirent la porte d'entrée se fermer.
- Non, il n'est pas courant. S'il vous plaît, ne lui dites rien.
- Pourquoi vous ne voulez pas qu'il soit au courant ?
- Je ne veux pas... Je ne veux pas qu'il me voie quand je mourrai. Je ne voudrais infliger ça à personne. Et je sais qu'il va insister pour rester, si je lui dis.
- Je garderais le secret, dit Sephiroth après un instant.
- Merci, dit Cloud.
Sephiroth l'aida à se relever.
- Cloud, ce n'est sans doute pas la meilleure des choses à dire, mais... Je suis désolé. De vous savoir malade. Surtout pour une chose aussi stupide.
- L'amour n'est pas stupide, dit Cloud.
- Non, pas l'amour. Ce qui est stupide, c'est la personne que vous aimez. Parce que vous êtes une personne bienveillante, Cloud. Et si cette personne ne vous aime pas, elle est vraiment idiote.
Cloud lui sourit gentiment.
- Merci, monsieur.
Sephiroth repartit vers la cuisine et Cloud soupira. Si tu savais, mon pauvre... Si tu savais...
Cloud revit plusieurs fois Sephiroth après ça. Il prenait toujours le temps de lui rendre visite, malgré son emploi du temps chargé. Au début, Cloud pensait qu'il venait voir Zack, mais il arrivait que Sephiroth passe quand il était tout seul. Ils regardaient des films, passaient de longues heures à discuter en buvant un chocolat chaud. Cloud avait espéré que s'il apprenait à le connaître vraiment, peut-être qu'il arrêterait de l'aimer. Mais à son grand regret, le fait de le côtoyer n'avait pas changé ses sentiments, au contraire. Sephiroth était gentil, toujours poli. Il l'aidait quand ses fleurs devenaient de plus en plus grosses. Il le calmait et le faisait boire de l'eau quand sa quinte de toux était calmée. Il lui avait même ramené de la Ventoline, directement récupérée de l'infirmerie, pour l'aider à mieux respirer. Sa respiration devenait de plus en plus difficile. Il avait l'impression d'être en feu avec l'irritation de la végétation à l'intérieur de son corps. Et quand arriva le jour fatidique, Cloud avait envoyé un message le soir à Aerith. Zack n'était pas rentré à l'heure habituelle et juste après, Aerith lui envoya un message : Il est avec moi.
Cloud la remercia et se leva difficilement du lit. En tremblotant, il chercha du papier et commença à rédiger des lettres. Il en écrivit une à Zack en lui demandant pardon et en lui décrivant quel soutien et quel ami merveilleux il avait été. Il en écrivit une plus courte à Aerith où il la remerciait et lui souhaitait le meilleur du monde. Puis vint celle destinée à Sephiroth. Il hésita longuement sur ce qu'il devait marquer et finit par changer d'avis. Il voulait lui dire la vérité sur ce qu'il ressentait. Mais si Zack la lisait, il était probable qu'il ne pardonnerait jamais à Sephiroth. Il posa les deux lettres en évidence sur la table de la cuisine et alla récupérer son téléphone portable.
La journée arrivant à son terme, marquant ainsi la fin de sa vie puisqu'il savait qu'il ne passerait pas la nuit, il s'installa confortablement dans son lit et composa le numéro de Sephiroth. Il sonna quatre fois avant que Cloud ne laisse tomber. Vu l'heure, il devait déjà probablement dormir. Mais quelle ne fut pas sa surprise de voir Sephiroth le rappeler.
- Allô ?
- Allô, Cloud ? Tu m'as appelé ?
- Oui. Excuse-moi, tu dormais ?
- Malheureusement pas encore. J'ai de la paperasse à rédiger. On part en mission demain, avec Zack, alors je dois finir le rapport préliminaire.
- D'accord.
- Tu voulais me parler ?
Cloud soupira en regardant le réveil. Il indiquait 23h57.
- Je voulais juste entendre ta voix.
- Cloud, tout va bien ? Demanda Sephiroth anxieux.
- Ça va, dit Cloud d'une petite voix. Je dois t'avouer quelque chose, Sep...
Il se mit à tousser et sortit plusieurs fleurs à la suite. En reprenant sa respiration, il entendait Sephiroth l'appeler dans le téléphone.
- Cloud, où es-tu ? Zack est avec toi?
- Non, dit Cloud d'une toute petite voix. Non, il est pas là.
- D'accord, je vais l'appeler...
- Non ! Cria presque Cloud.
Il se remit à tousser des pétales.
- Non, s'il te plaît, implora-t-il.
Il était 23h58.
- Si je t'ai appelé, reprit-il, c'est parce que je dois t'avouer quelque … Quelque chose.
- Dis-moi ?
- C'est dur, dit Cloud en pleurant. C'est si dur...
- Cloud, où es-tu ?
- Pas chez Zack, mentit Cloud. Après qu'il soit parti, je suis dans un parc. Je ne voulais pas que Zack me retrouve.
- Dis-moi où tu es et je viendrais te chercher.
- C'est trop tard, Sephiroth.
Il entendit un bruit de couinement dans le téléphone.
- C'était ton dernier jour, aujourd'hui ?
- Oui, pleura Cloud.
- Dis-moi où tu es, implora Sephiroth. Ne fais pas ça tout seul.
- C'est trop tard, dit Cloud. Sephiroth, je t'ai appelé pour te dire... Pour te dire...
Il toussa davantage. Il cracha une grosse poignée de pétales. Il renifla.
- Si je t'ai appelé, c'est pour te dire que je t'aime, pleura Cloud.
Sephiroth ne lui répondit pas durant un moment.
Il était 23h59.
- Oh, Cloud... Je suis... Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
- Ça fait des années que je suis amoureux de toi, dit Cloud. J'ai toujours espéré ne pas attraper Hanahaki parce que je savais que je n'aurais aucune chance de m'en sortir. Et je pensais que si je te rencontrais en vrai, ça changerait peut-être quelque chose mais... Je suis désolé...
Il pleura et il entendit Sephiroth s'agiter dans tous les sens. Cloud fut pris d'une violente quinte de toux. Il était minuit.
Ce qui le réveilla en premier, c'était l'alarme. On entendait l'alarme de l'étage résonner de partout. Cloud releva la tête du lit et perçut des bruits étouffés qui venaient sans doute du couloir principal de l'étage, comme des gens qui couraient. Puis en tendant l'oreille, il entendit quelqu'un pleurer. Il se leva et sortit du lit, encore un peu embrumé. Il trouva Zack et Aerith en train de pleurer dans la cuisine. Il resta figé et Aerith fut la première à remarquer qu'il était là. Elle poussa un cri en se levant et l'enlaça. Zack releva la tête immédiatement et se leva à son tour quand il vit Cloud et le serra contre lui.
- Jamais plus tu me fais ça, okay ?
- Je ne comprends pas, dit Cloud.
Zack lui tendit la lettre. Et ça revint dans son esprit. Il avait Hanahaki et hier était son dernier jour.
- Pourquoi je ne suis pas mort ? Demanda-t-il.
Il s'arrêta un instant et remarqua quelque chose d'encore plus troublant.
- Et pourquoi je respire aussi bien ?
Zack et Aerith le lâchèrent et se regardèrent. Cloud les regarda. Et courut vers la sortie de l'appartement.
- Cloud ! Appela Zack derrière. Cloud, qu'est-ce qu'il se passe ? Tu devrais retourner au lit !
- Il est où ? demanda Cloud.
- Qui ?
- Sephiroth !
- Pourquoi ?
Zack se figea et grogna.
- C'est lui que tu aimes ?! Pourquoi tu ne m'en as pas parlé !
Il se passa la main dans les cheveux.
- Putain, si j'avais su que c'était lui...
- Zack, dit Cloud en courant vers lui.
Il le prit par les épaules.
- Je suis guéri. J'ai besoin de savoir où il est.
Zack soupira.
- Ce matin, il a explosé la salle de simulation et les créatures dans le laboratoire d'Hojo à coup d'épée. Depuis, il s'est confiné dans ses appartements. Personne n'arrive à l'en déloger.
- Merci.
Cloud sortit de l'appartement en courant. Il alla vers les appartements de Sephiroth, trois couloirs plus loin. Il vit trois Turks lui parler à travers la porte alors qu'une escouade de soldats essayaient de l'enfoncer. Cloud s'approcha, se faufila entre les soldats et frappa sur la porte.
- Recule, petit, dit un Turk avec les cheveux roux en l'éloignant.
- Non ! Sephiroth !
Et alors que les soldats allaient donner un énième coup d'épaule dans la porte, elle s'ouvrit. Sephiroth apparut, le teint pâle et tout de suite il repéra Cloud. Il se précipita vers lui pour l'enlacer. Cloud le serra contre lui.
- Tu es vivant...
- Je suis guéri, dit-il.
Sephiroth s'écarta un peu.
- Cloud...
- Je sais.
Cloud l'embrassa et Sephiroth le serra davantage.
- Général, dit un Turk wutaien. Vous devez...
- Non, marmonna Sephiroth en soulevant Cloud.
Il rentra dans son appartement et referma la porte d'un coup de pied.
- Général !
À l'intérieur, ils entendirent les coups sur la porte reprendre.
- Tu n'as pas peur qu'elle cède ?
- Non. Acier trempé. Elle résisterait à l'explosion d'une bombe mako.
Il le regarda.
- Ne me refais jamais ça. J'ai cru que j'allais mourir de désespoir...
Cloud rigola et prit son visage dans ses mains. Il sentait les larmes de joie couler.
- Je te le promets.
Sephiroth l'embrassa sur le front et le serra contre lui.
