La Leçon de Perséphone
Perséphone était assise dans la limousine blanche de sa mère. Elle scrollait son texte et ses préparations depuis des mois sur son téléphone pour s'assurer une dernière fois qu'elle n'avait rien oublié. Elle l'entendait parler et ne répondait que lorsque c'était nécessaire. Et encore, uniquement des monosyllabes.
– Vas-tu encore rester muette longtemps ?
– Je revois mon texte, Mère, rétorqua-t-elle en lui jetant à peine un regard. Je veux que tout soit parfait.
– Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as choisi une robe noire.
– Le noir me va mieux au teint, Mère. Et je suis adulte. Si vous ne souhaitez pas que ma langue soit un tantinet plus acérée et ma plume plus tranchante dans mon prochain article.
– Tu n'oserais pas !
– En plus de travailler à l'orangerie, je continue à travailler à distance pour le New Athens News, Mère. Tu as du le remarquer. Leurs principes est de recueillir la vérité.
– Comme tu l'as fait avec tes articles sur Hadès ?
– Exactement. Je lui ai rendu justice. A distance.
– Pour te venger ?
– La vengeance n'a rien à voir là-dedans, Mère. Croyez-moi, si je voulais me venger, le monde tremblerait.
La limousine arriva à proximité du lieu du Gala et elle sortit un petit miroir. Cela lui restait étrange de parader sans son Charme mais ce soir, elle était l'organisatrice du Gala Olympien.
Et cela ne se passerait pas comme tout le monde le pensait. Elle était prête. Cela faisait des mois, des années même, qu'elle préparait son retour à la Nouvelle Athènes. Et il ne serait pas bon pour tout le monde. Il était de remettre les choses en place et elle s'était désignée pour le faire, quoi que cela lui coûte. Le monde… tremblerait.
La limousine s'arrêta et elles sortirent sur le tapis rouge. Là, Perséphone fit de son mieux pour paraître devant les photographes. Droite, fière, elle ne laissa transparaître rien de plus qu'un sourire doux et bienveillant mais son regard émeraude pouvait transpercer les cœurs et les âmes.
Elle avait hâte que le spectacle commence…
Elle était avec une coupe de champagne en main. Ce n'était pas son alcool préféré mais elle voulait commencer en douceur pour préserver les apparences. Du moins pour le début. Elle veillait juste à ce que son illusion ne perce pas. Elle y avait travaillé très dur, communiquant avec Hécate dans le plus grand secret et même si la déesse infernale était loin de connaître tous les points de son plan, elle avait été d'un grand soutien car elle avait compris. Elle avait senti sa colère.
Les lieux étaient clairs, aux décors floraux, à l'image du printemps. Ce qu'elle était supposée être. Sauf qu'elle était bien trop sombre et lunatique pour n'être que cela et elle allait le faire comprendre à tous.
– Lady Perséphone, salua une voix qu'elle ne pensait pas réentendre de sitôt.
Elle créa des papillons dans son ventre et une pointe en son cœur. Elle veilla toutefois à garder son masque intact alors qu'elle se tournait vers lui.
– Lord Hadès.
Ses yeux d'obsidienne le fixaient de la tête aux pieds mais plus encore, ils voyaient son âme.
– Vous aimez ce que vous voyez ? demanda-t-elle.
Il pinça les lèvres. Elle se demanda pourquoi.
– Tout dépend de ce que vous voulez que je vois, Déesse.
Il détourna le regard à l'approche d'un serveur et attrapa un verre de whisky. Jugeant qu'il était temps, Perséphone attrapa le deuxième verre présent sur le plateau et en but une gorgée. Cela allait barder.
– Tu m'expliques ce qu'il se passe ?
– Veille à bien manger sera mon seul conseil, Hadès, fit-elle en s'éloignant.
Il lui saisit le poignet.
– Perséphone, je sens la magie d'Hécate fortement imbriquée à la tienne. Qu'est-ce que tu prépares ?
Cette main puissante brûla sa peau, la faisant fondre de désir. Elle l'aimait toujours. Elle l'aimait et elle le haïssait. Les conséquences de ces jeux divins qu'elle exécrait. Elle leva lentement les yeux, une expression dangereuse et sauvage sur le visage.
– Si tu ne veux pas qu'on réitère ce qu'il s'est produit dans ton palais à notre dernière entrevue, je te suggère fortement de me lâcher. Tout de suite.
– Est-ce un ordre ?
Elle pencha la tête sur le côté, pensive.
– Une demande. Quand je te donnerai un ordre, tu le sauras.
Il la lâcha. Et juste à temps car sa mère approchait.
– Je t'ai déjà dit de ne plus…
– Mère, je suis pleinement capable de me défendre, siffla-t-elle sans attirer l'attention. Même d'Hadès. Mais évitons de nous mettre en colère n'est-ce pas ? On ne voudrais pas un scandale public alors que ce serait tellement plus amusant de recommencer dans notre magnifique orangerie…
– Détruis-la encore, Korè et je te ferai passer un savon que tu ne seras pas prête d'oublier !
Et Déméter s'en fut d'un pas contrarié.
– Tu as définitivement du pouvoir maintenant, fit Hadès, admiratif. Tu as réussi. Même si ce n'est pas de la façon dont je l'espérais.
– Entre Aphrodite, ma mère et toi pour me manipuler et me moduler à votre convenance, tu t'attendais à quoi ?
– Tu es pleine de rancœur.
– Si seulement tu savais…
– Je le vois dans ton âme, Perséphone. Ce que je veux comprendre, c'est ce que tu as l'intention de faire.
Perséphone marcha lentement vers les hors-d'œuvre présentés et se servit. Elle sentit qu'il la suivait.
– Tu tiens vraiment à t'attirer les foudres de ma mère ?
– Déméter ne m'effraie pas.
– Et moi ?
– Ce n'est pas un jeu, Perséphone.
Elle se tourna vers lui et lui fit un sourire. Un sourire sans la moindre joie qu'elle savait aussi machiavélique que le sien. Elle s'était entrainée des mois durant devant un miroir pour se le construire. Et elle était assez fière de son petit effet en voyant ses deux sourcils se froncer.
– Oh que si, Lors Hadès. Tout ceci n'est qu'un jeu. Un jeu que les dieux s'évertuent à jouer, changeant constamment les règles parce qu'ils le pensent être sans conséquence. Il est temps.
– Temps de quoi ?
– Toi et moi avons déjà joué bon nombre de fois. Je ne suis probablement pas meilleure au poker mais je peux te l'assurer : aujourd'hui, j'ai une quinte flush.
– Et ton adversaire ?
– Mes adversaires, corrigea-t-elle en ajustant son nœud papillon.
Elle attrapa deux petits toasts recouverts de gelée de groseilles et de quelques feuilles de menthe élimée sur le sommet. Elle en tendit un à celui qui avait été pendant un temps son amant, son amour qui faisait toujours si douloureusement battre son cœur.
– Cela dépend qui, termina-t-elle, mystérieuse avant de croquer et savourer son toast. Mange, Lord Hadès. De préférence, devant les caméras.
Il fixa un instant le toast entre ses doigts puis elle. Il dut voir quelque chose dans son âme car il l'enfourna et suça son pouce où s'était répandu un peu de gelée avant de se resservir une petite assiette et se poster bien en vue.
Perséphone retint un sourire en le constatant et continua à circuler et parler aux dieux et aux hommes comme elle était supposée le faire. Sourires de façades et compliments polis mais toujours sincères quand elle le pouvait alors que dans l'ombre, elle invitait tout le monde à se servir et manger des aliments issus des immenses jardins de sa mère.
Elle échangea un regard avec Hécate et un sourire apparut en même temps sur leur visage. Elle la vit monter à l'étage pour ramener les quelques personnes qui s'étaient déjà dirigés vers l'exposition dont notamment des journalistes et…
Elle sourit et vint serrer une mortelle devant tout le monde.
– Perséphone !
– Bonsoir Lexa.
– Franchement, tu t'es surpassée !
– Attends que le rideau tombe avant de me complimenter, confia la déesse avec un sourire enfin réelle sincère.
Elle retrouvait cette mortelle avec qui elle avait eu tellement de complicité. Et ensembles, elles discutèrent un moment, avec ou sans des dieux en leur compagnie.
Soudain, elle sentit la fluctuation dans le Charme, Hécate lui donnait le plein pouvoir pour que tout se passe selon son plan.
– Lexa, est-ce que tu peux me faire plaisir ?
– Bien sûr, tout ce que tu voudras.
– Va auprès d'Hadès. Et quoi qu'il arrive, reste derrière lui.
Elle fronça les sourcils et la regarda avec attention.
– Pourquoi ?
– Tu as confiance en moi ?
– Oui.
– Alors fais ce que je te demande.
Lexa hocha la tête sans vraiment comprendre mais lui fit un sourire.
– Si ma déesse favorite me le demande, alors je m'en vais obéir de ce pas.
Perséphone leva les yeux au ciel et secoua la tête alors qu'elle la voyait partir. Elle partit dans l'autre sens et s'avança vers l'estrade. Elle fusilla une nymphe de sa mère et lui somma de s'écarter.
– Mais je…
– Retourne auprès de ma mère, Nymphe. Je me charge de la présentation.
– Votre mère va…
– Qui crains-tu le plus ? attaqua-t-elle en lui attrapant le poignet.
La nymphe s'apprêta à pousser un cri mais de son Charme, Perséphone bouilla dans son sang pour la rendre atone le temps de son cri afin de ne pas attirer l'attention.
– Si tu ne veux pas subir ma colère, ni celle de ma mère, va rejoindre un autre dieu pour te protéger.
Elle lui rendit sa voix.
– Aucun dieu ne voudra.
– Hmmm… Alors choisis bien. Tu serais étonné de ce que certains sont capables de faire.
Elle laissa là la nymphe et se mit au milieu de l'estrade. Elle attendit patiemment que les discussions baissent et que toute l'attention lui soit tournée. Quelle sensation de pouvoir et de puissance dans le fait d'être au centre ! On voulait l'écouter, elle, Déesse.
Mais est-ce que l'écoute serait bonne ? Ou mauvaise ? Est-ce que les oreilles sont nobles, les âmes, torturées ou non, étaient-elles pures des vices promus et valorisés par certains dieux ?
Ce soir serait le moment de la Révélation.
Elle attrapa la petite télécommande juste à côté du micro et d'un simple geste de la main, elle fit s'écarter des rideaux pour révéler un écran. Elle avisa le logo l'association caritative de Food for Live avant de soupirer. C'était une bonne association mais pas adaptée à son plan. Dommage.
Elle se tourna vers l'assemblée, et vers sa mère au fond qui affichait un sourire satisfait. Perséphone se retint de lui retourner un machiavélique pour l'effacer. Chaque chose en son temps. Elle croisa ensuite le regard pénétrant d'Hadès. Il était neutre, le visage impassible, et juste à côté de lui, à son bras, se tenait Lexa.
Elle entendait déjà ses questions. Pourquoi ? Que fais-tu ? Es-tu satisfaite ?
Elle détourna les yeux pour afficher un sourire à tout le monde.
– Bonsoir ! Bienvenu à tous à ce gala ! Je sais que pour beaucoup je suis la déesse inconnue, la mystérieuse fille de Déméter, alors je vais me présenter. Je me nomme Perséphone et je suis la Déesse… du Printemps. Entre autres choses.
Les sourcils de Déméter se froncèrent.
– Je suis disposée à parler de moi et d'offrir une interview exclusive au New Athens News dans quelques jours une fois que les festivités et les brumes de l'alcool servi ce soir ne seront plus dans notre sang pour nous distraire.
La salle était silencieuse et attentive. Le Charme prêt à être rompu. Tout n'était qu'à un simple geste, un claquement de doigts.
– Ce soir, ma mère a demandé que je vous présente l'association Food for Live qui offre de la nourriture aux personnes défavorisées. Si le geste est beau et en accord avec son idéologie et ses désirs, il n'est pas en accord avec moi. Et…
Elle fit un geste pour arrêter sa mère !
– … comme j'organise ce gala, moi, Mère, c'est moi qui dois décider qui sera bénéficiaire de l'argent récolté ici. Tous les dieux seront d'accord avec moi sur ce point, n'est-ce pas ?
De nombreux dieux, majeurs comme mineurs, hochèrent la tête. C'était effectivement son droit, quoi que pouvait en dire Déméter.
– Bien, maintenant que le scandale dispute entre une mère et sa fille a été évité, nous allons pouvoir parler plus sérieusement.
Des rires fusèrent. Qu'ils rient. Cela ne durerait pas.
– Je tiens tout d'abord à m'excuser du qui proquo envers l'association Food for Live et je jure sur le Styx de lui offrir une aide financière personnelle car même si elle n'est pas mise à l'honneur cette année, ses actions sont louables et devraient être encore plus encouragées.
Des applaudissements suivirent son annonce et elle sourit.
– Maintenant. Si on donnait à ces lieux le thème réel de sa déesse et du projet à présenter, voulez-vous ? continua-t-elle en fixant sa mère avec intensité, comme pour la défier d'oser l'en empêcher.
Elle n'en fit rien, coincée, mais son regard vert bouteille promettait milles tourments de retour à l'orangerie. Ce qu'elle n'avait pas l'intention de faire de toute façon.
Elle claqua des doigts et le Charme qu'Hécate et elle avaient posés sur les lieux s'effaça. De la beauté florale du printemps toujours présente sur l'estrade, car il restait une partie d'elle et l'objectif de sa vie, il ne la définissait pas totalement. Plus on s'éloignait, plus les plants semblaient sombres, tordus et dépourvus de vie.
Tous les regards se tournèrent pour observer entre admiration et inquiétude la dualité inquiétante et complémentaire de la salle.
– Pour les plus surpris et inquiets d'entre vous, n'ayez crainte, ces plants ne vous feront rien, informa-t-elle calmement. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres pour vous montrer à quel point je ne suis pas qu'une déesse des fleurs et que j'ai, comme pour beaucoup de dieux et de déesses, ma part d'ombres. A la différence des autres dieux et déesses, je n'ai pas l'intention de la cacher mais bien de la montrer au grand jour et de la porter fièrement et non plus restée cacher derrière les beaux plants de ma mère dans l'orangerie.
Si son commentaire fit rire la majorité des convives, ce ne fut pas le cas de tout le monde. Et certainement pas Déméter. Hadès, par contre, affichait un sourire en coin et avait déjà levé son verre pour la louer et lui porter un toast pour son courage et son audace.
– Maintenant que vous voyez un peu plus qui je suis, je vais vous présenter…
Elle appuya sur le bouton de la télécommande.
– … l'Association Alcyon.
Elle nota la surprise sur le visage soudain bien plus expressif et sincère d'Hadès, l'amusement sur celui d'Hécate et la colère de sa mère. Elle sentit d'ailleurs sa magie tenter de l'attaquer pour la manipuler et la remettre sous son pouvoir. Mais elle la repoussa avec son propre pouvoir. Les dieux assistèrent en silence à ce rapport de force silencieux.
Perséphone ne se départit pas de son sourire, même s'il était un peu plus crispé suite à l'agression, et continua la présentation.
– Tout le monde connait le projet particulier que Lord Hadès nous a présenté il y a quelques années. Et pour ceux qui ne le connaissent pas encore, je m'en vais vous expliquer en quoi cette association me convient plus que Food for Life.
Elle appuya sur le bouton pour présenter le projet en lui-même.
– L'Association Alcyon est un centre de désintoxication qui offre des cures gratuites aux mortels ainsi que des examens auprès de spécialistes de la santé tant de l'esprit que du corps. Depuis l'instauration de ce projet, les statistiques de nombres de morts accidentelles et d'overdoses ont baissées mais aussi les suicides. Certes, ce n'est pas parfait mais je tiens à mettre ma pierre à l'édifice que le Seigneur des Ténèbres a construit pour moi.
Des murmures dans l'assemblée se firent nombreux.
– Je suis la jeune journaliste qui l'a jugé et attaqué, Perséphone Rosi. Et bien la seule qu'il ait écoutée. Pas parce que je suis une déesse, pas parce que je suis journaliste pour le New Athens News, mais bien parce que j'ai des valeurs qui m'opposent… à la majorité des dieux. Car si tous ces problèmes existent dans le monde mortel, c'est bien à cause des dieux qui ne tendent pas la main aux mortels mais les laissent dans leur mouise et les observent avec un paquet de popcorn en main.
Les regards devinrent dangereux et prometteurs de vengeance mais cela ne l'effrayait pas. Elle était prête à tout encaisser.
– Je vous ai annoncé que j'ai une part d'ombre que je ne cacherai pas, la voici.
– Lady Perséphone.
– Lord Hadès, je vous prierai de ne pas m'interrompre.
– Etes-vous sûre de vouloir continuer dans cette voie ?
– Mais, Chéri, j'ai déjà commencé… depuis des mois.
Tous froncèrent les sourcils.
– Je suis Déesse du Printemps, voici le titre que ma mère a trouvé pour moi. Mais je suis aussi Déesse de l'Hiver. J'apporte la vie à la nature, mais aussi je l'arrache, je la fane et je la fais flétrir et pourrir entre mes mains.
– Qu'as-tu fait, Déesse ? demanda Hadès.
– Je vous ai fait manger de ma nourriture.
– Les repas ont été préparé par des traiteurs privés, corrigea Déméter. J'en suis certaine, je t'ai tendu la facture.
– Oui, c'est vrai, Mère. Mais je parlais des aliments en eux-mêmes. Les fruits, les légumes…
– Issu de mes champs.
– Où je mets la main à la pâte, sourit Perséphone, une aura puissante et sauvage l'entourant. Cela fait quelques mois que dans chaque aliment livré, j'ajoute une touche de mon pouvoir pour apporter une faveur ou une malédiction. Pour tous.
– Perséphone !
– Laisse-moi finir, Trésor.
– Tu t'attaques à des mortels mais aussi à des dieux !
– A qui a dit que j'attaquais ? Je donne une leçon.
– Et quelle est-elle, je te prie ?
– La majorité des dieux ne méritent pas les hommes.
De cris outragés se firent entendre mais elle leva la main. Ses plants sombres poussèrent, ramenant le silence dans la pièce.
– Je disais donc que la majorité des dieux ne méritaient pas les hommes. Mais l'inverse est aussi vrai, la majorité des hommes ne méritent pas les dieux. Je m'explique : nous sommes les dieux, nous sommes l'exemple à suivre ou la main à tendre pour aider l'humanité et que faisons-nous ? Nous jouons avec les âmes des mortels pour notre propre plaisir et divertissement et nous leur donnons des faveurs ou nous les maudissons au gré de nos envies et humeurs, parfois – pour ne pas dire souvent – à tort. Par conséquent, vu notre comportement exécrable, il n'est pas difficile de comprendre celui de l'humanité qui ne fait que nous copier. Je suis là pour y remédier.
– Et comment ? demanda Zeus. En nous dirigeant ? Tu n'es qu'une déesse mineure.
– Qui a parlé de diriger ? Ce n'est pas mon désir. Mon désir est d'être libre d'être qui je suis sans plus jamais avoir à me cacher ou à être critiquée autrement qu'avec honnêteté et respect. Quant à mon projet divin, il est de ramener l'ordre et un nouvel âge d'or où nous pourrons vivre dans le respect des uns et des autres sans plus qu'il y ait ces ténèbres et cette malveillance tant dans les âmes des dieux ou des mortels. Fini les prédateurs et les monstres dont les actes sont encouragés par les dieux par de simples faveurs. Il y aura dorénavant des conséquences. Pour tout le monde.
Elle claqua des doigts. Son énorme projet, en germe depuis des mois, pouvait enfin pousser, telle la fleur empoisonnée qu'elle était.
Elle vit Adonis se tenir à sa déesse avant de vomir un contenu noir.
– Je te remercie, Adonis, d'illustrer les conséquences de ton âme noire et corrompue par la débauche. Cela t'apprendra à t'en prendre aux femmes sans leur consentement.
D'autres mortels eurent une réaction similaire. Mais pas tous. Mieux encore, certains dieux en vinrent à être touchés eux aussi, parmi eux, il y avait Zeus, Aphrodite et Déméter.
On voulut s'attaquer à elle mais elle se défendit dans un mur de ronces noires et acérées.
– Cesse ta malédiction !
– Non. Si vous voulez que cela cesse, vous en avez tous le pouvoir, tant les hommes que les dieux. Tout ce que vous avez à faire, c'est devenir une meilleure version de vous-même. Tel est mon cadeau, aussi empoisonné soit-il, que j'offre au monde. Soyez bons, soyez bienveillants ou tout au plus indifférents, soyez honnête. Vous pouvez être qui vous voulez tant que vous ne cherchez pas à faire du mal à autrui pour votre plaisir personnel ou juste parce que vous avez le pouvoir de le faire et que cela vous plait.
Elle jeta un regard à Hadès et à ses amies Lexa et Hécate. La mortelle était choquée mais pas répugnée, quant aux deux autres, ils affichaient un regard empli d'amusement et un sourire aussi machiavélique que le sien.
– Tu es puissante, Déesse. Et sans scrupule. Hâte de voir ce que tu feras ensuite.
– Etablir les règles du nouveau de la vie et punir ceux qui cherchent à les enfreindre. La balle est dans votre camp à tous. Je vous souhaite… une excellente soirée.
Elle claqua des doigts et disparut, totalement hors d'atteinte des dieux. Ou du moins, de la majorité.
Elle s'avança dans le chalet tant magnifique qu'inquiétant d'Hécate et, épuisée par ces derniers mois de préparations cachées, elle s'allongea sur le canapé où elle s'assoupit, parfaitement en sécurité dans son antre infernale.
La seule personne qui pourrait peut-être la déranger, c'était Hadès et elle ne savait pas encore trop si elle était ravie par cette perspective. Elle verrait sur le moment.
Dans tous les cas, elle avait désormais un objectif fixé pour son éternité et elle l'accomplirait à bien, dusse-t-il lui prendre des millénaires à mettre en place.
FIN
