Gits & Moribito Crossover

Magie à une main


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Leçon d'Origami, Plis à Plis

Tanda avait terminé son entretien avec le docteur et sa mère, Tona, était restée avec lui. Il avait eu toutes les informations utiles à savoir quand il sera en mesure d'avoir une prothèse sur mesure. La peau qui entrait en contact avec l'emboîture de la prothèse devait faire l'objet de soins particuliers et être soigneusement inspectée pour prévenir toute déchirure cutanée et infection cutanée avant le port. Il y avait toujours un manchon de protection entre la prothèse et la peau. Il fallait le laver chaque jour. Quant à la prothèse, il fallait utiliser du savon doux pour nettoyer l'intérieur de la cavité.

Pour l'instant, son bras amputé n'était pas encore complètement guéris, bien qu'il ait eu le temps de cicatriser depuis l'opération. Tanda avait dit qu'il ressentait la sensation du membre fantôme, qui, sans être douloureuse, donnait l'impression que son membre amputé était toujours là. Une fois, il avait eu envie de se gratter la joue avec la main gauche, mais il avait levé le bras et rien ne l'avait soulagé, avant qu'il ne se rende compte qu'on lui avait retiré. Pourtant, la sensation d'avoir toujours son bras était réel. Le kinésithérapeute lui avait proposé de se regarder dans le miroir quand les « douleurs fantômes » ou une simple démangeaison de son bras apparaissait. Dans cette forme de thérapie, le patient devait regarder le membre restant dans un miroir en le bougeant. Cette vision envoyait donc un message fictif au cerveau. Ce dernier croyait donc que c'était le membre malade ou amputé qui pouvait fonctionner normalement de nouveau.

« Le mouvement est essentiel dans ce processus thérapeutique, avait dit kinésithérapeute. Le message doit être clair : "cette main, ce bras, ou cette jambe est à moi et je peux le ou la bouger". D'autres facteurs essentiels sont l'implication et la concentration. Il faut que tu te concentres et imagines. Si tu restes passif, aucun résultat ne pourra être obtenu. »

Heureusement, Tanda avait toujours été un petit garçon rêveur et très imaginatif. Il parvenait à rester concentrer très longtemps quand il était passionné par quelque chose. Il ne savait pas si les conseils et exercices proposés allait fonctionner, mais il était prêt à tout pour surmonter les épreuves. Pour l'instant, il n'avait même pas la force de blâmer son grand frère aîné ou qui que ce soit de la perte de son membre.

Le seul côté positif dans la situation actuelle était que Tanda était droitier, et non pas gaucher. On cogna à sa porte de chambre. Il leva les yeux vers Kurutan.

« Bonjour Tanda, salua l'infirmière. Bonjour Madame Tona.

- Oh, bonjour Kurutan, répondit Tona.

- La visite avec le docteur s'est bien passée ?

- Oui ! s'écria Tanda. J'ai eu beaucoup de conseils et la guérison avance bien. Qui est cette femme qui vous accompagne, Kurutan-San ? »

Motoko se montra de derrière Kurutan, avec ses béquilles et ses atèles.

« C'est Motoko Kusanagi, une grande amie à moi.

- Allô, les salua-t-elle enfin.

- Êtes-vous en réhabilitation vous aussi ? questionna le jeune adolescent.

- Oh, pas besoin de me vouvoyer. Je me sens déjà assez vieille comme ça.

- Pardon.

- Pas de soucis. Pour répondre à ta question, je l'ai été pendant quelques années, mais maintenant, je n'ai plus besoin d'autant de physiothérapies. J'ai souvent fréquenté ces lieux. »

Tanda se replaça dans son lit et pointa une chaise proche de lui pour permettre à Motoko de s'asseoir, ce qu'elle fit volontiers. Elle posa ses béquilles proches et observa plus attentivement le jeune patient et sa mère.

« Parfois, j'aime venir ici pour soutenir les nouveaux patients et partager mon vécu. Ici, tout le monde se connait si on reste longtemps à cet endroit.

- Si ce n'est pas trop indiscret… qu'est-ce qui vous ait arrivé ? demanda Tanda à son tour.

- Si je n'avais pas voulu en parler, je ne serai pas venue. »

Kurutan les quitta comme elle avait d'autres patients à aller voir. Motoko fouilla dans sa sacoche et ouvrant son paquet de feuille origami pour trouver un motif qui lui plairait, se mit à plier une grue d'une seule main tout en racontant son histoire au jeune adolescent et sa mère; que suite à une mission qui avait mal tournée, elle s'était retrouvée complètement paralysée, de la moitié de son corps à partir de son nombril jusque vers ses jambes.

« Ça ne paraît même pas, s'étonna le jeune adolescent après qu'elle leur ait parlé de son cheminement pour réapprendre à marcher. On n'aurait même pas dit que tu étais paralysée avant.

- J'ai beaucoup, beaucoup travaillé pour obtenir ce résultat. En même temps, je me demande si mon attitude bornée et têtue ait pu jouer un rôle majeur dans mon rétablissement… c'est sûr que c'est différent que de perdre un membre, mais… c'est ce qui rend chaque histoire unique, pas vrai ? »

Il hocha rapidement la tête. Motoko avait plié environ une dizaine de grue pendant son récit. Tona s'excusa, disant qu'elle devait aller au toilette et en profiterait pour se dégourdir les jambes.

« J'ai vu comment tu arrivais à plier tes grues d'une seule main, remarqua Tanda, une fois sa mère sortit. Je ne pensais même pas que c'était possible.

- Tout est possible dans la vie, si on y travaille pour.

- Y a-t-il une raison du pourquoi tu as décidé de plier tes grues d'une seule main ?

- Tout a un lien, encore une fois, avec mon passé et cet accident de travail. Je t'ai dit que nous étions deux quand c'est survenu.

- Oui. Je m'en rappelle.

- Mon collègue n'a pas eu la même chance que moi. Il est resté paralysé presqu'à 90% de son corps. Seul son bras gauche et son cou n'ont pas été affecté. Il a fini par commencer à plier des origami d'une main pour se redonner du courage. Doucement, c'est devenu notre petit inside. »

Tanda, fasciné, regarda intensément Motoko.

« Tu crois que je pourrais essayer ? demanda-t-il. »

Le Major hocha la tête positivement et approcha la table amovible.

« Comme tu as pu le remarqué, je plie mes grues, la main dans les airs. Mais quand on débute dans le pliage a une main, c'est mieux d'avoir un appuie comme une table ou une surface plane. Que tu prennes cinq minutes ou une demi-heure pour plier ta grue, l'important n'est pas le temps d'exécution, mais le résultat final. Garde toujours ça en mémoire. »

Elle lui passa son petit paquet et le laissa choisir un motif qu'il aimait bien et attirait son œil. Il prit une feuille au couleur verte et bleue pastel, qui avait des motifs de grues. Motoko lui montra comment elle se plaçait.

« Moi, c'est ainsi que je procède. Mais il se peut que tu te sentes mieux dans un angle différent du mien. Tu dois te sentir à l'aise, détendu et confortable quand tu plies ton papier.

- D'accord ! »

Étapes par étapes, Tanda suivit les explications de Motoko avec une concentration déconcertante.

« Oh, tu tires aussi la langue quand tu te concentres, s'amusa le Major. »

L'adolescent la rentra immédiatement dans sa bouche.

« Je fais aussi des mimiques, c'était juste comique. Balsa aussi le fait.

- Qui est Balsa ?

- Ma fiancée, l'informa-t-elle avec fierté.

- Oh ! allez-vous vous marier bientôt ?

- Non. Nous sommes fiancées, mais nous n'avons jamais voulu se marier ni avoir des enfants.

- Je comprends ! »

Lorsque Tona revint dans la chambre, Tanda avait terminé de plier sa première grue et se concentrait sur une seconde.

« Maman ! Regarde ce que j'ai fait ! annonça avec joie son fils en montrant sa grue.

- Tu… tu as plié ça ? s'étonna Tona, avec surprise.

- Oui. Juste de la main droite !

- J'ignorais que l'on pouvait plier de l'origami d'une main… mais après avoir vu Madame Kusanagi, je vais me coucher plus intelligente ce soir.

- Elle veut qu'on l'appelle Motoko, tout simplement, s'empressa de la corriger Tanda.

- Motoko, alors, se reprit-elle. »

Motoko sourit. La grue de Tanda était étonnamment nette et précise.

« Tanda, l'appela le Major. Ne me dis pas que c'est la première fois que tu plies des grues ?

- Oh, non. Je savais déjà en plier avant, mais jamais d'une main.

- Il me semblait aussi… es-tu un artiste ?

- Oui. Les gens me considèrent bien souvent comme un artiste, même si je suis droitier et non pas gaucher.

- La main dominante n'a rien à voir avec les capacités d'être un artiste ou pas. Mais ta grue d'une main m'a impressionnée. »

Comme Tanda désira rester en contact avec elle, il lui demanda s'il pouvait avoir son numéro de cellulaire et la contacter par messenger pour lui montrer ses progrès concernant son pliage de grue. Motoko accepta avec joie. Peut-être qu'elle pourrait même organiser de futures soirées d'origami avec lui, en compagnie de Balsa, Mayuna et son petit-ami Taiga, avec Suyou ? Elle finit par se lever.

« Je te laisse le paquet de papier origami, annonça-t-elle.

- Quoi ?! s'exclama Tanda. Mais… mais il est à toi !

- Plus maintenant. Tu dois te pratiquer à en plier et c'est également une forme de méditation et de thérapie. J'ai tout plein d'autres papiers à la maison, même trop. »

Tanda regarda le paquet, ému.

« Merci, Motoko.

- Ça fait plaisir. Montre-toi tes progrès au fils du temps. Je peux me déplacer n'importe quand, même pendant la nuit. »

Tona salua Motoko, heureuse de voir que son fils était de nouveau heureux et pouvait avoir enfin un nouveau passe-temps qui changerait ses idées négatives.

Le Major quitta la chambre et se dépêcha d'aller sur les réseaux sociaux pour retrouver et mettre un visage sur le grand frère de Tanda, Noshir. Elle ne pouvait s'empêcher d'être en colère contre lui. S'il n'avait pas eu son congé d'hôpital, elle espéra ne pas le croiser dans les couloirs, car quand elle n'aimait pas une personne, son expression faciale disait tout. Motoko se renseigna quand même à Kurutan pour avoir si Noshir était reparti chez lui.

« Hum. Il est parti de l'hôpital, alors tu ne risques pas de le croiser dans les couloirs, fit Kurutan. Je te connais Motoko, tu risques de le trucider du regard si tu le rencontres.

- Oh… oui, bien sûr. Tant mieux alors !

- Si tu veux retourner à la maison, tu peux y aller.

- Ou, je peux rester avec toi jusqu'à la fin de ton shift.

- C'est toi qui vois… mais il me reste encore six heures, s'embarrassa son amie.

- Ahhh… je pense que je vais demander à Balsa de venir me chercher… mais elle travaille, donc je suis un peu mal prise ici. »

Les deux femmes se dévisagèrent, réfléchissant à une solution. C'est alors que le visage de Mayuna apparut dans l'esprit de Motoko.

« Mayuna n'a pas de permis à cause de son accident, mais je sais qu'elle a toujours un service de transport disponible quand elle en a besoin. Je vais lui demander, et ça fait un moment que nous ne nous sommes pas vues.

- Va l'enquiquiner, la poussa Kurutan.

- Je voudrais bien, mais… elle dit toujours que je ne la dérange jamais.

- Alors voilà. Elle a quel âge déjà ?

- Elle a eu dix-neuf ans ce printemps. Son petit-ami Taiga et Suyou sont dans la même année qu'elle.

- Le temps passe si vite. »

Motoko décida alors de lui écrire sur le groupe commun qu'ils avaient sur messenger qui rassemblait Balsa, Taiga, Mayuna, Suyou et bien sûr, elle-même. Ils s'étaient tous donnés des surnoms plus ou moins drôles qui reflétaient comment ils se voyaient entre eux et le nom de la conversation était : Ghost no Moribito.

Major Tsuru – 11h28 a.m

MaMo (cœur), je n'ai pas pour habitude de demander ça, mais je suis un peu mal prise en ce moment. Je suis à l'hôpital et j'aurai besoin d'un transport pour retourner chez moi… (emoji nerveux) Balsa travaille, et Kurutan travaille encore pendant six autres heures.

Les petites bulles qui contenaient les photos des profils Facebook et qui montraient que les personnes avaient vu son message, descendirent sous son message. Balsa ne l'avait pas vu, car sa pause était sûrement terminée, mais les trois profils de Suyou, Taiga et Mayuna l'avait remarqué. Mayuna avait commencé à écrire quelque chose et bientôt, Suyou s'y mit aussi. Donc les deux écrivaient en même temps.

MaMo (cœur) – 11h29 a.m

Je peux demander à Taiga s'il peut aller te chercher. Il ne travaille pas. (emoji cœur)

Et au même instant, Suyou envoya une réponse.

theM1KAD0ofAwesome! – 11h29 a.m

Bouge pas, on va venir te chercher et je vais conduire ! Taiga aura congé de volant ! (emoji qui sourit de toutes ses dents)

TYGAH_TYGAH_BURNIN_BRITE – 11h30 a.m

J'aurais bien proposé de venir te chercher, mais je crois que Suyou a été plus rapide que moi… (emoji nerveux) Mais oui, ne bouge pas, on arrive !

Major Tsuru – 11h30 a.m

Ne vous jeter pas tous à la fois, hein ? (emoji qui tire la langue) Je peux pas marcher bien loin de toute façon.

« Alors, tu as trouvé un transport ? demanda Kurutan en prenant une petite bouchée de sa collation.

- Crois-moi, ils se sont presque battus pour venir me chercher. Mais ils vont venir en bande d'amis. Je viens de penser que j'aurai pu contacter la Section 9, mais… Mayuna est arrivée en premier dans mon esprit et je n'y ai pas pensé.

- Au moins, tu pourras la voir !

- Effectivement. »

À cause de son accident de travail, Motoko n'avait plus de permis de conduire et dépendait toujours des autres pour aller d'un endroit à l'autre. C'était la seule chose qui l'énervait vraiment, parce qu'elle avait toujours aimé conduire (la vitesse en faisait aussi partie) et adorait être indépendante et ne pas avoir à déranger les gens autour d'elle. Mayuna comprenait sa frustration, et c'est pourquoi elle lui avait dit de ne pas se gêner si elle avait besoin d'un transport. Après tout, le salaire de la famille de Taiga, Suyou et la sienne leur permettait tous d'avoir des chauffeurs privés disponibles 24heures du 24, et 7 jours sur 7. La même chose s'appliquait aux membres de la Section 9.


Note : Les surnoms de Mayuna, Suyou et Taiga dans messenger ont été tirés directement de la fanfic de Platy (EvilReceptionistOfDoom) « Undisclosed Damages » et « Unforseen Complication ». Alors tout le crédit revient à elle.