L'heure du couvre-feu était quasiment atteinte lorsqu'ils avaient fait part au tableau au-dessus de la cheminée qu'Harry passerait ses nuits auprès de Draco et qu'il lui fallait donc un endroit plus indiqué que son dortoir. L'homme était revenu quelques dizaines de minutes plus tard pour leur annoncer que Dumbledore avait fait ce qu'il fallait et communiquer à Draco l'emplacement de sa nouvelle chambre ainsi que le mot de passe pour y accéder. Draco se décida donc à partir. Harry avait tâché sa chemise avec du chocolat et commençait à fatiguer. Draco avait ramassé leurs affaires et il avait réussi à convaincre Harry de devenir invisible.

Son plan était simple : se rendre dans la chambre avec Harry sur les talons, cachés par sa cape. Si quelqu'un le voyait enfant si vite, il aurait des problèmes.

Après une marche lente – le petit n'avait pas les mêmes jambes – ils atteignirent le bon couloir. Harry avait la main agrippée au bas du pantalon de Draco et suivait gentiment. Il avait mis ses chaussettes trop grandes, pour ne pas se geler les pieds, et Draco les avaient noués à l'arrière pour qu'elles ne glissent pas trop. Harry, trop occupé à regarder les dalles sous ses pieds ne vit pas Draco s'arrêter brusquement et lui rentra dedans. Il leva les yeux vers Draco et eut peur face à son expression froide. Puis, il regarda dans la même direction que lui et eut peur en voyant deux autres grandes personnes qui n'avaient pas l'air contentes. Il se cacha par réflexe derrière les jambes de Draco, oubliant qu'il était invisible.

Draco claqua sa langue contre son palais. Dumbledore lui avait attribué une chambre près de sa salle commune, mais Weasley et Granger étaient quasiment devant le tableau. Il ne pourrait pas se faufiler dans la chambre avec Harry. Réfléchissant rapidement, il prit une décision. Il posa sa main sur la tête d'Harry et lui montra le couloir adjacent avant de mettre son doigt sur sa bouche pour lui indiquer de ne pas faire de bruits. Doucement, ils s'y glissèrent tous les deux et Draco se baissa à sa hauteur.

- On va aller dans la chambre, lui dit-il tout bas, mais je dois parler aux deux grands qui sont devant la porte. Toi, tu vas rester caché sous la cape mais tu ne dois pas faire de bruit, d'accord ?

Habitué, Harry hocha la tête, lèvres pincées. Draco se releva, vérifia qu'il n'y avait personne et se glissa hors de la cape. Il la laissa sur Harry et s'assura qu'elle le couvrait bien puis il lui fit signe de le suivre, lui rappelant de ne pas parler. Ayant un peu plus de mal à avancer sans tomber, Harry se concentra et fit de son mieux pour suivre Draco. Quand ils arrivèrent devant les deux grands à l'air fâché, Draco s'adressa à eux en premier.

- Je peux savoir ce que vous fichez ici ? Cracha-t-il. Aux dernières nouvelles, votre salle commune ne se trouve pas dans les cachots.

- Où est Harry ?

La voix de Weasley était aussi dure que celle de Draco. Leur relation ne s'était pas miraculeusement arrangée, malgré leur lien respectif avec Harry.

- Dégage de mon chemin, ordonna Draco.

Il sentit soudain quelque chose attraper son pantalon mais s'efforça de ne pas le laisser paraître. Au moins Harry était toujours là. Ron, qui ne l'entendait pas de cette oreille, fit un pas vers lui.

- Réponds, Malfoy.

Roulant des yeux, comme Severus l'avait fait un peu plus tôt avec lui, il poussa un soupir.

- Même si je le savais, je ne te dirais rien du tout. Maintenant, vous fichez le camp ou sinon, préfets ou pas, je m'assurais que vous ayez de gros ennuis.

Ne voulant pas céder à la menace, Ron serra les poings, mais Hermione préféra laisser tomber et l'entraina avec elle. Ils continuèrent de jeter des regards derrière eux, fusillant Draco du regard, et lorsqu'ils eurent complètement disparut, Draco se senti soulagé. Il se plaça devant le tableau et prononça le mot de passe. Le tableau se déverrouilla d'un cliquetis métallique avant de pivoter. Draco fit d'abord passer Harry, qui eut du mal à enjamber la petite marche avec la cape. Lançant le sac prêté par Severus sur un canapé, il se tourna et se baissa pour retirer la cape à Harry, dès qu'il l'eut trouvé.

- On est arrivé bonhomme, lui dit-il en souriant.

Harry le regardait avec un air étrange, un brin effrayé.

- T'en fais pas, ils ne te feront pas de mal, le rassura Draco en lui passant la main dans les cheveux. On visite la chambre ?

Sa peur envolée par les caresses, le petit garçon hocha la tête et suivit Draco. La pièce était de taille modeste, circulaire, avec deux portes dont l'une était celle qui masquait l'entrée. Le canapé faisait face à une cheminée dont le foyer brûlait sagement, et une table basse. De l'autre côté, deux lits. L'un, identique à ceux présents dans les dortoirs, l'autre, nettement plus petit. Un bureau était négligemment posé dans un coin, près d'une commode. En voyant sa malle devant le lit à baldaquin, Draco supposa que Dumbledore avait déjà pris la peine de faire venir toutes ses affaires. N'ayant plus rien à découvrir, il partit ouvrit la porte, entre les deux lits. Derrière, une salle de bain. Un lavabo sous une glace, une baignoire étriquée et des toilettes.

- On dirait que ce vieux machin a tout prévu, grommela Draco, peu satisfait de l'espace.

Harry ne chercha pas à comprendre, il laissa simplement son regard se balader un peu partout.

- Tu veux prendre un bain ? Lui demanda Draco.

La réaction de l'enfant fut vive. Harry avait levé le nez vers lui et, quand il comprit que ce n'était pas une plaisanterie, il hocha vigoureusement la tête. D'habitude, il n'y avait que Dudley qui avait le droit de prendre un bain. Draco retroussa ses manches et fit couler l'eau.

- Je reviens. Tu ne bouges pas, ordonna-t-il.

Tout de suite après, Draco quitta la chambre et revint avec une serviette de toilette et un gant. Après avoir été déshabillé, Draco l'aida à s'installer dans la baignoire et Harry trouva très étrange d'être plongé dans de l'eau chaude jusqu'aux épaules. N'ayant rien de plus distrayant à lui proposer, Draco le laissa jouer avec des sels de bains. Surveillant Harry du coin de l'œil, il le laissa barboter pendant que lui-même retirait ses couches de vêtements superflu et s'adonnait à une toilette de chat. Guère plaisante, mais il ne voyait pas comment il réussirait à prendre une vraie douche tout en devant s'occuper d'un enfant capable de mettre sa vie en danger à la moindre seconde d'inattention.

Harry eut le plaisir de sentir tous les savons de Draco avant de décider avec lequel il voulait être lavé et, au lieu de sentir sa peau être tiraillé par un gant rêche, il put jouer avec la mousse que le savon laissait après le passage du gant. Pour la première fois de la soirée, et la première fois depuis des semaines, Draco pu entendre Harry rire et ça lui fit un bien fou. Il avait un rire innocent, joyeux. Draco termina la toilette en lui lavant la figure et le mit debout pour le rincer. Une fois hors de l'eau, et enrouler dans une grosse serviette toute douce, Harry regarda l'eau s'écouler par le trou, complètement hypnotisé. Draco le frictionna doucement pour le sécher, prenant son temps malgré les bâillements de moins en moins espacés d'Harry. Il sut qu'il était grand temps de le coucher quand il commença à se frotter les yeux.

- Qu'est-ce qu'on va te mettre pour dormir ? Demanda Draco, s'adressant plus à sa propre personne qu'à l'enfant.

Harry leva vers lui de petits yeux fatigués. Draco se releva, et le prit dans ses bras pour retourner dans l'autre pièce. Harry était léger dans ses bras mais le porter ne le gênait pas autant qu'il l'aurait cru et, visiblement, le petit garçon, peu habitué, ne semblait pas s'en plaindre le moins du monde, bien au contraire. Draco posa le regard sur le lit prévu pour Harry. Bien que plus petit, il était exactement identique au sien.

- Harry ?

Ce dernier accorda son attention à son ami et attendit la suite.

- Tu aimes les voitures ? Demanda Draco en le regardant dans les yeux.

- Oui, répondit-il en hochant la tête.

Il n'en fallut pas plus à l'adolescent pour esquisser un sourire espiègle et tirer sa baguette de sa poche avant de transformer le banal petit lit en véritable lit d'enfant à la structure de voiture de course. Harry ne loupa pas une miette du spectacle, bien trop impressionné. Draco le posa sur le lit, le temps d'aller chercher de quoi l'habiller. Il dégota, au fond de sa malle, un vieux tee-shirt qu'il mettait pour trainer, ou ranger, quand il n'y avait personne pour le voir faire. C'était toujours trop grand pour Harry mais ça lui ferait une sorte de chemise de nuit. Draco l'aida à se mettre debout et lui enfila le haut.

- Il faudra qu'on te trouve des vêtements à ta taille, souffla Draco, pensant à haute voix.

Une fois Harry couché sous les draps, ses lunettes posées sur une petite table de chevet, il resta près de lui jusqu'à ce qu'il s'endorme. Amusant Draco, Harry glissa son pouce dans sa bouche pour le sucer. Il n'aurait jamais pensé qu'Harry ait été ce genre d'enfant. Restant encore un peu, il profita de ce moment d'innocence. Avant de se lever, il embrassa son front et lui souhaita une bonne nuit. Draco ne resta pas éveillé longtemps, juste le temps de finir ses devoirs pour le lendemain et de préparer ses affaires. Toute cette panique, ce stress, cette peur, l'avait vidé de toute son énergie. S'affaissant dans son matelas, il ne mit pas plus de quelques secondes à s'endormir.

Son sommeil lui aurait sûrement parût extrêmement reposant s'il n'avait pas été réveillé en pleine nuit par des pleurs. Perturbé, Draco s'extirpa avec difficulté de ses rêves et tâtonna sous son oreiller pour trouver sa baguette.

- Lumos, murmura-t-il.

Plissant les yeux, il s'habitua d'abord à la soudaine luminosité et leva le bras pour mieux éclairer la pièce. Harry était toujours dans son lit, mais il tremblait sous la couverture et semblait recroquevillé. Soupirant, Draco sortit de son lit et s'approcha de lui. Il tira juste assez la couverture pour découvrir son visage.

- Eh, Harry, pourquoi tu pleurs ? Demanda-t-il d'une voix endormie qui ne cachait pourtant pas sa surprise.

- Pardon… J'ai pas fait ex'pès…

Fronçant les sourcils, Draco s'assit sur le bord du lit et lui caressa les cheveux jusqu'à ce qu'il se calme. Finalement, la réponse ne lui vint pas d'Harry mais d'une tâche sombre qui attira son regard lorsqu'il tira un peu plus la couverture dans l'idée de prendre Harry contre lui pour le consoler. Le chagrin d'Harry provenait d'un simple accident. Draco soupira de lassitude. Il s'était attendu à tout autre chose de potentiellement plus grave. Lorsqu'il avança sa main, dans le but de le sortir du lit et de l'emmener dans la salle de bain, Harry recula aussitôt. Il était terrorisé.

- Je ferais plus… P'omis…, sembla supplier Harry d'une voix cassée par les pleurs qui avaient doublé.

- Je ne vais pas te punir, Harry, lui murmura Draco avec le plus de douceur possible. Je veux juste t'emmener te laver. Ce n'est pas grave de faire pipi au lit, ça arrive.

Même s'il ne se calmait pas, Harry se laissa entraîner sous la douche. Draco le débarrassa du tee-shirt souillé, qu'il lança dans un coin, et le rinça à l'eau tiède. Il le sécha plus vite qu'il ne l'avait fait plus tôt et se dépêcha de lui mettre un nouveau tee-shirt. Frottant ses yeux de ses bras, Harry essuyait les restes de larmes qui lui avaient trempés les joues. Quand il fut habillé, Draco put le porter sans craindre de se salir.

- La prochaine fois, tu iras aux toilettes, d'accord ? Ou alors tu me réveilles.

Harry hocha la tête, agrippé à son ami, et se laissa faire. Il fut surpris lorsque Draco, au lieu de le remettre dans son lit et de le forcer à dormir dans des draps souillés, se coucha avec lui dans son grand lit.

- Ça te dérange de dormir avec moi ? Demanda Draco, par précaution.

Il eut droit à une vive réponse négative et rabattit la couverture avant de ranger sa baguette.

- T'en fais pas bonhomme, lui souffla-t-il dans un bâillement, demain ton lit sera tout propre.

Il garda Harry contre lui, la tête tout juste hors de la couverture, et le cajola jusqu'à se rendormir. En fait, Draco ne saurait pas vraiment dire qui s'était endormi le premier mais le reste de la nuit fut paisible.

Le lendemain matin, lorsque Draco ouvrit les yeux, Harry dormait encore. Le pouce dans sa bouche et la respiration régulière. Faisant attention à ne pas le réveiller, il se redressa et se passa les mains sur le visage. C'est là qu'il vit une grande table, à la place du petit canapé et des fauteuils, dressée pour le petit-déjeuner. Ne cherchant pas à comprendre ce qui pouvait passer par la tête du directeur, Draco se leva et attrapa son uniforme avant de disparaître dans la salle de bain.

Harry se réveilla pendant que la douche coulait encore. Il se frotta les yeux, mais voyait toujours flou. Il n'avait pas ses lunettes. Se redressant d'un coup, apeuré, il souleva la couette et se sentit rassuré de sentir, plus que de voir, qu'il n'avait pas eu un autre accident. Il ne voulait pas que Draco soit fâché contre lui. Harry sentit bien vite une bonne odeur lui titiller le nez. Il se demanda ce que c'était jusqu'à ce qu'il sente l'odeur du bacon, qu'il connaissait bien. C'était le petit-déjeuner ? Est-ce que, comme la veille, il aurait le droit de manger ce dont il avait envie ? Son ventre commença à gargouiller et, en même temps, il sentit quelque chose de froid se poser sur son nez.

- On dirait que tu as faim, s'amusa Draco, debout à côté du lit.

Harry leva les yeux vers lui et le vit sourire doucement. Draco lui ébouriffa les cheveux et l'attrapa pour le sortir du lit.

- Allez, hop, petit-déjeuner.

Installé sur une chaise, toujours assez haute pour lui permettre d'être à hauteur de la table, Harry pu voir plus de choses qu'il n'en n'avait jamais vu chez lui. Du bacon, des œufs, des toasts, des marmelades, des céréales colorées et au chocolat, et d'autres choses qu'Harry ne connaissait pas.

- Tiens.

Draco attrapa deux verres et lui en servi un avec du lait et l'autre avec du jus de fruits, après lui avoir demandé ce qu'il voulait boire.

- Qu'est-ce que tu veux manger ?

Harry hésita. Il regarda longuement toute la table en se frottant les pieds. Voyant bien son indécision, Draco attrapa un pain au chocolat et le lui montra.

- C'est quoi ? Demanda Harry en regardant le drôle de petit pain.

- Ça s'appelle un pain au chocolat. C'est français. Tu veux goûter ?

- C'est 'vec du chocolat ?

- Oui, répondit Draco, amusé et dépité à la fois.

S'il fallait nourrir Harry seulement de chocolat, ils n'iraient pas loin. Le garçonnet donna son avale et il décortiqua le pain en petits bouts avec ses doigts pour goûter. La viennoiserie sembla suffisamment lui plaire pour qu'il la dévore en entier. Pendant qu'il laissait Harry manger, Draco attrapa le petit mot calé contre la tasse dans laquelle il se fit un thé.

« Je vous attends, vous et le très jeune monsieur Potter, dans mon bureau après votre petit-déjeuner. Professeur Dumbledore. »

Draco croqua dans un morceau de saucisse et se demanda ce que ce vieux fou avait trouvé cette fois-ci. Il jeta le mot dans la cheminée et porta sa tasse à ses lèvres. Tout en s'assurant qu'Harry mangeait suffisamment pour tenir jusqu'au déjeuner, il pensa à l'étrange sensation qu'il avait. Harry était là, devant lui, et en même temps, ça ne semblait pas être lui. Il voulait être proche de cet enfant, mais pas pour se rapprocher du garçon qu'il aimait, seulement pour protéger ce petit bout de chou.

- Il faut qu'on aille voir le directeur, quand on aura fini de manger, annonça Draco.

Harry leva des yeux curieux vers lui, la bouche pleine de bacon croustillant qui semblait le ravir.

- C'est le chef de l'école.

Le petit garçon eut tout à coup une boule dans la gorge. Est-ce qu'il avait fait une bêtise ? Son oncle et sa tante étaient venu le chercher pour le ramener ? Il ne voulait pas partir. Harry voulait rester avec Draco. Il était gentil, lui ! Pourquoi il n'avait pas le droit de rester avec quelqu'un de gentil pour une fois ? Voyant bien sa détresse, Draco se pencha, l'attrapa sous les aisselles et le hissa sur ses genoux.

- Il ne faut pas avoir peur, il est un petit peu bizarre, mais il est gentil.

- C'est vrai ?

- Oui. Je te le promets.

Draco fut longuement scruté par Harry, qui avait envie de le croire.

- Tu sais quoi ? Je vais te faire une promesse.

- C'est quoi ? Demanda Harry en retour.

- Je te promets que je ne laisserais jamais personne te faire de mal.

Un petit sourire passa sur le visage de l'enfant et il se colla tout contre son ami.

Après avoir fini de déjeuner, Draco débarbouilla Harry qui s'était à nouveau couvert la bouche de chocolat et lui enfila l'une de ses chemises, la nouant à l'arrière. Draco soupira en se disant qu'il ne pourrait pas faire ça indéfiniment. Harry n'avait même pas de sous-vêtements à se mettre et il pouvait pas sans cesse tout rétrécir. Quand il jeta un œil à l'heure, Draco se dépêcha d'attraper ses dernières affaires et s'empara de la cape d'invisibilité.

- On y va ? Dit-il à Harry.

- D'accord, répondit le petit en acquiesçant.

Il posa les yeux sur la cape et leva le nez vers Draco.

- On va êt'e invisib'e ?

- Oui. Tu veux que je te porte ?

Harry fixa Draco, surpris. Il aimait bien quand Draco le portait alors il hocha la tête et se laissa faire, se collant contre lui. Son pouce retrouva sa place dans sa bouche et Draco fit de son mieux pour réprimer sa grimace. Du moment qu'Harry ne lui mettait pas de bave dessus, il pouvait bien l'endurer. Il hissa ensuite son sac sur son épaule et les recouvrit de la cape comme il put. Même masqué aux yeux de tous, Draco n'était pas rassuré à l'idée de devoir traverser tout le château avec Harry dans les bras. Il n'avait aucune envie de se faire prendre, même si imaginer la tête que ferait Granger et Weasley était plaisant.

Quand ils arrivèrent à hauteur d'autres élèves, Draco pris garde à rester en arrière pour ne percuter personne, et rappela à Harry de ne pas faire de bruit. À chaque nouveau couloir, il s'assurait d'abord de pouvoir passer en toute tranquillité avant de s'y engager. Plus il avançait, sous les conversations des tableaux et leurs protestations d'être réveillé si tôt, et plus Draco perdait patience. Il baissa le nez vers Harry, occupé à se tordre le cou pour voir tous les tableaux.

- Harry, chuchota Draco.

Le petit sursauta et se tourna vers Draco. Une part de lui n'était pas très rassurée.

- Pourquoi tu ne m'as jamais montré les passages secrets ?

Harry fronça les sourcils. Il ne comprenait pas. Draco soupira longuement et décida de faire une pause quand ils arrivèrent en bas du premier escalier. Il regarda Harry, toujours perplexe, et décida de lui expliquer ce qu'il avait voulu dire, pour faire passer le temps.

- Tu connaissais tous les passages secrets du château.

- C'est vrai ? Demanda-t-il, les yeux brillants.

- Oui. Tu disparaissais d'un coup et tu ressortais à l'autre bout du château.

Savoir qu'il était ce genre de personne le fit se sentir plus grand. Harry aimait bien cette idée de passages secrets et surtout, de disparaitre. Pendant qu'il imaginait des passages secrets dans la maison de son oncle et de sa tante, Draco entreprit de gravir les innombrables escaliers pour se rendre devant la gargouille. Avec Harry dans les bras, ce fut bien plus fatiguant. À tel point qu'une fois les escaliers montés, il le posa au sol.

- Je suis désolé bonhomme, mais je suis fatigué. Tu veux bien marcher ?

Harry tenta de cacher sa tristesse et sa déception du mieux qu'il put. Être dans les bras de quelqu'un et ne pas s'épuiser à marcher sur ses petites jambes frêles était reposant et surtout agréable. Draco senti une pointe de culpabilité en voyant l'expression d'Harry et il tenta de la chasser en souriant, la main tendue vers lui. L'initiative plus suffisamment à Harry pour qu'ils continuent, à son rythme, sa petite main fermement resserrée sur ses doigts.

Quand ils furent devant la statue, Draco donna le mot de passe, qu'on lui avait fourni en début d'année, et sauta sur la première marche en emportant Harry. En haut, la porte s'ouvrit avant même que Draco ait pu y toquer. Dumbledore les attendait patiemment, gratifiant Fumseck de quelques caresses.

- Bonjour, salua-t-il avec un sourire.

Draco fit entrer Harry, referma la porte derrière lui et s'avança jusqu'au bureau. Pendant ce temps, Dumbledore avait observé Harry avec la plus grande attention. Sa curiosité le poussait à regarder partout autour de lui et s'étonner de tout. Il ne s'était donc pas trompé et Harry n'avait pas seulement retrouvé l'apparence d'un enfant, il en avait également le comportement. Dumbledore doutait fortement qu'Harry ait conservé le moindre souvenir de ce qu'il avait vécu après ses quatre ans. Draco croisa les bras en dévisageant le directeur. Il n'était toujours pas convaincu qu'il n'ait que de bonnes intentions, en ce qui concernait Harry.

- Qu'est-ce que vous nous voulez ? Demanda-t-il sèchement.

Dumbledore se désintéressa d'Harry et posa les yeux sur Draco. Inconsciemment ou peut-être volontairement, Draco avait ramené Harry près de lui et le maintenait en arrière. Loin de ce vieux fou en lequel il n'avait que vaguement confiance. Dumbledore préféra ne pas relever l'attitude méfiante de Draco et tira une bourse de l'un de ses tiroirs pour la poser sur son bureau.

- Le professeur Rogue m'a rapporté qu'il ne savait pas encore combien de temps lui sera nécessaire pour trouver et fabriquer le remède qui rendra à Harry son aspect d'adolescent.

Draco le laissa continuer, attendant de voir où il voulait en venir. Il ne lui avait certainement pas demander de venir jusqu'à son bureau pour lui dire ce dont Severus aurait pu lui faire part n'importe quand. Il y avait forcément autre chose. Draco attendit encore un peu, mais Dumbledore ne semblait pas décidé à rouvrir la bouche.

- Ça ne me dit toujours pas pourquoi vous vouliez nous voir.

- Vous ne vous en doutez pas ? Demanda le directeur. Si Harry doit rester un enfant pour une période indéterminée, qui pourrait se compter en semaines ou en mois, il lui faudra des affaires plus adaptées.

Il montra d'un signe du menton la chemise qu'Harry portait en guise de vêtement, et les chaussettes qui lui tombaient des mollets.

- Des vêtements, donc, comprit Draco.

- Ce serait la première des choses. Je pense qu'il serait judicieux de votre part de penser à lui acheter de quoi s'occuper. Il risque de terriblement s'ennuyer.

Pendant que Draco fronçait les sourcils pour tenter de comprendre le sens exacte de ces paroles, Dumbledore se leva de sa chaise et contourna le bureau pour venir lui donner la bourse pleine.

- C'est à vous que j'ai décidé de confier cette mission, Draco, déclara le directeur alors que Draco s'apprêtait à dire quelque chose. Je vous offre une journée d'entière liberté afin d'emmener Harry se trouver ce dont il a besoin.

Surpris, Draco en perdit l'usage de la parole. Le directeur lui tendit alors la bourse avec un petit sourire amusé. Ou du moins, c'est comme ça que Draco le voyait.

- Vous trouverez dans cette bourse de l'argent moldu. L'équivalent de cent Gallions. Je suis moi-même allé les récupérer dans le coffre d'Harry ce matin. Utilisez-les à bon escient.

- Vous avez dit moldu ? Cracha Draco.

- Préférez-vous risquer de faire vos achats sur le Chemin de Traverse et croiser des Mangemorts ?

Draco grogna. Bien sûr que non, il ne préférait pas cette solution, mais devoir allez chez les moldus ne le réjouissait pas franchement. Il s'empara de la bourse et la soupesa. Elle était bien trop légère pour cent Gallions. Quand il jeta un œil à l'intérieur, il trouva de drôle de feuilles de papiers colorés.

- Des livres sterling, l'informa Dumbledore. Le montant est inscrit sur les billets et les pièces.

Harry n'avait absolument rien écouté de tout ce qui s'était dit. Il fixait le drôle d'oiseau sur son perchoir, pouce en bouche.

- Vous utiliserez ma cheminée personnelle pour vous rendre dans une petite ville où vous trouverez le nécessaire.

- Je vais atterrir chez des moldus ?

- Il ne vaudrait mieux pas, s'amusa Dumbledore. J'ai demandé à un ami un petit service. Vous arriverez dans une maison abandonnée et vous reviendrez par cette même cheminée.

Dumbledore s'éloigna pour récupérer de la poudre de cheminette.

- Attendez, on y va tout de suite ?

- Avez-vous mieux à faire ?

Draco ouvrit la bouche avant de la refermer. Non, il n'avait pas franchement mieux à faire mais il s'observa avec une moue dubitative. L'ayant vu faire, Dumbledore reposa le pot qu'il avait dans les mains.

- Oui, effectivement, dit-il dans un léger raclement de gorge. Il vaudrait sans doute mieux que vous repassiez par votre chambre pour vous changer.

Draco confirma et se dirigea vers la porte avec Harry.

- Si je peux me permettre un conseil, fit la voix du directeur dans son dos. Il serait également judicieux de passer par les cuisines.

Avant que Draco ait eu le temps de demander pourquoi, la porte s'était refermée et la gargouille avait commencé sa descente.

Fichu vieil homme sénile, pensa Draco.

Il ne voyait vraiment pas l'intérêt d'aller dans les cuisines.