Le lendemain, Harry fut le premier réveillé et attendit sagement dans le lit que Draco se réveille. Il avait l'habitude de patienter longtemps le matin, jusqu'à ce que sa tante Pétunia ou son oncle Vernon n'ouvre son petit placard.
Après une dizaine de minutes, il en eut assez d'être couché et se redressa, s'asseyant dans le lit, contre l'oreiller. Il voyait le soleil se lever à travers la fenêtre de Draco et la pièce s'éclairait de plus en plus. Harry trouva le spectacle beau. Il n'avait jamais vu le soleil se lever et il se dit qu'il aimerait bien avoir une fenêtre, lui aussi. D'un geste mécanique, il réajusta ses lunettes, qu'il avait posées sur son nez en se réveillant. C'était bien de voir clair.
Le réveil de Draco sonna à l'heure habituelle, arrachant un grognement à l'adolescent qui fut contraint d'ouvrir les yeux. Après l'avoir envoyé valser pour le faire taire, Draco reposa la tête sur l'oreiller et regarda Harry, sagement assis, en souriant.
- T'es déjà réveillé toi ? Demanda-t-il en attrapant l'un de ses pieds pour en chatouillant la plante.
Harry laissa échapper un ricanement et agita le pied pour que Draco le lâche. L'adolescent y consenti mais au lieu de le laisser tranquille, il le tira contre lui et le serra, plongeant son nez dans sa touffe de cheveux en bataille. Harry pencha la tête en arrière pour essayer de voir Draco mais il n'y arrivait pas et il ne pouvait pas bouger non plus. Il était prisonnier de ses bras. Mais ça ne le dérangeait pas vraiment, Draco ne serrait pas fort et ça ne faisait pas mal. C'était comme un câlin.
- T'as encore fait un vilain rêve ? Questionna Draco, la voix encore endormie.
- Non, répondit Harry en secouant la tête. Et j'ai même pas fait pipi ! Ajouta-t-il, fier.
- C'est bien.
Draco embrassa le haut de sa tête encore une fois, faisant sourire le garçonnet. Ne pouvant plus traîner au lit encore longtemps, maintenant qu'il devait aussi s'occuper d'un enfant, Draco se leva enfin, soulevant Harry pour le poser sur ses pieds.
- Oust, dans la salle de bain.
Souriant, Harry se hâta le plus vite possible, suivit de près par un Draco baillant. Quand l'adolescent lui donnait un ordre, ça sonnait différemment aux oreilles d'Harry. Il le prenait davantage comme une sorte de jeu. Draco prit tout son temps, il n'aimait pas descendre trop tôt dans la grande salle, même si l'absence de monde était reposant, et il n'aimait pas y aller trop tard non plus. Son juste milieu étant d'y descendre, de prendre le temps de bien manger et de se rendre ensuite directement en cours. Cette routine ne lui laissait pas le temps de revenir et de se préparer comme certains le faisaient. Un Malfoy se devait d'être toujours présentable en public.
Assis sur le rebord du lavabo, Harry se brossa joyeusement les dents en balançant les pieds. Il aimait bien son nouveau dentifrice et aussi sa nouvelle brosse à dent. C'était comme les avoir piqués à Dudley et ça ravissait le petit garçon. Une fois les dents propres et les cheveux coiffés, du moins pour Draco, ils purent enfin sortir et s'habiller.
- On dirait que Dobby est revenu pendant la nuit, constata Draco en voyant la peluche qu'il avait acheté à Harry posée sur le petit lit.
Il demanda donc à Harry de choisir les vêtements qu'il allait porter aujourd'hui, ravi de pouvoir enfin lui mettre des habits à sa taille et de sauver les siens de toutes sortes de tâches. En une dizaine de minutes, Harry eut le plaisir d'être vêtu de sous-vêtements, d'un pantalon, d'un pull et d'un gilet. Sans oublier ses chaussures !
- On mange maintenant ? Demanda Harry après s'être longuement admiré dans le miroir.
- Non, pas encore. Aujourd'hui on a le droit d'aller prendre le petit-déjeuner dans une très grande salle avec plein d'autres grands comme moi.
- C'est tes copains ?
- Certains oui, d'autres non. Tous les grands qui vont dans cette école habitent ici, alors on mange tous ensemble.
Après réflexion, Harry sembla comprendre le principe et hocha la tête avant de reposer ses grands yeux sur Draco.
- On fait quoi alors ?
- Toi tu vas aller jouer pendant que je m'habille, d'accord ? Ensuite on te fera un sac et on ira manger.
Harry hocha la tête et partit fouiller dans sa grande caisse pour trouver de quoi s'occuper. En le voyant faire, Draco se dit que, finalement, Harry était plutôt facile à vivre. Sa mère lui avait raconté qu'à son âge, il était un vrai calvaire. Il n'était jamais content, ne voulait jamais rien, passait son temps à tirer la tête. En somme, Draco n'avait pas vraiment changé. Il s'empara de son uniforme en passant devant la salle de bain pour se changer. Harry n'avait pas vraiment besoin de le voir faire, sans compter l'aspect déplacé.
- On va être en retard, souffla-t-il en sortant paniqué de la salle de bain, attrapant ses affaires pour les fourrer dans son sac.
Puisqu'il l'avait anticipé, Draco attrapa le petit sac à dos qu'il avait acheté au garçon, dans lequel il avait déjà mis le strict minimum, et l'appela pour qu'il le rejoigne. Obéissant, Harry remit son jouet dans sa caisse et fit le tour du canapé pour s'approcher de son ami.
- Il va falloir que tu m'écoutes bien, d'accord ? Dit Draco en le regardant.
Il obtenu un hochement de tête et chercha par où commencer.
- Aujourd'hui je dois retourner à l'école pour travailler et je ne peux pas t'emmener avec moi. Alors ce qu'on va faire, c'est que toi tu vas aller avec tonton Severus. C'est lui qui va te garder pendant que moi je suis à l'école.
- Tu reviens quand ? Demanda Harry, un peu triste de devoir être si vite séparé de Draco.
- Je reviendrais te chercher pour manger, ensuite j'aurais encore un peu école et après ce sera fini et on pourra venir jouer ici tous les deux. Ça te va ?
Un peu à contre-cœur, main comprenant bien qu'il n'avait pas le choix, Harry hocha la tête.
- Tu veux mettre quoi dans ton sac pour aller chez tonton Severus ?
Une petite quinzaine de minutes plus tard, Draco enfilait le sac d'Harry sur ses épaules. Le petit y avait mis de quoi dessiner, colorier, et quelques jouets. Son propre sac en main, Draco souleva Harry et sortit rapidement de la chambre. Toute cette nouvelle organisation lui avait pris bien plus de temps que prévu et la grande salle devait être bondée.
- C'est quoi ? Demanda Harry en posant le doigt sur la cravate de l'adolescent.
- Ça s'appelle une cravate.
- Et ça ? Demanda Harry en montrant la robe.
- C'est une robe pour les sorciers. Tout ça, c'est mon uniforme.
- C'est quoi ?
Draco inspira doucement. Est-ce que tous les enfants posaient toujours autant de questions ? Si la réponse était oui, il n'avait pas fini !
- Comment t'expliquer ça… Dans l'école, on est beaucoup, beaucoup, beaucoup. Et comme on ne peut pas dormir tous ensembles, il y a des petites maisons dans le château.
- Des petites maisons ?
- Oui. Quatre. Et moi, je suis le chef d'une des petites maisons. Elle s'appelle Serpentard.
Devant la mine un peu perdue d'Harry, il se dit qu'il valait peut-être mieux tout reprendre depuis le début. Ça lui ferait une occupation le temps du trajet.
- Quand tu arrives dans l'école pour la toute première fois, on te met un chapeau magique sur la tête et il te dit dans quelle petite maison tu dois aller.
- Pourquoi ?
- Je te l'ai déjà expliqué, ça. C'est parce qu'il y a beaucoup de monde, donc on doit faire des groupes plus petits.
- Les petites maisons ?
- Oui, les petites maisons. Il y en a une pour les courageux, une pour les très intelligent, une pour les gentils et une pour ceux qui aiment faire pleins de bêtises.
- T'es où toi ? Demanda Harry, de plus en plus curieux.
Draco baissa les yeux vers lui et lui fit un sourire espiègle.
- Avec ceux qui aiment faire pleins de bêtises, répondit-il tout bas, comme si c'était un secret.
Harry ricana et s'excita encore plus.
- Et moi ?
- Quand t'étais grand comme moi ?
- Oui !
- Tu étais avec les courageux.
- Pas avec toi ? Demanda le garçonnet, déçu.
- Non. Mais on était quand même copains. Et parfois, on avait même école ensemble.
Savoir ça sembla faire plaisir à Harry, dont le sourire ne s'effaça pas de tout le reste du trajet.
Arrivés devant les immenses portes de la grande salle, le bruit provenant de l'intérieur fit peur au petit garçon qui s'accrocha fermement à l'adolescent, lui faisait clairement comprendre qu'il n'avait pas du tout envie d'y aller. Draco prit sur lui pour se dire que c'était normal qu'il ait peur et qu'il devait le rassurer. Il posa donc le petit sur ses pieds et se mit à sa hauteur.
- Il ne faut pas avoir peur. Il y a beaucoup de bruit mais il n'y a pas de méchants. On va juste entrer, allez s'asseoir à la table de ma petite maison et on va prendre notre petit-déjeuner avec mes copains, d'accord ?
- J'ai peur…
Draco lui fit un sourire et passa une main dans ses mèches brunes.
- Tu sais, là-dedans, il y a pleins de copains à toi. Alors même si tu es redevenu un petit garçon et qu'ils ne le savent pas, ils ne seront pas méchants avec toi. Je te le promets. Et s'il y en a un qui essaie, je le tape.
Sa petite tirade eut le mérite de faire sourire Harry qui fut moins réticent à entrer. Draco se releva, lui tendit sa main et attendit qu'Harry soit suffisamment préparé avant de pousser la porte de la grande salle. Leur entrée ne fit pas taire les conversations mais plus ils avançaient, plus les regards se tournaient vers le petit garçon, accroché à la jambe de Draco. Deux questions se posaient. Qu'est-ce qu'un enfant faisait là, et pourquoi était-il accroché à Malfoy ? Bon, certains se demandaient aussi qui il était. Il fallait dire que c'était du jamais vu.
- Harry ! Cria une voix, faisant taire les messes-basses les plus proches.
Hermione s'était redressée d'un coup, claquant ses mains sur la table. Effrayé, le petit garçon lâcha la main de son ami pour s'accrocher plus fort à sa jambe, tout tremblant.
- Bah bravo ! T'es fière de toi j'espère, tu lui as fichu la trouille ! S'agaça Draco en toisant l'adolescente du regard.
- Qu'est-ce que tu lui as fait Malfoy ?! Cracha Ron en se levant à son tour.
- Rien, espèce d'imbécile ! Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai un petit-déjeuner à avaler.
Draco leur lança un dernier regard mauvais avant d'attraper Harry – qui se colla à lui dès qu'il fut dans ses bras – et de partir en direction de la table des Serpentard. Draco se jura qu'il leur ferait regretter plus tard. À cause d'eux, Harry tremblait et il était probablement terrorisé par ce qui venait de se passer. Faisant se décaler Zabini, Draco s'installa pile en face de Weasley et Granger, dans le but de les narguer. Il y avait bien Crabbe et Goyle en face qui bouchaient légèrement la vue, mais juste ce qu'il fallait. Maintenant qu'il était installé, et même si ses amis le regardaient avec insistance, Draco frotta le dos d'Harry pour le faire lâcher prise.
- C'est fini maintenant, plus besoin de te cacher.
Timidement, et avec appréhension, Harry tourna la tête. De quoi découvrir un œil, qui se posa sur Blaise. Celui-ci posa un regard neutre sur lui avant qu'une expression de surprise s'installe sur son visage.
- Je rêve, c'est vraiment Potter, lâcha-t-il. Tu nous explique ? Demanda-t-il en levant les yeux vers Draco.
- Je ne mange pas avec Potter à ma table ! S'exclama aussitôt Pansy.
Draco lui lança un regard noir qui la fit taire instantanément.
- Toi, tu la fermes, on s'en passe de ton avis, personne ne te force à manger ici.
Après une nouvelle vague de négociations, Draco pu enfin faire lâcher le garçonnet qu'il installa sur ses genoux pour le mettre à hauteur de la table.
- C'est Potter, ça ? Demanda Goyle, penché en avant pour bien le voir.
- Il a rétréci ? Renchérit Crabbe, dans la même position.
Leurs regards de poissons rouges agacèrent légèrement Draco. Il avait envie de leur plonger la tête dans leurs assiettes mais il se retenait. Après tout, il n'avait jamais montré cet aspect de sa personnalité au petit Harry et il ne voulait pas lui faire peur.
- Il va vraiment rester là ? Questionna Nott à son tour.
- Tu ne vas pas t'y mettre aussi ! Mangez et fichez-moi la paix ! S'énerva Draco.
- Avec tout le respect que je te dois, Draco, on a quand même le droit à une explication, répondit Blaise, très sérieusement.
Draco lui lança un regard noir et soupira. Il ne manquait plus que ça !
- Harry étant toujours aussi nul en potion, il est redevenu un petit garçon de quatre ans. Résultat, Dumbledore m'a demandé de m'en occuper jusqu'à ce que Rogue et Chourave puissent le faire redevenir comme avant. D'autres questions ?
- Il va rester là longtemps ? Demanda Goyle de son air d'abruti.
- Aussi longtemps que le déciderai.
Percevant la réplique de Draco comme une menace, qui en était belle et bien une, aucun autre membre du petit groupe n'osa ouvrir la bouche. Harry leva de petits yeux vers Draco et obtenu un petit sourire. Il allait lui demander s'il avait fait une bêtise, mais Draco lui mit un verre de jus entre les mains et lui remplis une assiette. Heureux de pouvoir à nouveau manger du chocolat, Harry englouti son repas avec appétit.
Au fil des minutes, la grande salle se vidait peu à peu. Draco se retrouva vite seul avec Harry, car le petit mangeait naturellement plus lentement. Hermione et Ron avaient également quittés leur table, mais ils avaient décidé de rester postés devant les grandes portes et d'attendre Draco de pied ferme. Si c'était bien Harry, alors il n'y avait aucune raison pour que ce soit ce sale Serpentard qui s'en occupe ! Hermione était bien plus à même de le faire. Après tout, elle était une fille et possédait un instinct maternel, malgré son jeune âge.
Pourtant, lorsque Draco essuya les mains et le visage d'Harry, il ne le fit pas sortir par les grandes portes. Il l'emmena jusqu'à la table des professeurs où Severus les attendait. Maintenant à côté de son parrain, Draco se baissa à la hauteur d'Harry et le regarda dans les yeux.
- Tu te souviens, c'est tonton Severus qui te gardes jusqu'à ce que je vienne te chercher pour manger.
- Oui.
- Tu me promets que tu seras sage et que tu n'embêteras pas tonton Severus pendant qu'il travaille ?
- P'omis, répondit Harry, un peu anxieux.
Draco lui fit un sourire et déposa un baiser sur sa joue avant de prendre la direction du hall. Baissant les yeux vers le garçonnet, Severus tomba nez à nez avec ses grands yeux verts fixés sur lui.
- On va où tonton Sevus ?
Rogue prit une profonde inspiration avant d'expirer longuement, fermant les yeux quelques secondes. Il détestait ce surnom au plus haut point, mais il avait bien compris qu'il allait devoir s'y faire temps qu'Harry ne retrouverait pas son corps.
- Dans ma classe, répondit-il finalement en reposant les yeux sur l'enfant. Et je ne veux pas t'entendre, est-ce clair ?
Habitué à devoir se taire mais un peu triste que la demande vienne de Severus, Harry hocha la tête.
- Bien.
L'adulte sortit par la porte des professeurs, suivit de près par Harry qui tentait tant bien que mal de suivre la cadence.
Dès que Draco fut à porter de main, il se fit agripper par le col de sa chemise, sans surprise. C'en était presque trop facile d'être aussi prévisible. L'adolescent, qui avait enfilé son masque d'indifférence, posa les yeux sur le rouquin qui semblait prêt à exploser.
- Un problème, Weasley ?
- C'est toi mon problème Malfoy !
- Qu'est-ce que tu as fait à Harry ? Demanda précipitamment Hermione.
- Mais rien ! Vous êtes pénibles !
- Te fous pas de ma gueule, on l'a bien vu tout à l'heure, cracha Ron.
- Et alors ? Ce n'est pas parce qu'il est dans cet état que c'est ma faute, imbécile.
- Mais tu y es pour quelque chose, avoue !
- Où est-il ? Redemanda Hermione, les dents serrés et pas plus patiente que son ami.
- Ça suffit ! S'énerva Draco en repoussant Weasley. L'endroit où il se trouve ne vous regarde pas et non, je ne lui ai rien fait. Alors maintenant, foutez-moi la paix !
Draco les toisa du regard et s'en alla aussi sec. Depuis quand il devait rendre des comptes à ces deux idiots ? Ils avaient réussi à l'énerver !
Harry suivit péniblement Rogue jusqu'à sa classe, ses petites jambes n'aidant pas. Essoufflé, il dut faire une pause, mais lorsqu'il regarda autour de lui, Rogue avait disparu. Seul dans ce grand couloir, le petit garçon commença à paniquer. Il voyait plusieurs autres couloirs qui partaient dans des directions différentes et il ne savait pas où l'adulte était partit. Des rires venant de derrière, amplifiés par l'écho du couloir, effrayèrent Harry qui chercha le premier endroit où se cacher, les larmes aux yeux et les mains tremblantes. Le petit groupe de filles s'arrêta en entendant une armure tintée.
- Vous avez entendu ça ? Demanda l'une d'elle.
- Ça venait de par-là, je crois.
- Allez-y je vous rejoins, lança la troisième avec un sourire, ayant vu quelque chose du coin de l'œil.
Ses amies hésitèrent mais finirent par se décider. Après tout, la jeune femme saurait se débrouiller seule et elle ne risquait pas grand-chose dans le château. Avec un regard en arrière, elles empruntèrent un couloir pour se rendre en cours. Regardant d'abord par-dessus son épaule pour être sûre d'être seule, la jeune fille passa une mèche de cheveux derrière son oreille et s'avança vers l'armure qu'elle avait vue bouger. Voyant nettement la forme qui se cachait derrière, elle se baissa, souriante, et glissa une autre de ses mèches de cheveux derrière son oreille.
- Harry ? Tu es vraiment redevenu un petit garçon, alors ?
Harry sentait son cœur battre vite et les frissons sur ses bras. Il avait peur mais sa curiosité le poussa à jeter un œil. C'était une fille et sa voix était douce, gentille. Même si ses mains tremblaient toujours et qu'il était prêt à pleurer, Harry posa les yeux sur la fille.
- Pourquoi tu me regardes comme ça ? S'amusa-t-elle.
N'obtenant aucune réponse et voyant bien la façon dont il la regardait, une idée lui traversa l'esprit.
- Oh… Tu ne me reconnais pas, c'est ça ?
Harry se recroquevilla un peu plus derrière l'armure. Il voulait Draco. Pourquoi est-ce qu'il l'avait laissé seul ?
- Je m'appelle Cho, reprit-elle en lui offrant un sourire. Toi et moi on est amis.
- Amis ? Répéta Harry, la voix chevrotante.
- Oui, amis.
Cho lui fit un autre sourire, un de ceux qu'elle avait l'habitude de faire, surtout à Harry. Malgré tout ce qui s'était passé, la mort de Cedric, le baiser dans la salle sur demande à Noël, Harry avait fait d'elle une meilleure sorcière. Elle et aussi beaucoup d'autres étudiants. Harry avait une place particulière dans sa vie mais elle voyait bien que, pour l'instant, il était effrayé.
- Tu veux un bonbon ? Proposa-t-elle.
La Serdaigle fouilla dans les poches de sa robe et en sortit un bonbon qu'elle tendit au petit garçon, paume tendue.
- C'est quoi ?
Les lèvres de Cho se réhaussèrent quand elle remarqua qu'Harry avait l'air plus serein.
- Un bonbon au chocolat.
- Au chocolat ? Répéta Harry, les yeux pétillants.
- Oui, s'amusa Cho. Tu le veux ?
- J'ai le droit ?
- Bien sûr.
D'abord hésitant mais ne pouvant pas résister très longtemps à l'appel d'un bonbon, surtout au chocolat, Harry s'en empara et essaya de l'ouvrir.
- Attend, comme ça, souffla Cho en l'aidant à le déballer.
Harry la regarda faire, fasciné, et englouti le petit cube tout rond. La jeune fille laissa échapper un petit ricanement et ne quitta pas le petit garçon des yeux. Décidément c'était vraiment Harry. Elle voyait sa cicatrice entre ses mèches de cheveux.
- Tu veux bien sortir maintenant ? Demanda-t-elle.
Harry ne sembla pas d'accord mais il finit par se dire que si elle lui avait donné un bonbon, elle ne devait pas être méchante. Et puis, elle avait dit qu'ils étaient amis. Harry fila, sortant de sa cachette par là où il était entré. Il resta quand même caché derrière l'armure et observa Cho.
- Qu'est-ce que tu fais ici tout seul ? Demanda la jeune fille en se tournant pour mieux le voir.
- Tonton Sevus il est pa'ti sans moi…
- Tonton Sevus ? Répéta Cho, les sourcils froncés. C'est qui, ça ?
La question était plus pour elle-même que pour le garçon. Elle se doutait qu'il ne saurait pas répondre autrement que par « tonton Sevus ». Cho prit le temps de réfléchir. Qui pouvait bien être associé à ce nom ? S'il l'appelait tonton, c'était qu'il devait être plus vieux. Très vieux. Un professeur ? Sûrement. Restait à savoir lequel exactement. Elle ne connaissait personne du nom de Sevus. Mais il y avait Severus ! Le professeur Rogue ! Cho plaqua sa main sur sa bouche pour masquer son sourire. Elle imaginait le professeur Rogue être appelé « tonton Sevus » et elle se doutait qu'il ne devait pas du tout apprécier.
- C'est le professeur Rogue que tu cherches ? Le grand monsieur habillé tout en noir qui fait peur ?
Harry hocha la tête en guise de réponse, ce qui amusa encore davantage l'adolescente. Même si Harry, lui, ne comprenait pas ce qui la faisait rire.
- Il t'a laissé tout seul ? Tu t'es perdu ?
Si elle réfléchissait un peu, pour un enfant les deux devaient être équivalent.
- Oui, répondit Harry d'une petite voix en hochant la tête.
- Tu sais où tu allais ?
- Avec tonton Sevus.
- Évidemment, soupira-t-elle. Mais il allait où ? Tu le sais ?
Le petit garçon fut surpris de la question mais se mit à y réfléchir sérieusement. Ils allaient où ? Il lui semblait que Draco le lui avait dit mais il ne se souvenait plus.
- Je sais pas, finit-il par avouer, prêt à pleurer.
- Tu sais quoi, moi je dois aller dans la classe du professeur Rogue. On va aller l'attendre là-bas, d'accord ?
Harry leva les yeux vers la fille. Il devait rester avec Severus, il l'avait promis à Draco. Alors si elle pouvait le ramener, il devait y aller. Décidé, le petit garçon hocha la tête et sortir définitivement de sa cachette. En le voyant aussi petit et adorable, Cho sentit son cœur fondre.
- T'es trop mignon. Je te porte ? Proposa-t-elle en lui tendant les bras.
Ce n'était peut-être pas une bonne idée, mais Harry devait bien avouer qu'il avait pris goût à être porté. Enfin, il avait pris goût à ce que Draco le porte. Il s'avança tout de même vers Cho et se stoppa juste avant qu'elle puisse le prendre.
- Tu es timide ? Faut croire que t'as pas beaucoup changé en grandissant.
La jeune femme lui sourit avant de lui embrasser la joue, faisait sourire Harry pour la première fois. Elle en profita pour le soulever et se redresser.
- Direction la salle de cours ! T'as de la chance d'être un enfant, toi. Si seulement c'était toi notre professeur, au lieu de Rogue, soupira-t-elle en reprenant sa route.
Harry observa la fille et l'écouta sans rien dire, même s'il ne comprenait pas tout. En vérité, il comprenait les mots, mais pas leur sens. Il se contentait de regarder autour de lui, son pouce dans la bouche. En tout cas, elle avait les cheveux qui sentaient bon. Presque comme ceux de Draco, mais ce n'était pas pareil. Ça sentait la framboise. Harry ne put s'empêcher d'en attraper une mèche, qui volait dans son dos au rythme de ses pas, pour jouer avec. Cho jeta un coup d'œil vers lui et en fut amusée. Elle le trouvait vraiment trop mignon.
