Petit mot de l'auteure : post livre
Colm ne connaissait pas très bien Wylan. Néanmoins, il s'était vite aperçu que le garçon était de nature anxieuse. Le voir arriver avec une mine déconfite, les mains moites et des suées manifestes n'était donc pas étonnant. Ce qui l'était, en revanche, c'est qu'il hésite à lui parler.
- Mon garçon... que se passe-t-il ? demanda-t-il d'une voix douce.
Il espérait ainsi encourage Wylan. Néanmoins, ce dernier eut l'air encore plus affolé. Colm commença à s'inquiéter : qu'est-ce qui pouvait préoccuper le garçon au point qu'il retienne ses mots ? Si Wylan était plutôt timide et réservé, il n'avait jamais non plus hésité à dire ce qu'il avait sur le cœur.
- Wylan... vous pouvez tout me dire, vous le savez, n'est-ce pas ?
- Oui...
- Très bien. Alors, qu'est-ce qu'il y a ?
- Jes... C'est Jesper.
Le prénom tomba comme un coup de massue alors que Colm additionnait deux plus deux : la détresse de Wylan, sa récalcitrante à lui parler, comme pour le ménager, la gravité dans sa voix... Et maintenant, le nom de son fils, balbutié avec une solennité alarmante.
Jesper était mort.
Colm aurait dû se douter que ce jour arriverait. Depuis qu'il avait rejoint Ketterdam puis ce gang, son fils marchait sur des sables mouvants. Tôt ou tard, il finirait pas être ensevelit par les combats, les vengeances, la violence ambiante qui régnait au Barrel. Il avait néanmoins espéré de ton cœur de père que le jour où son petit-ami lui apprenne sa mort ne vienne jamais.
Il laissa ainsi échapper un sanglot, rassemblant toutes ses forces pour demander :
- Comment ?
- Et bien... en venant vous voir.
Jesper était mort en venant le voir ? C'était peut-être pire que tout le reste. À la douleur s'ajouta ainsi la culpabilité de savoir que si il avait prit une autre route, il serait peut-être encore en vie. Il se débrouilla toutefois pour poser une autre question, tout aussi importante :
- Qui ?
- Euh... moi ?
Là, Colm sentit son cœur s'arrêter. Comment osait-il venir le voir après avoir tué Jesper ? Il n'eut d'autre choix de lever les yeux vers Wylan pour le confronter :
- Je pensais que vous l'aimiez ! rugit-il.
- Bah oui... c'est pour... pour ça que je viens. Il faut demander au père à Novyi Zem ?
Ce fut à cet instant que Colm croisa le regard de Wylan et qu'il comprit que quelque chose ne tournait pas rond. Enfin, encore moins rond que le fait qu'il ait tué Jesper.
- Qu'est-ce que vous entendez par « il faut demander au père » ?
- Quand on demande la fille en mariage, il faut demander la main au père, non ? Dit précipitamment Wylan comme pour évacuer le stress qu'il avait accumulé. Enfin, je sais que Jesper n'est pas une fille, mais je viens quand même pour...
Là, Colm fit quelque chose qui n'était pas dans ses habitudes.
Il donna un coup de poing dans l'épaule de Wylan.
Certes, le coup n'était pas puissant ni violent, mais il suffit pour que le gamin se taise.
- Espèce d'idiot ! J'ai cru que vous m'annonciez que Jesper était mort !
Puis, il le prit dans ses bras.
- Ne me refaites plus jamais un coup pareil !
- Mais je... pourquoi avoir cru ça ?! J'ai juste dit « Jesper » !
- Oui, mais ya des manières de dire les choses ! C'était quoi ce ton lugubre ? Rigola-t-il de soulagement en se détachant de lui.
- Je... j'avais peur que vous me disiez non.
Colm le regarda alors fixement, son sérieux revenu en une seconde.
- Wylan. Sache que tu rends mon fils heureux. Tu l'as soutenu et défendu quand je n'étais pas là pour le faire. Tu continues de le chérir et de rendre sa vie meilleure. Alors évidemment que je t'autorise à le demander en mariage. À condition que tu ne me refasses jamais peur comme ça !
- Je vous le promets, jura solennellement Wylan. Et... désolé de vous avoir fait peur.
- Pas grave. Allez, file le retrouver. Et si jamais il dit non, je lui botterai les fesses moi-même. Tu es quelqu'un de précieux, Wylan.
Wylan se dérida devant sa remarque. Quand il quitta la pièce, Colm se rassit, l'âme en proie à la mélancolie. Il n'avait aucun doute concernant la réponse de Jesper, ce qui signifiait que très prochainement, son fils unique serait marié. Il fonderait son propre foyer, sa propre famille. L'idée de leur éloignement inéluctable l'attristait. Pourtant, il n'était pas malheureux. Il avait été sincère en parlant à Wylan : ce gamin était une belle personne. De ce fait, il n'avait pas le droit d'être trop triste. Jesper allait être heureux à ses côtés. Et le bonheur de son enfant était la plus belle chose que pouvait souhaiter un père.
petit mot de fin : écrit pour la 157e nuit du FoF sur le mot "Mariage" (oui je l'ai pas dit en haut pour pas spoiler)
