Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 158e nuit du FoF sur le thème "Immoral"
début livre 2
Kaz était quelqu'un de plutôt patient. Enfin, il l'était, selon les critères du Barrel. Toutefois, cela faisait une bonne dizaine de minutes que Wylan n'arrêtait pas de se retourner sur lui-même dans son sommeil, ce qui commençait à sérieusement lui taper sur le système.
Dans d'autres circonstances, il l'aurait déjà réveillé avec un bon coup de pied bien placé, mais il n'en fit rien. Après le stress des derniers jours, Wylan avait besoin de repos. Surtout quand le plus dur restait encore à affronter : Van Eck, l'ensemble des mercuriens, le fantôme d'une Inej seule et sans défenses. Si il voulait récupérer son Spectre, les Corbeaux devraient être en forme. Et cela commençait par laisser Wylan dormir. Mais tout de même, si il pouvait le faire sans sangloter toutes les trois secondes...
Quand le manège cessa enfin, Kaz poussa un soupir de soulagement. Enfin il allait avoir le droit à un peu de calme !
Néanmoins, sa quiétude fut brisée quand il se retourna et vit l'air de Wylan. Le mercurien avait toujours l'air heureux. Il se retrouvait dans le Barrel ? Il faisait mine de s'y plaire. Il manquait de mourir dans une fusillade ? Il en profitait pour développer une bombe. Il pénétrait le Palais de Glace ? Il jouait la carte « on va peut-être tous mourir » pour sonder les attirances de Jesper. Ce petit air désespérément optimiste l'avait agacé dès qu'ils s'étaient rencontré. Mais étrangement, ne plus le retrouver sur le visage de Wylan secouait Kaz. Il se dit que Wylan était tout simplement encore dans les brumes du sommeil. Toutefois, quand une larme coula sur sa joue, Kaz dû se rendre compte à l'évidence : cet idiot de mercurien n'allait pas bien.
Dans d'autres circonstances, Kaz aurait tourné les talons aussi secs, laissant quelqu'un d'autre gérer ce problème. Malheureusement pour lui, Jesper, Nina et Matthias étaient tous trois en infiltration pour tenter de glaner des informations sur l'endroit où Inej pouvait bien être retenue. Ne restait donc plus que lui... Une grande partie de lui avait tout de même envie d'abandonner Wylan à sa tristesse, mais il se retint. Il se devait de maintenir ses corbeaux dans le meilleur des états possibles ; chaque fragilité était une potentielle faille dans le plan destiné à récupérer Inej. Et si il y avait une chose qu'il refusait, c'était risquer de la perdre parce qu'il n'avait pas eu le courage de faire mine de s'intéresser à ses camarades.
Rassemblant toute sa fausse empathie, Kaz réussi à prononcer deux mots d'une voix qui aurait presque semblé concernée :
- Ton père ?
Wylan ne répondit rien mais, à en juger le tressaillement de son corps, il avait vu juste.
- Tu devrais pas t'en faire tant pour lui. C'est un connard, c'est un connard. Aucun raison de faire des cauchemars à cause de lui.
En disant cela, Kaz s'était attendu à plusieurs réactions de la part de Wylan : que celui-ci pleure d'avantage, qu'il le traite d'insensible – à raison – ou qu'il abonde dans son sens. Il n'avait à aucun moment imaginé que celui-ci se mette à rien.
- « Aucune raison », vraiment ? Et qu'est-ce qui te fait croire ça ? Que puisque notre famille était mercurienne, elle était forcément parfaite ?
- Et bien... ce n'est pas le cas, visiblement. Même si je vois mal ce qui peut être si terrible dans le fait de manger du bacon tous les jours et avoir un toit. Alors d'accord, ton père est retors et sûrement strict mais...
- Il a essayé de me tuer, Kaz.
Dire qu'il fut surpris était un euphémisme. Quand Wylan lui avait dit que son père se fichait bien de le récupérer, il avait eu l'air très sûr de lui. Néanmoins, Kaz n'aurait jamais imaginé une telle chose. Un père, tuant son propre enfant ? Cela semblait... impossible.
Kaz savait qu'il avait fait de très nombreuses choses immorales dans sa vie. Il avait tué, torturé, volé. Mais fomenté un plan pour assassiner son fils unique sous prétexte que celui-ci ne savait pas lire... Oui, cela dépassait tout entendement. Pourtant, plus les mots sortaient de la bouche de Wylan, plus Kaz était obligé d'admettre la réalité de cette horreur.
Quand Wylan eu fini de lui raconter cette nuit d'horreur où il avait comprit les projets de son père, il tremblait de tout son corps. Kaz songea alors qu'il aurait eu bien besoin d'un mot réconfortant... ou d'excuses. Voire peut-être d'un câlin et la promesse que tout irait bien désormais. Malheureusement pour lui, Kaz était incapable de lui donner l'un de ses quatre éléments.
Cela ne voulait pas dire qu'il n'avait rien à répondre :
- Je te promets qu'on le retrouvera et qu'on lui fera payer.
- Je n'arriverais jamais à lui faire du mal, murmura piteusement Wylan.
- Tu n'auras pas à le faire. Je m'occuperai de le démembrer moi-même. Et je te promets que le dernier coup que je lui porterai sera pour toi.
Oui, Kaz ne pouvait promettre douceur et réparation.
En revanche, il pouvait promettre plus de sangs et de souffrance.
Et quand il vit Wylan sourire, il su qu'en définitive, c'était bien ce dont il avait besoin.
