Correctrice : Clina

Personnages : Capricorne Shura Athéna Saori

Mention de : Andromède Shun, Cygne Hyoga, Dragon Shiryu, Pégase Seiya, Phoenix Ikki Bélier Shion, Bélier Mu, Verseau Camus

Ship : aucun

Type d'écrit : réconfort

Arc temporel : Comme pour les autres recueils, quelques années après la fin de la guerre contre Hadès, quand ils sont tous revenus à la vie.

Lieu : Sanctuaire, Temple du Capricorne

Nombre de mots : 2904

Titre : Regret et rédemption


L'entraînement matinal des Saints d'Or venait de se terminer. Shura était généralement un des premiers à quitter l'arène où s'étaient déroulés les affrontements amicaux. Le Capricorne avait pour une fois participé activement, acceptant de combattre Camus. Il avait été surpris de la proposition du Verseau, mais il n'avait aucune raison de refuser. Il n'y avait aucune rancœur entre eux, ce qui avait rendu ludique leur échange. D'ailleurs l'expression neutre indéchiffrable de Camus ne laissait rien deviner de ses intentions combatives et compliquait les contre-attaques possibles. C'était donc un réel défit que de gagner face à lui. Seulement aujourd'hui c'était Shura qui s'était incliné avec un sourire amusé accroché aux lèvres. Il avait été bon perdant, certain qu'il ferait mieux la prochaine fois, maintenant qu'il avait une idée des techniques de combat de son frère d'armes. Il supposait qu'il aurait plus de chance de le faire chuter au sol lui aussi. Enfin encore fallait-il l'approcher d'assez près pour y arriver. Mais le Capricorne ne désespérait pas. Tout en remontant les marches menant à son Temple, il visualisait mentalement le combat et il analysait les diverses étapes de ce dernier. Il imaginait aussi comment il pourrait contrer efficacement Camus lors d'un prochain entraînement. Shura pensait avoir trouvé une brèche dans la position d'attaque et de défense de son frère d'armes.

En pénétrant dans le dixième Temple, le Capricorne se figea. Le Cosmos, qui flottait dans l'air de sa maison, était certes puissant mais aussi extrêmement doux et chaleureux. Il y avait des ondes de bienveillance et de tendresse qui le traversaient lentement. Shura était surpris de sa présence en ces lieux. Ô pas qu'il était interdit à la jeune femme d'y venir, elle était chez elle au Domaine Sacré. Mais par tradition, elle ne traversait les douze Temples Zodiacaux que quand elle revenait au Sanctuaire. Shura sentit ses poings se serrer et ses mains trembler légèrement. Il se souvenait de sa conversation quelques semaines plus tôt avec le Phoenix, alors que ce dernier revenait de mission. Il n'avait jamais demandé cette fameuse audience. Comment oser déranger la déesse Athéna pour ce genre de petit détail personnel ? Après tout la jeune Déité devait s'occuper du Sanctuaire, consolider les liens diplomatiques avec les autres Divinités, protéger l'Humanité et gérer la fondation Graad. Alors non, Shura ne pensait pas que ses états d'âmes et ses remords valaient la peine de perturber les journées bien organisées de sa Déesse protectrice. Il envisageait de gagner sa rédemption en étant un de ses plus fidèles et zélés Guerriers.

Finalement Shura prit une profonde et lente inspiration avant de se remettre en mouvement. Il avança à l'intérieur du Temple du Capricorne, savourant la fraîcheur des lieux comparée à la chaleur déjà étouffante de l'extérieur en cette mi-journée. Gardant le regard baissé sur les dalles de marbre, il admira un moment les jeux des rayons solaires avec les ombres des colonnes imposantes. Plusieurs questions occupaient son esprit en cet instant. Pourquoi la déesse Athéna était-elle chez lui ? Une mission à lui confier ? Un problème à régler ? Faisait-elle juste une pause dans sa longue ascension ou descente des marches ? Mais le Capricorne savait que rien n'apporterait de réponses aux interrogations qu'il avait. Sauf s'il osait lui demander ouvertement. Mais cela serait un manque de respect que d'oser questionner les actes d'une Déité, surtout celle qu'il avait juré de protéger et en qui il croyait. Toujours perdu dans ses pensées, Shura arriva au centre même du hall face à la statue qui ornait ces lieux. Son regard sombre se releva lentement pour se poser sur la Réincarnation d'Athéna.

Face à la statue représentant la déesse Athéna offrant Excalibur au premier Saint du Capricorne, se tenait Saori Kido, Réincarnation actuelle de leur Déité protectrice. La jeune femme était vêtue comme à son habitude d'une longue toge blanche qui dévoilait ses bras blancs. Shura se fit la réflexion qu'elle avait une peau de nacre, tellement pâle qu'elle devait redouter le soleil. Sa longue chevelure détachée flottait dans son dos, simplement retenue par la tiare en or de la Déesse. Shura constata qu'elle arborait les attributs habituels de la Déité : hormis le diadème, elle portait aussi la lourde ceinture en or et pierres précieuses, le bracelet en or pur et son sceptre. Il ne pouvait guère le voir, mais Shura devinait le collier qui ornait généralement le cou gracile et fin de leur Déesse. Le Capricorne cligna des yeux. Certes il rencontrait comme ses pairs régulièrement la Réincarnation d'Athéna lors des cérémonies officielles, mais il l'avait rarement vue d'aussi près. D'ailleurs en général, tous les Saints s'agenouillaient face à elle et rares étaient ceux osant relever les yeux sur leur Divinité protectrice. D'une certaine manière, le Capricorne lui trouva des points communs physiques avec les représentations sacrées d'Athéna, mais elle avait aussi des traits différents.

« Bonjour, Shura du Capricorne. », salua la jeune femme de sa voix douce et mélodieuse. Athéna tourna la tête pour observer son Guerrier.

« Déesse Athéna. », salua rapidement le Capricorne. Et il s'agenouilla, baissant humblement la tête et évitant de continuer à détailler l'aspect physique de sa Déité protectrice. Il ne put voir le sourire amusé de la jeune femme, ni l'éclat d'amusement dans les yeux pers qui le fixaient. « Que puis-je pour votre service ? », demanda-t-il respectueusement.

« Ikki m'a dit que tu désirais me rencontrer. », répondit posément la Déité. Elle se tourna totalement vers son Guerrier pour le regarder avec attention. « Tu as, d'après lui, quelque chose à me demander. » Elle pencha légèrement la tête, une pointe de curiosité perçant sa voix chantante.

« Je suis désolée qu'il vous a fait vous déranger pour rien, Déesse. Ce n'est qu'un petit détail sans importance qui pouvait attendre. », expliqua Shura rapidement sans oser relever le regard. Maudit était ce Phoenix et sa trop longue langue ! Après tout, c'était relativement personnel comme démarche. Et le Capricorne supposait qu'il devait lui-même trouver le chemin de la rédemption et du pardon divin.

« Vraiment ? », questionna la jeune femme face à lui.

Cette fois-ci, seul un silence respectueux et empli de dévotion lui répondit. Saori retint un soupir. Elle avait écouté Ikki avec attention, quand ce dernier lui avait signalé que certains des Saints auraient bien besoin de son pardon verbal. Elle faisait confiance à son frère de cœur dans sa lecture du comportement de certains. Et elle devina le poids de la culpabilité du Capricorne, connaissant son histoire. Un léger et tendre sourire naquit sur ses lèvres rosées. Lentement, les talons de ses sandales claquant en rythme sur les dalles de marbres, Athéna approcha de Shura. Il était difficile pour les Saints vivants au Sanctuaire de la voir autrement que comme leur Déesse protectrice. C'était à elle de briser cette distance, qui bien souvent lui pesait. Une fois face au Saint d'Or, Saori s'agenouilla au sol et elle déposa son sceptre lourd et encombrant sur les dalles en marbre. D'une main elle replaça une longue mèche derrière son épaule, et elle s'assit correctement sur ses talons. Les mains jointes sur ses jambes, elle observa son Guerrier réputé le plus juste et le plus fidèle. Elle devinait ce qui pesait sur la conscience de Shura.

Et Saori désirait l'aider à se pardonner, car elle n'avait aucun grief contre lui, ni contre aucun des Saints. Elle leur avait totalement et définitivement pardonné à tous et toutes, quand elle s'était battue pour leur offrir cette seconde vie. Et son but n'était pas qu'ils expient éternellement ce qu'ils considéraient être des fautes. Seulement elle comprenait aussi que ce n'était pas évident pour tous d'accepter le passé et de se pardonner. Alors c'était à elle de leur tendre la main, de les guider vers leur rédemption et de leur prouver qu'elle n'avait gardé aucun grief contre eux. C'était par amour qu'elle avait plaidé en leur faveur pour cette seconde vie. Elle n'avait pas oublié sa part de responsabilité. Elle n'avait pas été présente au Domaine Sacré. Certes ce n'était pas de sa faute. Mais son absence avait créé un vide, et elle n'avait pas pu connaître tous ceux qui combattaient pour elle. Elle n'avait pas été là pour les guider. Athéna sentait parfois le poids de ses propres regrets peser lourdement sur ses frêles épaules de jeune fille. Elle avait autrefois demandé pardon à ses frères de cœur. Et elle réalisait en cet instant qu'elle devait aussi s'excuser auprès des autres.

« Je dois te présenter des excuses. », murmura Athéna finalement avec un léger sourire triste.

« Je vous demande pardon ? », questionna Shura, pris par surprise. Il releva la tête pour oser regarder la jeune Réincarnation de sa Déité protectrice. Saori tendit la main pour serrer celles du Capricorne.

« Moi aussi j'ai commis des erreurs. J'ai été absente du Sanctuaire très longtemps. Je n'y vis pas tout le temps. Je n'étais pas là pour vous guider et vous prouver mon attachement. Je m'en rends compte, tu sais. J'aurais pu… Non j'aurais dû trouver un moyen de vous prouver qui j'étais. Je regrette sincèrement cette guerre fratricide et sanguinaire entre les Bronzes et vous. Crois bien que si je vous ai ramenés, c'est pour vous prouver mon affection et ma reconnaissance pour ce que vous avez tous sacrifié en mon nom. », explicita la jeune femme en serrant un peu plus fort les mains de Shura toujours prisonnières des siennes. « Alors voilà, je te demande pardon pour ce que tu as dû faire en mon nom, pour ce que tu as vécu parce que j'ai été incapable de remplir correctement mon rôle. Je te demande de me pardonner d'avoir mis tellement de temps à comprendre que tu avais besoin de me parler et que je te prouve que tu étais pardonné. J'aurais dû venir avant… J'espère qu'il n'est pas trop tard pour gagner ton pardon et ton respect. »

Le silence s'installa durant de longues minutes dans le dixième Temple. Shura fixait toujours droit dans les yeux la jeune femme, qui n'avait pas libéré ses mains. Les yeux pers étaient brillants d'affection, de reconnaissance et de tristesse. Le Capricorne était tellement étonné par le discours de sa Déesse protectrice, qu'il en oubliait que le respect voulait qu'il baissât la tête face à elle. Saori lui offrit un léger sourire rempli de tendresse et de douceur. Son cosmos chaud et bienveillant les enveloppait doucement, apaisant et réconfortant comme elle l'était avec ses frères de cœur. Certes elle ne pourrait jamais se sentir aussi proche des Ors, des Argents et même de certains Bronzes qu'elle ne l'était de Seiya, Shiryu, Shun, Hyoga et Ikki. Ce qu'ils avaient vécu tous les six durant des années les avaient immanquablement liés d'une manière unique. Mais elle pouvait être une version d'Athéna plus proche de ses Guerriers Sacrés. Elle pouvait être telle une amie pour eux, plus disponible, plus accessible et plus empathique avec eux qu'elle ne l'avait déjà été. Shura pouvait ressentir l'affection qu'Athéna leur portait. Il avait été rarement aussi proche de la jeune Divinité. Après de très longues minutes, le Capricorne serra en retour les fines mains de nacre qui tenaient les siennes. Il se sentait chanceux de cette conversation privée avec Athéna, et cela apaisait son âme parfois encore tourmentée.

« Je n'ai rien à vous pardonner, Déesse. C'est moi qui ai autrefois fauté en suivant des ordres qui vous nuisaient. », répondit lentement et poliment Shura.

« Oh... », murmura la jeune femme. « Crois-tu ? Ne pouvons-nous point être d'accord que nous avons tous eu nos manquements dans le passé ? Pardonnons-nous mutuellement et construisons un meilleur avenir, en travaillant de concert. Je ne désire pas que tu passes cette nouvelle vie à chercher comment obtenir une rédemption. Je n'ai pas bataillé pour vous offrir ce présent pour que vous le viviez comme une pénitence. Peux-tu au moins me promettre d'essayer de comprendre ma vision de choses ? »

Avait-il en face de lui la déesse Athéna, celle en qui il croyait et qu'il servait, ou plutôt sa jeune Réincarnation, Saori Kido et son désir d'être proche des Saints du Sanctuaire ? Shura se posait la question depuis quelques minutes. Mais y avait-il une réelle différence entre la Déité et sa Réincarnation ? N'était-ce pas la même personne finalement ? N'était-ce pas en se réincarnant et en vivant comme une Humaine que Athéna gagnait sa bienveillance et son amour pour l'Humanité ? Chaque Réincarnation au fil des siècles et millénaires devait certes avoir des traits de caractère similaires, mais aussi des particularités liées à leur propre vécu non ? Le Capricorne devenait bien philosophe avec l'âge... Lentement il s'octroya le droit d'offrir un sourire à la jeune femme. Non, il ne pouvait lui refuser son pardon. Même si à ses yeux, il n'avait rien à reprocher à sa Divinité, il comprenait qu'elle avait besoin de ce soi-disant pardon. Oui, il pouvait accepter cela. Il pouvait avancer et obtenir cette rédemption, qui lui était si chère et importante, guidé par Athéna et sa bienveillance.

« Je peux vous pardonner. », déclara-t-il humblement. La jeune femme serra une dernière fois ses mains avant de les libérer.

« Alors sache que je t'ai pardonné il y a très longtemps. », répliqua Athéna de sa voix douce et chantante. « J'espère que nous pourrons repartir sur de bonnes bases et mieux se connaître. »

Le vœu était pieux et si facilement exauçable que Shura se contenta d'acquiescer de la tête. De la main Athéna l'invita à se relever. Elle n'appréciait toujours pas cette habitude qu'ils avaient tous de s'agenouiller face à elle. Peut-être parce qu'elle avait plus l'habitude du comportement fraternel et simple de ses cinq frères. Et qu'elle avait besoin de cette familiarité pour endosser le rôle si lourd et prenant de réincarnation d'Athéna. Shura se remit rapidement debout alors que la jeune femme reprenait en main son lourd et encombrant sceptre. Le Capricorne présenta poliment la main à la jeune Déité. Avec un léger sourire de remerciement, Saori accepta l'aide si galamment offerte. Elle laissa Shura l'aider à se remettre sur ses pieds. Une fois debout de sa main libre, elle lissa sa longue toge blanche. Elle tourna la tête à nouveau pour observer la statue de marbre qui trônait au milieu du Temple. La dévotion des Saints d'Or du Capricorne était légendaire après tout. Les yeux pers revinrent errer sur son Guerrier puis sur son sceptre.

« Crois-tu que Mu ou Shion accepterait de me le transformer en collier ou un autre bijou ? », questionna-t-elle avec une grimace comique en désignant le lourd bâton de la tête.

« Je… » Shura balbutia, pris de cours par le changement de conversation. Mais après tout, Athéna lui prouvait sa confiance, non ? Du moins, il préférait l'imaginer ainsi. « J'ignore si c'est possible, Déesse… Cela serait étrange, je crois, de ne plus vous voir avec votre sceptre. »

« Je me doute. Mais c'est encombrant et lourd… Autrefois, c'était une statue donc… », commenta Saori avec un soupir. Mais elle haussa juste les épaules. Elle ne pouvait pas espérer tout changer après tout.

« Vous pouvez toujours poser la question au Grand Pope ou au Saint du Bélier. », temporisa posément Shura. Après tout ce n'était pas vraiment sa spécialité contrairement à Mu.

« Tu as sans doute raison. Je verrais avec eux. », commenta la jeune Déesse avec une voix amusée. « Mais tu me dois une promesse. », ajouta-t-elle un peu taquine.

« Tout ce que vous pourrez demander… », déclara très sérieusement Shura.

« Très bien. La prochaine fois que tu désires me parler, n'hésite pas à venir. Ma porte vous est toujours ouverte, quelle que soit votre demande ou même juste pour prendre le thé et parler. », expliqua Athéna lentement. Quand le Capricorne voulut répliquer, elle leva la main pour imposer le silence. « Tu as promis d'obéir. N'oublie pas ! », le taquina-t-elle.

Lentement, Saori fit demi-tour. Elle supposait à juste titre que revenant de l'entraînement, Shura devait désirer un moment de repos. Après tout peut-être désirait-il manger ou se doucher ? Et il aurait ainsi l'occasion de retirer son Armure d'Or. De plus, elle devinait qu'il avait besoin de réfléchir à ce qu'elle lui avait dit. Lentement mais sûrement, elle imposait sa marque sur le Sanctuaire, peut-être un peu différente de celle de la Réincarnation précédente. Mais c'était un choix qu'Athéna avait fait en choisissant la réincarnation plutôt que de sélectionner des hôtes comme d'autres Divinités olympiennes le faisaient. Et elle assumait au mieux ce choix. Saori voulait gagner le respect des Saints, pour sa personnalité et qui elle était réellement, pas uniquement parce qu'elle était Athéna et qu'ils devaient croire en elle. Elle allait donc œuvrer dans ce sens, et elle avait commencé avec Shura. Elle espérait vraiment avoir pu réconforter et apaiser le Capricorne. L'avenir lui dirait probablement si elle avait fait le bon choix. Elle pouvait sentir le regard sombre de Shura la suivre, jusqu'à ce qu'elle soit hors du Temple. Il fallut encore quelques minutes avant que le Capricorne ne retrouva sa mobilité. Cette conversation était des plus surprenantes à ses yeux. Mais il eut un sourire. Finalement, il pouvait croire au pardon divin d'Athéna. Cela lui demanderait certes encore du travail sur lui-même, mais cette conversation simple l'avait aidé à faire un nouveau pas en avant vers un mieux pour lui.