Slow Down - Chase Atlantic
Grin…
Installé confortablement au creux de ses bras, je laisse mon esprit vagabonder dans mes souvenirs. Le Grin d'il y a quelques semaines n'aurait jamais pensé pouvoir un jour être dorloté comme je le suis actuellement. Il ne m'a fallu que trois séances avec Rapace pour comprendre que le problème n'était pas moi, mais McLort, et que je pouvais m'en débarrasser. Et je l'ai fait. Tant et si bien que je laisse maintenant une chance à un homme bien. Enfin, à priori. Déjà mieux que mon ex, ce n'est pas très compliqué. Il pourrait me surprendre, il le fait déjà.
Une de ses chemises repose à mes pieds, je la laisse tomber par terre d'un coup de pied. Sa couleur rouge contraste parfaitement avec le blanc de mon tapis.
Après mes relations catastrophiques, la relation simple que représentait McLort me convenait. C'était ce que je pensais en tout cas. Que du sexe, et la mise en place d'une dépendance affective. Il m'a donné juste assez pour que je sois en demande constante sans jamais avoir satisfaction, me contentant de miettes et d'humiliations.
Il me parlait mal, mais venait lorsque j'appelais, en détresse. Il m'a sauvé de la noyade, mais il me traitait comme sa salope. Il disait être là, mais il ne l'était que physiquement. Lui et son sadisme, tellement sûr de lui qu'il pensait que je resterais à ses côtés quoi qu'il fasse.
Quand je me rappelle que je suis allé au bureau des souhaits pour apprendre à le séduire, pour le faire tomber amoureux. En deux semaines, Rapace a changé ma vie. Sa première séance a été un cauchemar, un vrai taré, le mec. Mais la deuxième et la troisième ont été les électrochocs dont j'avais besoin. Le fait de voir Damien me tourner autour m'a aidé. Je me suis senti désiré, moi qui me suis toujours contenté de désirer sans réciproque.
Devant le Bag'lette, il attendait son ami. Il a lancé la conversation de façon super naturelle avec moi, il a tout de suite été drôle, et honnête. Il avait eu des relations sexuelles avec monsieur Malfoy, avait arrêté pour rester son ami. Même pas une semaine plus tard, il m'a avoué que je lui plaisais.
Le lendemain, je quittais McLort. Plus sûr de moi que jamais. J'ai parfaitement conscience que tout n'est pas gagné, je viens à peine de relever la tête. Mais je tente le coup avec Damien. Pour le moment, on flirte, on va nager tous les jours et on regarde des films moldus ensemble. Je souris en regardant l'écran, le film continue pendant que monsieur ronfle, son pantalon remonte sur ses mollets, et il râlera quand il verra sa chemise par terre. C'est que le début, on verra dans quelques mois. Mais objectivement, Damien est à croquer.
Étant donné mon souhait, Rapace ne peut plus m'aider, il a accompli sa mission dans un sens. J'ai pris conscience de la toxicité de ma relation et de l'impact négatif qu'elle apportait à ma vie et à mon état mental, ne me permettant pas de guérir mes traumatismes. Il m'a même accompagné pour trouver un bon psychomage, pour m'accompagner dans la guérison de mon passé, mes comportements décalés et mes problèmes de dépendances affectives et d'hypersensibilité. Le chemin est encore long, peut-être même infini, mais ça me va. J'avancerai à mon rythme. J'avoue, j'espère quand même que Damien soit à la hauteur de mes espérances et reste à mes côtés.
- T'aurais sûrement préféré que je te baise ce soir, sauf que je dois te rappeler quelque chose apparemment. C'est moi qui décide. T'as eu ta dose d'adrénaline non ? Ça t'a plu que ce moldu soit à deux doigts de nous voir faire ? Tout ça parce que tu ne sais pas te tenir tranquille. Alors non, ce soir, pour te rendre ta folie de tout à l'heure, tu auras tout de moi sauf ma bite. Tout de moi, tu sais ce que ça veut dire n'est-ce-pas ? Tu acceptes ou tu préfères rentrer ? Tu as le choix. Je te l'ai dit au début de notre arrangement, tout peut s'arrêter à la seconde où tu le décides. Mais si tu choisis de rester, assume. Assume chacun des gémissements, des cris et des plaintes qui sortiront de ta bouche en ayant pleinement conscience de la personne pour qui tu émets ces sons. Ton adrénaline, mon plaisir, c'est le deal.
Je perds mon sourire en me rappelant ces paroles, que j'ai si longtemps tolérées, même appréciées. Ce n'est pas ce qui me convient. Bordel, je veux tellement être aimé…
- Bordel de merde Grin.
Pourquoi je sens qu'on me touche le bras ? Un poisson ? Déjà ? J'espérais avoir le temps de mourir avant de me faire dévorer. Cela ressemble à une main. Je trouve ça fascinant, mon cerveau aura réussi l'exploit de romantiser ma vie jusqu'à la dernière minute. Merci à lui de m'avoir maintenu dans un rêve éveillé tout le long de mon existence.
On me tire, ai-je même encore la totalité de mon bras ? On dirait un piranha, c'est l'animal que j'associe à mon aimé. En tout cas, celui dont je suis tombé malencontreusement amoureux, contre mon gré.
Enfin, tout devient noir, je suis heureux, ma dernière pensée aura été pour lui.
- Je te tiens Grin, je te tiens.
Mon aimé mon cul. Finalement, je m'aime bien plus depuis que j'ai compris qu'il n'était gentil que pour me retenir. Mais je le remercie d'avoir permis que je sois toujours en vie aujourd'hui. Tout ça, ces mauvais souvenirs, ces périodes que je voudrais barrer, c'est terminé. Je vais commencer par me pardonner des choix que j'ai dû faire pour me préserver mentalement.
- Toi et moi, c'est terminé.
- Tu tiendras deux jours et tu reviendras en rampant, comme à chaque fois.
- Non, pas cette fois. Je suis sûr de mon choix, tu ne me manqueras pas McLort.
Et mon sourire revint.
Harry…
Le lendemain matin, aucun rêve sur Damien à signaler. Par contre, les paroles d'Hermione ont fait leur chemin dans mon esprit. On est peut-être, Draco et moi, tendancieux l'un avec l'autre. Je pense que je l'avais déjà admis, mais le côté séducteur de ma paire me semble plus perturbant maintenant qu'elle a mis des mots dessus. Quand je pense à ce que je lui répondais au début… Un homme en couple ferait ce genre de choses ?
Est-ce que c'est l'impression que je veux lui donner ? Que je le drague ? Ce n'est pas vraiment pour ça que je suis allé le voir à la base, et on en est qu'au début de nos échanges. Je suis quelqu'un de taquin, je drague souvent sans m'en rendre compte, c'est ma carapace, c'est simple et drôle. Jusqu'à ce que ça se retourne contre toi. J'ai déjà dû changer ma conduite avec Ginny, être moins tactile, moins présent. Surtout après notre « rupture ». Maintenant, je sais qu'elle n'est plus amoureuse de moi et j'en suis soulagé.
Mais quand on ne ressent plus rien, ça devient un bon moyen de donner le change. Avec Draco, c'était pour dépasser le fait que nous étions ennemis, pour effacer la guerre contre Voldemort. J'ai tout de suite admis qu'il est très attirant, tout de suite repérer les changements qu'il y a eus chez lui : physiquement comme mentalement.
- Harry, on t'attend !
Merde. Les boutiques. Je me lève sans attendre et crie un « j'arrive » en me précipitant pour m'habiller : tant pis pour la douche et le petit-déjeuner.
Cinq minutes plus tard, j'étais à mon poste, prêt à prendre ma portion de poudre de cheminette.
On a commencé par Hermione qui voulait une nouvelle robe, puis on a déjeuné dans un petit restau sympa. Je leur ai un peu parlé de mes doutes, maintenant que Ron semble commencer à digérer la nouvelle. Ils m'ont rassuré et m'ont dit que quoi que je veuille faire, tout était encore possible. Et peu importe la situation, ils seront de mon côté. J'ai à peine réagi au hibou grand-duc de Draco, qui m'a trouvé en plein milieu du centre-ville tout de même, pour m'apporter une invitation à un rendez-vous au Bag'lette pour vingt heures. C'est parfait pour que je le paye, et j'ose espérer qu'il a du nouveau à me proposer.
- T'en penses quoi Harry ? Cette chemise irait pour les anniversaires qui arrivent ?
Ron porte une chemise bleu ciel à manches longues, je comprends automatiquement que c'est Mione qui a choisi pour lui. Ça lui va bien, et je me demande ce qu'elle lui a dit pour le convaincre de refaire sa garde-robe.
- Tu la portes très bien. Hermione va adorer.
Il me sourit et passe à la suite. Une chemise, deux pantalons et un manteau plus tard, le budget shopping a explosé pour mon ami et tous les trois fatigués, on rentre.
Je n'ai pas pensé à Draco de l'après-midi, mais maintenant, je trépigne d'impatience. J'ai peur, je suis terrifié même. Mais par Merlin, si là, je ne ressens pas quelque chose, je ne m'appelle plus Harry Potter. J'ai les tripes retournées à cause de Malfoy, mais je pourrai courir dans ses bras pour la même raison.
Draco…
J'ai passé la nuit sur ces foutus rapports de séances. Pourtant, il n'y en a que trois et le souhait est marqué comme réalisé. Je vais finir par demander à Rapace de moins écrire dans les rapports, ou de faire des résumés de ses propos.
J'ai trouvé la réponse à ma question vers trois heures du matin, alors que je commençais à m'endormir et que je perdais espoir de pouvoir donner des éléments de réponse à mon fameux client exceptionnel. Si ça ce n'est pas un service exceptionnel, je ne m'appelle plus Draco Malfoy.
La dernière fois qu'il a couché avec McLort correspond à la période durant laquelle Harry aurait eu son rêve. De plus, il s'avère que McLort travaille pour monsieur Diggory… En tant qu'assistant. Leur maison est proche du Terrier et s'il s'est permis de coucher à domicile, c'est que le propriétaire des lieux n'était pas là. On peut supposer qu'un sort mal formulé va s'accrocher à la personne qu'il va trouver dans les environs, qui ne sont pas très fournis. C'est de la pure théorie, mais si on estime que les Lovegood n'étaient pas là non plus, et en prenant en considération le fait que mon client n'a aucune chance dans la vie pour ce genre de choses… Le sortilège aurait ignoré tous les Weasley et Granger pour tomber sur Harry. Surtout si sa chambre a une fenêtre.
Jusque-là, c'est bancal, mais le rapport précise que Grin a expliqué qu'ils avaient eu un problème de lit. Ils ont donc voulu le reformer, en utilisant la formule « Trameta cubile ». Sauf que le lit était toujours cassé, ce qui ne les a finalement pas empêchés de faire leur affaire. Ce qui est risible, c'est que dans le rapport, ce n'est pas « Trameta cubile » qui est écrit, mais « Tradenta somnius ». Les deux sorts se ressemblent au début, et parlent du même endroit généralement, mais ça n'a pas du tout le même effet.
Tradenta somnius, transmet ce qu'on voit à une personne endormie, qui le voit sous forme de rêve. Tandis que Trameta cubile répare un lit.
Si ma déduction est bonne, ce McLort est mauvais, et Harry n'a vraiment aucune chance. Même si je doute qu'il se remette tout de suite de ce qu'il a vu, que ça l'ait excité ou complètement dégoûté.
Je vais en parler à Rapace avant d'en parler à mon client à notre rendez-vous commun. Je passerai les détails intimes au sujet de mon client, Rapace n'a pas à tout savoir, il est de mon équipe, mais il reste un employé et mon client n'est pas n'importe qui pour le monde sorcier.
Une fois cette histoire réglée, je pourrai lui trouver une nouvelle séance aux petits oignons.
Je sors de mon bureau pour trouver mon majordome en pleine discussion avec l'employé que je venais chercher. Je les salue.
- Mon hibou, est-il revenu ? Il est bien parti hier soir comme je l'avais demandé ?
- Tout à fait monsieur Malfoy. Il semble qu'il ait eu du mal à remplir sa mission, mais il est rentré après le déjeuner, avec une réponse positive. Et Rapace est là toute l'après-midi.
- Bien, merci.
Je me tourne maintenant vers Rapace, qui n'a pas bronché du fait qu'on parle de lui comme s'il n'était pas juste à côté de nous.
- On peut discuter une quinzaine de minutes avant l'arrivée de mon client ?
- Bien sûr monsieur, je serai là. Je vais aller terminer mon dossier et j'arrive.
Tout le monde retourne à sa tâche. Une fois dans mon bureau, je transplane jusqu'à mon appartement. J'ai rendez-vous avec Damien pour discuter de la personne qui l'attire, apparemment, il y a eu du nouveau en quelques jours. Étant donné que je suis Draco Malfoy, et que j'ai un cerveau, j'ai fini par comprendre que c'était Grin en lisant le rapport de fin de séance trois. Maintenant, je suis curieux de savoir comment tout ça a pu arriver. Un dernier coup d'œil à l'horloge m'apprend qu'il est dix-huit heures. J'ai le temps.
