Maddie était choquée.
Elle ne comprenait pas. Son frère, son petit frère qu'elle aimait plus que tout était là, en chair et en os. Il était vivant alors qu'il était censé être mort depuis presque vingt ans. Elle sentait un tumulte d'émotions s'entrechoquer violemment en elle.
C'était incompréhensible.
Chimney lui tenait la main pour l'empêcher d'aller rejoindre son frère qui pleurait entre les bras d'Eddie, assis sur le sol. Elle voulait tellement le prendre dans ses bras, le consoler, s'assurer qu'il était bien là, que c'était réel.
Bobby et Athena se tenaient entre eux, faisant barrage d'une façon évidente mais ne sachant pas vraiment ce qui se passait. Eddie berçait son petit frère contre lui, embrassant ses cheveux alors qu'il s'agrippait à lui de toutes ses forces.
Evan était si désespéré que ça lui fendait le cœur.
Elle s'en voulait de lui avoir déclenché une crise de panique mais comment aurait-elle pu prévoir ça ? Comment aurait-elle pu savoir que le nouveau petit-ami d'Eddie était son propre frère ? Bien vivant du reste et ses parents ne perdaient rien pour attendre.
Puis cela la frappa comme un train de marchandise.
Si son frère était le Buck d'Eddie, alors cela voulait dire que c'était lui qui fuyait un mari violent. C'était lui qui avait vécu un enfer dont elle ne connaissait pas les détails.
Bobby avait seulement expliqué dans les grandes lignes à tout le monde ce qu'avait vécu Buck afin que chacun évite les questions qui pourraient lui déclencher une attaque de panique.
Et elle l'avait mis dans cet état avec sa simple présence.
– Je l'ai abandonné, souffla-t-elle.
– Maddie, murmura Chimney en serrant sa main dans la sienne.
– J'aurais dû le protéger, c'était mon rôle d'éviter qu'on lui fasse du mal.
Chimney la força à quitter son frère des yeux pour le regarder. Il essuya ses larmes avec ses pouces.
– Tu n'es pas responsable de ce qui est arrivé à Buck, ok ? Tu ne pouvais pas savoir.
– Mais j'aurais dû.
– Explique-nous Maddie, lui intima Athena. Tu as dit que tu n'avais plus de famille.
– Plus de famille avec laquelle je souhaitais renouer, rectifie-t-elle. Mais je le croyais mort.
– Pourquoi ? demande Bobby.
– Parce que c'est ce que mes parents m'ont dit.
– Buck est l'un de tes deux frères censés être mort d'une leucémie ? s'étonna Chimney.
– Daniel nous a quitté à huit ans, acquiesça-t-elle. J'en avais neuf et Evan à peine une année. Nos parents l'ont conçu pour essayer de le sauver mais ça n'a pas fonctionné. Dès lors, ils se sont enfermés dans leur chagrin et j'ai dû l'aider à grandir. On était très fusionnel. Quand je suis partie à la fac, il a beaucoup pleuré et je lui ai promis de lui écrire et de revenir le voir chaque semestre. Il n'a pas répondu à mes lettres et avant la fin du semestre, mes parents m'ont annoncé qu'il était mort de la même maladie que Daniel, que ça avait été foudroyant. J'ai été dévastée et j'ai arrêté mes études.
– Mais Buck est vivant, raisonna Bobby. Et de ce qu'on en sait il n'a quitté tes parents qu'à l'âge de quinze ans. Comment n'as-tu pas pu voir que c'était un mensonge ?
– Parce que je ne suis pas rentrée à la maison. C'était mon intention, je voulais aller sur la tombe de mon frère, lui dire au revoir mais ils m'ont dit qu'il avait été mis à la fosse commune, qu'ils n'avaient soi-disant pas la force ni les moyens de payer l'enterrement de leur second enfant.
– Putain d'enfoirés, ragea la voix d'Eddie en les rejoignant.
– Comment va-t-il ? s'enquit-elle immédiatement alors que Buck était à présent sur le canapé en train de câliner son chiot.
Hen était avec lui en train de prendre sa tension. Il semblait être plus calme mais il était encore très pâle.
– La crise est passée, admit-il en se passant la main sur le visage. Il a pensé que toutes ces années tu l'avais seulement oublié pour vivre ta vie.
– Je n'ai jamais pu l'oublier, le contredit-elle. Je lui écris une lettre à chacun de ses anniversaires, à défaut de pouvoir déposer des fleurs sur sa tombe. C'est tout ce que j'ai trouvé pour me sentir un peu proche de lui. Je n'ai jamais imaginé qu'il était encore en vie, si je l'avais su...
– Je sais Maddie, répondit Eddie. Je te connais suffisamment pour le savoir. Et Shannon m'avait dit pour tes frères. Il ne m'a parlé de toi qu'une seule fois et il ne t'en veut pas. Il a seulement peur de voir son ex le retrouver en passant par toi.
– Mais je ne le connais pas.
– Il est policier, lui rappela-t-il. Te retrouver sera un jeu d'enfant pour lui et c'est la raison pour laquelle Buck ne voulait pas te rechercher pour te rejoindre.
– Il a essayé de se protéger, comprit-elle.
– De te protéger, rectifie-t-il. Son ex a déjà essayé de tuer son meilleur ami, et il a pensé qu'il y était parvenu pendant des années. Il refusait de te voir subir le même sort.
– Je me sens tellement coupable de ne pas avoir su...
– Ce n'est pas de ta faute mais il va falloir lui laisser du temps.
– Tout le temps qu'il veut, accepta-t-elle. Mais dis-lui que je l'aime et que je ne savais pas.
– Dis-lui toi-même, il est d'accord pour te parler mais évite... les contacts. Après une crise, il est plus sensible et ça pourrait le redéclencher.
– D'accord, souffla-t-elle d'une voix tremblante.
Elle se dirigea vers son frère, lentement de façon qu'il puisse la voir venir sans être surpris.
– Je suis désolée, Eddie, entendit-elle Athena. J'étais focalisé sur son ex et je n'ai pas pensé à rechercher le nom de naissance de Buck. Je pensais m'occuper du cas de ses parents plus tard.
– C'est bon, Athena, répliqua-t-il. On s'occupera des Buckley en temps voulu. Concentrons-nous sur Buck.
Maddie aussi s'occuperait du cas de ses parents mais avant, elle devait réparer sa relation avec son petit-frère, autant que possible.
Quand Hen la vit, elle se leva et lui laissa sa place avant de s'éloigner. Maddie avait conscience que tout le monde les observait et elle aurait aimé des retrouvailles plus intimes mais son frère était vivant et c'était déjà une chance énorme, elle n'allait pas se plaindre.
Son petit frère, plus si petit, resserra son étreinte sur son chiot en lui jetant un regard méfiant à travers ses cils. Elle avait l'impression de se trouver devant un animal blessé qui se méfiait d'elle et jamais il ne l'avait regardé de cette façon si craintive.
Elle ravala ses larmes et se concentra sur lui.
– Evan...
– Buck, la coupa-t-il sans la regarder. Je... Je préfère Buck, maintenant.
– Bien sûr, approuva-t-elle. Allons-y pour Buck. Ça te va bien en plus.
Il se contenta de hausser les épaules continuant de caresser son chien et d'éviter son regard et Maddie se sentait désespérée de pouvoir renouer avec lui.
– Je ne savais pas, Buck.
– Personne ne savait, affirma-t-il avec un nouveau haussement d'épaules indifférent.
– Je t'ai écris. Toutes les semaines, comme promis.
– Je n'ai jamais rien reçu.
– Je sais, ils me les ont rendus. Elles n'étaient pas ouvertes.
– Tu n'es jamais revenue, murmura-t-il.
– Tu étais mort, souffla-t-elle les larmes aux yeux.
Il sursauta et la fixa, choqué.
Il fronça les sourcils cherchant à comprendre. Il avait toujours eu cet air adorable lorsqu'il se concentrait et Maddie aimait aussi quand il coinçait sa langue entre ses lèvres.
Ça lui avait tellement manqué.
Son petit-frère lui avait terriblement manqué. Ses mèches blondes, son sourire éblouissant, son regard bleu et sa tache de naissance. Sa façon de rire ou de débiter des faits aléatoires à toute vitesse, ses expériences casse-cou ou ses idées saugrenues, sa joie vivre et la façon dont il lui racontait ses rêves, toujours simples et facilement atteignable.
Il avait même fait une liste des choses qu'il voulait faire avant de mourir.
C'était mature pour un enfant de sept ans mais si enfantin ce qu'il y avait mis comme manger un sac entier de bonbons ou monter dans une grande roue ou encore avoir une montagne de cadeaux à noël. Maddie avait toujours admirer la force de son petit frère et son ingéniosité aussi.
Il lui avait manqué et maintenant il la regardait complètement ahuri.
– Ils m'ont appelé pour m'annoncer que tu avais succombé à la leucémie comme...
– ...comme Daniel.
– Tu sais pour Daniel ? s'étonna-t-elle.
– Je l'ai découvert par hasard. Maman n'a pas aimé ça. On s'est disputé et je suis parti de la maison. Quand ont-ils dit que j'étais mort ?
– Quelques mois après mon départ pour la fac.
– Mais j'avais huit ans, s'offusqua-t-il. Tu n'as même pas pensé à vérifier ? Tu m'as laissé avec eux alors qu'ils ne m'aimaient clairement pas ?
– Ils m'ont menti aussi, lui rappela-t-elle. Ils m'ont dit que tu étais mort et enterré à la fosse commune. J'étais tellement en colère que je leur aie fait la promesse qu'ils ne me reverraient jamais.
– Pourquoi ? pleura-t-il soudain. Pourquoi ont-ils fait ça ? J'avais besoin de toi.
– Je sais et je suis désolée. J'aurais dû creuser plus et te sortir de là. J'aurais voulu être là et prendre soin de toi, te protéger mais je t'ai abandonné et je suis tellement désolée.
Buck essuya ses larmes avec sa manche quand son chiot commença à geindre.
Maddie en profita pour fermer les yeux et reprendre sa respiration. Elle devait se calmer mais tout était si anarchique dans sa tête et ses sentiments s'entrechoquaient violement. Tout était si violent en elle, entre le bonheur de revoir son frère et la rage qu'on les ai tenus éloignés si longtemps.
– Je ne sais pas pourquoi ils nous ont fait ça, Buck, souffla-t-elle. Mais je te jure que plus jamais je ne laisserai quoi que ce soit nous séparer. Peu importe ce qui se passe maintenant, je ne te lâche plus.
– C'est dangereux d'être près de moi, souffla-t-il.
– Je sais ce que tu penses mais c'est à mon tour de te protéger. Je n'étais pas là pour toi ces dernières années mais maintenant je suis là.
– Mads...
– Je n'ai pas la prétention de savoir ce que tu as vécu, le coupa-t-elle. Je n'ose même pas l'imaginer et je suis terriblement désolée de ne pas avoir été là pour toi. Et j'espère qu'un jour tu me feras assez confiance pour me raconter ce que ce monstre t'as fait.
– C'est du passé, Mads. Je veux juste... oublier.
– Alors, je t'aiderai à oublier, promit-elle en lui tendant la main.
Buck la regarda quelques secondes en silence avant d'y déposer la sienne. Maddie lui serra la main entre les siennes avec un sourire mouillé.
– Tu m'as manqué, Mads, souffla-t-il soudain. Tellement.
– Toi aussi tu m'as manqué, lui assura-t-elle.
