Bonjour à toustes !

Aujourd'hui c'est un OS surprise. Écrit tout particulièrement pour l'offrir à quelqu'un.
J'espère qu'il vous plaira !
Je remercie Akhmaleone et Poiesis pour leur relecture et corrections !

Bonne lecture !

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Vince, je te souhaite un bon anniversaire.
J'espère que cet OS te plaira. Je suis revenue aux basiques, rien de mieux que du drarry ;)
Il est inspiré par l'ASPIC Epistolaire, mais il a été écrit à part et rien que pour toi cette fois, pas de contraintes à respecter, juste mon inspiration ^^
Avec toute mon amitié,
Pouik


Réinsertion

Le procès des Malefoy

Ce procès était l'un des plus attendus de l'été. La communauté magique s'intéresse de très près aux procès des Mangemorts et fidèles de Vous-Savez-Qui. Il s'agit de ne pas reproduire les mêmes erreurs que par le passé.

Nous avons assisté hier au verdict qui a clôturé les trois jours de procès de la famille Malefoy accusée d'avoir secondé Vous-Savez-Qui dans son entreprise d'asservir notre monde.

Concernant les chefs d'accusation et le déroulé des procès de Lucius, Narcissa et Drago Malefoy, nous vous invitons à lire nos articles détaillés en pages 2, 3 et 4. Je vais pour ma part me contenter de vous informer de leurs condamnations.

Les gradins de la Cour de justice étaient pleins ce matin lorsque la présidente du Magenmagot est entrée, les sorciers et les sorcières étaient avides de connaître les résultats des délibérations.

Lucius Malefoy, Mangemort lors des première et seconde guerres, a été condamné à une assignation à domicile de vingt ans, un retrait de baguette magique à vie et des frais de dommages et intérêts s'élevant à 100 000 gallions. Il devra suivre par ailleurs le programme de réhabilitation mis en place depuis la fermeture d'Azkaban (voir article en page 6).

Narcissa Malefoy née Black, épouse de Mangemort, mais ne portant pas la Marque des Ténèbres, a été condamnée à une assignation à domicile et un retrait de baguette de dix ans, ainsi qu'à des frais de dommages et intérêts s'élevant à 50 000 gallions.

Drago Malefoy, mineur au moment de la prise de la Marque des Ténèbres, bénéficie de circonstances atténuantes. Il a été condamné à suivre le programme de réhabilitation et à un retrait de baguette de deux ans.

Les condamnations des Mangemorts sont exemplaires, ainsi que nous l'avons déjà constaté durant ces deux mois de procès. Nous ne devons plus nous laisser berner par les excuses fournies lors de la première guerre et le Magenmagot l'a bien compris.

Je vous retrouve demain pour retracer le premier jour de procès de Théodore Nott senior, prochain Mangemort à être jugé.

Harry reposa la Gazette du Sorcier sur la table en soupirant. Il avait attendu ce verdict lui aussi, mais il n'avait pas eu le courage d'y assister. Sa présence en tant que témoin avait déjà été épuisante et s'il pouvait s'éviter de nouveaux bains de foule, cela l'arrangeait.

Le toc-toc insistant contre la fenêtre de la cuisine du Terrier attira son attention. Il fit entrer le hibou et détacha le courrier qui était attaché à sa patte. Il lui caressa la tête du bout des doigts et le laissa repartir après lui avoir donné un bout de bacon qui restait dans son assiette. Il déroula le parchemin.

« Cher Monsieur Potter,

Suite à la fermeture de la prison d'Azkaban et à la mise en place du programme de réhabilitation des Mangemorts, vous vous êtes inscrit sur la liste des volontaires référents.

Nous vous informons que nous vous avons attribué le suivi de Monsieur Drago Malefoy, condamné en date du mardi 25 août 1998.

Nous vous invitons à vous rendre au Département de la justice magique le vendredi 28 août 1998 pour le rencontrer. Vous serez également avisé de votre rôle dans ce programme.

Nous vous remercions par avance pour votre dévouement et nous vous souhaitons une bonne journée.

Bertha Wilson, secrétaire du Magenmagot »

La fermeture d'Azkaban était un sujet sensible et Harry en avait débattu avec ses amis pendant des heures. Hermione et lui pensaient qu'il fallait enfermer les Détraqueurs et les laisser se nourrir les uns des autres. Les sorciers ne méritaient pas de subir ces atroces créatures, quels que soient leurs crimes. Il y avait d'autres solutions pour punir les individus. Il était évident que la prison telle qu'elle existait depuis des milliers d'années dans le monde magique ne servait à rien. Aucun des détenus n'avait jamais appris de ses erreurs en étant enfermé et surveillé par les Détraqueurs. Ron avait un avis plus tranché sur le sujet, tout comme George et Bill. Mais le Magenmagot avait pris sa décision sans leur demander leur avis, évidemment.

Lorsque la nouvelle était tombée, un mois seulement après la Bataille de Poudlard, Harry avait écrit à Kingsley et lui avait demandé de le mettre sur la liste des volontaires pour le programme de réhabilitation. Il savait qu'il n'aurait pas beaucoup de choses à faire, excepté lire des lettres, y répondre et faire des comptes rendus au nouveau service de réinsertion sorcière. Il ne serait pas seul à juger des progrès de Drago Malefoy, mais il aurait un rôle dans sa progression vers la rédemption.

Le Ministère avait parlé de rédemption pour les enfants de Mangemorts, ceux qui avaient été enrôlés plus ou moins de force avant même leur majorité. Il était difficile de juger à quel point ces adolescents avaient été influencés par leur éducation pour accepter de prendre la Marque si jeunes. C'était pourtant un argument qui se défendait. Harry était persuadé que certains d'entre eux avaient la capacité de devenir d'honnêtes sorciers s'ils essayaient vraiment. Il s'était inscrit pour faire une bonne action et aussi pour s'occuper. Poudlard était en reconstruction pour un an et il n'avait rien à faire à part traîner avec Ron au Terrier. Il ne se plaignait pas de pouvoir se reposer après une année entière à parcourir l'Angleterre à la recherche des Horcruxes, mais il savait qu'il finirait par s'ennuyer. Luna et Percy s'étaient inscrits eux aussi et cela le soulageait de savoir qu'il n'était pas le seul.

Il relut le courrier du Ministère une deuxième fois en soupirant. Il aurait tout de même préféré quelqu'un d'autre que Drago Malefoy, quelqu'un avec qui il avait moins de passif. Quelqu'un qu'il ne connaissait pas aurait été mieux, mais ce n'était pas lui qui décidait. Au moins, il pourrait juger de son évolution, il savait d'où partait Malefoy. Et ce dernier avait un long chemin à faire pour devenir une personne décente.

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Drago était assis dans cette petite pièce froide et impersonnelle depuis ce qui lui semblait des heures. Il savait qu'il était arrivé peu de temps avant qu'on le laisse seul ici, mais cet endroit lui donnait des frissons d'angoisse. Sa chaise en métal était glaciale et inconfortable, la table en bois de qualité médiocre avait vu passer trop d'années, les murs blancs étaient déprimants et l'odeur même du lieu lui donnait la nausée. Un mélange de poussière et de renfermé, comme si l'aération était en panne depuis des mois.

La porte s'ouvrit soudainement et il leva la tête. Deux hommes entrèrent et s'assirent sur les chaises installées de l'autre côté de la table.

— Salazar, dites-moi que c'est une blague ?

— Monsieur Malefoy, je vous présente votre référent civil pour les deux années à venir. Je suppose que vous vous connaissez déjà.

— On se connaît, grimaça Potter, les bras croisés sur sa poitrine.

— Parfait. Nous allons parler des modalités de ce programme de réhabilitation. Je m'appelle Douglas Thomson, je serai le superviseur de votre réinsertion dans la société sorcière et c'est à moi que Monsieur Potter enverra ses comptes rendus. Vous êtes tenu à des obligations que vous avez déjà acceptées, je ne reviendrai pas dessus aujourd'hui. Vous avez encore le choix de refuser ce programme si votre référent ne vous convient pas, mais cela implique un alourdissement de votre peine.

Drago fixait du regard le petit homme replet et chauve qui lui parlait. Il transpirait et des gouttes de sueur glissaient le long de son crâne lisse jusque dans son cou, imbibant le col de sa robe. Drago frissonna de dégoût et déporta ses yeux sur l'autre homme : Potter. Il le détailla longuement sans se cacher. Ses cheveux noirs étaient dans un état déplorable, ses lunettes étaient toujours aussi laides et sa tenue moldue était tout ce qu'il y avait d'inélégant. Typique et attendu. Il croisa son regard vert sans ciller et se demanda s'il allait pouvoir supporter d'écrire à Potter pendant deux ans, à lui raconter toute sa vie jusque dans les moindres détails. Allait-il accepter qu'il sache tout de lui ? Depuis sa plus tendre enfance jusqu'à ces derniers jours pendant lesquels il avait été en détention provisoire dans les tréfonds du Ministère ?

Le Magenmagot avait été très clair sur ce qu'il devrait faire pour se réinsérer et expier ses fautes. Son référent civil serait son principal correspondant et il ne devrait rien lui cacher. Il devrait expliquer ce qui l'avait amené aux choix qu'il avait faits et se confier sur les difficultés qu'il rencontrerait pendant les activités obligatoires du programme. Il devrait parler de ses ressentis et de ses émotions, être honnête et transparent.

Pourquoi fallait-il que ce soit Potter entre tous ? Il détestait son regard trop gentil et sa dégaine débraillée. Il détestait son syndrome du sauveur qui l'avait sûrement poussé à se porter volontaire pour aider les gens comme lui. Ceux qui avaient perdu et qui devaient en payer le prix. Drago était maintenant un indésirable. Un indésirable aux yeux du monde qui devrait montrer patte blanche pour y revenir. Et il était déterminé à y parvenir. Il ne voulait pas être un paria toute sa vie, il voulait que son nom ne soit plus synonyme de haine et de dégoût. S'il devait en passer par s'humilier auprès de Potter alors il le ferait. L'avis qu'il aurait sur ses confidences lui importait peu, il se fichait de ce qu'il pensait.

— Je suis d'accord, déclara-t-il alors.

— Parfait, je note cela dans votre dossier. Avez-vous des questions pour Monsieur Potter ?

— Aucune.

— Monsieur Potter, avez-vous des questions pour Monsieur Malefoy ?

— Nan.

— Très bien. Voici l'adresse de correspondance de chacun d'entre vous, ainsi que mes coordonnées. Vous pouvez me joindre tous les jours à cette adresse, aux heures de bureau. Je suis disponible pour toute question, je suis là pour vous aider à mener à bien votre réinsertion, ne l'oubliez pas.

Drago hocha la tête pour montrer qu'il avait compris et attrapa l'enveloppe que Douglas Thomson lui avait tendue. Le papier semblait rêche sous ses doigts. Il reposa ses mains sur ses genoux en serrant le parchemin, pour cacher les tremblements dont il n'arrivait pas à se défaire depuis que le Seigneur des Ténèbres avait élu domicile au Manoir Malefoy. Il était devenu plutôt doué pour dissimuler sa terreur permanente et il avait pensé qu'elle disparaîtrait avec Lui. Il semblerait qu'il s'était trompé.

— Un portoloin a été mis à votre disposition pour que vous puissiez rentrer chez vous, Monsieur Malefoy. Je vous souhaite une bonne journée.

Thomson se leva et sortit de la pièce en laissant la porte grande ouverte. Drago fixa Potter en gardant un visage aussi neutre que possible et attendit. Il était devenu un maître dans l'art de dissimuler ses émotions derrière un masque. Un apprentissage long et difficile qui avait commencé dès l'enfance.

— Bon… bah, à dans une semaine par courrier ?

— C'est ça, Potter. À dans une semaine, lâcha-t-il en desserrant à peine les lèvres.

Potter haussa les épaules et se leva en faisant racler sa chaise sur le sol. Drago réprima une grimace tandis que ses oreilles semblèrent se recroqueviller à cause de l'horrible crissement. Il inspira avec lenteur et régularité et l'observa quitter à son tour les lieux de son pas nonchalant, les mains dans les poches de son affreux pantalon moldu.

Drago s'autorisa enfin à souffler pour de bon et laissa son visage de façade se fissurer. Prétendre que tout cela lui était égal lui coûtait beaucoup d'énergie. Mais il refusait de se montrer faible et personne ne devait savoir à quel point il souffrait. Cela ne regardait que lui.

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Harry se tenait de l'autre côté de la rue et observait la porte noire délabrée entre les numéros onze et treize. Les murs décrépis et les fenêtres crasseuses de la façade n'avaient pas changé depuis son dernier passage. Cela ne faisait que quelques mois pourtant, à peine une année, qu'il s'était réfugié ici avec Ron et Hermione pendant leurs recherches du médaillon de Salazar Serpentard.

Il traversa la rue, monta les marches de pierre usées du perron et tourna la poignée de la porte. Les gonds grincèrent lorsqu'elle s'ouvrit et une odeur fétide lui fit froncer le nez. Les effluves d'une année entière d'enfermement le traversèrent et s'évaporèrent dans le vent chaud du mois d'août.

— Merlin, ça pue là-dedans ! s'exclama Ron en dépassant Harry pour entrer dans la maison.

— Tu es sûr de vouloir faire ça, Harry ? s'enquît Hermione en lui posant une main sur l'épaule.

— Ouais. Cette maison m'appartient. Il est temps que j'fasse honneur à mon héritage.

Il fit quelques pas dans le couloir et ses chaussures laissèrent des traces dans l'épaisse couche de poussière qui tapissait l'antique parquet. Il sentit sa langue faire un nœud dans sa bouche et la silhouette fantomatique de Dumbledore apparut dans le couloir, traversant le lustre couvert de toiles d'araignée avant de fondre sur eux.

— Finite ! s'exclama Hermione depuis le perron de la maison.

— Merci, Hermione. J'avais oublié ces protections.

— Il faut qu'on trouve un moyen de les supprimer, tu pourras pas vivre ici tant qu'on les aura pas levées.

— On compte sur toi, Hermione, approuva Ron avec un immense sourire.

Hermione sourit à son tour et accepta d'un hochement de la tête. Harry observa les lieux : le papier peint jauni et décollé, les toiles d'araignée, la poussière, le vieux porte-parapluie jambe de troll, les poignées en forme de serpent, les têtes d'elfes empaillées dans l'escalier… Il soupira puis se redressa dans une tentative d'avoir l'air déterminé. Il pouvait le faire, il pouvait rénover le Square Grimmaurd et y vivre. Il espérait que de là où ils étaient, ses parents, Sirius et Remus l'observaient et étaient fiers de ce qu'il tentait de faire : construire sa vie.

La première lettre de Malefoy arriva au Terrier, où Harry habitait le temps de terminer les travaux de sa maison à Londres. Il avait perdu la notion du temps et fut presque surpris de la recevoir si rapidement. Il essuya sur une serviette le beurre fondu qui avait coulé sur ses doigts et décacheta l'enveloppe. Autour de lui, la famille Weasley – et Hermione – prenait son petit-déjeuner en l'observant à la dérobée.

« Potter,

Je ne sais pas vraiment comment commencer cette lettre. Je ne comprends pas très bien ce que cela va m'apporter de te raconter toute ma vie, mais il semblerait que j'y sois forcé. Ne te méprends pas, je sais pourquoi j'y suis forcé et j'ai parfaitement conscience de mériter ce qui m'arrive.

Je pense que beaucoup de gens dans ma situation trouveraient la punition insultante. Pas moi. Je n'aime pas ça, mais je sais pourquoi elle est là. Je sais qui je suis et ce que j'ai fait. Et je sais aussi que c'est mal. Cela ne m'empêche pas de ne pas avoir envie de t'écrire.

Il parait que je suis censé parler de mon parcours et de pourquoi j'en suis arrivé où j'en suis. Admettons… Tu connais déjà toute la partie à Poudlard alors je ne vais pas m'étendre là-dessus.

Peut-être devrais-je parler de mes parents. Après tout, cette situation est leur faute encore plus que la mienne. Je ne serais pas là, condamné à t'écrire pour espérer obtenir le pardon du monde sorcier, s'ils avaient été d'autres personnes. J'imagine que pour toi c'est facile, tes parents étaient des gens bien qui se sont sacrifiés pour toi. Je n'ai pas eu cette chance.

Il est vrai que j'ai grandi avec mes deux parents et dans un environnement privilégié. Cela ne veut pas dire que je suis heureux de ce fait aujourd'hui.

Mon père a toujours été froid et strict. Puissant et influent auprès du Ministère et de Poudlard. Je l'ai admiré toute mon enfance, je voulais lui ressembler, j'espérais prendre sa suite. J'ai toujours tout fait pour lui plaire, pour avoir son approbation. On voit où ça m'a mené…

Ma mère a toujours été dans l'ombre de mon père et n'a fait que suivre le même chemin. Je ne sais pas à quel point elle a œuvré dans le même sens que lui par devoir ou si cela lui convenait vraiment. Elle m'a toujours protégé. Certains diraient que j'ai été trop protégé, trop choyé. Je ne sais pas si c'est vrai. Peut-on être trop aimé par ses parents ?

Je pense que je vais m'arrêter là pour cette fois. Je ne sais pas si c'est ce que tu attendais, si c'est ce que l'agent de réinsertion attend. Mais il faut bien commencer quelque part.

Drago Malefoy. »

Harry reposa la lettre, un peu hébété. Il ne savait pas à quoi s'attendre en ouvrant cette enveloppe, mais sûrement pas à ça. Il était persuadé que Malefoy aurait refusé de reconnaître qu'il était coupable et qu'il méritait sa condamnation. Il s'était trompé. On était encore loin du repenti total et des grandes excuses, mais c'était tout de même inattendu.

Il replia la lettre et la rangea dans son enveloppe. Puis il termina son petit-déjeuner sous les regards curieux de Molly, Arthur, Ginny, Ron et Hermione. Personne ne lui posa de question et il n'ouvrit pas la bouche. Il prenait son rôle de référent au sérieux : ce que le condamné lui écrivait était confidentiel. Cela faisait partie des termes du contrat qu'il avait signé au Ministère. Il avait droit à deux jours pour répondre, s'il le souhaitait. Il hésitait sur la nécessité de répondre à ce premier courrier, il n'avait pas grand-chose à dire à Malefoy. Mais s'il le faisait, cela l'encouragerait peut-être à lui parler de choses importantes. C'était ce que Malefoy était censé faire, mais dans les faits rien ne l'y obligeait s'il ne le désirait pas. Il pouvait taire ce qu'il voulait garder pour lui et Harry pouvait presque le comprendre. Devoir ouvrir la boîte de Pandore de sa vie pour son pire ennemi n'était pas une partie de plaisir.

Quand il eut fini de manger, Harry rangea le courrier dans la pochette scellée fournie par le Ministère, celle qu'il était le seul à pouvoir ouvrir, et se rendit avec Ron et Hermione au Square Grimmaurd. Il y avait encore beaucoup à faire dans la maison et la réponse à Malefoy pouvait bien attendre un peu.

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« Malefoy,

J'ai bien reçu ta lettre.

Le contrat de référent m'oblige pas à répondre, mais je me suis dit que ça serait bien de le faire quand même.

Bon, c'est vrai que je sais pas quoi te dire en fait.

Je devrais peut-être te remercier d'avoir joué le jeu et d'avoir parlé (un peu) de ton passé. Mais je pense que tu pourrais m'en dire plus sur toi et ton enfance peut-être. La relation avec tes parents avant Poudlard et aussi pendant. Surtout pour la 6e et la 7e années. Tu crois pas ?

Et juste un truc : non, c'est pas facile pour moi de savoir que mes parents étaient des gens bien et qu'ils se sont sacrifiés pour moi. Parce qu'ils sont morts et que je les connaîtrais jamais. Du coup, tu pourrais peut-être arrêter d'insulter la mémoire de mes parents pour commencer. Tu sais, pour la rédemption et tout ce bordel ?

Harry Potter »

Drago plaqua le parchemin avec violence sur son bureau et serra les dents. Ses mains s'étaient mises à trembler en cours de lecture et il dut respirer calmement une dizaine de fois avant de se sentir mieux. Comment Potter faisait-il pour l'énerver autant, même avec une simple lettre ? Drago se demanda si cela valait le coup de subir ce genre de réponse pendant deux ans, s'il était capable d'encaisser son mépris et ce qu'il identifiait comme un semblant de pitié. Puis il se souvint qu'il n'avait pas vraiment le choix. S'il mettait fin au programme de réhabilitation, il se retrouverait à purger la même peine que sa mère. Et pour rien au monde Drago ne souhaitait devoir cohabiter en permanence avec ses deux parents pendant plusieurs années sans jamais voir personne d'autre que leurs visages déprimés par la situation. Devoir les croiser tous les soirs au dîner était déjà une épreuve et il en venait presque à apprécier de devoir sortir pour les travaux d'intérêt général.

Drago soupira et décida qu'il allait accepter les remarques désagréables de Potter et continuer à avancer. Deux ans, ça passerait vite. Il se leva et mit un dernier coup de peigne dans ses cheveux blonds avant de se rendre au rez-de-chaussée pour prendre le portoloin qui le mènerait, comme chaque jour depuis le début de sa peine, vers Sainte-Mangouste.

Il se rendit sans attendre au sous-sol du bâtiment, son portoloin glissé dans la poche de sa robe. Il tourna à gauche en bas des escaliers et prit la direction de la blanchisserie. De l'autre côté se trouvait la morgue et Drago tentait d'ignorer ce fait pour ne pas tourner de l'œil. L'idée même le faisait frissonner de dégoût.

Une infecte odeur, mélange de linge sale et de moiteur, le frappa quand il poussa la double porte. Il se força à ne pas réagir, salua du bout des lèvres les employées déjà à l'œuvre et prit sa place derrière l'un des bacs. Il soupira et se mit à l'ouvrage : plier le linge fraîchement nettoyé pour le ranger en piles ordonnées sur l'une des étagères de la blanchisserie. À la main.

Le retrait de sa baguette était certainement ce qui était le plus douloureux pour Drago. Devoir tout faire par lui-même, comme un cracmol, était un enfer qu'il ne souhaitait à personne. Il ne s'était jamais rendu compte de l'omniprésence de la magie dans sa vie et de la façon dont cela la facilitait. Les gestes en eux-mêmes n'étaient pas compliqués et Drago n'était pas idiot, il avait appris à plier les draps, taies d'oreillers et serviettes, mais savoir qu'il était privé de magie était presque insoutenable. Parfois, à la fin de sa journée, il avait envie de pleurer de désespoir à l'idée que sa vie ressemblerait à ça pendant deux ans.

La tâche répétitive lui laissait aussi l'occasion de penser et certains jours cela était plus facile à accepter que d'autres. Ce matin, par exemple, il ne pouvait penser qu'à la lettre de Potter et l'agacement fourmillait dans ses veines. Pourquoi lui répondait-il s'il n'y était pas obligé ? À tous les coups parce que c'était Saint Potter et qu'il voulait avoir l'air poli et aimable. Drago se moquait qu'il soit poli et aimable, il se serait bien passé de ses réflexions.

Cependant, Drago savait, au fond de lui, que si Potter lui répondait c'était parce qu'il estimait que cela l'aiderait, lui. Il faisait ce qu'on lui avait demandé de faire : accompagner un Mangemort repenti sur le chemin de sa rédemption. Nul doute que Potter était bien placé pour pouvoir faire ce genre de choses, les causes perdues et sauver la vie des gens étaient son cheval de bataille depuis toujours. Ce qui avait toujours énervé Drago. Maintenant qu'il était la cible des attentions de Potter, il était encore plus énervé. D'autant plus parce qu'il savait que c'était nécessaire. Drago avait commencé son cheminement de pensées plus d'un an auparavant, mais il avait conscience qu'il était loin d'être au bout de son voyage. Il n'était même pas vraiment certain de ce qu'il devait croire maintenant.

Certains points n'étaient pas difficiles à comprendre. La suprématie de la pureté du sang, par exemple, était erronée, même lui le savait. Et s'il était honnête avec lui-même, il le savait depuis longtemps. Granger avait toujours été la meilleure élève de leur promotion, dès le premier jour. Son origine n'avait pas empêché qu'elle le batte partout. Il avait été trop borné et vexé pour l'accepter.

En réalité, ce qui avait été le plus ardu pour Drago, ça avait été de se rendre compte que le monde dans lequel ses parents l'avaient fait grandir n'était qu'un mirage. Ils lui avaient menti sans même le savoir et ils s'étaient laissés asservir par la personne la plus abjecte que Drago ait jamais connue. Tout avait changé lorsqu'il avait été menacé et torturé pour « la bonne cause ». Quel genre d'individu était-on lorsqu'on pouvait torturer sans ciller des sorciers que l'on considérait comme ses égaux ? Des sorciers sur lesquels on comptait pour instaurer un nouvel ordre et un nouveau gouvernement.

Drago connaissait l'intime souffrance, l'insupportable agonie du sortilège Doloris. C'était ainsi qu'il avait été puni de ses échecs pendant la sixième année, de son incapacité à mener à bien la mission qu'on lui avait donnée. Et il avait enfin compris que si l'on était capable de lancer cet Impardonnable sur quelqu'un, quel qu'il soit, alors on ne méritait pas d'être respecté. Personne ne méritait une telle douleur.

Pendant les longs mois qu'avait duré la septième année, Drago avait fait profil bas. Les Carrow terrorisaient Poudlard et Drago avait participé pour ne pas avoir de punition. Il avait fait ce qu'il devait, sans jamais se porter volontaire et en restant en retrait. Mais il regrettait ses actions. Lorsque ses camarades avaient torturé les petits de première année, lorsqu'il les avait vus se tordre au sol, dans des soubresauts atroces et des cris horribles, il avait revécu sa propre souffrance. Il avait fermé les yeux pour ne pas voir, il s'était retranché dans son monde intérieur pour ne pas entendre et il avait esquivé la Grande Salle plus souvent qu'il ne l'avait jamais fait auparavant.

Drago s'ébroua pour repousser les souvenirs qui avaient ressurgi alors qu'il pliait consciencieusement un drap blanc. Oui, il avait compris que l'idéologie portée par le Seigneur des Ténèbres était bonne à jeter à la poubelle. Et c'était difficile de s'y résoudre, parce que son monde entier avait été ébranlé. Toute son éducation avait été un mensonge, un leurre, une erreur. Il ne savait plus vraiment qui il était ni qui il devait être, il n'avait plus rien sur quoi s'appuyer.

Le programme de réhabilitation et sa correspondance avec Potter étaient ses seuls guides désormais. Il devrait peut-être prendre en compte les remarques de Potter…

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« Potter,

Tout d'abord, je tiens à te demander de bien vouloir m'excuser. Je n'ai pas voulu dire que c'était facile pour toi si tes parents étaient morts. Je sais que ce n'est pas le cas et j'en ai lâchement profité pendant des années, pour te faire du mal. C'était tellement plus simple de te haïr. Bien plus simple que de remettre en question toute mon éducation.

Je ne sais pas si tu vas me croire, mais je sais que cette éducation n'était pas la bonne. J'en ai conscience depuis plus d'un an maintenant. Cela ne veut pas dire que c'est facile de s'en affranchir.

Qui dois-je croire ? Que dois-je penser ? Ma vie ne sera plus jamais la même qu'avant et c'est difficile. Je sais pourquoi elle est différente et pourquoi je l'ai mérité, mais c'est difficile.

Tu m'as demandé de parler de ma relation avec mes parents. J'étais assez proche d'eux dans l'enfance, ils m'emmenaient partout où ils allaient, ils m'offraient ce que je voulais. Je pensais qu'ils m'aimaient. C'était sûrement le cas.

Il n'y a pas vraiment eu de différence après mon entrée à Poudlard. Du moins, jusqu'à la sixième année, comme tu t'en doutes. Tu dois certainement en savoir beaucoup sur moi à cause de ce que j'ai dit pendant le procès, mais je suis censé te parler, alors je vais le faire.

Prendre la Marque des Ténèbres à seize ans était un honneur que j'attendais, c'était ce que je pensais lorsque c'est arrivé en tout cas. L'année qui a suivi a changé bien des choses pour moi et l'homme que j'adulais ne me faisait plus ressentir qu'un profond mépris et une haine que je croyais être réservée à d'autres.

La sixième année a été un enfer pour moi, j'ai été menacé, ma famille a été menacée et j'ai été torturé. Il ne me restait pas beaucoup d'autres choix que d'essayer de faire ce qu'on m'avait demandé. Je sais que j'aurais pu refuser, évidemment, mais le courage n'a jamais été mon point fort. À cette époque, ma relation avec mon père était inexistante parce qu'il était en prison et ça m'a déstabilisé de ne plus pouvoir compter sur lui. Ma mère a fait ce qu'elle pouvait de son côté pour me protéger, mais elle aussi était menacée et torturée. Elle n'a pas beaucoup pu m'aider.

La septième année a été pire encore et je voulais que ça s'arrête. Je savais que c'était toi avec Weasley et Granger au Manoir, évidemment que je le savais. Pour la première fois de ma vie, j'ai usé du peu de courage que j'avais, j'espérais que tu puisses t'enfuir, en réchapper et supprimer de la surface de la planète le Seigneur des Ténèbres. Et c'est ce que tu as fait. Et pour ça je suis obligé de te remercier.

Depuis les procès, ma relation avec eux est compliquée. Nous vivons presque comme des inconnus dans la même maison. Mon père rumine sa condamnation qu'il trouve injuste et odieuse, ma mère est passive et attend juste que le temps passe. C'est assez difficile à supporter.

Je pense que j'ai assez parlé de mes parents pour cette fois.

Drago Malefoy. »

« Malefoy,

Merci pour tes excuses. Je les accepte.

Merci de m'avoir raconté tout ça sur toi et sur tes parents. Je suis obligé d'admettre que je suis surpris de ce que tu m'as écrit. Je pensais vraiment que tu rechignerais à me dire des choses personnelles, parce que je suis moi et que tu es toi et qu'on se déteste depuis nos onze ans.

J'étais persuadé que toute la situation avec Voldemort te convenait, au moins en 6e année, même si c'est vrai que tu avais l'air plutôt malheureux cette année-là. Je pensais pas que tu avais changé d'avis à cette époque. Et je savais pas non plus que tu avais été torturé. J'ai pas vraiment suivi le détail des procès, j'ai témoigné quand on m'a demandé de le faire, mais j'ai pas lu les journaux et j'ai quitté la salle d'audience dès que j'ai pu. J'aime pas la foule et j'aime pas la façon dont les gens me regardent, comme si j'étais une divinité.

Je sais pas exactement ce que je peux te conseiller par rapport à tes parents ou aux réflexions sur ton éducation, mais j'ai l'impression que tu es sur la bonne voie.

Thomson m'a dit que tu faisais des TIG, pour payer ta dette envers la société, un truc comme ça. Ça se passe comment ?

Harry Potter »

OOOOOOOOOOOOOOO

Harry fit quelques pas en arrière et son dos heurta le mur du couloir. Les mains sur les hanches, il observait le tableau de Walburga Black et il réfléchissait. Les rideaux qui le cachaient étaient fermés et comme Harry ne l'entendait pas hurler, elle devait sûrement dormir ou être dans un autre de ses cadres. Il ne savait pas s'il y avait d'autres tableaux de la mère de Sirius quelque part. Peut-être dans une des maisons qui avaient appartenu à la famille Black.

Ils avaient tout essayé pour retirer la toile de son emplacement. Cela avait occasionné des heures de hurlements de l'horrible peinture et toutes ses insultes préférées y étaient passées. Même Hermione était restée sans solution.

En soupirant, Harry retourna au premier étage et s'affala dans un des canapés miteux qui ornaient encore la pièce. La tapisserie de la famille Black avait disparu, les murs et le plafond avaient été repeints, le parquet avait été poncé et ciré. La maison ne sentait plus la moisissure et la poussière, mais Harry n'avait pas acheté de nouveaux meubles pour le moment.

— T'étais où ? demanda Ron.

— Je réfléchissais à comment retirer le tableau de l'entrée.

— Et t'as trouvé ?

— Ben non. J'pense que je vais être obligé de le garder…

— Tu peux pas vivre ici avec cette horreur qui va te hurler dessus toutes les cinq minutes.

— C'est bien ce qui m'fait peur.

Harry soupira. Il y avait encore des choses à faire dans la maison. D'autres murs à repeindre, d'autres sols à lessiver, une salle de bain à casser, des objets à jeter… Et la tâche lui semblait infinie.

— Au fait, Harry… Il t'écrit toujours Malefoy ?

— Hein ? Oh, oui oui. Sa troisième lettre devrait arriver ce soir ou demain, j'imagine.

— J'sais que tu dois pas en parler, mais… ça va ? Il raconte pas trop d'horreurs ?

— Honnêtement oui, ça va. Il parle de lui. Et c'est ce qu'il est censé faire.

— Ah bon ?

— Ouais, il m'a même demandé pardon.

Ron éclata de rire. Harry aimait le rire de Ron, il était bruyant et joyeux, il lui ressemblait. Et Ron riait beaucoup moins depuis la mort de son frère. Harry eut un sourire triste en pensant à Fred. Il secoua la tête et força ses pensées à prendre une autre direction, penser aux morts ne l'aidait pas à aller mieux.

Quand le rire de Ron s'arrêta, il s'essuya les yeux et Harry croisa son regard bleu. Il lui sourit. Il était heureux de le voir tous les jours et de rénover cette maison avec lui. Hermione n'était pas venue aujourd'hui, elle était en visite à Sainte-Mangouste. Elle avait réussi à avoir un rendez-vous avec l'un des médicomages spécialisés dans la mémoire, pour trouver une solution au sortilège qu'elle avait lancé à ses parents avant leur année de chasse aux Horcruxes.

— J'avais pas autant ri depuis longtemps. On devrait remercier Malefoy, ricana Ron.

— Ouais. Si tu veux, j'lui dirai ça.

— Tu crois que ça le ferait chier que ses excuses me fassent rire ?

— Probablement. C'est Malefoy, hein.

— Alors, ouais, dis-lui. Il n'y a pas de raison qu'on soit les seuls à souffrir des conséquences de cette guerre.

— Il a quand même été condamné, Ron. Il a un casier judiciaire.

— Ouais, je sais. Mais c'est normal tout de même. Il a des choses à se reprocher.

— C'est clair. Bon, on s'y remet ?

— C'est quoi la prochaine tâche sur ta liste ?

— Péter la salle de bain. Cette baignoire me donne des cauchemars !

OOOOOOOOOOOOOOO

Cela faisait un mois que Drago pliait du linge dans les sous-sols de Sainte-Mangouste. Il ne voyait pas le soleil de la journée et il avait mal aux bras quand il rentrait chez lui. À part lui apprendre que ne pas utiliser la magie était chiant à mourir, cela ne lui avait pas apporté grand-chose. Enfin si, tout de même, cela avait un intérêt : il avait beaucoup de temps pour réfléchir. Il préparait ses courriers hebdomadaires dans sa tête, avant de les écrire. Et il ruminait les réponses de Potter aussi. Il lui répondait à chaque fois, bien qu'il n'y était pas forcé. Après ces quelques semaines de correspondance, Drago se demandait si Potter ne s'ennuyait pas profondément pour prendre le temps de lui répondre. À lui.

Ce matin-là, Drago eut une surprise déplaisante. Il y avait une note attachée au portoloin que le Ministère lui avait envoyé pour la semaine.

« Monsieur Malefoy,

À partir de ce jour, vous devrez vous rendre à seize heures à l'école pour petits sorciers de Londres. Vous y êtes attendu pour aider les jeunes sorciers à faire leurs devoirs avant de rentrer chez eux. L'équipe enseignante est prévenue. Votre portoloin hebdomadaire est programmé pour vous y amener et vous reconduire chez vous à dix-huit heures.

Votre travail à la blanchisserie de Sainte-Mangouste reste d'actualité sur le reste des heures de votre journée.

Bien cordialement,

Douglas Thomson »

Drago froissa le parchemin entre ses doigts et le fourra au fond de sa poche. Il inspira calmement une dizaine de fois et le tremblement de sa main cessa. Aider des gamins à faire leurs devoirs. Dans une école. Drago n'avait jamais été dans une école pour petits sorciers, il avait eu un précepteur. Les écoles pour les enfants de moins de onze ans étaient une solution pour les pauvres. Et Drago n'avait pas envie de se confronter à ça. Il essaya de se dire que ça ne devrait pas être compliqué d'aider quelques enfants à lire, écrire ou faire des multiplications. Peut-être aurait-il moins mal aux bras à la fin de la journée s'il passait deux heures assis sur une chaise à surveiller des gamins plutôt qu'à plier sans fin des draps et des serviettes. Il avait plié tellement de linge blanc que cette couleur lui donnait maintenant la nausée. Il avait même remisé au fond de son dressing tout ce qui lui faisait penser à ce travail abrutissant.

Lorsqu'il fut l'heure, son portoloin vibra et Drago fut transporté depuis Sainte-Mangouste jusque dans la cour d'une école. Il regarda autour de lui et reconnut des bâtiments en briques rouges qu'il avait déjà aperçus alors qu'il faisait des achats sur le Chemin de Traverse : il était donc côté sorcier.

— Monsieur Malefoy ?

Drago se retourna. Une femme au visage pincé et au chignon serré se tenait à quelques mètres de lui, habillée d'une robe de sorcière noire.

— Bonjour.

— Je suis la directrice, Agatha Perkins. Suivez-moi, s'il vous plaît.

Drago la suivit jusque sous un préau et dans des couloirs. Des dessins d'enfants étaient accrochés un peu partout sur les murs beiges. Toutes ces couleurs après des semaines à ne voir que du blanc lui firent du bien et il se sentit aussitôt plus détendu.

— Voici la garderie. Les enfants dont les parents travaillent plus tard que la fin des cours restent ici jusqu'à ce qu'ils viennent les chercher. Les plus âgés ont des devoirs à faire et nous sollicitent souvent pour les aider. Votre rôle est de les accompagner dans leur travail, ni plus ni moins.

— D'accord.

Drago observa la grande pièce remplie d'enfants. Les plus petits étaient agglutinés autour de jeux ou en train de dessiner. Les plus grands étaient assis à des bureaux individuels avec des feuilles de parchemin, de l'encre et des plumes. Il y avait une femme assise avec un groupe d'enfants qui jouaient à la poupée. Il s'avança de quelques pas et resta planté au milieu de la pièce sans savoir quoi faire. Il n'était pas à l'aise avec les enfants, il n'en fréquentait pas. Il aperçut une chaise adaptée aux adultes, dans un coin près d'un large bureau et s'y assit, à côté d'une autre femme qui lisait un magazine. Et il attendit.

— Vous êtes qui ?

La fillette qui venait de lui parler avait peut-être neuf ou dix ans, elle était brune et ses longs cheveux étaient remontés en queue de cheval. Elle le regardait avec un air de défi.

— Je m'appelle Drago, je suis là pour aider aux devoirs. As-tu besoin d'aide ?

— Non, j'me débrouille bien toute seule. Qu'est-ce que vous faites là ?

— Je te l'ai dit, j'aide aux devoirs.

— C'est pas vrai, j'vous ai jamais vu avant.

Drago retint un soupir de lassitude et se força à répondre avec calme et patience :

— On m'a demandé de venir ici pour aider aux devoirs, c'est donc ce que je fais. N'as-tu pas des choses à faire ?

— Nan. Qui vous a demandé de venir ? Madame Perkins ?

Drago se souvint que Madame Perkins était la directrice.

— Vous devriez lui dire la vérité, sinon elle vous lâchera jamais, s'interposa la femme qui lisait son magazine.

Drago tourna le visage vers elle, mais elle était déjà retournée à sa lecture et ne le regardait pas.

— Comment t'appelles-tu ? demanda-t-il à la petite fille.

— Wanda Cresswell.

Drago sentit un désagréable frisson lui dévaler le dos et il serra les poings pour empêcher ses mains de trembler. Il les sentit trembloter et les cacha dans ses poches en essayant de respirer amplement sans que ce soit trop visible. Il connaissait ce nom : Cresswell. Un homme qui s'appelait Cresswell avait été tué quelques mois plus tôt par des rafleurs, Drago les avait entendus s'en vanter au Manoir. Il ferma les paupières quelques secondes pour reprendre ses esprits et les rouvrit aussitôt qu'il se sentit maître de lui-même.

— D'accord, Wanda. La vérité c'est que mon agent de réinsertion m'a demandé de venir ici pour aider les enfants à faire leurs devoirs avant de rentrer chez eux. Alors c'est ce que je fais.

— Qu'est-ce que vous avez fait comme bêtise ?

— J'ai pris de mauvaises décisions…

OOOOOOOOOOOOOOO

« Potter,

Sache que je viens de passer l'une des pires semaines de mon existence. Enfin, peut-être pas de mon existence, parce qu'à la période pendant laquelle le Seigneur des Ténèbres (devrais-je l'appeler autrement ?) était au Manoir, je devenais fou. Mais c'est probablement la pire semaine depuis la fin de mon procès.

Je m'étais habitué au petit train train (néanmoins pénible) de plier des draps sans fin. Savais-tu, Potter, qu'il y a six types de draps différents à Sainte-Mangouste ? Un pour chaque service. C'est la même chose pour les serviettes et les taies d'oreillers. En tout cas, cela me laisse du temps pour penser et je crois que c'est ce que je suis censé faire. Pour ma rédemption, tu sais. Ce n'est pas tant que j'aime plier du linge à longueur de journée, mais je me disais que ça aurait pu être bien pire, finalement.

Et c'est en effet devenu pire. Je ne sais pas si Thomson te l'a dit, peut-être que oui, mais je dois maintenant passer deux heures par jour dans une école, pour aider les enfants à faire leurs devoirs. Je ne suis jamais allé dans ce type d'établissement, mes parents ont préféré payer un précepteur à domicile, comme beaucoup de familles au sang pur. Je n'avais pas conscience de la camaraderie qu'il pouvait y avoir chez des enfants si jeunes, il se pourrait que j'aie raté quelque chose en grandissant seul au Manoir. Je voyais régulièrement Théodore, Daphné, Pansy, Vincent et Gregory, bien sûr, mais je me rends compte que ce n'est pas la même chose.

Ce n'est pas de passer du temps dans l'école qui est difficile, ni même d'aider les gamins à faire leurs devoirs. Je sais lire, écrire et compter depuis longtemps, j'ai largement les capacités pour les accompagner. Non, ce qui est difficile c'est d'être confronté à la réalité de la guerre. Il y a cette petite fille qui s'appelle Wanda, elle est venue me parler dès le premier jour. Je ne sais pas quel âge elle peut bien avoir, neuf ans peut-être. Elle m'a posé des questions, je déteste la curiosité naturelle des enfants.

Elle porte le nom d'un homme qui a été tué par les rafleurs au début de l'année. Je ne sais pas pourquoi je m'en souviens… Sûrement parce que certains d'entre eux ne cessaient de se vanter de leurs victimes au Manoir. Je les fuyais autant que possible, mais ils étaient parfois difficiles à éviter, ils étaient dans ma maison. Cela me rendait malade. Je n'aimais pas y être confronté, lâche comme je suis. Il était plus facile d'ignorer que des gens étaient abattus comme de vulgaires animaux quand je ne le savais pas. De la même façon qu'il était plus facile d'ignorer les tortures à Poudlard quand je n'y assistais pas.

Je n'avais pas réalisé que ces gens qui ont trouvé la mort avaient peut-être une famille, des enfants, des gens qui allaient les pleurer, grandir sans eux. Je ne voulais pas y penser. Encore une fois, c'est facile d'ignorer ce qui nous dérange.

Wanda m'a ébranlé et je me sens mal. Je me sens coupable et sale. Je me sens coupable d'être qui je suis, qui j'ai été, d'avoir mes parents en vie alors qu'ils ont fait du mal autour d'eux, tandis qu'elle doit affronter la vie sans son père. Je me sens sali par la Marque sur mon bras gauche. J'aimerais tellement m'en débarrasser, la faire disparaître. Je veux retourner en arrière et qu'elle n'ait jamais existé.

J'imagine que c'est exactement ce que le Ministère attend de moi : que je regrette mes actions et que je sois hanté par leurs souvenirs. Parce que je dois payer pour ce que j'ai fait, pour ce que mon camp a fait. En toute franchise, je n'aime pas ça. Je me sens misérable et j'ai juste envie que ça s'arrête. Mais est-ce que ça s'arrêtera un jour ? Est-ce qu'un jour je ne regretterai plus ce que j'ai choisi d'être à seize ans ? Est-ce qu'un jour je ne serai plus confronté aux conséquences de mes choix ? Est-ce qu'un jour je me pardonnerai ?

Drago Malefoy. »

« Malefoy,

Je crois que c'est la première fois que tu écris tes regrets et ta culpabilité avec autant de détails. Je pense que c'est une bonne chose que tu ressentes tout ça, même si c'est difficile à vivre. Cela prouve que tu as décidé de changer, que tu veux laisser derrière toi ce qui a fait ta vie jusqu'à présent (ou jusqu'à l'an dernier si j'ai bien compris les précédentes lettres).

Je sais pas si tu seras un jour débarrassé de cette culpabilité et de ces remords. Si j'en crois mon expérience personnelle, on s'en débarrasse jamais vraiment. J'ai toujours en moi mes propres démons qui me hantent et ils semblent pas près de vouloir partir. Moi aussi je me sens coupable de certaines choses, pas les mêmes que toi, mais c'est là tout de même. J'étais l'Élu (quel nom stupide) et j'ai dû agir en tant que tel, j'aurais aimé m'en passer. Des gens sont morts pour me protéger, pour que je puisse faire ce que j'étais destiné à faire. Je m'en voudrai toujours pour ça.

Ma psymage me dit que je dois apprendre à accepter que je ne suis pas responsable de ces morts. Les responsables sont ceux qui les ont tués, pas moi. Peut-être que tu peux apprendre à faire la part des choses entre ce dont tu es réellement responsable (et apprendre à vivre avec) et ce dont t'es pas responsable. Par exemple, la mort de cet homme, le père de la petite fille. T'es pas responsable de sa mort à lui, t'as rien à voir avec ça. Je me doute que voir cette fille tous les jours doit être dur, parce que ça te rappelle ce qui s'est passé, mais tu es obligé de faire avec. La guerre a eu lieu et elle a des conséquences. On doit apprendre à vivre avec.

Est-ce que tu voudrais voir un psymage ? Je pense que ça pourrait t'aider. Tu peux en parler à Thomson, il devrait pouvoir organiser ça, j'imagine.

Harry Potter

PS : Si tu as besoin d'écrire plus souvent qu'une fois par semaine, tu peux, ça me dérange pas

PS2 : J'ai failli oublier de répondre à ta question. Dumbledore m'a appris que les gens devaient être appelés par leur nom, alors tu peux sûrement dire "Voldemort" ou "Tom Jedusor" puisque c'est sous ce nom qu'il a grandi. Pour ma part je n'ai pas peur de son nom. »

OOOOOOOOOOOOOOO

« Potter,

J'ai demandé à Thomson un rendez-vous avec un psymage. J'y ai pensé toute cette semaine et je crois que tu as raison, j'ai besoin d'aide. Je vis dans l'angoisse depuis que je vais à l'école. La petite Wanda vient me parler tous les jours, elle me raconte ce qu'elle fait en classe et ça me détruit à petit feu de voir son visage triste. Elle n'a pas l'air joyeuse cette enfant et elle a de bonnes raisons pour ça.

Je ne devrais pas être surpris que tu culpabilises pour des choses qui ne sont pas de ton fait. Ça te ressemble beaucoup trop pour ça. Et maintenant que je suis moi aussi confronté à ce genre de ressentis, j'en suis navré pour toi. Je ne pensais pas pouvoir éprouver un jour de la compassion à ton égard. Est-ce bon signe ? Aurions-nous en commun plus de choses que je ne le croyais ?

Je me rends compte que je ne te connais pas du tout. Je sais ce qu'a raconté la Gazette à ton sujet et je sais que tout n'était pas vrai, loin de là. Je suis même responsable de certains des mensonges proférés à ton encontre. J'étais vraiment idiot pour faire des choses pareilles. Je sais aussi ce que j'ai vu à Poudlard, mais ça ne suffit pas pour connaître quelqu'un. Surtout lorsqu'on s'est détesté autant que nous.

Je pense que je ne te déteste plus autant maintenant. Peut-être même plus du tout. J'ai compris certaines choses et je sais que les raisons pour lesquelles je te détestais étaient mauvaises. J'étais jaloux et vexé de l'attention qu'on te portait. Et j'ai terriblement mal vécu ton rejet dans le train en première année, personne n'avait jamais osé s'opposer à moi. Sans compter que mon père m'a tout de suite demandé de ne pas te fréquenter, parce que tu étais entouré de gens "non recommandables". Et à l'époque je voulais plaire à mon père et je faisais ce qu'il me disait. Sans me poser de question sur la pertinence de ses conseils et de ses ordres. J'ai vraiment été un imbuvable connard pendant toutes ces années.

Je te demande pardon pour tout ce que je t'ai fait, je n'aurais jamais dû me comporter de cette façon. Et aussi pour tout ce que j'ai pu dire à tes amis. Cela fait partie des choses que je regrette beaucoup et je pense essayer de les contacter pour leur présenter mes excuses. Surtout que tu m'as sauvé la vie deux fois le jour de la Bataille de Poudlard et je ne pourrais jamais l'oublier. La Magie ne l'oubliera pas non plus…

Je pense que je vais m'arrêter là, avant de regretter d'avoir été aussi honnête et de déchirer le parchemin.

Drago Malefoy. »

« Malefoy,

OK, je dois dire que je m'attendais pas à de pareilles excuses de ta part. J'en ai lâché mon mug de café en lisant ta lettre. Je m'en suis foutu partout évidemment. Heureusement que Molly est la reine des sorts ménagers, elle a nettoyé le parchemin, la table et mon pyjama.

Je te remercie de les avoir écrites et je les accepte (j'ai mis un peu de temps avant de décider ça, c'est vrai, c'est pour ça que ma lettre est arrivée plus tard que d'habitude). Je te connais pas non plus en fait et après y avoir réfléchi, je me suis dit qu'il fallait bien commencer quelque part pour connaître quelqu'un et qu'accepter tes excuses et tirer un trait sur le passé, ça serait un bon début. On repart de zéro alors, ça te va ?

Et puisqu'on en est aux excuses, autant me débarrasser de ça : je suis désolé d'avoir failli te tuer en sixième année. Je sais que j'aurais pas dû utiliser ce sort que je connaissais pas sur toi. Ma psymage m'a incité à t'en parler, pour que je vive plus avec la culpabilité de ce que j'ai fait. On y est pas encore, mais j'ai de l'espoir.

Je suis content que tu aies pris la décision de voir un psymage. Sans la mienne, je sais pas où j'en serais aujourd'hui. J'ai vécu quelques semaines de terreur absolue après la Bataille de Poudlard, je pouvais plus dormir, plus manger, je revivais tout le temps ce qui s'était passé ce jour-là. J'avais des cauchemars à chaque fois que j'arrivais à fermer l'œil. J'ai pris des potions de sommeil sans rêves pendant deux mois pour ne plus me souvenir de tout ça, mais le matin j'avais la voix cassée d'avoir hurlé dans mon sommeil.

Bref, ma psymage m'a beaucoup aidé et en l'espace de deux mois j'ai fait des progrès énormes. Je peux dormir maintenant, sans potion. Je fais encore des cauchemars, mais ça va mieux et je sais les gérer. Je mange de nouveau aussi depuis un moment.

Est-ce que tu arrives à manger ? Est-ce que tu as des cauchemars toi aussi ?

Harry »

OOOOOOOOOOOOOOO

« Potter,

Cette semaine j'ai été lâche. Je traversais le grand hall de Sainte-Mangouste pour aller à la blanchisserie, comme tous les jours, lorsque j'ai entendu quelqu'un crier. Je me suis arrêté juste un instant pour regarder ce qui se passait. Un homme de quarante ou cinquante ans était en train d'agresser verbalement une jeune femme, d'à peu près notre âge. Il semblait considérer qu'elle était responsable de l'état de la personne qu'il visitait et l'a traitée de sale sang de bourbe. Je ne pensais pas qu'entendre ces mots serait aussi douloureux. Je me sens si coupable. Je sais que j'en ai abusé pendant l'école et je le regrette terriblement. C'est insultant et raciste et je le sais maintenant. Assister à cette scène m'a fait peur aussi, pour cette femme. J'ai voulu intervenir, je me suis dit qu'il fallait l'aider. Mais je n'ai pas pu, je n'ai pas réussi à m'avancer vers eux. Je voulais le remettre à sa place et j'ai été incapable de le faire. J'ai baissé la tête et j'ai continué mon chemin vers le sous-sol, la honte brûlant mes joues.

Je n'arrête pas d'y repenser, cela a perturbé mon sommeil toute la semaine. Je sais que j'aurais dû et je déteste cette lâcheté. Je suis un couard. Et je me déteste.

À part ça, j'ai enfin eu mon premier rendez-vous avec un psymage. Je ne sais pas trop si ça s'est bien passé, je suppose que oui. J'ai surtout raconté mon enfance et mon parcours à Poudlard, je n'ai pas vraiment eu le temps de faire plus que ça. Il a proposé de me voir toutes les semaines et j'ai accepté. Je me dis que si j'y vais souvent, ça ira plus vite. Et je commence à être épuisé par mes cauchemars et mes angoisses. Je maigris toujours, j'ai perdu deux kilos depuis la dernière fois que j'ai vérifié… Malgré tes conseils, je ne mange que très peu, je n'ai pas faim. Je me dis que si tu as pu t'en sortir, alors j'ai mes chances également…

Drago Malefoy. »

Harry reposa la lettre. Elle était arrivée la veille au soir, mais il n'avait pas eu le courage de la lire avant ce matin. Il réalisa qu'il aurait dû attendre encore davantage avant de l'ouvrir, cela ne lui remontait pas du tout le moral comme il l'avait imaginé. Ces dernières semaines, Harry attendait presque avec impatience les courriers hebdomadaires de Malefoy. Depuis que Harry avait proposé de reprendre leur relation à zéro, les lettres étaient plus amicales, plus familières. En l'espace de trois petites semaines, Harry avait commencé à penser à lui comme à un camarade. En tout cas, dans sa tête, il n'était plus le Drago Malefoy de Poudlard, le fils à papa arrogant et pédant qui lui avait pourri la vie.

Quand il en avait parlé à Ron et Hermione le jour de son déménagement, ils l'avaient regardé avec de grands yeux étonnés. Harry ne parlait presque pas de Malefoy, il n'avait pas le droit de divulguer le contenu de ses lettres. Mais ne pas du tout aborder le sujet avec ses meilleurs amis était impossible pour Harry, il avait fini par leur dire à quel point il semblait avoir changé et évolué. Qu'il était en train de devenir fréquentable et même plutôt agréable. Du moins, à l'écrit.

Ce qui touchait le plus Harry était la souffrance de Malefoy, parce qu'il vivait avec la même. Elles étaient certes différentes dans leurs origines, mais néanmoins similaires. Cela les rapprochait beaucoup et Harry n'avait jamais imaginé que cela pourrait arriver un jour. Quand il avait accepté d'être son référent civil, il n'avait pas envisagé que leur relation puisse devenir amicale. Il aurait explosé de rire si on le lui avait dit.

Mais ce matin-là, seul dans sa cuisine toute neuve du 12, Square Grimmaurd, Harry n'avait pas le moral et la lettre de Malefoy n'avait pas aidé. Avec un soupir, il envoya sa tasse de café encore à moitié pleine dans l'évier et les restes de toasts qu'il n'avait pas pu avaler dans la poubelle. Puis il remit le parchemin dans son enveloppe et la rangea avec les autres.

Après un dernier coup d'œil à l'horloge, il sortit sur le perron et transplana jusqu'à Godric's Hollow. Il apparut dans le petit cimetière, derrière l'église. Il était désert pour le moment, mais Harry se doutait que ça ne durerait pas. D'autres personnes viendraient rendre hommage aux défunts, même dans ce petit village. Il marcha d'un pas rapide jusqu'à la tombe de ses parents et la retrouva sans difficulté. Cela faisait presque un an depuis sa première et unique visite avec Hermione, mais il ne pouvait pas se tromper.

La pierre tombale était recouverte de feuilles mortes et de brindilles qu'il nettoya d'un coup de baguette. Puis il s'assit à même le sol, sur les cailloux de l'allée. Les yeux fixés sur le nom de ses parents gravé dans la stèle, il attendit.

— Bonjour… finit-il par prononcer un long moment plus tard.

Sa voix était rauque, il n'avait parlé à personne depuis plusieurs jours. Il s'éclaircit la gorge.

— Je me suis dit que je pourrais vous rendre visite aujourd'hui. Et vous parler de moi.

Harry mit un peu d'ordre dans ses pensées et commença à raconter les évènements marquants qui avaient eu lieu depuis qu'il était venu la première fois. La chasse aux Horcruxes, Gringotts, le Manoir Malefoy, la Bataille de Poudlard, les morts, les procès… S'ils le regardaient, Harry se doutait qu'ils savaient déjà tout ça, mais cela lui faisait du bien de parler. Il n'y avait personne ici pour lui répondre, mais cela ne le dérangeait pas. Il n'y avait pas Hermione pour le fixer d'un air compatissant ou Ron avec une tête d'enterrement. Harry adorait ses amis, mais parfois il n'avait pas envie qu'on le plaigne ou qu'on le comprenne.

— Je me suis porté volontaire pour ce programme de réhabilitation, pour les enfants de Mangemorts et d'autres gens qui ont commis des crimes pas trop graves. J'aurais dû savoir que j'allais me retrouver avec quelqu'un que je connaissais. Ça n'a pas loupé…

Harry se souvint de la lettre qui l'avait informé de son affectation auprès de Malefoy. Il sourit, les choses avaient tellement changé depuis.

— Je voulais m'occuper. En plus des travaux au Square… Je crois que j'ai bien fait. Je n'aurais jamais pensé que je pouvais le comprendre, lui parmi tous les autres. Et pourtant… Je le comprends maintenant et je crois qu'il me comprend aussi. On a beaucoup de choses en commun une fois qu'on creuse un peu. C'est déstabilisant et réconfortant à la fois.

Harry fit une pause et s'éclaircit de nouveau la gorge. Cela le démangeait, il espérait ne pas tomber malade.

— Je crois qu'il est sur la bonne voie. Il change, il a compris des choses. Je ne sais pas si c'est grâce au programme ou si c'est juste qu'il avait déjà ça en lui, mais je pense quand même que c'est mieux que la prison. En prison, il n'aurait pas pu évoluer ainsi, j'en suis sûr. Je ne sais pas si vous approuvez ce que je fais, mais j'espère que oui. J'espère sincèrement.

Harry fit une nouvelle pause et essuya une larme qui perlait. Il serra les dents pour ne pas pleurer davantage, il ne voulait plus pleurer. Il l'avait tellement fait ces derniers mois qu'il était fatigué de pleurer.

— Vous me manquez, mais j'essaie d'avancer. Je sais qu'un jour, j'espère très très loin, on se retrouvera. À bientôt.

Harry se releva et transplana jusqu'au perron de sa maison. Il décida de répondre à Malefoy avant d'aller se recoucher. Il était épuisé et voulait pouvoir se reposer sans avoir à penser à cette lettre qu'il devait écrire.

« Malefoy,

Je suis très heureux de lire que tu as voulu intervenir, ce jour-là à Sainte-Mangouste. C'est si éloigné de la personne que tu étais que j'y vois vraiment un changement majeur dans ta façon de voir les choses et de penser. C'est vraiment très encourageant et je crois que maintenant on peut dire que tous ces vieux préceptes pourris sont derrière toi. Je vais le dire à Thomson.

Ne te déteste pas d'être resté en retrait. C'est difficile d'intervenir dans des cas de ce genre, il ne faut pas juste du courage, il faut aussi un peu d'inconscience. Parce qu'on ne sait jamais comment notre intervention va être perçue et ça peut se retourner contre nous. Et c'est normal de vouloir se protéger. Peut-être que la prochaine fois, si ça arrive encore, tu peux simplement essayer de parler à la personne qui est agressée, au lieu de t'interposer. Ça peut vraiment débloquer une situation.

Je suis ravi que tu voies enfin un psymage, je pense qu'il était vraiment temps pour toi. Le programme de réhabilitation t'aide à avancer dans ton cheminement à propos de ton passé et de tes croyances. Mais le psymage va t'accompagner pour gérer tes traumatismes. C'est important.

J'ai pas beaucoup mangé non plus aujourd'hui, j'ai pas faim. J'ai été sur la tombe de mes parents et j'ai pas le moral. J'imagine que ça ira mieux demain…

Harry »

Contrairement à d'habitude, Helios revint avec une réponse. Il toqua à la fenêtre pendant un long moment, le temps que Harry sorte de la salle de bain, encore mouillé. Harry détacha la missive et humidifia le parchemin sans le vouloir. Il jeta la lettre sur son bureau et retourna finir de rincer ses cheveux encore pleins de mousse.

Quand il fut propre, séché et habillé, Harry nourrit son hibou et déroula le petit rouleau de papier. Il n'y avait pas d'enveloppe cette fois.

« Potter,

J'espère que cette visite au cimetière n'a pas été trop éprouvante. Je n'ose pas imaginer la souffrance de n'avoir jamais connu ses parents. Je ne pourrais jamais m'excuser suffisamment pour m'être moqué si souvent de toi et de ton statut d'orphelin. Rien ne justifiait un pareil traitement de ma part.

Je sais que je ne suis pas la personne la plus indiquée pour cela, mais si tu as besoin de parler de tes parents, je suis disposé à t'écouter. Cela me ferait même plaisir, je crois.

Mange quand même un peu, ça fait du bien.

Drago. »

Hébété, Harry fixa la courte lettre pendant de longues secondes. Il retourna le parchemin, mais il n'y avait rien d'autre que ces quelques phrases. Il avait presque la sensation qu'il s'agissait d'une mauvaise blague. Dans quel monde Drago Malefoy pouvait-il lui écrire une pareille lettre ? Harry ne s'était pas préparé à ça, malgré tout ce qu'il savait de la personne qu'il était en train de devenir.

Harry descendit jusqu'à sa cuisine sans lâcher le petit morceau de papier qui s'enroulait sur lui-même autour de ses doigts. Il le posa sur la grande table qui n'accueillait que lui et se prépara un sandwich sans même s'en rendre compte. Il mangea l'esprit ailleurs, le regard attiré par le rouleau de parchemin qui semblait le narguer.

Drago s'était de nouveau excusé, mais ce n'était pas ça qui touchait Harry. Une boule de chaleur était en train de se former dans sa poitrine, au fur et à mesure que la réalisation prenait place en lui. Il lui proposait de l'écouter. Comme un ami. Drago voulait être son ami. L'idée était loin d'être dérangeante et Harry se rendit compte qu'il était prêt pour ça.

Il ne s'était écoulé que deux mois depuis leur rencontre dans la petite salle du Ministère. C'était si court. Harry se sentait-il si seul dans sa vie qu'il en venait à se réjouir de savoir que Drago voulait être son ami ?

Il termina son sandwich et nettoya les miettes d'un coup de baguette. Il bâilla. Il était épuisé par cette journée et il avait de nouveau envie de pleurer. Il reprit le rouleau de parchemin et le posa sur le bureau de sa chambre. Il y répondrait demain. Après une bonne nuit de sommeil, il y verrait plus clair.

OOOOOOOOOOOOOOO

Il n'avait pas répondu. Drago avait attendu tout le dimanche près de sa fenêtre, à guetter un hibou aux plumes brunes. Il s'était couché déprimé. Harry ne souhaitait pas lui parler et il ne pouvait même pas lui en vouloir. Pourquoi écrirait-il ses états d'âme à Drago ? Cela n'avait aucun sens et Drago regrettait de s'être laissé aller à l'impulsion de lui envoyer ce courrier qui n'avait rien à voir avec le programme de réhabilitation. Il avait outrepassé ses droits. Peut-être même que Harry le dénoncerait à Thomson ? Qu'il lui dirait que Drago se permettait de lui envoyer des courriers d'ordre privé alors qu'il n'en avait pas le droit ?

Non, Harry ne ferait pas ça. Drago le connaissait bien. Il savait à quel point Harry avait bon cœur, ce n'était pas son genre de le dénoncer. En revanche, il pouvait refuser de lui répondre et faire comme si cette lettre n'avait jamais existé et Drago ne pourrait rien y faire.

À la fin de la journée qui suivit cette nuit entrecoupée de nombreux réveils, Drago rentra chez lui épuisé physiquement et moralement. Plier les draps et les serviettes était fatiguant et il craignait de retomber sur une scène d'agression à chaque fois qu'il arrivait à Sainte-Mangouste. Quant à l'aide aux devoirs, il ne s'y ennuyait pas, mais il continuait à recevoir les questions de Wanda. La fillette semblait lui trouver un intérêt et venait lui parler chaque soir, même quand elle n'avait pas besoin d'aide pour ses exercices. Elle n'avait presque jamais besoin de lui en vérité, elle était intelligente cette petite. Chaque fois qu'elle levait son visage rond vers lui, son cœur ratait un battement et sa respiration devenait difficile. Pendant quelques instants, il revivait la scène dans laquelle il entendait les rires gras des rafleurs énumérer leurs victimes dans le grand salon du Manoir. Puis il se ressaisissait et répondait à Wanda. Il avait hâte de pouvoir parler de ça avec son psymage.

Comme chaque soir, Drago expédia le dîner avec ses parents et rejoignit sa chambre dans laquelle il s'enferma à clé. Plus personne ne possédait de baguette sous ce toit et une simple clé lui offrait calme et isolement. Ce dont il ne manquait pas.

Il se déshabilla avec des gestes lents et fatigués, prit une douche brûlante et enfila un pyjama doux en flanelle. Il allait se coucher quand un petit toc-toc résonna dans la pièce. Un hibou frappait à sa fenêtre. Il lui ouvrit et reconnut les plumes brunes du hibou de Harry. La boule dans sa gorge et le nœud dans son estomac se volatilisèrent aussitôt et il récupéra le parchemin. L'oiseau repartit sans attendre et Drago referma la fenêtre. Lentement, comme si la lettre risquait de disparaître s'il se hâtait, il décacheta l'enveloppe et sortit le courrier.

« Drago,

Merci pour ta lettre. J'ai mis un peu de temps à répondre parce que je n'étais pas certain de le vouloir au départ. J'ai mis du temps à vraiment comprendre le sens de tes mots.

Je sais pas beaucoup de choses sur mes parents, je pense que tu t'en doutes.

Mon père s'appelait James. C'était un garçon plutôt populaire à Poudlard, je crois. Il avait ce groupe d'amis autour de lui et ils s'étaient appelés eux-mêmes les maraudeurs et s'étaient donnés des surnoms. Je crois qu'ils ont fait un paquet de conneries pendant ces sept ans. Je crois qu'il était plutôt bon élève. Ce dont je suis sûr c'est qu'il a été capitaine de l'équipe de Gryffondor et qu'il y a joué comme poursuiveur, il était célèbre pour ça si j'ai bien compris. Mon adresse sur un balai doit venir de là, j'imagine. Tout le monde dit que je lui ressemble et d'après les photos c'est le cas. Sauf mes yeux, j'ai les yeux de ma mère.

Ma mère s'appelait Lily. C'était une excellente élève, très douée en potions. Elle faisait partie du Club de Slug à l'époque et il l'aimait beaucoup. Elle était née moldue et elle a une sœur qui n'a pas de pouvoirs magiques. Le fait que ma mère soit une sorcière les a séparées, je crois que ma tante lui a jamais pardonné d'être "plus intéressante" qu'elle. Ce qui explique pourquoi elle me détestait autant quand je vivais chez elle.

Je crois qu'ils ont commencé à sortir ensemble vers la fin de l'école et je sais pas pourquoi ils se sont mariés aussi vite après. Je suis né seulement deux ans après leurs ASPIC et je saurais jamais pourquoi ils ont voulu avoir un enfant alors qu'ils étaient en pleine guerre et membres de l'Ordre du Phénix. C'est un mystère pour moi.

Ce que je sais avec certitude c'est qu'ils m'aimaient assez pour mourir pour moi. Ils m'ont abandonné. Ils m'ont laissé seul et j'ai grandi dans une famille qui me détestait.

Tous les gens qui les ont connus sont morts aujourd'hui. Ou presque. Tous leurs amis ont fini par perdre la vie dans cette guerre qui n'a jamais vraiment cessé entre leur époque et la nôtre. Plus rien ne me rattache à mon passé, à part quelques photos d'eux.

Il y a tant de choses que j'aimerais partager avec eux et je pourrais jamais le faire. Je leur ai parlé quand j'ai été sur leur tombe, mais je sais bien qu'ils sont pas vraiment là. J'ai parlé de toi d'ailleurs, je sais pas s'ils approuvent ma participation à ce programme, mais j'ose croire que oui.

Je me rends compte après avoir écrit tout ça que c'est plutôt déprimant, malheureusement c'est un peu obligatoire quand on se met à parler des morts.

Harry »

Quand Drago reposa la lettre, il voyait flou. Des larmes s'échappèrent de ses yeux et coulèrent le long de ses joues sans qu'il ne puisse rien y faire. Il les essuya du dos de la main et renifla un peu. Il était bouleversé par les mots de Harry, il ne s'attendait pas à une telle franchise de sa part. Il avait même pensé qu'il ne répondrait jamais.

Le cœur lourd, Drago relut la lettre une deuxième fois puis se coucha enfin. Il mit des heures à s'endormir, les mots de Harry dansaient derrière sa rétine et résonnaient dans sa tête.

OOOOOOOOOOOOOOO

« Harry,

Je sais que j'ai été un peu long pour te répondre et j'en suis désolé. Ta lettre m'a profondément touché et j'avoue, avec un peu de honte, que j'ai pleuré. Et j'ai eu du mal à dormir après l'avoir lue, ça m'a tourné dans la tête pendant des heures. Je ne sais pas quoi te dire en réalité. Que peut-on dire après de pareils mots ? Après autant d'honnêteté ?

Merci pour ta confiance et ta franchise. Merci de m'avoir parlé d'eux. Je suis triste que tu n'aies rien qui te permette de mieux connaître ton passé, c'est important de savoir d'où l'on vient. Dans mon cas, cela me permet de m'en affranchir et toi, cela te permettrait de mieux te connaître.

Je trouve cependant que tu t'es bien débrouillé malgré cette absence et ces inconnues. Tu es un homme bon et généreux. Tu es assez gentil pour apporter ton aide à des cas désespérés comme moi et ce n'est pas rien. Et je sais que tu es un bon ami. Weasley et Granger ont de la chance.

Je sais que je ne suis pas ton ami, mais j'aimerais l'être et si tu veux me parler à nouveau de tes parents, je suis disponible. Si tu veux me parler de ce que tu voudrais leur dire, je peux écouter (ou lire tout au moins).

Pour ma part, je n'avais pas réalisé à quel point cela est bénéfique pour moi de t'écrire. Je pensais que ça serait une corvée permanente, mais c'est rapidement devenu nécessaire. Je suis plutôt seul pour tout te dire. Je n'ai pas envie de parler avec mes parents et je les évite autant que possible. Et mes "amis" ne devaient pas en être vraiment, je n'ai plus de nouvelles de personne sauf Théodore. Comme quoi, tous ces efforts pour être entouré à Poudlard ne m'ont pas servi à grand-chose…

Je pense que ma lettre arrivera tard dans la soirée alors je te souhaite une bonne nuit.

Drago. »

« Drago,

Rien ne t'oblige à me répondre immédiatement. Rien ne t'oblige à me répondre tout court quand je parle de sujets personnels. Même si c'est vrai que c'est toi qui as proposé.

Je suis désolé de t'avoir rendu triste, ce n'était pas mon intention. Mais parler d'eux m'a fait beaucoup de bien, je m'en rends compte maintenant que ça fait déjà quelques jours. Je parle rarement de mes parents avec Ron et Hermione, peut-être par pudeur, je sais pas. Écrire est bien plus facile que de parler. Je pense que je parlerai d'eux à ma psymage la prochaine fois, ça fait longtemps que c'est pas arrivé.

Je crois qu'on est déjà amis, Drago. Tu t'es pas rendu compte à quel point la façon dont on s'écrit a changé ? Moi aussi je pensais que ça serait compliqué de recevoir tes lettres et encore plus d'y répondre. J'étais pas obligé de le faire, mais je regrette pas, c'était utile et nécessaire. À moi aussi ça me fait du bien, je le vois. Malgré la présence de mes amis dans ma vie, je me sens assez seul depuis que j'ai déménagé.

Je suis désolé que tes amis ne soient pas restés en contact avec toi. J'imagine que c'est dans les pires moments qu'on se rend compte de qui tient vraiment à nous.

En ce qui concerne mes parents, ce sont de choses assez simples que j'aimerais leur parler, rien d'extraordinaire. Je voudrais leur parler de ce que j'aime dans le monde de la magie, de mes amis et de tout ce que j'ai vécu pendant ces sept ans. Je voudrais leur parler de qui j'ai aimé et qu'ils me consolent parce que j'ai le cœur brisé. Je voudrais leur dire que j'ai peur d'être trop cassé par la guerre pour vraiment aimer et que Ginny en a payé le prix. Son deuil et le mien sont trop lourds à porter, on s'en est rendu compte pendant l'été… J'aimerais leur parler du fait que je me pose des questions sur ma sexualité et que j'ai du mal à accepter que les hommes aussi semblent me plaire. J'ose pas en parler à Ron et Hermione, j'ai peur qu'ils réagissent mal et je suis seul avec mon incertitude et ma peur.

Je sais pas pourquoi je te parle de ça, si ça se trouve ça va juste arrêter ce qu'on était en train de construire et tu vas me détester de nouveau. Je prends le risque.

Harry »

Harry relut sa lettre et hésita à l'envoyer. Pourquoi avait-il écrit à Drago qu'il se questionnait sur sa sexualité ? C'était complètement fou ! D'autant plus qu'il savait très bien ce qu'il en était. Son dernier coup d'un soir, rencontré dans un bar de Soho, en témoignait. Définitivement masculin.

Sous le coup d'une impulsion, il enroula le morceau de papier et le scella d'un sort puis l'attacha à la patte d'Helios avant de changer d'avis. C'était une bonne façon de mesurer l'évolution de Drago, après tout.

Quand il relâcha son hibou par la fenêtre, il avait pris une décision. Écrire tout ça à Drago lui avait fait réaliser qu'il devait en parler avec Ron et Hermione, il n'y avait aucune raison qu'ils le rejettent pour qui il était. Il le ferait dès que possible.

OOOOOOOOOOOOOOO

Drago avait les mains qui tremblaient. Et pour la première fois depuis longtemps, ce n'était pas la peur qui en était la cause. Il relut les dernières phrases de Harry afin de s'assurer qu'il avait bien compris et reposa la lettre. Les lundis étaient toujours difficiles, mais celui-ci avait été bien pire. Il y avait eu un incident à la blanchisserie – une étagère s'était brisée en répandant les draps au sol et Drago avait dû tout replier – et Wanda avait été insistante ce soir. Il était épuisé, physiquement et psychologiquement, et n'était pas prêt à découvrir ce type de vérité chez Harry. Il était encore moins prêt à y répondre dans l'immédiat. Alors il rangea la lettre et se coucha la tête pleine d'interrogations. Il ne réussit à s'endormir que très tard dans la nuit.

Il n'eut le courage d'écrire sa réponse que cinq jours plus tard. Il s'installa à son bureau, sous la fenêtre donnant sur les jardins du Manoir, et prit un morceau de parchemin neuf. Il trempa sa plume dans l'encre noire et inspira un grand coup avant de tracer les premières lettres.

« Harry,

Je suis désolé de t'avoir fait attendre presque une semaine. Je me doute que tu as dû t'imaginer des choses affreuses à mon sujet à cause des confidences que tu m'as faites. Merci de l'avoir fait, merci de m'avoir fait confiance.

Si j'ai mis tant de jours à t'écrire en retour, c'est parce que j'avais peur de ce que j'allais te dire. J'avais peur d'écrire ces mots à quelqu'un. Personne n'est au courant et mes parents ne doivent jamais l'apprendre. Jamais.

Je serais très mal placé pour te juger concernant ton orientation sexuelle. Parce que je suis homosexuel. Je le sais depuis que j'ai quatorze ans et je n'ai jamais pu en parler à personne. Je sais ce que tu vas me dire à propos de Pansy, je suis sorti avec elle pour brouiller les pistes, c'est tout. Pour ce que ça m'a apporté…

Si je t'en parle, c'est parce que je sais que je peux compter sur ta discrétion. J'ai confiance en toi et en notre nouvelle amitié.

Ma semaine a été longue. Elles sont toutes longues. Je sais que je mérite mon sort, mais je suis tout de même fatigué par les activités que je fais. J'espère que de ton côté les journées sont moins pénibles. Que fais-tu pour t'occuper ?

Bonne soirée et bonne nuit, Harry.

Drago. »

OOOOOOOOOOOOOOO

Harry était arrivé juste à l'heure. Encore une fois, il avait oublié de surveiller sa montre. Pourtant, il ne pouvait pas se permettre d'être en retard. Daniel Thomson lui serra la main et le guida dans les couloirs du département de la justice magique. Il le fit entrer dans la même salle que la fois précédente, ou une autre qui lui ressemblait. Drago était déjà là, assis sur la chaise en métal, derrière la petite table en bois dont les coins étaient abîmés.

Quand Harry s'assit à son tour, Drago releva la tête vers lui et lui sourit. Son regard s'illumina quand Harry lui sourit en retour. Thomson s'installa en faisant grincer sa chaise et ouvrit le dossier qu'il avait apporté.

— Bonjour Monsieur Malefoy. Comment allez-vous ?

— Je vais bien.

— Parfait. J'ai reçu les comptes rendus mensuels de Monsieur Potter, ils sont tous très bons. Il semble que votre échange hebdomadaire se passe bien. Qu'en pensez-vous ?

— Nos échanges se passent, en effet, à merveille.

— Vous n'avez pas de difficultés à lui écrire ? J'aurais pensé que cela aurait pu être compliqué puisque vous vous connaissiez déjà.

— Il a fallu quelques semaines, mais c'est devenu facile maintenant.

— Parfait, parfait. Vous m'en voyez ravi. Je constate que vous continuez à voir le psymage que vous avez demandé à rencontrer.

— Oui, en effet. J'en ai encore besoin.

— D'accord, je vais indiquer ça dans le dossier, pour qu'on prolonge les portoloins spéciaux. Je vais mettre trois mois et on en reparlera au prochain rendez-vous trimestriel.

Drago hocha la tête en direction de Thomson. Harry le trouvait calme et détendu. Et bien différent du premier rendez-vous trois mois plus tôt. La première fois, son visage avait été complètement fermé et n'avait laissé transparaître aucune émotion. Aujourd'hui, il était visiblement content. Harry ne savait pas si c'était cette rencontre ou le fait de le voir qui le rendait heureux. Ce dont Harry était certain, c'était que lui était enchanté de voir Drago en chair et en os. Après des mois à s'écrire, surtout les dernières semaines, il avait eu envie de le revoir.

Et il découvrait avec stupeur quelque chose à laquelle il ne s'était pas préparé. Le sourire de Drago avait déclenché un petit pincement au creux de son estomac et il le trouvait beau. Harry n'avait jamais trouvé que Drago était beau auparavant, mais il était difficile d'avoir ce genre d'émotion quand on détestait la personne. Aujourd'hui, Drago n'arborait plus cet air méprisant et imbu de lui-même qui le rendait hideux. Aujourd'hui il était enfin lui-même, Harry le comprit soudainement. Il ne jouait plus un jeu et il ne se cachait plus derrière une façade. La lumière diffusée par les lampions magiques se reflétait sur sa chevelure blonde qui était plus longue que la fois d'avant et des mèches caressaient ses pommettes. Cela lui allait bien. Harry aimait la façon dont son sourire penchait légèrement sur le côté et la minuscule fossette que cela faisait apparaître sur sa joue droite. Si différent des rictus méprisants qu'il lui avait jetés pendant sept ans.

— Et vous Monsieur Potter, avez-vous quelque chose à ajouter ?

Harry sursauta. Il ne s'était pas rendu compte qu'il n'avait rien écouté pendant un certain temps, trop occupé à regarder Drago.

— Non, je vous ai tout dit dans mes comptes rendus.

— C'est très bien, parfait. Bon, alors nous allons pouvoir arrêter là. Nous nous reverrons dans trois mois. Je reste disponible en cas de besoin. Monsieur Malefoy, votre portoloin vous attend à l'accueil, il part dans dix minutes. Bonne journée, messieurs.

Thomson partit et laissa la porte ouverte. Harry n'avait pas quitté Drago des yeux.

— Comment vas-tu ? lui demanda Drago avec un nouveau sourire.

— Ça va. Mon cafard a fini par passer, je suis tranquille jusqu'à l'an prochain. Et toi ?

— Ça dépend des jours. Mais le psymage m'aide beaucoup.

— Tant mieux. Je suis content.

Drago lui sourit de nouveau et l'estomac de Harry fit un nouveau tourbillon.

— Je suis heureux de te voir…

— Moi aussi, assura Harry avec un sourire à son tour.

— Il faut que j'y aille. Si je rate le portoloin, je suis coincé ici.

— Je pourrais toujours te ramener.

— C'est gentil, mais il vaut mieux éviter que je le rate. Je ne veux pas qu'on puisse me reprocher quoi que ce soit.

— Comme tu veux. À dans trois mois, alors ?

— Oui, j'imagine. À dans quelques jours par écrit, Harry.

— Salut…

Harry se leva et regarda Drago quitter la pièce d'un pas rapide. Il se tenait droit et fier dans sa robe grise, loin de la posture légèrement avachie du rendez-vous précédent. Harry le laissa partir et rejoignit le hall pour transplaner jusqu'à chez lui. Il avait hâte de recevoir son prochain courrier.

OOOOOOOOOOOOOOO

Pour la première fois depuis des semaines, des mois même, Drago ne savait pas comment débuter sa lettre hebdomadaire pour Harry. Les premières avaient été difficiles, mais il avait dépassé depuis longtemps l'inconfort qu'il ressentait à devoir lui raconter sa vie. C'était devenu aussi facile que d'écrire à Théodore et Drago ne s'en était pas rendu compte. Jusqu'à ce qu'il soit de nouveau incapable de tracer la moindre lettre. La plume figée au-dessus du parchemin, il réfléchissait.

Le rendez-vous avec Thomson datait de plusieurs jours désormais et Drago ne pouvait s'empêcher d'y repenser constamment. Il revoyait Harry entrer aux côtés du sorcier qui s'occupait de sa réinsertion et s'installer sur une chaise sans la moindre élégance. Là où cela l'aurait agacé auparavant, il y avait reconnu l'homme avec qui il correspondait depuis des semaines, sa nonchalance se ressentait jusque dans ses mots. Et cela l'avait fait sourire. Un sourire que Harry lui avait rendu aussitôt. C'était la première fois qu'il lui souriait et cela lui avait plu.

Il avait répondu aux questions de Thomson en se forçant à rester focalisé sur l'homme rondouillard, évitant à grand-peine de détailler Harry qui lui ne s'en privait pas. Il était content que les comptes rendus soient bons, évidemment, mais c'était loin d'être ce qui lui importait le plus en vérité. Ce qui importait c'était que Harry était face à lui et lui avait souri. Leur amitié naissante ne s'était pas transformée en autre chose alors qu'ils étaient dans la même pièce et cela le rassurait.

Quand Thomson était parti, Drago avait reporté son regard sur Harry. Il n'avait pas tellement changé depuis la fois d'avant, mais il semblait avoir pris un peu de poids et c'était une bonne chose. Il arborait toujours des cheveux d'ébène en pétard et des yeux beaucoup trop verts derrière ses éternelles lunettes rondes. Son sourire illuminait son visage et Drago aimait ça. Ses mains posées sur la table avaient titillé son regard et il avait eu du mal à ne pas les fixer. Drago adorait les belles mains. Et Harry avait de jolies mains, il ne s'en était jamais rendu compte auparavant.

Drago avait aimé échanger quelques mots avec lui et il avait été sincère. Il réalisait à quel point il avait aimé le regarder. Un peu trop pour être complètement innocent. Et c'était ce qui l'empêchait de démarrer son courrier.

« Harry,

Enfin le week-end, je vais pouvoir me reposer un peu. Mes bras me tirent le soir à force de plier du linge toute la journée.

J'étais vraiment très heureux de te voir mercredi. J'avais un peu peur que notre relation amicale ne survive pas au fait d'être dans la même pièce, mais ça n'a pas été le cas. J'en suis vraiment content. Je ne pensais pas que ça me ferait autant de bien pour être honnête.

J'ai vu que tu avais pris du poids, ça me fait plaisir. Tu m'avais dit que tu mangeais bien de nouveau et ça se voit. Tu avais l'air trop maigre la première fois qu'on s'est vu avec Thomson.

De ton côté, as-tu fini la chambre d'ami que tu avais commencée il y a deux semaines ?

Bonne soirée.

Drago. »

« Drago,

À moi aussi ça m'a fait plaisir de te voir en vrai. Les lettres c'est bien, mais c'est pas pareil. J'aimerais pas être forcé de parler avec Ron et Hermione uniquement par courrier.

Oui, j'ai repris du poids, ma balance en est témoin et ma ceinture aussi : j'en ai plus besoin, je perds plus mes pantalons !

Toi, par contre, ça se voit que tu as maigri… Je sais que c'est dur, mais il faut que tu manges. Je t'envoie quelques cookies qu'il me restait de la dernière fournée de Molly, je te jure qu'ils sont délicieux.

Oui, j'ai fini avec la chambre d'ami. L'une d'elles en tout cas, cette baraque est immense…

Bonne nuit,

Harry »

« Bonjour Harry,

J'ai mangé les cookies avant de me coucher. Tu avais raison, ils étaient délicieux. Est-ce que tu pourrais demander la recette à Madame Weasley ? Peut-être que les elfes de maison voudront bien m'en faire.

Pour la première fois depuis des mois, je ne me suis pas réveillé avec l'impression que mon ventre était en train de se trouer parce que je n'avais pas assez mangé la veille. Le problème c'est que je ne mange pas plus malgré tout…

Qu'as-tu prévu aujourd'hui ? Encore des travaux ?

Passe une bonne journée.

Drago. »

« Salut Drago,

Je suis trop content que tu aies aimé les cookies ! J'ai la recette à la maison, même pas besoin de la demander à Molly.

J'avais rien prévu de spécial, peut-être aller au Terrier ou aller boire un chocolat chaud avec Hermione. Mais finalement j'ai fait des cookies pour toi. J'espère qu'ils seront aussi bons que ceux de Molly, j'ai pas son talent.

As-tu réussi à manger ce midi ?

Harry »

« Tu as passé ton après-midi en cuisine juste pour moi ? Je suis touché. Merci beaucoup.

Et les cookies sont très bons. Peut-être pas aussi bons que ceux de Madame Weasley, mais tu les as faits pour moi alors ça n'a pas d'importance.

J'avoue que j'ai du mal à m'arrêter de sourire ce soir. À chaque fois que je pose les yeux sur la boîte de cookies vide, je pense à toi. Je te la renvoie, au cas où tu en aurais besoin…

Merci encore, je pense que je vais bien dormir cette nuit.

Bonne soirée, Harry.

Drago. »

« La boîte est déjà vide ! Dis donc, j'ai bien fait de faire deux fournées aujourd'hui ! Je te la renvoie avec quelques cookies supplémentaires. Il en restait plus beaucoup, j'en ai mangé pas mal aussi. J'aime trop ces petits gâteaux. C'est en partie grâce à Molly que je me suis remplumé, elle cuisine si bien.

Je visualise très bien ce sourire et je suis content que tu souries en pensant à moi. Il est beau à regarder ton sourire, j'avais jamais remarqué avant. Tu m'avais jamais souri avant, cela dit…

J'espère que tu dormiras bien, oui.

Bonne nuit, Drago.

Harry »

« Ton hibou est arrivé alors que j'étais déjà au lit, il m'a presque réveillé ! Je le renvoie avec cette courte lettre, mais il a l'air fatigué, il faudrait le laisser se reposer un peu. J'utiliserai le mien demain.

Tu me flattes. Maintenant je souris et je rougis comme un idiot. Avec la peau que j'ai, je rougis pour un rien, c'est fort désagréable.

Je regrette de ne t'avoir jamais souri avant, mais on ne peut pas revenir en arrière. Faisons en sorte que le futur soit plus agréable que le passé.

Ce que je n'avais jamais remarqué chez toi, avant mercredi, ce sont tes mains. Je suis obligé d'avouer qu'elles sont très belles. Ça me plaît beaucoup.

Bonne nuit, pour de bon cette fois.

Drago. »

« Bonjour Harry,

J'ai dormi tard ce matin, cela faisait si longtemps que ça n'était pas arrivé. C'est incroyable, mais je me sens reposé. J'ai mangé les derniers cookies au petit-déjeuner. Mes parents m'ont dévisagé quand j'ai posé la boîte sur la table. Ils n'ont pas osé me poser de questions et tant mieux. Je ne leur aurais pas répondu de toute façon.

J'espère que tu as bien dormi toi aussi.

Vas-tu aller voir tes amis aujourd'hui ?

Pour ma part, je crois que je vais passer la journée à lire dans le jardin d'hiver, au milieu des plantes.

Passe une bonne journée.

Drago. »

« Salut Drago !

J'ai super bien dormi, ces cookies sont fabuleux. Encore mieux qu'une potion.

Je suis content que tu te sois bien reposé. Je crois que j'aimerais voir la réaction de tes parents si tu leur disais que tu manges mes cookies, cuisinés d'après une recette de Molly. Ça serait sûrement hilarant.

J'ai refait une fournée dans la matinée, j'espère qu'ils seront réussis cette fois encore.

Oui, je vais au Terrier ce midi. Je vais passer une bonne journée, je pense.

Amuse-toi bien avec tes livres !

Harry

PS : Ne crois pas que je n'ai pas noté les rougissements dont tu as parlé. J'aime bien cette idée. Tu sais que tu as une petite fossette sur la joue droite quand tu souris ?

PS2 : J'ai noté aussi pour mes mains. Merci beaucoup. Je suis ravi qu'elles te plaisent. Elles savent faire plein de choses très utiles en plus d'être belles. »

« Si tu voulais me faire rougir de nouveau c'est réussi ! Je sais bien que tu l'as fait exprès. Je ne peux même pas t'en vouloir. Au moins, tu n'es pas là pour le constater par toi-même, cela m'évite un grand embarras.

Quels genres de choses font-elles, tes mains ? À part cuisiner des cookies et rénover ta maison ?

Merci encore pour cette nouvelle fournée. Je les dévore beaucoup trop vite, c'est indécent. Je te renvoie les deux boîtes, malheureusement déjà vides.

J'espère que tu as passé un bon moment chez les Weasley.

Je crois que je vais m'atteler à écrire les courriers d'excuses que je veux faire depuis plusieurs mois, il est temps.

Drago. »

« Je viens de rentrer du Terrier et je découvre que tu as déjà tout mangé ! Je vais pas pouvoir tenir le rythme des deux fournées de cookies par jour, moi ! J'ai des occupations, tu sais !

J'ai passé une excellente journée, même si l'ambiance n'était pas aussi joyeuse qu'elle l'était avant. Je crois que l'approche des fêtes mine le moral de tout le monde. Ça sera le premier Noël sans Fred, sans Remus et sans Tonks… Ta lettre me permet de me sortir tout ça de la tête, merci.

J'aimerais beaucoup te voir rougir en fait. Je trouve ça assez adorable. Je suis sûr que tu es adorable avec les joues toutes rouges. (Oui je te dis tout ça exprès, au cas où tu en doutais).

Tu serais surpris de savoir ce que je peux faire de mes mains … Je bricole beaucoup, je cuisine bien (et pas que des cookies !) et je me suis mis au tricot avec Molly.

Et sache qu'elles sont douces en plus d'être belles. Elles caressent bien. On me l'a assez dit pour que je finisse par le croire. Je te proposerais bien de te montrer… Mais ça va être un peu compliqué par hiboux interposés.

Bonne soirée.

Harry »

« Par Merlin, Harry ! Je suis écarlate et j'ai beaucoup trop chaud ! Et je refuse que tu puisses te moquer en direct de mon rougissement ! Ma peau blanche est une malédiction, crois-moi.

C'est même impossible par hiboux interposés. Vais-je devoir attendre deux ans et ma liberté totale pour constater par moi-même ce que tu avances ?

Je suis désolé si l'ambiance est triste dans la famille Weasley, je suis terriblement navré pour leurs pertes. Je sais que tu les aimais et j'aimerais pouvoir te consoler. Je suis content de savoir que je te distrais un peu de ces moroses pensées.

Ne te force pas à faire des cookies pour moi tous les jours, je suis déjà ravi que tu en aies cuisiné ce week-end. Si tu m'envoyais la recette, tu n'aurais plus besoin de les cuisiner pour moi. Même si j'aime le fait que tu l'aies fait.

Passe une bonne nuit. J'espère que tes rêves seront agréables.

Drago. »

« Je suis très heureux d'avoir réussi à te faire rougir encore plus. Je n'ai pas du tout envie de m'excuser pour ça. Et je maintiens que je veux te voir dans cet état-là. Tu rougis seulement quand on te parle ou alors aussi dans d'autres circonstances ? Tu sais, le genre où l'on ne porte pas de vêtements…

Je ne sais pas si je peux attendre deux ans que tu puisses retrouver ta liberté pour te montrer ça, pour être honnête. Peut-être pourra-t-on trouver un compromis grâce à Thomson ?

Tu m'aides beaucoup à ne pas trop ruminer. Merci pour ça.

Je ferai pas des cookies tous les jours, mais je vais t'en envoyer de nouveau dans la semaine, quand j'aurai fait les courses. J'ai plus les ingrédients qu'il faut à la maison, j'en ai trop fait.

Bonne nuit Drago, mes rêves seront forcément agréables si je pense à toi avant de m'endormir.

Harry »

OOOOOOOOOOOOOOO

Le mois de décembre était bien avancé et il s'était mis à neiger. Harry ne voyait pas le temps passer, bien plus occupé qu'il ne l'avait imaginé quelques mois plus tôt. Entre les travaux au Square Grimmaurd qui se terminaient, les fournées de cookies bihebdomadaires et les lettres pour Drago, il ne s'ennuyait pas. Depuis ce week-end pendant lequel ils s'étaient échangés des courriers sans s'arrêter, le rythme était soutenu. Il ne s'écoulait pas une journée sans que Harry lui réponde. Il était soumis à son planning, mais il arrivait parfois qu'ils s'écrivent jusqu'à tard dans la nuit. Ce dont Drago s'était plaint à grand renfort d'hyperboles que Harry trouvait hilarantes.

Le ton de leurs lettres était le plus souvent léger, même si leurs traumas et difficultés ressurgissaient régulièrement. Harry pouvait maintenant deviner quand Drago voyait son psymage, sans qu'il ait besoin de le lui dire. Ses courriers étaient toujours beaucoup plus tristes et empreints de regrets quand il revenait de séance. Lorsque cela arrivait, Harry cessait de le taquiner et tentait d'avoir des mots réconfortants. Il aurait aimé pouvoir être avec lui et l'enlacer, mais cela n'était pas possible.

— Harry ? cria une voix depuis le rez-de-chaussée.

— J'arrive ! répondit Harry en finissant d'attacher un parchemin à la patte de son hibou.

Il descendit les escaliers pour trouver Ron et Hermione qui l'attendaient. Ces derniers étaient entrés sans frapper, comme d'habitude. Harry les avait invités à passer une soirée chez lui. Il avait fait des pizzas dans l'après-midi et une fournée de cookies pour le dessert. Il venait d'en envoyer une dizaine à Drago en accompagnement de son courrier.

— Désolé, j'étais en train de finir d'écrire une lettre.

— À qui tu écris ? s'enquit Hermione en accrochant son manteau humide.

— À Drago.

— Je m'habitue pas à votre amitié, ça me dépasse.

— Je sais, Ron. Mais j'ai vraiment pas le droit de vous montrer les courriers. Je devrais même pas vous en parler.

Harry taisait le fait qu'il aurait honte de faire lire les lettres des deux dernières semaines à Ron et Hermione. Elles étaient beaucoup trop personnelles et indéniablement flirty.

Ils descendirent dans la cuisine et Harry leur servit les pizzas restées chaudes sous un sort de stase. Il sortit des bièraubeurres de son placard et les rafraîchit d'un coup de baguette.

— T'as fini les travaux ?

— Presque. Il reste la chambre de la mère de Sirius, mais son état est pitoyable à cause du séjour prolongé de Buck.

— Je peux venir t'aider en janvier si tu veux. Maman me rend fou, faut que je sorte du Terrier.

Harry éclata de rire. Il savait exactement ce que voulait dire Ron. Molly était adorable et c'était une femme formidable, mais elle pouvait être étouffante. Harry était heureux de vivre chez lui, maintenant. Une chance que Ron n'avait pas.

— J'ai meublé deux chambres d'amis, tu peux venir ici de temps en temps si tu veux.

— Merci Harry, c'est parfait !

— Et toi, Hermione, tu as prévu des choses l'année prochaine ? Je te trouve bien silencieuse.

— J'ai retrouvé mes parents à Brisbane. Je vais m'y installer pour quelques mois, j'ai des pistes pour leur faire retrouver la mémoire.

Harry lui sourit avec compassion. La situation de Hermione n'était pas enviable et l'absence de ses parents était difficile pour elle. Elle louait une petite chambre à Londres depuis quelques mois et passait tout son temps à faire des recherches.

— Vous venez pour Noël au fait ? demanda Ron, la bouche pleine. Maman veut savoir combien on sera.

— Oui bien sûr !

— Je viendrai le vingt-cinq, affirma Harry.

— Tu vas passer le réveillon tout seul ? s'étonna Hermione.

— Non… Je… J'essaie de convaincre Thomson de donner à Drago son vingt-quatre. Je veux… l'inviter ici.

— Quoi ‽ s'étrangla Ron.

— Écoutez… Je sais que vous comprenez pas… mais il a vraiment plus rien à voir avec qui il était à Poudlard. On s'entend bien et il déprime dans ce manoir pourri avec ses parents.

— Qu'est-ce que tu nous caches, Harry ?

— Rien…

Harry sentit ses joues chauffer alors qu'il mentait. Et il savait que Ron et Hermione allaient s'en rendre compte. Ils avaient toujours su quand il ne disait pas la vérité.

— Par le caleçon de Merlin ! Harry ! Me dis pas que… t'as des sentiments pour lui ?

— Voyons, Ron… Harry ne ferait pas ça…

Harry les regarda en silence. Il ne savait pas quoi dire pour se sortir de cette situation. Quoi qu'il réponde, ça serait embarrassant.

— Oh non… Harry… souffla Hermione sans le quitter des yeux.

— Désolé… J'ai pas fait exprès, si ça peut vous rassurer.

Cela eut le mérite de les faire sourire et de détendre l'atmosphère qui s'était tendue. Ils terminèrent leur repas en évitant de parler de Drago, cela mettait Ron et Hermione mal à l'aise.

OOOOOOOOOOOOOOO

« Drago,

J'ai demandé à Thomson de te donner un congé pour Noël. Inutile de refuser.

Je t'attends le 24 décembre, devant les grilles du Manoir, à 16 h. Sois à l'heure.

Harry

PS : Au cas où c'était pas clair : tu passes le réveillon avec moi »

Le petit parchemin froissé était resté sur le bureau toute la semaine. Drago l'avait lu des dizaines de fois et n'en revenait toujours pas. Il ouvrit son dressing et réfléchit à ce qu'il allait porter. Il sortit deux robes de soirée et les posa sur son lit. Il les essaya l'une après l'autre et se regarda dans le miroir en pied avant de les retirer et de les ranger. Il n'allait pas à un stupide gala ou une réception organisée par le Ministère, il allait chez Harry.

Il finit par attraper une chemise blanche, un pantalon noir cintré et une veste de la même couleur. Une ceinture en cuir de dragon avec une jolie boucle en argent et des mocassins complétèrent sa tenue. Il avait du mal à se reconnaître en se regardant dans le miroir, mais il savait que cela plairait à Harry. Bien plus qu'une robe de sorcier. Il passa une main dans ses cheveux qu'il n'avait toujours pas coupés et hésita à les coiffer en arrière avant de se raviser. Il aimait les voir encadrer son visage et frôler ses joues. Pour le moment.

Juste avant seize heures, il ferma sa chambre à clé et rejoignit l'entrée du Manoir. Il ne croisa pas ses parents et ne les chercha pas. Il avait prévenu de son absence et ne tenait pas à subir de nouvelles remontrances sur son refus à dire où et avec qui il allait. Il enfila sa chaude cape d'hiver, remonta la capuche sur sa tête et sortit dans le crépuscule. Il neigeait fort et un épais manteau blanc recouvrait déjà les jardins. Il laissa des traces de pas dans le tapis immaculé et se hâta vers les grilles.

Drago était euphorique et son cœur battait vite. Il n'était pas sorti de chez lui pour autre chose que son programme de réhabilitation depuis des mois. Rien ne l'obligeait à vivre enfermé – contrairement à ses parents – mais, sans baguette, il ne pouvait quitter le Manoir. Isolée dans la campagne du Wiltshire, la grande bâtisse ne pouvait être rejointe que par portoloin ou transplanage. Leurs cheminées avaient été fermées à la circulation et n'acceptaient plus que les appels, afin que ses parents ne quittent pas leur domicile.

De l'autre côté des grilles, une silhouette était visible. Harry était là, habillé d'un long manteau gris, de la neige plein les cheveux. Un sourire illumina son visage quand il le vit et Drago pressa le pas, les mains légèrement tremblantes. Il passa les grilles et les referma derrière lui.

— Bonsoir, Harry.

— Salut ! On y va ?

Harry lui tendit son bras et Drago y posa la main après s'être assuré qu'elle ne tremblait plus. Il hocha la tête et se sentit emporté quelques instants plus tard. Ils atterrirent sur le perron d'une maison de ville dont la porte était peinte en bleu électrique. Harry la déverrouilla et le laissa passer en premier avant de refermer.

Les lumières magiques s'allumèrent seules et Drago observa autour de lui. Il était dans un long couloir aux murs beiges. Une commode étroite était installée près de l'entrée, encombrée d'un bol avec des clés et d'un tas de parchemins cornés.

— Donne-moi ta cape.

Drago se défit de son vêtement et le tendit à Harry. Il ne manqua pas le regard de ce dernier lorsqu'il dévoila sa tenue. Les yeux écarquillés, Harry le fixa quelques secondes avant de cligner des paupières et d'accrocher sa cape à une patère. Il avait déjà retiré son manteau et portait un jean noir et un pull en laine coloré. Peut-être l'un de ceux que Madame Weasley tricotait chaque année pour sa famille ? Drago les avait toujours trouvés ridicules, mais ce soir il avait changé d'avis. Cela allait bien à Harry.

— Tu veux un thé ?

— Je veux bien, s'il te plaît.

— La cuisine est au sous-sol, j'vais te montrer le salon et j'irai le préparer.

— Non, c'est bon. Ça ne me dérange pas de prendre le thé dans ta cuisine.

— D'accord.

Harry le frôla en le dépassant et le guida jusqu'à une porte et des escaliers. Un agréable frisson donna la chair de poule à Drago alors qu'il le suivait. Il détailla sa tignasse noire en désordre dans laquelle il rêvait de glisser ses doigts, son dos camouflé par l'épaisse couche de laine et ses fesses moulées dans son jean. Il se força à revenir vers son dos avant de se retrouver dans une situation compromettante.

Les dernières semaines de leur correspondance ne cachaient rien de l'envie sous-jacente qu'ils avaient tous les deux et Drago se demandait si cela se concrétiserait ce soir ou s'il ne s'agissait que d'un jeu. Il n'était pas certain que Harry soit disposé à être réellement plus qu'un ami pour lui. Même s'ils s'étaient rapprochés, Drago était un criminel condamné, pas vraiment le genre de personne avec qui l'on souhaitait avoir une aventure et encore moins une histoire.

La cuisine était spacieuse et une immense table trônait en son centre. Un magnifique vaisselier en chêne était dans le coin gauche, à côté d'une majestueuse cheminée. De l'autre côté, des meubles en bois foncé cohabitaient avec des appareils que Drago ne connaissait pas. La peinture sur les murs était grise avec une bande rouge.

— Assieds-toi, proposa Harry alors qu'il s'affairait au niveau du plan de travail.

Drago s'installa et l'observa. Ses gestes étaient rapides et précis, guidés par l'habitude. Il avait clairement pris ses marques dans sa cuisine. Cela ne faisait pas tout à fait trois mois qu'il habitait ici, si Drago se souvenait bien. L'absence d'elfe ne l'étonnait pas, Harry ne lui en avait jamais parlé. Et il n'était pas du genre à faire appel à ces créatures.

Après quelques minutes, Harry déposa devant Drago un mug qui sentait la bergamote et une assiette de cookies. Il s'assit face à lui avec une tasse qui sentait bon le café chaud. Ils se regardèrent un long moment avant que Drago ne brise le contact et boive une gorgée de thé avec précaution pour ne pas se brûler.

— Merci de m'avoir invité. Tu n'étais pas obligé…

— J'avais envie.

Drago but une nouvelle gorgée de thé et attrapa un cookie. Il était encore tiède et il fondait sous la langue. Délicieux, comme toujours. Cela lui arracha un sourire au souvenir des nombreux envois de gâteaux que Harry avait faits. Leurs hiboux étaient très sollicités et Drago se demandait à quel moment les oiseaux finiraient par en avoir assez de faire plusieurs aller-retour par jour entre Londres et le Wiltshire.

Drago termina son gâteau et sa boisson dans un silence un peu inconfortable. Il avait toujours beaucoup de choses à dire à Harry d'habitude, en tout cas par courrier, mais aujourd'hui il y avait une tension entre eux qu'il n'avait pas anticipée. Harry ne cherchait pas non plus à faire la conversation et Drago était certain que ça ne lui ressemblait pas. Il ne cessait de lui jeter des regards en conservant un demi-sourire alors qu'il buvait son café. Ses deux paumes entouraient la tasse et Drago avait du mal à ne pas les scruter. Il repensait à ces dizaines de blagues que Harry avait faites à propos de ce que savaient faire ses mains et il rêvait de découvrir si tout cela était vrai.

— Je te fais visiter ?

— D'accord.

Drago laissa son mug sur la table et suivit de nouveau Harry qui lui montra les nombreuses pièces de cette grande maison. Au dernier étage, il n'y avait que trois portes. Une salle de bain qui avait l'air neuve et deux chambres.

— Là, c'est une chambre d'ami. C'est l'ancienne chambre de Regulus. J'ai tout refait, mais ça t'aurait plu, c'était un temple dédié à Serpentard là-dedans.

— Non, ça ne m'aurait pas plu. Je n'ai plus très envie de ce genre de décoration, maintenant.

— Ah, OK. En tout cas, tu peux dormir là ce soir, si tu veux.

Un poids tomba dans l'estomac de Drago. Harry l'invitait à rester chez lui cette nuit. Dans une chambre d'ami. Il serra les dents alors que Harry poussait la dernière porte du palier.

— Là c'est ma chambre. C'était celle de Sirius. J'ai tout refait, il avait des goûts affreux.

— Tu as gardé la bannière Gryffondor, ricana Drago.

— Oui, c'est vrai. Le lit aussi était le sien et là-bas il y a une photo de lui avec ses amis. Mon père est dessus, j'ai pas voulu la jeter.

Drago s'avança dans la pièce alors que Harry s'effaçait pour le laisser entrer. Le lit était grand avec un cadre en bois sculpté, entouré de deux tables de chevet assorties. Il y avait aussi une armoire dont la porte entrouverte laissait apparaître des étagères mal rangées, et un bureau encombré de papiers. De nombreuses photos ornaient le mur juste au-dessus et Drago reconnut les amis de Harry et les membres de la famille Weasley. Il y avait aussi un couple qui dansait sous la neige, le jeune homme ressemblait à Harry et la jeune femme était belle et couverte de taches de rousseur. C'était ses parents. Drago eut un pincement au cœur en pensant aux siens. Il aurait préféré couper les ponts avec eux – il leur en voulait tellement ! – et Harry n'avait jamais connu James et Lily Potter alors qu'ils étaient des gens admirables. C'était si injuste !

Drago se retourna vers la porte. Harry s'était rapproché de lui et se tenait à portée de bras. Il se balançait légèrement d'un pied sur l'autre, clairement mal à l'aise. Son demi-sourire était toujours là et ses yeux brillaient d'une lueur indéfinissable.

— Drago… Je…

Une bouffée de courage traversa Drago qui franchit le petit mètre qui les séparait. Il s'observa agir sans même l'avoir décidé et ses mains encadrèrent le visage de Harry. Un picotement traversa ses doigts et remonta pour se perdre dans le reste de son corps. La même sensation qu'il éprouvait lorsqu'il touchait sa baguette. Une sensation qu'il avait presque oubliée depuis qu'il en était privé.

— J'ai beaucoup trop envie de t'embrasser. Si tu ne veux pas, c'est maintenant qu'il faut le dire, chuchota-t-il.

Les bras de Harry se jetèrent autour de son cou et il acheva le mouvement amorcé par Drago. Son baiser était chaud et doux et Drago sentit son cœur faire un petit looping dans sa poitrine avant d'accélérer. La langue de Harry s'invita dans sa bouche après quelques instants et Drago l'accueillit en réprimant un gémissement. L'impression de magie s'accentua et Drago sentit des frissons le parcourir.

Drago fit glisser ses mains dans les cheveux de Harry et les empoigna. Il avait envie de les décoiffer encore plus qu'ils ne l'étaient au naturel, il avait envie d'être responsable de son air débraillé. Harry se colla un peu plus à lui et ses mains descendirent le long de son dos, avec lenteur. Drago sentait ses paumes qui appuyaient pour le serrer contre lui.

— Putain, j'avais envie de faire ça depuis que je t'ai vu fin novembre au Ministère, souffla Harry contre sa bouche après s'être reculé pour respirer.

— Moi aussi… J'avais peur que tu n'aies pas envie… À cause de… tu sais…

— Je sais… Mais… On s'en fiche, OK ? Ce qui compte c'est que j'ai envie de toi, là, maintenant.

— Merlin, Harry. J'en crève d'envie.

Harry se recula d'un pas et le parcourut ostensiblement du regard, un sourire mutin se formant sur ses lèvres. Il posa sa paume sur la poitrine de Drago et le poussa doucement. Drago céda sous la pression de la main chaude qu'il sentait à travers sa chemise. Ce geste l'excita.

— T'es beau avec ce costume, tu sais.

— J'espérais que ça te plairait…

— Ça me plaît. Et ça me plairait encore plus de te le retirer…

Drago buta contre le lit et Harry poussa davantage pour le faire tomber en arrière. Drago résista un instant, juste pour jouer, et consentit finalement à se laisser aller. Il s'assit sur le matelas et Harry se glissa entre ses jambes. Drago laissa ses mains caresser sa joue et jouer avec ses cheveux.

— Ils sont tellement fins ! Ça fait des semaines que j'ai envie de les sentir entre mes doigts.

— Je pensais les recouper…

— Pourquoi ? Ça te va bien.

— Je ne veux pas les avoir longs, je ne veux pas ressembler à mon père.

— C'est toi qui décides.

Drago ferma les yeux pour profiter des caresses de Harry. Il se sentait bien, il se sentait choyé. Puis les mains quittèrent finalement sa tête et il sentit sa veste être poussée. Il joua un peu des épaules pour la faire glisser et la posa au bord du lit. Quand il releva la tête vers Harry, il croisa son regard, son incroyable regard vert qui le faisait chavirer. Sans le quitter des yeux, Harry commença à débouter sa chemise puis se mit à genoux pour atteindre les derniers boutons.

— Je… commença Drago d'une voix peu assurée.

— Quoi ?

— Je ne suis pas certain que tu devrais la retirer…

— Pourquoi ?

Harry avait ôté ses mains de la chemise qui bâillait en dévoilant en partie son torse pâle. Son regard inquiet se fixa dans le sien.

— J'ai… des cicatrices. Et… tu sais… la Marque des Ténèbres.

— Moi aussi j'ai des cicatrices. Là… là… et là.

Il désigna son visage, le dos de sa main gauche et posa la main sur le haut de sa poitrine.

— C'est pas grave, Drago. Ça me dérange pas.

— Je… Je suis trop maigre, on voit mes côtes, c'est horrible.

— Tu veux garder ta chemise ?

— Oui, s'il te plaît, avoua Drago en baissant le regard.

Les doigts de Harry se posèrent sous son menton et relevèrent son visage lentement, avec une grande douceur qui fit palpiter le cœur de Drago. Sa main glissa sur sa joue et Drago croisa de nouveau son regard. Il était doux.

— On peut arrêter si tu préfères.

— Non, je ne veux pas arrêter. J'ai toujours envie.

Harry hocha la tête et s'avança pour l'embrasser encore. Drago ferma les yeux et se laissa emporter par le délice de sa langue contre la sienne. Puis Harry s'éloigna et picora sa mâchoire de baisers, glissa dans son cou qu'il mordilla. Drago faufila ses mains sous le pull de Harry et le tira par-dessus sa tête. Les baisers reprirent aussitôt. Harry embrassa et lécha la peau au-dessus de ses clavicules puis posa sa bouche sur le triangle dévoilé par la chemise entrouverte. Il lécha sa peau et Drago devina que sa langue suivait la cicatrice qui remontait jusque dans son cou. Il ferma les yeux sous la sensation et frissonna violemment.

Drago tira sur le t-shirt de Harry pour le retirer puis il se pencha un peu pour l'embrasser de nouveau. Il avait décidé qu'il ne pourrait plus se passer d'embrasser Harry, c'était bon, c'était doux et chaud. C'était enivrant et ça le faisait bander. Les doigts de Harry défirent la boucle de ceinture de Drago pendant que ce dernier s'activait sur le bouton de son jean. Leurs pantalons finirent au sol, abandonnés avec leurs chaussettes.

Harry poussa Drago plus loin sur le lit et s'allongea sur lui en se calant entre ses jambes, sans cesser de l'embrasser, ses doigts enfouis dans les mèches blondes. Avide de sentir sa peau, Drago passait ses mains partout où il pouvait, caressait ses côtes, son dos et ses fesses sous la ceinture de son boxer. Elle semblait brûlante sous ses paumes et il adorait ça. Sur lui, Harry ondulait, son bassin collé contre le sien. Il referma les jambes autour des hanches de Harry pour le sentir encore plus contre lui, pour ne plus le laisser partir. Drago voulait vivre ainsi pour toujours, chaque centimètre carré de sa peau contre celle de Harry, il voulait se perdre dans ses baisers, entre ses mains, sous ses doigts. Il regrettait presque d'avoir gardé sa chemise finalement, mais c'était trop tard maintenant. Il ne l'aurait arrêté pour rien au monde.

Harry accéléra un peu ses mouvements de bassin et Drago gémit dans sa bouche. Il s'éloigna et entreprit de dévorer son cou. Il lécha et mordilla avec insistance la peau fine et fragile. Drago savait qu'il aurait des marques qui resteraient des jours entiers et cela lui plaisait.

Puis, d'un coup, sans même qu'il le sente arriver, Drago bascula et, sous la puissance de son orgasme, se tendit dans les bras de Harry. Avec précipitation, il glissa une main entre eux et la passa dans le boxer de Harry qui lâcha un couinement quand il l'entoura de ses doigts. Il le caressa rapidement, apprécia la peau douce et brûlante contre la sienne jusqu'à ce qu'il gémisse bruyamment dans son cou. Sous le coton chaud, la preuve de sa jouissance lui collait aux doigts. Puis il resta ainsi, sans retirer sa main, les jambes toujours crochetées autour de Harry, son autre main plaquée sur ses fesses. Il reprit son souffle. Son cœur battait si vite qu'il semblait vouloir sortir de sa poitrine et il sentait celui de Harry à travers la chemise qui les séparait. Il galopait.

— Merlin… grommela Drago. J'arrive pas à croire que tu m'as fait jouir sans même me toucher. J'ai trop honte.

— J'peux recommencer avec ma bouche si tu veux, chuchota Harry en le picorant de baisers dans le creux du cou.

— Hmmm… Laisse-moi me remettre de celui-là, déjà…

Ils restèrent l'un contre l'autre longtemps. Harry se mit à frissonner et Drago sentit la chair de poule sous ses doigts.

— Tu as froid ?

— Ouais.

Drago décroisa à regret les jambes et le laissa se relever. Harry lui posa un baiser léger sur les lèvres avant de quitter son lit.

— T'as faim ? J'ai cuisiné toute la matinée.

— Une douche d'abord, c'est possible ? Et… hum… des sous-vêtements propres aussi ?

Harry éclata de rire et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Drago l'attrapa de sa main propre et se laissa traîner jusqu'à la salle de bain.

— Je t'apporte une serviette et de quoi te changer. Et je te laisse tranquille.

Le temps que Harry revienne, Drago s'était lavé les mains et avait pris sa décision.

— Tu m'accompagnes ?

— T'es sûr ?

— Oui.

Drago termina de déboutonner sa chemise sous le regard curieux de Harry. Il le sentit sur lui alors qu'il dévoilait les cicatrices qui lui barraient le torse et les bras, ainsi que la Marque des Ténèbres, noire sur sa peau blanche. Harry ne dit rien, acheva de se déshabiller à son tour et Drago se sentit rassuré. Il n'avait pas perçu de dégoût dans son regard.

Ils se lavèrent en échangeant de nombreux baisers. Harry semblait aussi avide que Drago de l'embrasser et cela le ravissait. Puis ils se rhabillèrent et dînèrent dans la grande cuisine de Harry, en toute simplicité. Il avait préparé un pudding de saumon, une dinde aux marrons avec des petits pois et une bûche au chocolat.

— C'était délicieux, Harry. Merci beaucoup.

— Je t'avais dit que je cuisinais bien !

Drago répondit au sourire fier que lui lançait Harry. Il se sentait bien dans cette cuisine, dans cette maison, avec lui. C'était sans fioritures et il aimait ça. Il aspirait à plus de simplicité dans sa vie.

Après le dîner, Harry l'emmena jusqu'à un petit salon au premier étage dans lequel un arbre de Noël décoré trônait à côté d'une cheminée. Des boules rouges et or illuminaient les branches qui sentaient bon les aiguilles de sapin. Une odeur agréable, fraîche et piquante. Il lui tendit un paquet emballé avec maladresse.

— Joyeux Noël, Drago.

— Oh ! Merci… Je n'ai rien pu acheter pour toi.

— C'est pas grave. Et c'est pas grand-chose.

Drago déchira le papier aux motifs enfantins et découvrit une écharpe en laine gris clair.

— Pour aller avec tes yeux… Molly m'a un peu aidé, mais sinon je l'ai faite tout seul.

— C'est toi qui as tricoté ça ?

— Ouais. Faut bien que ça serve d'avoir appris à tricoter !

— Merci beaucoup…

La gorge de Drago était serrée par l'émotion. C'était une simple écharpe, sans rien d'exceptionnel en soi, mais Harry avait pensé à lui et avait pris de son temps pour lui. C'était ce qui le touchait le plus. Drago n'avait pas de vêtements faits main dans son dressing, tout ce qu'il possédait venait de boutiques réputées et le plus souvent hors de prix. Brutalement, il eut envie de faire le tri et d'en jeter une bonne partie. Il secoua la tête et repoussa cette impulsion à plus tard, ce n'était pas le moment d'y penser.

— J'ai fait du lait de poule, t'en veux ?

— Je veux bien. Chaud, s'il te plaît.

— Je reviens tout de suite, mets-toi à l'aise.

Drago profita de l'absence de Harry pour observer le salon. Comme le reste de la maison, la décoration était neuve et le parquet brillait. Il sentait la cire qu'on mettait pour l'entretenir et Drago aimait bien cette odeur, cela lui rappelait son enfance au Manoir. Il s'installa sur l'un des canapés, sa nouvelle écharpe posée en boule sur ses genoux. Il la caressait du bout des doigts sans vraiment y prêter attention, appréciant la douceur de la laine et les légers reliefs des points de tricot, et l'odeur qu'elle dégageait. Elle sentait le parfum de Harry.

Harry revint avec deux tasses et ils burent leur boisson réconfortante blottis l'un contre l'autre. Harry avait passé un bras derrière les épaules de Drago qui finit par poser la tête sur lui en soupirant de bien-être. Ils parlèrent de tout et de rien. Harry lui raconta les derniers travaux de la maison et ce qu'il restait à faire et Drago l'écouta. Il aimait l'écouter parler, c'était agréable et apaisant.

Quand il commença à bâiller, Harry lui proposa d'aller se coucher. Il lui prêta un pyjama ridicule avec des vifs d'or et Drago l'enfila en ricanant. Après un passage dans la salle de bain, il rejoignit Harry dans son lit et se colla à lui, la tête dans le creux de son épaule, l'oreille sur son cœur. Boum boum, boum boum. Le rythme tranquille le berça et Drago s'endormit en pensant qu'il venait de passer le meilleur réveillon de sa vie.

OOOOOOOOOOOOOOO

« Harry,

Cela ne fait que deux jours que je suis rentré chez moi, mais tu me manques déjà. Je te remercie encore pour ton invitation, je crois que je n'aurais pas pu rêver mieux comme réveillon.

Je pense que tu te doutes que je n'ai jamais eu l'occasion d'avoir une veille de Noël simple et tranquille. Mes parents essayaient toujours de se faire bien voir et ils invitaient la moitié du monde magique. C'était bruyant et épuisant. Il fut une époque où j'aimais ça, j'aimais me sentir important dans les yeux des gens qui foulaient le parquet centenaire de notre grand salon et de la salle de bal. Je n'ai plus envie de vivre ça, je n'ai même plus envie de vivre dans cette maison.

J'ai beaucoup trop de mauvais souvenirs ici maintenant, ils ont balayé tout le reste. Ma chambre est le seul endroit où je peux être sans avoir des frissons de dégoût et l'envie de vomir. Mon seul refuge. »

Drago reposa sa plume un instant. Il pensa au fait qu'il n'avait pas d'obligation à rester au Manoir, mais il n'avait pas non plus les moyens de vivre ailleurs. Ici, on ne lui demandait rien, il était nourri et logé sans contrepartie. Dans le monde extérieur, il devrait payer son logement et n'aurait pas accès à son coffre avant la fin de sa peine. Il soupira en regardant par la fenêtre. Le parc était couvert de neige, mais les flocons ne tombaient plus. Il eut la brusque envie d'aller faire un bonhomme dans le jardin et de se rouler dans la poudreuse. Cette idée le fit penser à Harry, il était certain qu'il aimerait ça, lui aussi.

La sensation de joie et de chaleur au creux de son ventre s'épanouit alors qu'il pensait à Harry. À la soirée qu'il avait passée avec lui, à leur relation naissante en laquelle il avait tant d'espoirs. L'espoir d'avoir une vie normale malgré ses erreurs, ses échecs et son passé criminel. L'espoir d'être pardonné par la société sorcière un jour – si Harry, entre tous, avait pu lui pardonner, alors le monde pourrait le faire aussi. L'espoir d'être aimé, vraiment aimé pour qui il était au plus profond de lui et pas pour la façade qu'il avait appris à montrer.

Harry lui avait montré le chemin, il l'avait guidé, il était entré dans sa vie d'une façon inattendue et cela plaisait à Drago. Il pensait au sourire qui ornait ses lèvres lorsqu'ils s'étaient éveillés ensemble le matin de Noël, il pensait à ses mains sur son corps et à l'impression d'être désiré et précieux entre ses bras. L'impression d'être en sécurité et parfaitement à sa place.

Drago sourit, seul devant sa feuille de parchemin, et reprit sa plume.

« Ce n'est pas vrai, ce n'est pas mon seul refuge.

Depuis des semaines maintenant, tu es mon refuge. Tu as été le confident de mes erreurs et de ma volonté de les réparer. Tu m'as encouragé sur la voie que je devais emprunter, mais qui me faisait peur. Avec toi je n'ai plus peur.

Merci Harry, pour tout ce que tu as fait pour moi.

Il me tarde d'être vendredi soir, j'ai hâte d'être dans tes bras.

À très bientôt.

Drago. »