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Hé ! Bien le bonjour (ou le bonsoir) à toi qui arrive sur cette histoire ! Mana2702 nous a demandé une fin heureuse pour Penelope, un texte où elle est aussi moins effacée.

Marina Ka-Fai, l'une de nos auteurs, a relevé le défi!


Disclaimer: La Chronique des Bridgerton est l'oeuvre de Chris Van Dusen et de Julia Quinn.

Résumé: Dire qu'une fin si heureuse est née d'un simple geste de bonté lors d'une soirée comme une autre...

Une fin heureuse pour Penelope

Lady Cressida est jolie, à n'en point douter. Mais il n'y a que son corps qui est beau. Son âme, elle,est profondément laide. Friedrich ne comprend pas comment on peut être aussi cruel envers quelqu'un. On ne choisit guère son apparence physique et contrairement à ce que l'on pense, les rondeurs, être gros, ce n'est pas toujours à cause de la gourmandise. Il a vu des femmes de la cour de son père, des femmes qui dansaient beaucoup, qui montaient à cheval, qui mangeaient raisonnablement et qui ne perdaient pas à cause d'une maladie que les médecins ont dû mal à définir. Et puis, quand bien même Penelope Featherington serait grosse parce qu'elle aime manger, où est le mal? On se moque d'elle pour sa silhouette, pour sa parentèle, pour les robes qu'elle ne choisit sûrement pas. Quelle indignité! Le prince s'excuse auprès de sa tante, s'approche du groupe. Aussitôt, la demoiselle Cowper pense que c'est pour elle. Il ne lui accorde pas un seul regard. A la place, il tend la main à la jeune fille humiliée.

-Me feriez-vous l'honneur de m'accorder cette valse, Lady Featherington?

Le silence se fait autour d'eux. Portia a un hoquet de stupeur : le prince a parlé à sa fille! Ses aînées la regardent jalousement. Cressida pâlit. Eloise a un sourire immense qu'elle partage avec Daphne. Ca, c'est bien envoyé!

- Die ehre gebührt mir, Eure Hoheit. (L'honneur est pour moi, Votre Altesse). Répond la benjamine Featherington

- Vous parlez prussien, ma Lady? S'étonne-t-il

-J'apprends.

-Votre accent et votre vocabulaire sont parfaits.

Elle pose sa main dans sa paume et le couple s'avance vers le centre de la piste. Pour la première fois de sa vie, Penelope se sent belle. Même si elle sait que l'acte du prince est sans doute né d'un sentiment de pitié, elle l'accepte pour ce qu'il est : une bonne action, ce qui lui arrive trop rarement pour qu'elle fasse la fine bouche. Il la regarde avec gentillesse, son sourire est lumineux, il est l'archétype des princes de conte de fées.

-Merci de m'avoir porté secours.

-J'ai cette Cressida en horreur. La beauté du corps est agréable mais celle de l'âme l'est encore plus. Lady Whistledown ne s'était pas trompée à son sujet.

-Vous... Vous lisez les chroniques de Lady Whistledown? Balbutie-t-elle

-Cela m'aide à savoir qui est qui à la cour de ma tante.

La musique se finit, les danseurs se séparent et, pour conclure le grand spectacle, afin de marquer le coup, le jeune homme baise la main de sa cavalière. Lady Featherington porte une main à son coeur: c'est trop, il va finir par lâcher! Penelope le regarde partir, entendant à peine le brouhaha autour d'elle.

Un prince lui a baisé la main.


Le lendemain, la chronique de Lady Whistledown ne manque pas de relater l'événement du bal de la veille. Le beau et vaillant jeune prince germanique qui porte secours à la modeste jeune fille anglaise face au snobisme des mieux nées. Dans le manoir Featherington, Penelope, elle, se demande comment elle a réussi à faire partir sa colonne sans se faire remarquer : la maisonnée piaille autour d'elle. Ses soeurs se plaignent : pourquoi leur benjamine si ingrate et non elles? Sa mère, elle, est plus occupée qu'une abeille ouvrière.

-Ma fille, vous avez là un espoir inespéré! Vous avez attiré le regard d'un prince!

-Maman, le prince s'est simplement montré gentil alors que l'on m'embêtait.

-Justement! Vous avez été une demoiselle en détresse, il faut jouer sur cette carte! Et votre intervention en prussien ! Pour une fois qu'avoir le nez dans vos livres vous sert!

La concernée se retient de soupirer. Portia la prend par les épaules.

-Penelope! Ne voyez-vous pas? Vous avez là la chance d'une vie! Vous avez attiré le regard d'un prince et si vous jouez finement, vous pourriez devenir une princesse. Au-delà de vous établir, car vous n'êtes pas des plus simples à caser, vous allez faire élever le nom de votre famille! Et si vous ne devenez pas princesse, vous resterez celle qui a été secourue par un prince! Conservez son amitié!

-Maman, vous parlez de lui comme de moi comme des morceaux de viande pendus sur les esses des étals au marché.

Etonnamment, la matriarche semble s'adoucir. Elle caresse la joue de sa fille.

-J'en ai conscience, Penelope. Mais vous êtes intelligente. Vous savez que c'est ainsi que cela fonctionne dans le monde. Nous ne sommes pas les Bridgerton, nous n'avons pas le luxe de nous marier par amour, pas quand nous sommes des nouveaux arrivants dans cette société. On trouve des choses à aimer chez un époux que l'on épouse par raison ou par devoir. Je vous demande juste de ne rien gâcher.

Elle se redresse, ordonne que l'on prépare la calèche: il faut de ce pas aller chez la modiste pour une nouvelle robe, pourquoi pas aux couleurs de la Prusse ou une robe dite à l'allemande!

-Maman, non!

La jeune fille s'étonne elle-même de son audace.

-Cela serait trop évident.

-Oui, vous avez peut-être raison... Mais il faut quelque chose! Pourquoi pas un bijou ou une broche avec l'un de leurs symboles? Vous devez capturer à nouveau l'oeil du prince!


-Pourquoi avoir dansé avec la benjamine Featherington? Demande la reine tout en portant sa tasse de thé fumante à sa bouche.

Interloqué, son neveu lui répond qu'il ne pense pas avoir mal agi : cette pauvre fille se faisait rabrouer par des pestes! N'est-il pas de son devoir d'être bon, bienveillant et surtout de porter secours à ceux qui en ont besoin? Charlotte a un rictus.

-C'était gentil, sans nul doute. Mais vous savez que, désormais, tout le monde pense que vous avez un intérêt pour elle? Vous revenez deux ans après avoir été éconduit par Lady Basset. Tout le monde s'attendait à ce que vous soyez présent pour trouver une épouse britannique pour consolider l'alliance ou par romantisme : c'était la nationalité de votre premier coup de coeur. Et vous voilà à danser avec la dernière-née d'une famille arriviste, sans grâce, et quasiment ruinée. Elle n'est même pas le diamant de la saison, ce qui aurait pu la sauver de sa situation honteuse.

-Alors, mon intervention aura nécessairement du bon: elle restera comme celle qui a dansé avec le neveu de la reine. M'interdisez-vous de lui reparler si je la vois?

-Quelle idée saugrenue!

La souveraine croque dans un biscuit.

-Tu es un jeune adulte et je ne suis pas ta mère! Je tiens juste à te prévenir des conséquences de ton acte chevaleresque. Et je t'avertis de suite : ta mère n'acceptera pas un mariage avec une fille Featherington. Daphné Bridgerton était une jeune fille noble et d'une lignée aristocratique ancienne. Elle aurait été accueillie comme une surprise mais elle est fille de vicomte. Penelope Featherington n'est que la fille d'un tout petit baron qui n'était pas respecté de la société anglaise.

-Certains barons sont pourtant plus nobles de coeur que les ducs.

-Tu ne me verras pas te contredire là-dessus, bien que ce n'était pas le cas du Baron Featherington...


Penelope n'avait pas envie d'aller à ce bal mais sa mère insiste pour l'exhiber tel un gibier attrapé par un chasseur. Comme elle le pressentait, tous les regards sont sur elles. Et comme elle l'avait prédit, Cressida et sa clique s'approchent. Elle se prépare à l'humiliation, à avoir mal. C'est toujours ainsi : une miette de bonheur pour le reste de souffrances.

-Tiens, si ce n'est pas notre petite polyglotte ! Minaude la demoiselle Cowper

-Bonsoir, Cressida.

-Tu ne me le dis pas en prussien?

-Je l'aurais fait si j'avais su que tu le parlais également.

La noble ne s'est pas attendue à cette petite pique fine.

-Un prince fait montre de charité et tu te sens pousser des ailes. Ne te fais aucune illusion, il ne l'a pas fait pour tes beaux yeux.

-Je ne m'attends à rien. Pas même à avoir la paix ce soir.

La jeune femme a un rictus.

-C'est bien, au moins, tu sais que tu n'iras pas en Prusse. Il serait dommage que le porcelet devienne truie en se goinfrant de saucisses et de bières!

La benjamine Featherington se retient de lui dire qu'elle entrerait dans l'Histoire comme une nouvelle Princesse Palatine : proche de la royauté, reconnue, sa plume adulée... Cressida ne comprendrait pas la référence et de toute façon, elle sait que cela n'arrivera pas. Elle est consciente de ses faiblesses et préfère ne pas se bercer d'illusions, elle en a déjà fait les frais.

-Dans ce cas, je te suggère de ne pas trop rester à mes côtés, Cressida. Les porcelets vivent dans la boue et je ne voudrais pas t'en salir.

La concernée se met à rougir de frustration. Penelope comprend : il est rare qu'elle tienne tête à qui que ce soit.

-Comment oses-tu, espèce de petite sotte?!

La main se lève. Aussitôt, Penelope ferme les yeux. Le coup ne vient pas... D'ailleurs, elle n'a pas entendu, trop prise dans l'attente de la gifle, le valet annoncer l'arrivée de la famille royale. Un hoquet parcourt l'assemblée. Elle rouvre les yeux. Le poignet de Cressida a été arrêté par Friedrich. L'anglaise le regarde, la lèvre tremblante, le regard écarquillé, comprenant alors aussitôt qu'elle vient définitivement de ruiner ses chances de séduire le prince. Son sourire du précédent événement a disparu. Sa mâchoire est serrée. Ses traits sont de glace. Il a la colère froide, ce qui fait bien plus peur que les éclats de rage.

-Comment osez-vous vous comporter de la sorte lors d'un bal organisé par ma tante, votre reine? Votre comportement est indigne, Lady Cowper. Lady Featherington est mon amie et toute insulte faite à elle est une insulte faite à moi.

Cressida regarde autour d'elle, cherche l'appui de quelqu'un. La reine la fixe, le visage impassible et parfaitement stoïque.

-Je pense que Lady Cowper se trouve malade. Sans cela, elle n'aurait jamais commis un tel manquement aux usages. Ah, voilà sa mère! Chère Madame, auriez-vous l'obligeance de raccompagner votre fille chez vous? La pauvre est mal en point.

Vaincue, elle ne peut qu'obéir et se voir escortée dehors. Mise à la porte du bal royal, quelle humiliation et encore plus quand il s'agit de Porc Penelope!

-Allez-vous bien, mon amie? S'inquiète alors Friedrich

-Je vais bien. Je suis habituée.

-Vous ne devriez pas l'être.

Pour compenser l'affront, il lui propose d'ouvrir le bal avec lui.

Penelope sent une douce chaleur au niveau de la poitrine: quelqu'un l'a défendue. Quelqu'un d'autre qu'Eloise jadis. Il l'a appelée son amie. Oh oui, ce soir est un rêve éveillé!


-Oh mon Dieu! Oh mon Dieu! Madame! Madame!

Portia est sur le point de sermonner sa servante mais se fige avant de lui pardonner complètement. Face à la vision dans son hall d'entrée, elle se demande même si elle n'est pas en train de rêver: Friedrich est ici, souriant avec bienveillance. Dès qu'elle reprend contenance, elle se souvient de ses manières et fait aussitôt une révérence.

-Votre Altesse. Vous honorez mon humble demeure avec votre visite. Dit-elle

-Votre demeure est humble mais charmante, Lady Featherington. Répond-il en lui baisant la main

Du haut des escaliers, les deux filles célibataires de la maison l'observent. Le regard du prince croise celui de Penelope, laquelle sent son coeur s'emballer pour une raison qu'elle ignore. Ce ne peut pas être de l'amour. Les coups de foudre, c'est dans les romans. Elle ne connaît pas cet homme, elle ne sait qu'une chose : qu'il est gentil. Il ne connaît rien d'elle non plus, si ce n'est son nom, sa parentèle, la réputation qui en découle et le fait qu'elle parle prussien.

-Avec votre permission, Lady Featherington, j'aurais aimé emmener Penelope visiter les jardins royaux. La reine y consent.

-Oh mais... Mais bien sûr, bien sûr que vous avez ma permission! Minaude la matriarche. Penelope, ma chérie, allez chercher votre manteau!

-Voudriez-vous que quelqu'un nous accompagne? Un chaperon?

-Oh, nul besoin, je sais ma fille en d'excellentes mains et que peut-il arriver de fâcheux au palais?

-Lady Featherington, vous êtes un ange.

Quand la jeune fille le rejoint, il lui tend le bras. La calèche est à ciel ouvert. L'odeur particulière du pétrichor embaume les rues et peu à peu, l'eau sur les pavés sèche. Cependant, l'attelage roule dans une flaque et arrose le bas de la robe d'une Cressida qui sortait de chez Madame Delacroix... Penelope se dit qu'elle avait raison: il ne faut pas trop s'approcher d'elle, si elle est un porc elle risque de leur donner de la boue.

Le sourire de Friedrich, lui, la fait se sentir comme Venus sortant des eaux et éligible à la célèbre pomme d'or divine.


Les jardins sont superbes. Ce n'est pas la première fois qu'elle les voit mais ils sont désormais moins peuplés. Penelope peut profiter de la beauté des roses, de la géométrie des haies, de la taille ifs, des formes des topiaires.

-Voyez-vous ce mur là-bas?

Friedrich lui montre un mur de brique abîmé.

-C'est là-bas que ma tante a rencontré le roi pour la première fois. Elle cherchait à s'enfuir. Mon oncle s'est présenté, lui a dit qu'il ne l'aiderait pas à fuir. Ma tante s'est fâchée, lui a rappelé qu'il était du devoir d'un noble de prêter assistance à une dame en détresse, ce à quoi il a répondu "pas quand elle cherche à me fuir".

La jeune fille éclate de rire.

-Il est difficile d'imaginer Leurs Majestés à nos âges. La reine a toujours l'air si sûre d'elle, si sage.

-Et le roi?

-Nous ne le voyons que très peu. On dit que sa santé n'est plus aussi vaillante, c'est pourquoi le prince héritier sert de régent pour les affaires du royaume. Il est bien courageux de continuer malgré son deuil... La pauvre princesse Charlotte... Aucun parent ne devrait avoir à enterrer son enfant.

Elle était l'une des seules qu'elle n'avait pas décriées dans ses chroniques, n'ayant rien à dire sur elle et, lors de son décès, Lady Whistledown avait fait un simple billet.

"Mes Chers Lecteurs,

Ce jour n'est pas un jour pour le rire ou pour le caustique. Les bons mots savent quand ils doivent se taire.

Aujourd'hui, la Grande-Bretagne perd l'un de ses plus beaux bijoux.

Mes pensées vont à ses parents, à son âme et à notre nation.

Par respect pour notre estimée princesse, je vous annonce qu'aucune colonne ne sortira le temps du deuil royal."

-Ma cousine était une jeune femme charmante, pleine de vie. Elle aurait été une bonne mère et une bonne souveraine. Je plains le pauvre Léopold, il l'aimait tant.

-L'amour cause bien des douleurs... La vicomtesse Bridgerton était tombée dans une langueur dangereuse lors du décès de son époux, à plus forte raison qu'elle attendait leur dernier enfant.

Le prince l'observe.

-Vous êtes bien au fait de la vie mondaine. Je n'aurais pas cru cela de vous.

Elle se sent coincée. Quand il la voit si tendue, il s'excuse, il ne voulait pas la froisser. Penelope, elle, revoit sa dispute avec Eloise. Si leur amitié a été rompue, c'est en partie de sa faute. Elle n'a pas été honnête. Elle a peur de perdre cet être qui semble la voir réellement au lieu de l'apercevoir. Mais si elle se tait, il apprendra la vérité, d'une manière ou d'une autre et elle le perdra. Elle ne peut pas commettre deux fois la même bêtise.

-J'ai un secret. Soupire-t-elle. Un qui, en raison de votre parentèle, vous éloignera de moi. Mais vous m'avez appelée votre amie. Les amis se disent la vérité, c'est ce que j'ai amèrement appris... Votre Altesse...

-Friedrich.

-Friedrich...

-Penelope, je vous assure que rien ne me fera...

-Je suis Lady Whistledown.

Il la regarde, confus.

-Je suis Lady Whistledown. Répète-t-elle. En société, je fais figure de tapisserie. Ma timidité et mon impopularité y contribuent. C'est comme ça que j'apprends tout ce que je sais... j'observe, j'écoute. Et cachée derrière mes murs, j'écris tout ce que je n'ose pas dire tout haut.

-Pourquoi tenir cette colonne? Demande-t-il après quelques instants

-Parce qu'on lit Lady Whistledown. On n'écoute pas Penelope Featherington. Quand j'essaye de prévenir mes amis des malheurs qui risquent de leur arriver, que j'essaye de les convaincre de faire la chose honorable, on ne m'écoute pas. J'ai le sentiment... de n'exister que pour être celle qui accumule, jamais celle qui peut de délester de son poids...

Elle pense à Marina qui a refusé de dire la vérité à Colin et qui a failli s'en faire épouser pour qu'il vive dans le mensonge que ses jumeaux étaient de lui.

Elle pense à Eloise qui n'écoutait pas ses mises en garde sur ses voyages en basse-ville, sur le fait qu'elle était dans le giron de la reine comme potentielle Lady Whistledown.

Colin le lui a bien dit quand elle a tenté de lui faire comprendre qu'elle était intéressée par lui: "Tu n'es pas une femme à mes yeux. Tu es juste Pen."

-Je ne dirai rien à ma tante. Dit Friedrich

-Merci infiniment...

-Et vous ne perdez pas mon amitié non plus.

Elle tressaille.

-Je ne comprends pas...

-Vos colonnes sont certes piquantes mais je ne comprends pas pourquoi ma tante les voit comme dangereuses. A dire vrai, je les apprécie. Et j'admire votre courage.

Ils marchent le long d'une allée de cyprès.

-Friedrich. Pourquoi m'être venue en aide la première fois?

-Parce que c'était la chose à faire. Puis, lors de notre danse, quand nous avons parlé ensemble, j'ai eu envie de mieux vous connaître. J'ai senti quelque chose en vous et je ne me suis pas trompé. Je vous apprécie énormément, Penelope. Vraiment.

Elle sourit. Il se met face à elle, lui prend les mains.

-Vous comptez beaucoup pour moi. J'ai conscience que tout cela est rapide et vous ne me croyez sans doute pas, je ne vous en blâme pas. Mais vous m'êtes rapidement devenue précieuse. Si vous m'y autorisez, j'aimerais vous courtiser.

-Pour de vrai?

Sa voix a été à peine plus haute qu'un murmure.

-Pour de vrai.

C'est elle qui comble l'espace entre eux.

Il ne la repousse pas.

Les feuilles des arbres chantent au gré du vent, portant dans leur air les premières notes d'une romance nouvelle.


Portia l'admet, le choix de robe de sa fille l'étonne : une robe bleue qui lui donne l'air d'une vestale. D'ailleurs, ce bleu est un bleu de Prusse. Ses cheveux sont relevés en un demi-chignon et des boucles caressent ses épaules. Comme à son habitude, le prince vient saluer sa benjamine en premier. Et à voir la surprise dans ses yeux puis son expression de bonheur, il la trouve superbe.

-Vous êtes une apparition, Lady Featherington.

-Vous êtes trop bon, Votre Altesse.

-J'espère que mon présent ne gâchera pas votre tenue.

Un hoquet de stupeur parcourt l'assemblée alors qu'il offre à la britannique un superbe bracelet d'or, à la mode ottomane, serti de saphir.

-Votre présent me rend plus belle que je ne le suis.

La reine soupire. Ce qu'elle redoutait est arrivé : il est amoureux. Mais contrairement à Daphne Basset, il n'y a aucun autre prétendant dans le giron de Penelope Featherington. Les danses s'ouvrent, il l'invite aussitôt. Profitant du bruit pour ne pas être entendu des autres, le jeune homme lui révèle avoir écrit à sa mère, Frédérique de Mecklembourg-Strelitz, pour lui faire part de leur fréquentation.

-Friedrich. J'y ai pensé...

-Vous souhaitez abandonner?

-Grand Dieu! Non! Mais si votre mère venait à refuser, peu m'importe.

-C'est-à-dire?

-Si nous ne pouvons pas être ensemble de manière légale, qu'importe. Epousez celle que vous devez épouser au nom de la raison d'Etat. Je me moque d'être l'autre femme.

Il l'observe, ahuri.

-Vous... Vous me proposez d'être ma maîtresse si je ne peux pas vous épouser, juste par amour de moi?

-Exactement. Rien ne me semblera indigne tant que je suis avec vous.

-Penelope... Vous êtes incroyable.

La valse se termine.

Le baise-main et les regards échangés ne laissent aucune place à l'imagination.

Portia a du mal à retenir sa joie.

Cressida, elle, rumine sa jalousie.

Le prince Friedrich est amoureux de "Porc Penelope".


-Madame! Madame! Crie une domestique

Cela a des airs de déjà-vu. Portia se lève, se rend dans le hall. Friedrich est là, essoufflé, excité, un billet entre les mains.

-Pardonnez mon irruption, Lady Featherington!

-Vous pouvez faire irruption quand bon vous semble, Votre Altesse.

-Puis-je voir Penelope? C'est urgent.

-Je vous mène au salon.

Les dames se lèvent toutes. Violet Bridgerton est là, accompagnée de Daphne et d'Eloise. Le noble les salue comme il se doit mais reporte vite son attention sur l'objet de son coeur.

-Ma mère vient de me répondre! Lisez!

"Mon bien cher fils,

Votre lettre est aussi douce qu'amère pour une mère. Heureuse car le bonheur de son enfant chéri fait le sien. Triste car elle le voit ainsi grandir et elle se sent vieille.

Friedrich, mon enfant chéri, vous n'avez nul besoin de ma permission mais puisque vous y tenez, je vous l'offre de bon coeur. Je sais moi-même ce que c'est d'aimer, la douleur de se voir refuser d'être avec la personne qui remplit votre être de bonheur. Je refuse d'imposer cela à mon propre fils. Si votre âme a appelé de ses voeux Penelope Featherington, alors c'est tout ce qu'il me faut.

Votre mère qui vous aime"

-Seigneur...

Le silence se fait. La tension est palpable. La baronne douairière porte une main à son coeur et doit être soutenue par sa voisine quand le prussien s'agenouille, les mains dans celles de sa fille.

-Penelope Featherington, me feriez-vous l'immense honneur de devenir mon épouse?

-Die ehre gebührt mir, mein Friedrich. (L'honneur est pour moi, mon Friedrich)

Il retire de son index l'une de ses bagues, la passe à l'annulaire de sa fiancée.

-Je vous promets de vous en offrir une digne de vous. J'ai été si pris par ma joie que ma première réaction...

-A été de venir me demander ma main. Que je vous donne avec bonheur. Mais nul besoin de bague. La vôtre est parfaite.

Portia a un cri ému et ses jambes la lâchent. La victomtesse Bridgerton est contrainte de l'aider à s'asseoir.

Penelope va se marier...

Penelope, sa Penelope, le vilain petit canard de sa lignée mais ce vilain petit canard qu'elle aime, va devenir une princesse.

Le sang Featherington va être lié à la royauté.

Elle va être la grand-mère de prince et de princesse...

Oh Doux Jésus!


Cressida observe Penelope s'avancer près de la reine. Porc Penelope va être une princesse et elle, plus âgée, plus mince, plus belle aussi, est encore vieille fille. Elle va même connaître une nuit de noces avant elle et surtout, elle ne pourra jamais la surpasser en rang. Etre battue par une petite grosse... Depuis leurs trônes, la reine Charlotte et le Régent les accueillent. La souveraine est imperturbable.

-Mon cousin, le roi mon père vous félicite pour vos fiançailles. Dit George. Il vous souhaite autant de bonheur qu'il a pu en trouver aux côtés de ma mère.

Le couple s'incline.

-Ainsi donc, c'est vous que mon neveu a choisi. Déclare Charlotte. Vous êtes un choix étonnant.

-Croyez-moi, Votre Majesté, je le suis autant que vous. Plaisante Penelope

-A quel point aimez-vous mon neveu?

-Je me tiendrai entre les Cieux et la terre pour le protéger.

Elle lui accorde l'un de ses rares sourires.

-Je suis heureuse de vous appeler ma nièce, Lady Featherington.

Les festivités sont lancées. Alors que Penelope et Friedrich discutent avec un notable, Eloise s'approche. Elle s'incline maladroitement devant le prince.

-Me permettrez-vous, Votre Altesse, de vous emprunter votre promise quelques minutes?

-Si vous promettez de ne pas l'enlever!

-C'est promis.

La Bridgerton prend la future princesse par le bras et elle se dirige sur une terrasse à l'extérieur. Aux yeux de tous, ce sont deux personnes qui veulent converser librement. Pour Penelope, c'est une épée de Damoclès qui lui tombe dessus : Eloise veut-elle ruiner sa chance en révélant à la reine son secret?

-Je n'ai pas eu l'occasion de te féliciter, Pen.

-Merci, Eloise.

-Tu l'aimes?

-Plus que la vie elle-même. Je sais que c'est très cliché et loin de ce que tu aimes entendre mais...

-Mais rien. J'ai repensé à notre dispute et si j'ai été blessée, c'est parce qu'il y a une part de vérité. Je crie mais je n'agis pas et quand une femme ose ouvrir la bouche, si ce n'est pas selon mes critères, cela n'est pas valide. Je suis désolée de t'avoir insultée.

La jeune fille sourit, émue.

-Moi, je suis désolée de t'avoir caché mon secret. Au début, je ne voyais pas l'intérêt de te le dire puis...

-Puis tu as essayé de nous protéger, Colin et moi. Tu as dû le faire par Lady Whistledown parce qu'on ne t'a pas écoutée.

-Je vous ai causé du tort.

-Nous aurions eu mal de toute façon. J'ignore si ta méthode était la bonne. Mais elle partait d'un noble sentiment. Et puisque tu vas bientôt partir en Prusse, je ne veux pas que nous nous quittions fâchées.

-Oh, Eloise!

Les deux demoiselles s'enlacent.

-La reine ne risque-t-elle pas de découvrir qui tu es si les publications cessent? D'ailleurs, le prince...

-Friedrich est au courant.

Eloise est surprise.

-Je lui ai tout dit avant qu'il ne me confesse ses sentiments. Je ne voulais pas encore une fois tout gâcher. Il s'avère qu'il aime mes colonnes et ne comprend pas le point de vue de sa tante. Il garde le secret.

-C'est courageux de ta part.

-Et si la reine me découvre, tant pis. Je serai déjà mariée. Friedrich le sait et me soutient. Hormis ternir ma réputation, elle ne pourrait rien faire et j'ai déjà vécu avec une réputation mauvaise, je survivrai. Mais en même temps, Lady Whistledown, c'est...

-Comme un enfant?

-Oui. J'avais pensé... avant de partir... t'en laisser la direction et le profit. Même si on ne s'était pas réconciliées. Tu en aurais fait ce que tu voudrais. Cela n'aurait été que Justice, en réparation des préjudices que j'ai causés.

Les yeux de la cinquième enfant Bridgerton brille de malice.

-Compte sur moi pour poursuivre! En plus, comme tu as fait en sorte que la reine ne me pense plus Lady Whistledown, je suis tranquille! Je te promets de descendre Cressida!

Penelope éclate de rire.

Qu'il est bon de retrouver son amie!


Quelques années plus tard

-Félicitations, Princesse! C'est une fille!

Epuisée mais heureuse, Penelope serre contre elle son troisième enfant mais sa première fille. Quatre ans plus tôt, elle avait donné naissance à des jumeaux, Alexandre et George. L'accouchement avait été compliqué et il leur avait été conseillé d'attendre un peu. Le couple a vite trouvé comment conjuguer libido et éviter une nouvelle gestation.

-Elle s'appellera Louise. Comme la soeur bien-aimée de ma belle-mère.

La pauvre Louise, reine de Prusse, décédée à 34 ans de maladie.

Penelope a rapidement su se faire aimer de ses administrés. Ils admirent sa parcimonie, son goût simple. Elle s'est vite installée comme une patronne de la littérature. Epaulée par son époux, elle a fondé une école pour fille destinée à éduquer les jeunes filles pauvres. Friedrich et elle luttent pour la liberté d'expression et de la presse. Cela prend du temps mais de petits progrès sont visibles. Le couple est toujours aussi épris l'un de l'autre. D'ailleurs, aimée et choyée, malgré les grossesses et la gastronomie de son nouveau pays, Penelope a perdu un peu de poids. C'est à croire que le stress fait enfler les gens. Elle n'est pas aussi fine que Cressida Cowper. Mais elle s'est affinée.

-Elle est magnifique. Penelope, tu es ma vie entière.

Leurs fronts se touchent.

Dire qu'une fin si heureuse est née d'un simple geste de bonté lors d'une soirée comme une autre...