Les personnages de cette histoire appartiennent à Dreamworks, Cressida Cowell et Williams Joyce. Merci de ne pas reposter cette histoire ailleurs sans m'en informer. Tout vol ou plagia sera signalé. Merci.


Chapitre 13

Immédiatement, Jack se figea.

- Quoi ?

Il alla voir à la fenêtre et vu que son ami le regardait depuis le bout de l'allée. Bunny raccrocha et partit dans l'autre sens.

- Et merde, jura Jack.

- Un problème ?

- Bunny est au courant. Et c'est pas moi qui lui ai dit.

Jack enfila son manteau, et Hiccup l'imita. Jack se rua dehors et essaya de rattraper Bunny.

- J'y crois pas, hurlait celui-ci. Après tout ce qu'il t'a fait, tu reviens quand même en courant !

- Bunny...

- Mais qu'est-ce qui va pas chez toi ?

Hiccup arriva à leur niveau.

- Hey, qu'est-ce qui se passe ?

- Toi, hurla Bunny, c'est à cause de toi !

Il se jeta sur lui et lui asséna un coup de poing sur le nez.

- Là, j'en ai marre.

Hiccup lui rendit son coup, et une bagarre commença. Ils se tapèrent dessus avec férocité, une rage contenue pendant longtemps et qui explosait au fur et à mesure qu'ils s'assénaient des coups plus violents les uns que les autres. Ils ignoraient combien de temps ils passèrent à essayer de s'entre-tuer, mais Jack finit par y mettre un terme. Il attrapa Bunny par l'épaule et l'écarta violemment d'Hiccup. Il tomba par terre et se releva immédiatement, prêt à se battre jusqu'à la fin, quand Jack se mit au milieu.

- Ça suffit !

- Laisse-moi lui péter la...

- Eh, il y a des gens qui dorment, coupa Jack. Alors arrêtez de hurler comme des possédés et calmez-vous !

Bunny et Hiccup se calmèrent, essayant de se tuer du regard, sans grand succès. Jack soupira, fatigué. Encore une prise de tête en perspective.

- Sérieux, commença Bunny, mais qu'est-ce qui va pas chez toi, Jack ? Qu'est-ce que tu peux trouver à cet enfoiré ?

- Tu sais ce qu'il te dit, l'enfoiré ?!

- Je l'aime, c'est tout, répondit Jack. Je sais ce que tu penses de lui, mais on s'est trompé. On s'est tous trompé.

- C'est marrant, parce que de ce que je sais, il a bien fait un gamin avec Astrid.

Jack soupira. Il voulait tellement en finir avec cette histoire.

- Il m'a expliqué pourquoi il avait fait ça. C'est bon, je lui ai pardonné.

- Tu lui as pardonné ? Mais tu es con jusqu'à quel point, au juste ? Pendant cinq putain d'années, je t'ai vu pleurer parce qu'il s'était barré avec Astrid. Pendant cinq ans, je t'ai soutenu, je t'ai écouté te demander ce que tu avais pour mériter ça, ce que cette pouf pouvait avoir de plus que toi. Pendant cinq ans, je t'ai vu déprimer, devenir l'ombre de toi-même, tout ça parce que ce connard a joué avec toi. Et toi, tu lui pardonnes ?!

Bunny souffla en se passant la main dans les cheveux, comme s'il n'y croyait pas.

- Bunny, c'est... C'est un peu plus compliqué que ça.

- Ce trou du'c se fout juste de toi, et toi t'es trop con pour t'en rendre compte.

- Non, il ne se...

- Ouais, bien sûr, c'est pour ça qu'il est de nouveau pote avec Pitch !

Hiccup se figea. Non... Il n'avait pas osé... Jack se retourna et le regarda avec horreur.

- C'est vrai ?

Hiccup soupira. Il ne voulait pas mentir. Plus maintenant.

- Oui, c'est vrai.

- Mais... Comment tu peux être ami avec ce...

Hiccup sortit son portable.

- J'espère pouvoir te l'expliquer.

Il composa le numéro de Pitch. Deux sonneries plus tard, ce fut une voix ensommeillée qui lui répondit.

- ''Allô ?''

- Kozmotis ? Je te dérange ?

- ''Hiccup ? Bon sang, il est presque minuit, qu'est-ce que tu veux ?''

- Ta permission.

- ''Pour ?''

- Jack sait. Qu'on est ami. Et je veux ta permission de lui expliquer pourquoi.

- ''Hiccup...''

- Je sais. Je sais que tu ne veux pas que ça se sache. Mais si je ne lui dis pas toute l'histoire... Je vais le perdre... Et je peux pas... Pas encore...

Il entendit Pitch soupirer.

- S'il te plaît.

- ''Très bien.''

- Je te remercie.

- ''À lui et personne d'autre.''

Le regard d'Hiccup tomba sur Bunny.

- En fait... On est pas vraiment tous seul...

- ''Bon dieu de... Qui ?''

- Mund.

- ''Mund ? Sérieusement ?''

- J'ai pas vraiment le choix.

- ''Hiccup, si un mot de tout ça sort, je ferais de votre vie un enfer, à tous les trois, c'est clair ?''

- Oui.

- ''Et ce ne sont pas des menaces en l'air.''

- Oui, j'ai pas oublié ce que tu as fait à Rustik.

- ''Il l'avait mérité.''

- C'était un accident !

- ''Peu importe.''

Hiccup soupira. C'était un accident qui s'était passé il y avait moins d'un an. Il avait invité Rustik et les jumeaux chez lui et Jamie était resté jouer avec Sophie dans sa chambre pendant qu'Hiccup recevait ses invités. Et quand il était descendu pour prendre quelque chose à boire, Rustik, qui avait un peu trop bu, lui avait sorti une blague vaseuse et un sous-entendu absolument pas discret. Il avait achevé son commentaire par une frappe virile sur l'épaule, mais sa force, additionnée à la carrure d'adolescent un peu chétif de Jamie, avait résulté que le jeune homme avait terminé la tête dans la rambarde d'escalier. Rien de bien méchant, il s'en était sorti avec un bleu sous l'œil à peine voyant. Mais quand Pitch avait vu Jamie le lendemain, et qu'il avait demandé d'où ça venait... Rustik n'avait plus jamais été le même...

- Je te remercie, conclut Hiccup.

- ''Tu me dois une faveur.''

- Comme toujours.

Il raccrocha et soupira.

- Venez.

- Où ? Crasha Bunny.

- Chez moi.

Il fit demi-tour et rejoignit la porte d'entrée, sans un regard pour Jack. Il n'osait pas. Il n'osait pas le regarder et voir la haine dans ses yeux. Il savait à quel point Jack haïssait Pitch, mais il ne voulait pas le perdre. Et s'il devait faire un choix... Il n'était pas sûr de sa réponse.

Il les fit asseoir au salon et enleva sa veste. Jack et Bunny s'étaient assis sur le canapé, et Hiccup avait pris place en face d'eux, sur le fauteuil qu'occupait généralement son père, comme pour se donner du courage. Et Dieu savait qu'il en avait besoin.

Il souffla et commença :

- Bon, qu'est-ce que vous voulez savoir ?

Bunny ouvrit la bouche pour parler, mais Jack le devança.

- C'est vrai ? Que t'es ami avec lui ?

- Oui.

- Pourquoi ? Après tout ce qu'il a fait, à ma sœur et à toi ! Comment peux-tu être ami avec ce type ?

- C'est une longue histoire.

- Et on est toute ouïes, déclara Bunny avec un petit sourire.

Comme s'il lui disait silencieusement ''vas-y mon pote, j'aimerais bien savoir comment tu vas te dépatouiller avec ça''. Et Hiccup lui aurait volontiers arraché. Mais l'heure n'était pas à la bagarre. Elle était à la révélation.


Hiccup rentrait chez lui à pied, par cette après-midi de septembre. Il avait été rendre visite à Astrid, qui en était à presque huit mois de grossesse et avait signé les derniers papiers concernant le bébé. Le père d'Astrid avait déclaré que dès la naissance, Hiccup partirait avec le bébé, et qu'Astrid n'aurait plus de contact avec lui. Elle commencerait la fac, avec un semestre de retard, mais ne serait pas encombrée par la maternité. C'était le point de vue de Monsieur Hofferson. Astrid, en revanche, voyait les choses différemment. Elle s'était discrètement mise d'accord avec Hiccup, pour venir lui rendre visite de temps en temps, à lui et à leur enfant quand elle serait à la fac. Un arrangement qui convenait parfaitement à Hiccup. Astrid était la mère, il trouvait ça normal qu'elle rende visite au bébé de temps en temps.

Il marchait tranquillement jusqu'à sa porte d'entrée quand il vit une forme étalée dans ses poubelles. Sur ses gardes, il s'en approcha, et fut stupéfait en la reconnaissant. Il s'agissait de Pitch en personne, inconscient, et qui avait visiblement passé un sale quart d'heure. Il essaya de le réveiller, histoire de savoir ce qu'il faisait là, sans aucun succès. Soupirant et maudissant son bon cœur, il le souleva comme il put et le ramena chez lui. Il le posa sur le canapé où il comata pendant plusieurs heures. Et finalement, il émergea pendant la soirée.

Il cligna doucement des yeux puis il se redressa d'un coup, comme s'il avait été foudroyé.

- C'est pas trop tôt.

Pitch se retourna vers lui d'un geste rapide.

- Hiccup ?

- T'es chez moi. Et j'aimerais bien une explication sur le fait que tu te sois retrouvé dans mes poubelles.

Pitch observa la pièce avec un air d'animal effrayé.

- Il est quelle heure ?

- Euh... Presque six heures, pourquoi ?

Le plus grand se passa la main sur le visage.

- Je dois rentrer.

- Je ne compte pas spécialement te retenir. Je veux juste savoir ce que tu foutais étalé dehors.

- Rien qui te concerne.

Pitch se leva et voulut faire un pas mais tomba à la renverse.

- Ça va ?

- Occupe-toi de ce qui te regarde, crasha le plus grand.

Avec visiblement beaucoup de difficultés, il essaya de se redresser et fit un pas en avant. Il tomba au milieu du salon et de là où il était, Hiccup pouvait parfaitement entendre son cri de douleur. Soupirant, et pestant contre son bon cœur pour la deuxième fois de la soirée, il l'aida à se relever mais Pitch se dégagea de sa poigne avec force.

- Laisse-moi !

- Je pourrais te laisser si tu n'étais pas au milieu de mon salon, avec la tête d'un mec qui s'est fait boxer.

- En quoi ça te regarde ? Pourquoi tu en as quelque chose à faire après tout ce que je t'ai fait !

- Je suis peut-être juste gentil.

- T'es qu'un abruti ! Hurla Pitch, hors de lui. N'importe qui se serait barré et m'aurait laissé ! Pourquoi tu restes, hein ?

- Pourquoi tu veux savoir pourquoi je reste ? T'es allergique à la gentillesse ou quoi ?

- Fous-moi la paix !

- T'es pas en état de rentrer chez toi. Je vais appeler tes parents, et...

- Non ! S'écria Pitch.

Intrigué, Hiccup haussa un sourcil. Il était rare de voir le plus grand aussi effrayé. De ce qu'il savait, la seule expression faciale qu'il ne lui ait jamais connue, c'était un profond ennui, ou une expression moqueuse qu'il réservait principalement à Jack. Mais jamais de peur.

- Je vais me débrouiller, je te dis.

- T'arrives à peine à faire un pas. Tu vas rentrer comment chez toi ?

- J'y arriverais.

Une sonnerie de téléphone raisonna, et avec un peu de difficulté, Pitch attrapa son téléphone. Il pâlit en voyant le numéro et décrocha et demanda d'une voix presque effrayée :

- Allô ?

Et Hiccup comprit pourquoi Pitch ne voulait pas qu'il le raccompagne. De là où il était, sur un fauteuil en face du canapé, il entendait parfaitement la voix de l'interlocuteur.

- ''T'es où ?!''

- Je... Je suis en chemin.

- ''C'est ça. Magne-toi le cul de rentrer ou ça va chauffer pour ta gueule, compris ?''

- Oui...

- ''Oh, puis nan, j'ai changé d'avis. Reste dehors.''

- Mais...

- ''Quoi ? T'as un truc à dire ? Ce soir, tu restes dehors. Sous un pont, dans une poubelle, là où est ta place. Mais si je te revois chez moi, je te tue, c'est clair ?''

- Papa...

- ''C'est clair ?''

- O-Oui...

L'autre homme raccrocha et Hiccup fut soudain mal à l'aise pour l'autre. Picth semblait au bord de l'évanouissement mais trouva quand même le moyen de lancer un regard noir à Hiccup.

- Quoi ?

- Rien, j'ai entendu.

- Et alors ?

- Rien. Ça explique juste pourquoi tu as tendance à te comporter comme le dernier des connards, c'est tout.

Hiccup souffla et maudit son bon cœur une fois encore.

- Tu veux passer la nuit-là ?

- Quoi ?

Pitch semblait ne pas y croire.

- Est-ce que tu veux dormir là ? J'ai une chambre d'amis, si tu veux.

- Pourquoi est-ce que tu veux que je reste ?

- Tu préfères passer la nuit dehors ?

- Pourquoi t'es aussi gentil avec moi ? Qu'est-ce qui va pas bien chez toi ? Je t'ai dit que je me servais de toi pour faire du mal à Frost, mais toi, tu me proposes ton aide ? Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?

- Je suis peut-être juste sympa ?

- T'es pas net Haddock.

- C'est pas nouveau.

- Et Frost ? Ta chérie ne va pas gueuler, quand il saura que je suis là ?

- On est plus ensemble.

Bien que ce fut assez douloureux pour Hiccup d'en parler, c'eut le mérite de faire rabattre son caquet à Pitch.

- Allez, viens.

Il le conduisit à l'étage. Dans la maison, il y avait trois chambres et demie. Sa chambre, celle de son père, dans laquelle il refusait que quiconque y mette les pieds s'il n'était pas de sa famille, celle d'ami qui avait souvent servi à Gueulfor, et le bureau qu'il était en train de convertir en chambre d'enfant. Il lui montrait la chambre d'amis.

- La salle de bain est au bout du couloir, et ma chambre est à côté.

Il se retourna et constata que Pitch n'était plus là. Il ouvrait le bureau.

- Hey, ne va pas là !

Mais le plus grand l'ignora, il rentra dedans et siffla.

- Il y a un Haddock junior en route, je l'ignorais. Mais tes parents sont morts, ça ne va pas être dur d'avoir un petit frère ?

Hiccup fronça les sourcils. Il était un peu vexé, mais il sentait que quelque chose n'allait pas. Pitch était du genre plus subtil. Les insultes directes, ce n'était pas son truc. Il sortait généralement des réflexions que les gens comprenaient lorsqu'il était déjà loin. Et il devait être au plus mal pour lui sortir quelque chose d'aussi bas.

- C'est pas pour un petit frère, c'est pour mon bébé.

- Hein ?

- Je vais être père.

Pitch rigola. Il s'arrêta immédiatement quand il vit qu'Hiccup était sérieux.

- Tu vas avoir un enfant ?

- À ton avis, pourquoi Jack est parti ?

- Tu l'as trompé ?

Hiccup détourna le regard. Il n'était pas vraiment fier de ce qu'il avait fait.

- Je ne t'imaginais pas comme ça.

- Je ne l'ai pas fait exprès.

- Genre. Tu te branlais et elle t'est tombé dessus, c'est ça ?

- Pourquoi t'es aussi ignoble ?

Pitch ne répondit pas.

- D'habitude, tu es plus calme, plus élégant, mais là, tu es juste répugnant... J'ai l'impression de parler avec Rustik ou les jumeaux. Tu dois vraiment souffrir pour être aussi perturbé.

Pitch fronça les sourcils et voulut sortir de la chambre, mais Hiccup lui barra le chemin.

- Je t'ai dit que tu restes.

- Tu crois que tu peux me forcer ?

- Tu veux qu'on parle de ce que je crois ? Okay. Je crois que pour sortir des insultes aussi mauvaises, tu dois vraiment avoir mal. Je crois que ce que t'as dit ton père au téléphone doit vraiment te perturber pour être aussi mauvais, mais je pense que ce n'est pas la première fois qu'il te dit ce genre de chose. Je crois que ça dure depuis longtemps pour que tu aies un tel comportement. Je crois même que c'est lui qui t'a mis dans un état pareil et que ça explique aussi pourquoi tu es toujours couvert de la tête aux pieds. Et je crois que si tu voulais vraiment partir, tu serais déjà dehors.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Juste t'aider. J'ai beaucoup apprécié qu'on m'aide quand j'en ai eu besoin, et je veux faire pareil avec toi.

- Tu ne peux rien pour moi.

- Je peux t'offrir un endroit où dormir. Je peux t'aider à trouver un boulot, et un appart. Je peux aussi juste être ton ami.

- Je ne peux pas avoir d'amis.

- Tu ne peux pas ?

- Veux pas. Je ne veux pas avoir d'amis.

- C'est pas ce que tu as dit.

- Tu as mal entendu.

- Tu es encore en train de fuir. Pourquoi tu ne peux pas avoir d'amis ?

- Lâche-moi, Haddock.

- Pourquoi tu ne peux pas avoir d'amis ?

- Dégage, Hiccup.

- Pourquoi tu ne peux pas avoir d'amis

- Laisse-moi partir.

- Pourquoi tu ne peux pas avoir d'amis ?

- PARCE QUE JE DÉTRUIS TOUT CE QUE JE TOUCHE ! TU ES CONTENT ?

Hiccup en tomba des nues, et Pitch s'écarta de la porte. Il s'entoura de ses bras et s'assit par terre, replié sur lui-même, dans un coin de la chambre.

- J'ai tué Emma, dit-il soudainement. Je l'ai tué. Je l'ai manipulé pour qu'elle aille sur ce lac. Mais il a fallu que Jack aille avec elle.

- Tu ne voulais pas qu'il vienne ?

- Non, je le voulais juste pour moi. je... Je venais d'arriver, il a été le premier à me parler, à ne pas me regarder de travers parce que je lui faisais peur. Mais il passait tout son temps avec sa sale morveuse de sœur.

- Alors tu l'as tué pour avoir Jack à toi.

Pitch ne dit rien.

- C'est vraiment ce que tu penses ?

L'espace d'une seconde, le visage du plus grand eut une expression douloureuse, et Hiccup savait qu'il avait vu juste.

- Tu regrettes ce que tu as fait.

- Non.

- Si.

Hiccup s'assit à côté de lui.

- Tu sais, j'ai beaucoup parlé avec Rustik. Et franchement, si Astrid ne m'avait pas dit que c'était la vérité, jamais je ne l'aurais cru. Ça a toujours été une tête de con, et j'ai jamais compris pourquoi il se comportait comme ça.

- J'm'en fous.

- Moi aussi, au début. Puis j'ai appris pour son père. Tout comme j'ai appris tout à l'heure pour le tien. À force de se faire traiter de crétin, d'erreur et de bon à rien, on finit par le croire. Rustik, lui, il a toujours été persuadé qu'il ne servait à rien. Que jamais il ne ferait quelque chose de bien. Son père lui a toujours dit, alors il l'a toujours cru.

Pitch le regarda, attendant la suite.

- À force de se faire traiter comme une merde, on finit par penser qu'on en est une.

Pitch détourna les yeux.

- Je l'ai tué. Je l'ai tué.

- Je pense que c'était juste un accident.

- Tu n'étais pas là. Tu n'en sais rien.

- Si tu étais vraiment convaincu de l'avoir tué, tu ne le répéterais pas. Croire que tout est de sa faute, c'est bien plus facile que d'ouvrir les yeux et de voir qu'on s'est fait manipuler par des gens toute notre vie.

- Je l'ai tué. Je l'ai...

- C'était un accident.

- Non, c'en était pas un, c'était...

- Si c'en était pas un, pourquoi tu pleures ?

Pitch toucha ses joues, incrédule. Il n'avait visiblement pas conscience d'avoir pleuré et pourtant, ça faisait un petit moment qu'il le faisait.

- La première fois que tu m'as aidé, tu m'as tendu la main, alors qu'on m'avait jeté à terre. Jack ne m'aimait pas encore, et pourtant tu m'as aidé. Quand on était au CDI, tu m'as aussi aidé, contre Rustik et Bunny. Jack ne m'aimait pas. Enfin, il m'aimait un peu, mais tout comme il aimait Merida et Raiponce. Et avec toutes les filles qui lui courraient après, c'était plus facile de croire qu'il était hétéro, donc si tu avais voulu lui faire du mal, tu te serais tourné vers Merida ou Raiponce. Mais tu t'es tourné vers moi. Tu m'as aidé ce jour-là, juste parce que tu ne voulais plus voir d'injustice. C'était déjà un appel, et je regrette de le comprendre que maintenant. Parce que si je l'avais compris plus tôt, j'aurais su pourquoi tu m'avais balancé toutes ces horreurs. Et je t'aurais aidé bien avant. Je ne t'aurais pas juste laissé partir. Tu te souviens de ce que tu m'as dit ce jour-là ? Entre marginaux, il faut bien s'aider ? Aujourd'hui, laisse-moi te rendre la pareille.

Pitch ne dit rien, et se contenta de pleurer. Il éclata en sanglots et se recroquevilla sur lui-même. Hiccup le prit dans ses bras et ne fut pas vraiment surpris de le voir s'accrocher à lui avec autant de désespoir.


- Et qu'est-ce qu'il a fait après ?

- Il est resté chez moi pendant deux ans. Ensuite, il s'est trouvé un job et s'est pris un appart. Il a plus jamais revu son père.

- Pourquoi il l'a traité comme ça, son père ? Demanda Bunny.

- Parce que c'était un raté. Il était dans l'armée, et il avait mis une fille enceinte. Quand sa mère est morte, Kozmotis s'est retrouvé forcé d'aller vivre chez lui. Son père ne l'a jamais voulu, il ne l'a jamais supporté. Mais comme c'était une figure militaire reconnue, il ne pouvait pas juste l'abandonner. Alors il lui a fait payer chaque jour de sa vie.

- Pourquoi tu l'appelles Kozmotis, au fait ? C'est pas Pitch, son prénom ?

Hiccup sourit tristement.

- Nan, c'est comme ça que l'appelle son père. C'est le nom qu'il y a sur la plupart des papiers officiels, mais son véritable nom, c'est Kozmotis Pitchinier Black. Black pour sa mère et Pitchiner pour son père. Mais ce taré ne supportait pas qu'il ait le même nom que lui. Alors il le raccourcissait et lui donnait le nom de sa mère.

- Tu l'aimes vraiment, demanda Jack.

- C'est mon meilleur ami.

- Il a tué ma sœur.

- C'est pas ce que je pense. Je te jure, si tu l'avais vu. Si tu le connaissais comme je le connais, tu saurais qu'il est incapable de faire du mal à quelqu'un.

- Il a dit qu'il avait voulu la tuer. Pour m'avoir pour lui.

- C'est vraiment flippant, quand on y pense. Surtout quand on sait l'âge que vous aviez, commenta Bunny.

Hiccup soupira.

- Son père, je l'ai vu une fois et... Je pense que c'est à cause de lui qu'il est comme ça. Qu'il a pensé pendant tout ce temps que pour avoir des amis, il devait se les approprier comme des choses. Tu ne t'es jamais demandé pourquoi il n'avait pas d'ami ?

- Parce qu'il est taré en plus d'être flippant ? Demanda Bunny.

- Il a pensé pendant des années que s'il avait des amis, s'il s'attachait à quelqu'un, il finirait par lui faire ce qu'il t'avait fait. Je sais qu'il a l'air bizarre, qu'il ne dit jamais rien et qu'il a l'air de se foutre de tout. Mais je peux t'assurer que ce qui s'est passé ce jour-là...

- Ça l'éclate ? Demanda Bunny.

Hiccup lui jeta un regard noir.

- Il en fait encore des cauchemars.

- C'est vrai ? Demanda Jack.

- Il ne se l'est jamais pardonné. Il a mis des mois à prendre Sophie dans ses bras parce qu'il avait peur de la faire tomber, ou de lui faire du mal. Il a fallu qu'elle commence à marcher et qu'elle réclame à être dans ses bras pour qu'il essaye. Mais même la première fois, il a mis presque deux heures à se décider. Et je ne lui confierais pas Sophie si je n'avais pas confiance en lui.

- Je peux pas, dit Jack. Je ne peux pas lui faire... Pas après tout ce qui c'est passé entre nous, je ne peux pas.

- Je ne te demande rien, dit Hiccup, si ce n'est de comprendre. Je t'aime. Comme un dingue. Mais c'est mon meilleur ami. Quelqu'un qui se repose entièrement sur moi s'il a besoin. Quelqu'un sur qui je peux me reposer entièrement si j'ai besoin. Alors ne me demande pas de choisir, parce que je ne peux pas.

- Ce n'est pas près de devenir mon pote.

Hiccup rigola.

- Je ne te force à rien. Je veux juste que tu comprennes.

- Ouais, bonne chance pour ça, commenta Bunny.

Il se leva.

- C'est pas l'tout, mais je vais rentrer chez moi. J'ai rendez-vous avec North demain matin.

Hiccup se leva à son tour.

- Écoute, je sais que tu me détestes, et pour être honnête, je ne te porte pas spécialement dans mon cœur non plus. Mais je te propose de faire avec.

Il lui tendit la main. Bunny la regarda et regarda Hiccup.

- À une condition.

Il lui attrapa la main et la serra à en faire craquer ses jointures.

- Si tu refais un coup de pute à Jack, si tu lui brises le cœur, je briserais tout ce qu'il y a autour du tien, pigé ?

- Parce que tu crois que tu me fais peur ?

Bunny serra davantage.

- Ne dis pas que je ne t'ai pas prévenu, Haddock.

- Je ne compte pas le perdre à nouveau.

- Et si tu te rebourres la gueule à coucher avec une fille ?

- Je ne bois plus autant. Comment tu sais que j'étais bourré ?

- J'ai croisé les jumeaux Thorston, un peu après que Jack t'ait largué, à la supérette. Ils en parlaient, et j'ai compris que t'avais trop picolé et que t'avais mis Astrid enceinte.

- Attends, t'étais au courant ?! Cria presque Jack.

- Bien sûr.

Jack le poussa.

- Et tu ne m'as rien dit ?!

- J'en voyais pas l'intérêt.

- T'es sérieux ?!

- Je savais que t'irais le voir à la seconde où tu découvrirais la vérité. Et il ne te méritait pas.

- Mais c'est pas à toi de décider s'il me mérite ou pas ! On est pas au Moyen Âge, merde !

- Dis le mec qui va épouser une nana pour son héritage, commenta Bunny.

- Pourquoi tu penses que je ne le méritais pas ? Demanda Hiccup.

- Parce qu'elle t'a annoncé qu'elle était enceinte à la fête de fin d'année. Et de ce que je sais, la seule fois où tu t'es bourré la gueule, c'était à la mort de ton père, en février. Donc t'as eu quatre mois et demi pour lui avouer ce que tu avais fait. Mais t'as rien dit. C'est une chose de faire une connerie, mais s'en est une autre de ne pas l'avouer.

Hiccup garda le silence, accusant le coup. Bunny avait raison. S'il l'avait dit à Jack dès le départ, ils n'auraient pas été séparés aussi longtemps.

- Là encore, t'as rien dit sur ton amitié avec Pitch, tu l'as gardé jusqu'à ce que JE lance le sujet. T'es pas quelqu'un d'honnête, Haddock. Et c'est pour ça que je suis contre votre relation.

- Mais de quoi tu te mêles ? Cria Jack.

- Laisse, il a raison, soupira Hiccup.

- Non, coupa Jack. Il a tort. Je ne sais pas pourquoi tu n'as rien dit quand tu as couché avec elle, mais je fais avec. Je sais pourquoi tu ne m'as rien dit sur Pitch et toi. Et ça m'est égal.

- Il a raison, répéta Hiccup, si je t'avais tout dit depuis le début, on ne se serait pas séparé.

- Et si j'avais écouté mes parents, je ne serais jamais allé sur le lac, et Emma non plus. Si je n'avais pas autant picolé le soir de la fête, je t'aurais demandé des explications, et on ne se serait pas séparé. Avec des si, on referait le monde. On a tous les deux fait des erreurs, et on a tous les deux des choses à se reprocher. Mais on ne va pas passer la fin de notre vie à nous les reprocher. J'en ai marre de toujours vivre dans le remords. J'ai souffert pendant notre séparation, et je sais que toi aussi. Ne mens pas, j'ai demandé à Rustik, ajouta Jack en voyant Hiccup ouvrir la bouche pour protester. Je sais que tu as galéré au début, parce que tu étais tout seul. Je sais qu'à ton atelier, on t'a mené la vie dure parce que tu étais le neveu du patron, je sais que quand Sophie est née, c'est toi qui l'as pris, et qui l'as élevé, que tu n'as pas eu une nuit de sommeil correcte pendant 2 ans. Rustik m'a raconté ce que tu avais vécu, et je pense que tu as largement expié cette dette que tu penses avoir. Maintenant, j'en ai marre, je vais me coucher. Toi, dit-il en pointant Bunny du doigt. Tu médites là-dessus, et je t'appelle demain. Et si t'es pas content, c'est pareil. Fais avec Hiccup parce que maintenant que je l'ai enfin récupéré, je ne compte pas le lâcher. Et toi, ajouta-t-il en pointant Hiccup à présent. Tu montes, et tu vas te coucher. Et si je vous reprends à vous engueuler pour un truc aussi futile, j'en prends un pour taper sur l'autre, compris ?