Chapitre 1 : Bienvenue à Circus Baby's Pizza World

"Tu n'as pas changé d'un poil"

Henry, grand homme à la barbe blonde, serra Catherine dans ses bras avec force. Une étreinte qui témoignait à elle seule de son affection pour elle. Un sourire radieux se dessina sur le visage de Catherine. Henry lui avait terriblement manqué. Même si seulement deux ans s'étaient écoulés depuis leur dernière rencontre, elle se sentit immédiatement soulagée et réconfortée de le savoir de nouveau proche.

"Henry, lâche-moi, tu vas m'étouffer, gloussa-t-elle en lui rendant son étreinte."

Le grand homme la relâcha enfin, se reculant pour l'observer de haut en bas. Cathy avait coupé ses cheveux, ses boucles blondes encadrant un visage rond et avenant. Un peu ronde, portant toujours une salopette pleine de pin's colorés, la femme semblait enfin accepter la cicatrice qui s'étendait sur le côté gauche de son visage, témoin d'une brûlure maintenant ancienne.

Henry et Catherine se connaissaient depuis le lycée. À cette époque, ils étaient tous deux membres du club de robotique. Leur passion commune pour l'ingénierie les avait poussés à suivre un chemin similaire et leur amitié avait toujours été au cœur de leur vie. D'aussi loin que Cathy se souvienne, elle avait toujours pu compter sur Henry et Henry avait toujours pu compter sur elle.

"Alors, c'est donc ça "Baby's Pizza World" ?"

Le gigantesque édifice, aux allures brutes d'un chapiteau de cirque, se dressait avec fierté parmi les autres restaurants à thème de la zone. Ses larges bandes rouges et blanches, emblématiques des tentes de cirque, le démarquaient incontestablement des établissements voisins. Un imposant panneau, encore voilé d'une bâche immaculée, se découpait dans le ciel, marquant l'entrée du restaurant.

La structure elle-même imposait le respect, avec ses parois en toile blanche tendue sur une charpente métallique. Des projecteurs multicolores étaient soigneusement disposés tout autour, attendant impatiemment leur moment, prêt à illuminer les lieux. Des ballons et des guirlandes lumineuses clignotantes ornaient les alentours du bâtiment, ajoutant une touche festive à l'ensemble. Même si le chantier était loin d'être achevé, il était aisé d'imaginer la musique, les rires, le bruit de jeux et des enfants qui courent, tandis que les parents se régalaient de leurs parts de pizza.

"Circus Baby's Pizza World" la rectifia Henry en se tournant à son tour vers le restaurant. Une certaine fierté se peint sur le visage de l'ingénieur. Dire que le petit restaurant qu'il avait ouvert avec Afton avait pris cette ampleur.

Ironiquement, il gérait désormais la partie administrative, laissant de plus en plus William gérer tout ce qui concernait la technique. Pourtant, ce qui avait poussé ces deux anciens rivaux à joindre leurs forces avait, à l'époque, été le génie financier de William et celui plus robotique d'Henry.

Travailler sur les animatroniques lui manquait. Il aurait voulu se pencher plus souvent sur la question de la sécurité des springlocks. Surtout depuis…

"Tu me fais visiter ?" La voix de Catherine le sortit de ses pensées. Il chassa d'un mouvement de la main ses considérations. Ils auraient tout le temps de discuter de ces sujets plus tard. Pour le moment, il devait se concentrer.

Invitant la jeune femme à avancer, il se mit lui-même en route.

Ils passèrent les portes peintes en rouge, plongeant dans une grande salle en travaux. Des tables et des chaises étaient empilées contre les murs, attendant patiemment d'être disposées. Les néons du plafond s'allumèrent, grésillant, projetant une lumière jaunâtre sur la grande scène qui trônait au fond de la pièce. Une fresque aux couleurs éclatantes représentait un animatronique aux cheveux roux que Catherine n'avait encore jamais vu. Elle n'eut cependant pas le temps de contempler longuement le portrait, car Henry l'entraîna à sa suite.

"Nos autres restaurants se composent d'une grande pièce unique. On a bien quelques pièces de-ci, de-là, permettant aux familles le souhaitant de privatiser un peu leurs événements, mais rien de vraiment spécial. Du coup, lorsque j'ai pensé à cette nouvelle location, j'ai décidé de découper l'espace en différents univers. William et moi avons demandé aux enfants des idées et nous avons organisé un grand concours. C'est l'univers du cirque qui a gagné, et de loin."

"Comment va Charlotte ? s'enquit Catherine en enjambant un tuyau en plastique de couleur jaune qui traînait sur le sol. "Ça lui fait quel âge maintenant ?"

"5 ans ! Bientôt 6 ! Regarde comme elle a grandi." D'un geste rapide, Henry sortit de sa poche intérieure son portefeuille, l'ouvrant sur la photo d'une petite fille brune riant aux éclats dans les bras d'une femme aux cheveux blonds.

"Je vois que Jen et elle sont devenues très proches, fit remarquer Cathy en relevant les yeux sur son ami qui échangea avec elle un sourire éclatant de fierté."

Lorsque Henry lui avait présenté celle qui devriendrait sa femme, Catherine avait, dans un premier temps, redouté ce tournant dans leur amitié. Si elles ne devinrent jamais proches, la compagne de son ami ne fit jamais rien pour les éloigner ou les séparer. Cela au grand soulagement de Cathy.

Malheureusement, la naissance de leur premier et unique enfant avait scellé le destin de leur couple. Des complications étaient survenues, laissant à Henry le soin d'éduquer la petite. La nuit qui aurait dû être le plus beau jour de la vie du grand homme blond s'était teintée de sang. Et la mort de sa femme avait posé un voile sur les premiers instants qu'il avait passés avec son enfant.

Jen, la sœur d'Henry, était rapidement venue à la rescousse, soutenant son frère dans son deuil et dans ce nouveau rôle de parent célibataire. Cathy savait à quel point Henry se montrait fusionnel avec sa fille. Allant presque jusqu'à l'étouffer d'attention. Cependant, elle n'avait jamais réussi à se figurer totalement ce qu'Henry essayait de se faire pardonner par ce comportement.

Rangeant son portefeuille, Henry continua la visite. Plusieurs corridors, plus ou moins décorés, menaient à différents "royaumes" comme l'homme aimait les appeler. La grandeur de la structure surprit Catherine. Elle savait que la franchise Fazbear avait pris de l'ampleur. Mais jamais elle ne se serait doutée de l'immense machine qui se cachait en réalité derrière les restaurants aux animatroniques si appréciés des enfants.

Henry poussa le battant d'une double porte indiquant "réservé au personnel". Ils entraient enfin dans le vif du sujet. Catherine sentit son corps se tendre imperceptiblement alors qu'ils pénétraient dans une cuisine flambant neuve.

Ils traversèrent la pièce, étrangement silencieuse, pour passer une seconde porte, menant cette fois-ci dans un couloir aux murs nus à l'exception de quelques étagères en acier contenant du matériel de chantier.

"Bienvenue dans ton peut-être futur chez-toi, indiqua Henry en se retournant, présentant d'un geste théâtral l'allée de béton. La partie des services d'entretien et de réparation. Mais avec William, on préfère parler du laboratoire."

Sans plus tarder, Henry reprit sa marche dans les boyaux éclairés par une lumière artificielle blanchâtre. Il poussa une porte en bois verte dans laquelle se découpait une fenêtre dont le verre était fumé.

Catherine fut subitement enveloppée par des odeurs et des sons familiers qui firent resurgir en elle les souvenirs du bureau de son père. Les arômes enivrants du café fraîchement moulu et de la fumée de cigarette chatouillaient délicatement ses narines, tandis que le bourdonnement réconfortant des ordinateurs en pleine activité se faisait entendre. Lorsqu'elle ouvrit enfin les yeux, elle découvrit une pièce à la fois simple et encombrée, où plusieurs bureaux en métal gris s'entassaient. Des ordinateurs étaient posés sur ces surfaces, leurs grands écrans affichant des interfaces aux lettres vertes. Un canapé marron aux coussins usés et une table basse en verre fumé étaient installés dans un coin. Un cendrier en céramique, ébréché et recollé, regorgeant de mégots de cigarettes, attendait d'être vidé au milieu de nombreuses tasses sales. Une machine à café noire, usée et tachée, reposait paisiblement sur une armoire à dossiers verts qui trônait près de la porte.

Mais le regard de Cathy ne s'attarda pas bien longtemps sur ces détails. Sur l'un des bureaux du fond de la salle, une tête d'animatronique reposait, son visage ouvert révélant un endosquelette complexe. Deux nattes auburn s'échappaient de la tête, tenues par des élastiques bleus. On pouvait deviner sur les parties ouvertes des sourcils de même couleur ainsi que les traces dessinant de manière générale un maquillage d'un clown. Il y avait, dans cet amas complexe de mécanismes sophistiqués, quelque chose de terrifiant et de fascinant à la fois. Ses deux grands yeux bleus, fixes et vides, semblaient percer l'âme de quiconque les regardait, tandis qu'ils reposaient au milieu de la structure de l'endosquelette.

"Bienvenue dans notre bureau. Si tu acceptes le poste, ça sera le tien aussi, conclut Henry en se dirigeant vers le canapé pour s'y laisser tomber. Sa lourde carcasse s'enfonça dans le tissu marron et il grogna de satisfaction.

"Je peux savoir ce que vous foutez ici ?" La voix provenait de la porte du bureau qui venait de s'ouvrir sur un grand homme tenant dans une de ses mains le pot de la machine à café. Droit dans sa chemise violette, ses yeux marrons passant d'Henry à Catherine, il ne semblait pas décidé à bouger avant d'avoir obtenu une réponse.

"William !" La voix d'Henry se voulait enjouée, mais on pouvait sentir une certaine tension derrière le sourire de l'ingénieur. "Voici Catherine, nous en avons discuté la semaine dernière."

C'était donc lui, le fameux William Afton. Difficile de parler de Fazbear Entertainment sans que son nom n'intervienne à un moment ou à un autre dans la conversation. Le génial co-inventeur des animatroniques qui avait fait la réputation de l'entreprise, l'homme derrière les machines. Le suspect numéro 1 de l'affaire des disparitions d'enfants. Mais surtout, le père du garçon qui avait vu son crâne être broyé par un animatronique de sa propre franchise.

Henry s'était montré totalement transparent concernant l'accident et n'avait pas tenté de cacher à Catherine les rumeurs qui couraient sur son équipier. D'autant plus que rien n'avait pu prouver que William Afton était réellement coupable.

Catherine avait demandé à Henry s'il pensait que son ami était un meurtrier. Le grand homme blond s'était tu un instant, regardant dans le vague. Lorsqu'il avait reporté son attention sur la jeune femme, il avait haussé les épaules : "Je suppose qu'il y a certaines questions qui n'auront jamais de réponse". Sa voix était grave, tendue, chargée d'émotions contradictoires. Après cela, Cathy n'avait pas osé remettre le sujet sur le tapis.

Catherine scruta attentivement le visage émacié de l'homme, sa barbe naissante d'un sombre profond et ses cheveux bruns en désordre. Des cernes violacés, profonds et saillants, accentuaient ses yeux fatigués, s'accordant harmonieusement avec sa chemise froissée et décontractée. Il en avait retroussé les manches jusqu'à ses coudes, dévoilant des bras blêmes et frêles, presque maladifs, à l'image de sa peau pâle et translucide. Sans raison apparente, Catherine ressentit instantanément une répulsion profonde envers cet homme, un besoin impérieux de se maintenir à distance, loin de sa présence malsaine. Pourtant, elle lui offrit un sourire chaleureux, dissimulant habilement son trouble et son malaise derrière une timidité feinte et une politesse feutrée.

Après avoir jeté un coup d'œil rapide dans sa direction, William se dirigea vers Henry, décidant, semble-t-il, d'ignorer la nouvelle arrivante.

"Ha c'était aujourd'hui ?" Se contenta-t-il de lâcher, remplissant le réservoir de la cafetière.

Cathy détourna son regard vers Henry. Il haussa les épaules d'un air indifférent. Ignorant toujours leur présence, William activa la machine d'un geste fluide avant de se diriger nonchalamment vers la tête posée sur le bureau. Il se mit à travailler dessus en silence. Accordant à peine plus d'attention à Afton, Henry invita joyeusement la jeune femme à poursuivre leur visite. Elle acquiesça avec enthousiasme, murmurant un "Enchantée" à voix basse lorsqu'elle passa près de lui.

Les yeux de l'homme se tournèrent rapidement et précisément vers Cathy, et son regard, noir et perçant, la fit accélérer le pas. Il y avait chez son futur collègue quelque chose de prédateur, une aura de danger et de menace, qu'elle ne savait pas expliquer. C'était comme s'il était un animal, tendu et prêt à bondir à tout moment, prêt à attaquer et à tuer. Elle secoua la tête pour s'éclaircir les idées, essayant de chasser ces pensées inquiétantes, alors que Henry, d'un pas assuré, la guidait dans les couloirs de l'arrière-complexe.

"Désolé pour… enfin." Commença-t-il à expliquer entre deux portes battantes.

"Je ne peux pas vraiment lui en vouloir au vu des circonstances…" Marmonna-t-elle. "Je suppose que je ne partagerai pas de longue conversation intime avec lui. Que veux-tu ? Tu n'as rien à craindre concernant ta place de collègue et meilleur ami." Répondit Cathy, mettant l'emphase sur le mot 'et' et décochant un sourire complice à Henry.

"Collègue et meilleur ami ?" Répéta-t-il, dubitatif.

"Si l'offre existe toujours, je pense en avoir assez vu pour avoir envie de mettre la main à la pâte. Enfin, pour le moment. Si cela est toujours bon pour toi."

Un sourire éclatant fendit presque aussitôt la barbe du grand homme. Catherine eut à peine le temps de faire un geste que les grands bras de son ami se refermaient sur elle, la soulevant de terre en lui coupant le souffle. Il finit par la reposer alors qu'elle riait aux éclats, sincèrement heureuse de se savoir toujours aussi proche d'Henry. Le regard de ce dernier se fit soudain complice, et il se baissa vers elle, lui parlant à voix basse, comme s'il cherchait à la mettre dans la confidence de quelque chose de fondamentalement top secret.

"Je le gardais comme arme de persuasion massive pour te convaincre, mais aimerais-tu rencontrer le dernier de tes collègues ?"

Sur le visage de Catherine, un étonnement sincère se peignit.

Sur le visage de Catherine, un étonnement sincère se peint. Elle n'avait pas connaissance d'un dernier investisseur, encore moins d'un autre ingénieur. Peut-être s'agissait-il de quelqu'un ne faisant pas partie de l'équipe technique comme le chef de la sécurité ? Mais, après tout, avec une franchise en pleine expansion, il n'y avait rien de bien surprenant. D'un mouvement de tête, elle acquiesça, curieuse de découvrir le membre final de l'équipe.

Ils reprirent leur route à travers le labyrinthe de couloirs et d'étagères en fer qui s'étendaient derrière le restaurant et les cuisines. Catherine se demandait comment ce dédale de pièces pouvait exister de cette manière, et à quoi pouvaient bien servir tous ces espaces. Étaient-ce des bureaux, des stocks, ou autre chose encore ? Elle retint ses questions, de peur de ralentir Henry alors que son intérêt était entièrement concentré sur ce mystérieux collaborateur. Elle avait l'impression que ce dédale de couloirs et de pièces cachées s'étendait à l'infini, et elle commençait à douter de sa capacité à naviguer seule au milieu de ces murs. Elle se promit de demander à Henry plus tard si une carte existait, lorsqu'ils seraient sortis de cet endroit confus et énigmatique.

Finalement, Henry poussa la porte, révélant un spectacle au premier abord macabre. Suspendus à différents crochets à des hauteurs variées, des costumes usés de toutes les couleurs reposaient négligemment contre le mur. À côté, sur une étagère, les têtes sans vie des animatroniques étaient alignées, leurs yeux fixes observant le mur d'un regard vide et inexpressif. Parmi elles, elle reconnut la tête d'un ours et celle d'un lapin, mais d'autres personnages aux traits plus étranges et inquiétants les accompagnaient.

D'un geste théâtral, Henry pénétra dans la pièce et pointa du doigt un coin sombre. Curieuse, Cathy s'approcha de la porte et aperçut une silhouette figée dans l'angle, un animatronique au repos. C'était un renard rouge, vêtu encore de son attirail de pirate. Remplaçant l'une de ses pattes, un crochet au bout arrondi pendait de la structure. Son unique œil, fixe et perçant, était fixé sur le tapis bleu de la pièce. Un bandeau noir lui masquait l'autre œil, ajoutant une touche finale à son apparence de pirate.

L'animatronique avait connu des jours meilleurs. Sa fourrure éparse et souillée laissait entrevoir l'acier froid de la structure qui le maintenait debout. Des parties de son endosquelette étaient manquantes, et des fils et des câbles sortaient de ses articulations et de ses plaques métalliques tels des serpents électriques. Sa peinture écaillée et usée révélait la rouille qui s'installait progressivement sur certaines parties de son corps. Même son costume de pirate, autrefois coloré et flamboyant, était déchiré et taché, donnant l'impression qu'il avait été abandonné depuis des années.

Cathy le regarda longuement, examinant chaque détail de sa structure, et se tourna finalement vers Henry, les yeux remplis d'étoiles.

"Foxy ! s'exclama Cathly, une exclamation de joie qui la surprit elle-même."

De toutes les créations d'Henry, Foxy, le renard de Pirate Cove, était de loin celui que Catherine préférait. Elle avait suivi l'évolution des animatroniques d'Henry de loin, et l'ingéniosité du circuit de Foxy — et ses 4 batteries indépendantes — l'avait toujours émerveillée.

"Je me disais… commença à expliquer le grand homme et la blondinette laissa ses mains se joindre sur son cœur, accrochant au passage quelques-uns de ses pin's. Que tu aimerais travailler sur la nouvelle version de foxy pour ce restaurant."