Prologue
Aragorn observait d'un œil distrait la cendre s'échapper de son poing ouvert. Éparpillée aux quatre vents, la poussière alla se confondre avec le parterre de roche volcanique.
Une armée d'Orcs avait laissé son empreinte sur ce sol désolé, c'était indéniable.
Aragorn et ses compagnons avaient fait cette sinistre découverte au fil de leur périlleuse traversée du Mordor. Les murmures des bergers et des paysans locaux avaient résonné à leurs oreilles, récits d'ombres mouvantes se déployant comme une marée sombre sur les collines.
Au départ, de telles histoires avaient été balayées d'un revers de main. Les Orcs, survivants de l'ère sombre, semblaient n'être plus que des chimères du passé. Après la chute de Sauron, l'idée que ces imondes créatures aient pu perdurer, dénuées de maître pour les guider, était presque inconcevable. Les Rohirrims, fidèles cavaliers du roi, avaient pourchassé et anéanti ces bêtes jusqu'au dernier, ou du moins le croyait-on.
Pourtant, en cet endroit désolé, les indices étaient trop nombreux pour être ignorés. Des restes de repas abandonnés à la hâte, des fragments d'armes brisées, et enfin, les marques profondes laissées par des chariots et des centaines de pas foulant impitoyablement la terre meurtrie.
Aragorn savait que l'heure était grave. Le vent murmurait des avertissements et les ombres du passé semblaient se réveiller pour hanter à nouveau les contrées jadis pacifiées.
"Capitaine !" L'appela l'un de ses hommes, s'avançant d'un pas vif dans sa direction.
Aragorn détourna son attention du paysage, ses prunelles sombre se posant sur l'intrus.
"Nous avons découvert quelque chose !" L'informa le Rohirrim.
Sans plus tarder, Aragorn emboîta le pas au soldat, qui l'emmena vers un endroit où le sol portait des signes singuliers.
Là, étalée devant ses yeux avisés, se trouvait les empreintes d'un cheval. La dimension du sabot aurait sans nul doute suscité l'étonnement de quiconque l'aurait contemplée, mais ce qui donnait une couleur inquiétante à cette scène résidait davantage dans le nombre d'empreintes sur le sol rocailleux.
En tant que traqueur aguerri, Aragorn ne laissait guère de place aux doutes quant à la précision de son jugement. Les faits étaient irréfutables, même si leur étrangeté le plongeait dans une perplexité profonde.
Cette créature équine, si tant est que l'on puisse encore lui conférer cette appellation, arborait une physionomie singulière, dotée de huit membres. En dépit de sa différence flagrante avec les monstrueux dragons, sa présence parmi une armée d'Orcs suscitait des préoccupations.
Quelques rares indices laissaient supposer la présence de Wargs, mais la silhouette insolite de cet étrange équidé se démarquait résolument du reste de l'armée. L'évidence s'imposait : cette créature inhabituelle se tenait comme la monture d'un chef.
Aragorn savait qu'il devait de toute urgence regagner Minas Tirith pour avertir le roi.
Dans une destinée alternative, il aurait pu se voir lui-même occuper le trône à la place de Faramir, avec pour compagne la noble Éowyn. Pourtant, il n'avait point désiré revendiquer cet héritage. Peut-être aurait-il envisagé une telle voie si Arwen, l'étoile radieuse de ses pensées, était demeuré à ses côtés. Cependant, la jeune elfe avait fait le choix de s'enlacer dans le voile de l'immortalité.
Une lueure mélancolique traversa les yeux d'Aragorn, révélant le poids des choix et des renoncements qu'il avait eu affaire au court de sa longue vie en Terre du Milieu.
Soudain, un cheval blanc approcha au galop, portant Légolas et Gimli sur son dos. Les deux compagnons s'étaient joints à la garde des Rohirrims lorsque Aragorn avait manifesté son désir de protéger la terre de ses ancêtres.
" C'est à n'y rien comprendre !" Grogna le nain en descendant avec pesanteur de sa monture. "On pourrait supposer qu'une armée de cette envergure serait visible à des kilomètres à la ronde. Pourtant, cela fait des jours que nous n'avons croisé âme qui vive !"
"Comme si nous avions affaire à des fantômes," ajouta Legolas d'un ton pensif.
Les paroles du nain et de l'elfe semblaient fondre dans l'air, amplifiant l'atmosphère chargée qui les entourait. Aragorn échangea un regard avec Légolas, une compréhension silencieuse passant entre eux.
Tandis qu'il s'apprêtait à faire résonner l'appel en direction de ses frères d'armes, un vrombissement déchira soudain l'air, secouant le sol sous leurs pieds.
L'évidence s'abattit sur Aragorn comme un éclair fulgurant. Le guerrier chevronné, habituellement rompu à l'art de décrypter les indices laissés par ses ennemis, avait été imprudemment aspiré dans les rets d'un piège rusé.
Dans un tourbillon, les orcs surgirent des montagnes, encerclant implacablement Aragorn et ses compagnons.
Cependant, ces créatures se démarquaient nettement de leurs semblables d'il y a deux décennies. Les orcs semblaient drapés dans des étoffes délicates, portant des armures luisantes de mithril. Leurs visages, loin d'être déformés et souillés, arboraient au contraire une apparence soignée, rehaussée de motifs de guerre subtilement tracés. Leur peau, au lieu de refléter une teinte grisâtre malsaine, affichait un bleu nuit profond qui se fondait harmonieusement avec le paysage de la lande.
Ce contraste saisissant déconcerta Aragorn, soulignant l'évolution surprenante des forces ennemies au fil du temps. Les orcs semblaient avoir adopté une nouvelle façon de se présenter, adoptant une apparence à la fois plus sophistiquée et sinistre.
Armes en main, le rôdeur et ses compagnons se tinrent prêts à affronter l'ennemi, dont les rangs continuaient de gonfler autour d'eux.
Aragorn était conscient qu'ils n'avaient aucune chance face à leur nombre. Cependant, les orcs ne se précipitèrent pas pour attaquer. Au lieu de cela, une haie d'honneur se forma, laissant passer le plus grand cheval qu'on ait jamais vu. Sa robe était d'un noir profond. Ses yeux flamboyants scrutaient les alentours avec une lueur fiévreuse.
Comme Aragorn l'avait prédit, la créature mesurait au moins dix pieds de haut, portée par un corps doté de huit pattes. Cependant, c'était son cavalier qui était le plus terrifiant des deux.
La créature adossée à l'équidé avait une peau bleue comme le ciel. Sur son front, se dressaient deux cornes recourbées. Son visage était partiellement dissimulé derrière un masque à franges, masquant ses yeux. Contrairement aux autres créatures de l'ombre qui l'entouraient, l'homme était simplement drapé d'un riche pagne, dévoilant des arabesques complexes qui s'étiraient sur son corps nu.
"Adar !" crièrent en chœur les orcs.
Celui qui semblait être le meneur de cette armée fut salué par des hurlements retentissants. Les orcs s'inclinèrent devant lui, leurs regards emplis d'une admiration presque fanatique.
"Adar," répétèrent-ils, scandant ce titre comme un hymne funeste.
Il était évident que cette créature était bien plus qu'un simple meneur de troupes. Il semblait être le cerveau derrière cette nouvelle forme d'armée, orchestrant avec une habileté sournoise ces changements surprenants dans les rangs des orcs.
Les compagnons d'Aragorn resserraient leurs prises sur leurs armes, prêts à faire face à ce nouvel adversaire. L'air était chargé d'électricité, vibrant d'une énergie tendue alors que les forces ennemies semblaient attendre un signal pour se déchaîner.
Le meneur des orcs esquissa un geste de la main, et un silence lourd enveloppa le lieu. D'une voix étrangement dérangeante, il prit alors la parole :
"Et bien… qu'avons-nous là ?" demanda la créature, laissant entrevoir ses crocs derrière un sourire sinistre.
