Le bâtiment semblait vide, ses larges vitres ne laissant entrevoir que les faibles lueurs vertes des différents panneaux de sécurité. Derrière le verre, le hall principal, vaste et désert, était rempli d'ombres et de recoins. Qui -ou quoi- pouvait bien se cacher dans les ténèbres du bâtiment ? Catherine avança hésitante ; on ne lui avait pas fourni de clé ou de passe quelconque pour accéder au bâtiment. Mais quand elle posa sa main sur le battant de la lourde porte, celle-ci pivota, lui ouvrant le passage. Essayant de ne pas prêter attention au bruit de ses pas qui résonnaient contre les murs et d'ignorer les scénarios que son cerveau, nourri aux livres d'horreur, ne cessait de lui souffler, elle se faufila au milieu du hall. Quel chemin Henry avait-il emprunté déjà ?
Elle traversa la cuisine et se dirigea vers la porte de service. Sans la présence rassurante de son ami d'un mètre quatre-vingt, l'endroit avait quelque chose d'inquiétant, de menaçant même. Elle pressa le pas, enveloppant ses épaules de ses mains dans un geste enfantin. Aussi impossible que cela puisse paraître, elle aurait juré que quelque chose -oui, elle en était sûre, ce n'était pas quelqu'un- l'observait. Elle pressa le pas, ne pouvant s'empêcher de jeter un regard par-dessus son épaule, craignant à chaque instant de voir cette présence -cette menace- surgir de l'ombre.
Enfin, elle atteint la porte qui menait aux couloirs de service où une lumière était allumée. Elle sursauta quand la lourde porte se referma dans un CLAC assourdissant. Alors qu'elle reprenait son souffle, Cathy laissa échapper un petit rire aussi nerveux que pathétique. Une fois les battements fous de son cœur calmés, elle reprit sa marche en direction de ce que Henry avait désigné comme étant leurs bureaux. "Le laboratoire" se corrigea-t-elle mentalement, un faible sourire se dessinant sur ses lèvres. Enfin, elle arriva devant la porte verte aux carreaux sales. Elle poussa la porte, les odeurs de tabac froid et de café lui emplissant aussitôt les narines. Passant prudemment une tête, elle vérifia qu'elle était bien seule. Une fois certaine que personne ne se trouvait dans la petite pièce où ronronnait un des ordinateurs, elle s'avança jusqu'au canapé et y posa son sac à dos. Si elle essayait de toute se force de rationaliser la situation -les monstres, cela n'existait pas-, elle devait se rendre à l'évidence : à cet instant, elle se sentait très seule, très petite et fragile dans ce bâtiment vide et sombre.
Elle jeta un coup d'œil en direction de l'horloge suspendue au-dessus de l'un des bureaux. 6h30. Bon. À y réfléchir, peut-être était-elle, dans son enthousiasme, arrivée un peu plus tôt que prévu. Elle se laissa tomber dans le canapé, regardant autour d'elle, curieuse.
Ne tenant pas en place, ses yeux irrémédiablement attirés par la chevelure rousse et mue par une curiosité presque excessive, elle se leva et se dirigea vers la tête d'animatronique trônant toujours sur le bureau d'Afton. Cette fois, elle était refermée, présentant le visage joyeux d'une petite fille aux yeux bleus perçants. Intriguée, Cathy laissa échapper un petit sifflement admiratif devant l'œuvre. N'y tenant plus, incapable de garder ses mains dans ses poches au souvenir des câbles et fils que renfermait la structure de plastique, elle s'approcha, cherchant le mécanisme permettant l'ouverture des panneaux latéraux.
Cette rapide inspection lui permit déjà de confirmer ce qu'elle savait déjà : la tête de l'animatronique était soigneusement conçue. On pouvait voir derrière les panneaux, le mécanisme des yeux et de la bouche qui lui donnerait plus tard l'apparence de la vie. Mais, si Catherine était déjà admirative de cet aspect mécanique, elle ne pouvait nier que Afton n'avait pas fait que s'intéresser à l'ingénierie de sa création. La construction n'était pas seulement bien conçue, une certaine attention avait été portée à son esthétique.
Soudain, surgissant de nulle part, une main s'empara de son poignet, la forçant à reculer. À pivoter. Une douleur aiguë traversa son avant-bras et elle lâcha un cri, tirant pour se libérer de l'étreinte. En vain.
« Sale petit… » La voix était froide, dure, menaçante. « Ho, c'est toi. »
La poigne se desserra aussi soudainement qu'elle n'était apparue. Reculant, se cognant contre une chaise, Cathy serra son bras contre sa poitrine, affolée. Devant elle, nonchalant, Afton se pencha vers la tête de l'animatronique, semblant vérifier qu'elle n'avait pas été abîmée. L'inspection terminée, il tourna ses yeux noirs vers Catherine. Cette dernière lui renvoya son regard, consciente qu'à cet instant, elle devait ressembler à une biche prise dans les phares d'une voiture. Cependant, elle ne détourna pas les yeux.
« Si tu veux que les choses se passent bien entre nous, lança Afton, tout en se redressant, la surplombant de toute sa hauteur, je te déconseille de toucher à mes créations. Encore moins sans mon accord. »
Si le ton était posé, presque neutre, Catherine sentait vibrer sous chaque mot une menace invisible. Elle tenta de se recomposer, mais tout ce qu'elle réussit à faire, c'est à marmonner une excuse d'une voix mal assurée.
« Il y a du café si tu veux. Continua l'homme, désignant du doigt la cafetière. Ho, et Henry arrive rarement avant 10h pour s'occuper de Charlotte. »
La voix et la gestuelle de l'homme étaient passées du tout au tout. Un instant vibrant de colère, menaçant, clairement prêt à blesser l'intrus qui osait toucher à sa création, il avait retrouvé un calme et une nonchalance qui lui donnaient l'air presque amical. Un sourire apparut sur ses lèvres, invitant Catherine à se mettre à l'aise. Ce changement soudain de ton et d'attitude la laissa perplexe, se demandant si elle ne s'était pas montrée excessive. Trop sensible peut-être ? Elle se sentit soudain stupide. Malgré elle, ses joues s'empourprèrent. Mais au fond d'elle, lui murmurant de ne pas douter d'elle-même, quelque chose savait que ce sourire n'avait rien de sincère. Car il ne montait pas jusqu'aux yeux.
Afton se remit à l'ignorer, reprenant son travail le plus naturellement du monde. Prise au dépourvu, Cathy se dirigea vers la machine à café. D'un geste, presque automatique, elle vérifia la température du café. Trop chaud. Elle en prendrait plus tard.
Mal à l'aise, se dandinant d'un pied sur l'autre, l'inconfort finit par la pousser vers la sortie. Faute de mieux, elle se mit en quête de toilettes. Après tout, un peu d'eau l'aiderait à reprendre ses esprits. Après quelques minutes de marche, elle dut cependant se rendre à l'évidence : elle n'avait pas la moindre idée d'où se trouvaient les commodités les plus proches.
S'appuyant contre un mur, Catherine ferma les yeux, laissant ses doigts parcourir les coutures de sa salopette et appréciant la sensation du tissu sous ses doigts. Peu à peu, elle sentit ses pensées se calmer, son corps se détendre. Seule dans ce couloir aux lumières tamisées, elle se sentait en sécurité. Dans son dos, le contact de la pierre froide lui apportait un réconfort supplémentaire. Elle fixa son attention sur son souffle… inspirer… expirer… ce faisant, elle se concentra sur l'instant présent, laissant de côté ses inquiétudes et ses craintes.
Le temps s'écoula sans qu'elle n'y prête attention. Quand elle se sentit assez ferme sur ses appuis pour faire face à Afton, elle fit demi-tour et reprit sa route vers le laboratoire. Avec un peu de chance, son tête-à-tête avec Afton ne durerait pas trop longtemps. De toute façon, se dit-elle, il lui faudrait bien s'y habituer. Après tout, c'était son collègue. Passer du temps avec lui faisait littéralement partie des obligations de son métier. Elle ouvrit la porte d'un geste qui se voulait assuré, déterminée à faire comprendre à William que cet espace était aussi le sien. Mais son assurance se dégonfla aussitôt quand deux paires d'yeux hostiles se posèrent sur elle d'un même mouvement.
Un garçon, préadolescent, dont les traits ne laissaient pas de place au doute quant à sa parenté avec l'ingénieur, venait de lâcher un sac plastique sur le bureau de ce dernier. Cathy s'avança dans le bureau, semblant traverser un mur formé par la tension et l'hostilité des deux hommes qui étaient si fortes qu'elles en étaient presque palpables.
Ayant de toute évidence arrêté quelque chose d'important, Catherine se glissa dans la pièce, se faisant toute petite, faisant mine d'être soudain extrêmement intéressée par la machine à café. Afton retourna son attention sur son interlocuteur, plissant le nez, un agacement palpable se dessinant sur ses traits. Sans un mot, le gamin s'arracha au lourd regard de l'adulte et, renfilant sur ses épaules un sac à dos sur lequel des patchs de couleurs avaient été cousus approximativement, se dirigea vers la porte.
« Maman veut que tu rentres ce soir, grogna-t-il, marquant une pause, la main posée sur la poignée. » Il sembla hésiter avant d'ajouter : « Elisabeth te réclame. »
Sur ces mots, il disparut dans le couloir, faisant claquer la porte derrière lui. Las, William se laissa tomber dans son siège, ses doigts fins s'emparant du sac plastique avant d'en sortir une chemise noire, propre et impeccablement repassée.
Cathy tourna son regard vers son collègue. Sa barbe mal rasée, ses cernes, sa chemise froissée, les auréoles sombres sous ses aisselles. Avait-il passé la nuit au labo ? Pire encore, y avait-il passé plusieurs nuits ?
« C'est un âge compliqué… » marmonna Afton, coulant un regard vers Catherine qui sursauta au son de sa voix, se rendant compte qu'elle le fixait de manière assez malpolie.
Essayait-il de s'excuser pour le comportement du préadolescent ? Cathy haussa les épaules. Ce n'était pas elle qui avait été victime de la mauvaise humeur du garçon. Se laissant tomber sur le canapé, une tasse tiède à la main, elle demanda :
« Quel âge a-t-il ?
- 13 ans. Michael, mon... fils, est dans la période rebelle. »
L'hésitation de l'homme n'avait pas pu échapper à Cathy, qui préféra faire mine de l'ignorer. Il se leva de sa chaise, semblant indiquer par ce geste que la conversation était terminée. Les yeux fixés sur sa tasse, Catherine entendit plus qu'elle ne vit la porte se refermer sur William.
—
Henry arriva vers 10h, la petite Charlotte fièrement juchée sur ses épaules. Il s'excusa à plusieurs reprises de leur imposer la présence de la fillette, dont la crèche avait -mystérieusement, ce n'était vraiment pas de chance- fermé ses portes pour la journée. Catherine n'était pas dupe. Elle savait parfaitement que Henry avait délibérément amené la petite avec lui pour qu'elle puisse la rencontrer. La dernière fois qu'elle avait vu la gamine, elle était encore un bébé, dormant paisiblement. Aussi, Charlotte ne devait pas vraiment se souvenir d'elle. La petite brunette la regardait, ses grands yeux curieux l'examinant avec un mélange d'étonnement et d'hésitation. Comme si elle ne savait pas encore ce qu'elle devait ressentir devant cette inconnue blonde au visage si étrange.
Catherine lui sourit, mal à l'aise. Le regard des enfants sur sa cicatrice était toujours trop aigu. Leur dégoût, leur peur toujours trop transparent. Elle comprenait cependant que la grande surface de tissus brûlés, rouge et brillante qui s'étendait sur le côté gauche de son visage, pouvait représenter une image de cauchemar pour les plus petits. Par chance, son œil était resté intact au milieu du tissu cicatriciel, adoucissant un peu le sentiment d'inconfort que les gens pouvaient ressentir à sa vue. Au moins, pensa-t-elle, Charlie ne se mettait pas à pleurer en la voyant.
« Jen viendra la chercher dans un peu moins d'une heure », lança Henry, comme pour rassurer Afton qui regardait l'enfant avec un agacement non dissimulé. « En attendant, elle restera avec nous. Loin du laboratoire et de ta précieuse Baby. »
Sur ces mots, il posa la petite à terre. Charlotte resta plantée là, ses grands yeux marrons toujours fixés sur Cathy. Puis, soudain, elle se détourna et se dirigea d'un pas décidé – aussi décidé qu'une enfant de cinq ans peut l'être – vers la porte du laboratoire. Paniquée, Catherine la suivit en jetant des regards affolés vers Henry, qui s'était lancé dans une grande discussion avec William, ne prêtant pas la moindre attention aux faits et gestes de sa progéniture.
Arrivée devant la porte, la petite fille jeta un coup d'œil méfiant vers Catherine, puis, semblant décider qu'elle ne voyait pas en elle une menace, elle annonça posément : « Je dois faire pipi. »
Un « ho » de surprise s'échappa des lèvres de Catherine, qui jeta de nouveau un regard en direction du père de la fillette. Mais celui-ci, désormais penché sur des plans de Baby - c'était donc là le nom de l'animatronique…-, semblait complètement absorbé par sa tâche. Se mordant la lèvre, Cathy reporta son attention sur Charlotte, qui lui tendait désormais sa main dans sa direction, son regard fixé sur la porte du laboratoire. Charlotte hésita puis, finalement, elle prit la main de Cathy dans la sienne et ouvrit la porte, se laissant guider par l'enfant.
Elles déambulèrent ainsi un certain temps, Catherine suivant la petite qui semblait parfaitement se repérer dans les couloirs de service. Puis, semblant assurée qu'elle s'était assez éloignée du laboratoire et de son père, la gamine se stoppa et se tourna vers Cathy, le visage dur et téméraire.
« T'es une amie de papa ? », demanda Charlotte d'un ton qui sonnait comme un défi.
- Oui, répondit Cathy, un peu surprise, ton papa et moi, on se connaît depuis très longtemps.
- T'es une amie de tante Jen aussi ?
- Aussi oui, même si je la connais moins que ton père. »
La petite fit une pause dans ses questions, regardant désormais ses pieds, une expression d'intense concentration se dépeignant sur son visage poupin. Elle releva brusquement la tête, plantant ses petits yeux noisettes dans ceux de Catherine. Son regard était décidé, celui d'une personne qui était prête à tenter le tout pour le tout.
« Et tu étais une amie de maman ? », interrogea-t-elle, sur un ton qui semblait plus hésitant qu'elle ne l'aurait sans doute voulu.
Catherine prit le temps de réfléchir avant de répondre.
« Non, conclut-elle, préférant se montrer sincère j'ai connu ta maman, mais nous n'étions pas très proches. »
La petite sembla troublée par cette réponse, l'expression farouche de son visage laissant transparaître une émotion que Catherine ne sut pas interpréter. Surprise ? Tristesse ? Déception ?
« Je suis désolée si ce n'est pas la réponse que tu attendais », reprit Catherine.
Cette fois, l'étonnement se peignit clairement sur les traits de la fillette, qui pencha la tête vers la droite en observant Catherine. Elle plissa son petit nez, semblant réfléchir à ce qu'elle allait dire.
« C'est juste que papa et tante Jen ne me parlent jamais de maman… marmonna-t-elle en se tordant les mains, visiblement embêtée de devoir exprimer à voix haute cette information.
- Ho... et bien écoute, je ne connaissais pas beaucoup ta mère, mais si tu veux que je te parle d'elle parfois, ça sera avec plaisir. »
Une fois de plus, la petite plissa son nez, semblant en pleine réflexion. Ses sourcils au-dessus de ses beaux yeux noisettes se froncèrent. Catherine sourit, reconnaissant là l'expression d'intense concentration d'Henry.
« Ça peut rester entre nous bien sûr. Si tu ne veux pas que j'en parle à ton père. »
Le visage de la fillette s'éclaira soudain à l'annonce de ces paroles. Catherine avait mis le doigt sur ce qui troublait son interlocutrice.
« Promis juré ?
- Promis juré », conclut Catherine en ébouriffant les cheveux de la petite.
Cette dernière la gratifia d'un sourire dont seuls les enfants avaient le secret : rayonnant, sincère. Leur conversation terminée, Charlotte lui tendit de nouveau la main, et cette fois, elles se dirigèrent vers les toilettes.
—
Jen passa chercher la petite comme prévu. Les retrouvailles entre elle et Cathy furent sincères, chaleureuses. Charlotte fit de grands signes de la main en partant, au grand bonheur d'Henry, qui semblait ravi de voir sa fille adorer sa meilleure amie.
Il était désormais temps pour Catherine de prendre ses fonctions. Elle passa une partie de la matinée à discuter avec William et Henry, découvrant, apprenant, se mettant à jour sur les différents animatroniques qui devaient rejoindre Baby Circus Pizza World. Dans cette optique, elle écouta attentivement les explications techniques de William, essayant de saisir chaque détail pour mieux comprendre le fonctionnement complexe des animatroniques. L'homme n'avait de toute évidence aucune envie de simplifier son discours ou de prendre le temps de revenir sur ses explications, aussi Catherine devait-elle faire preuve d'une concentration sans faille qui commençait déjà à l'épuiser. Mais malgré ses réserves, Cathy devait reconnaître que le savoir-faire et les connaissances de William étaient indéniables – et un peu intimidants quand elle y pensait.
Elle en profita aussi pour observer la dynamique qui existait au sein du duo de longue date. Si William était devenu un ingénieur aguerri, il continuait de se référer à Henry pour s'assurer de certaines choses, se rassurer quant à sa compréhension des sujets. De son côté, le grand homme blond posait sur son ami un regard empreint d'une véritable admiration. Et Catherine pouvait aisément comprendre pourquoi. Quand William parlait avec passion de son travail, de ses créations, il semblait devenir quelqu'un d'autre. L'homme froid et taciturne semblait soudain se parer de couleurs qui d'habitude glissaient sur lui comme sur les plumes d'un canard. Il émanait alors de lui quelque chose… une sorte de charme peut-être ? Quoi qu'il en soit, son aura changeait complètement et parfois, au milieu de son visage sombre, l'ombre d'un sourire se dessinait.
L'après-midi s'étirait, et après les cours magistraux d'Afton, Catherine s'intéressait désormais seule au blue print des animatroniques, s'enfonçant toujours plus profondément dans les plans, les annotations et les schémas. Chaque détail, chaque spécificité était scrupuleusement étudié par la blondinette, dans l'espoir de trouver des pistes pour améliorer leur comportement, leur esthétique et leur fonctionnement.
Les seuls sons qui troublaient le silence oppressant du bureau étaient les frappes rapides du clavier d'Afton et le froissement des papiers que Cathy consultait. Imperceptiblement, la nuit tomba et plongea la pièce dans une obscurité tamisée. Seules les lampes de bureau éclairaient l'espace confiné, créant des ombres dansantes.
Rompant ce silence studieux, Henry fit irruption dans le bureau, sa chemise blanche froissée et les yeux fatigués. Il retira sa veste d'un geste las, son regard balayant la pièce. La vision de Catherine penchée sur les blueprints et les papiers, plongée dans ses recherches tardives, le fit sourire avec fierté mais aussi nostalgie. Combien de nuits avaient-ils passé ainsi ensemble à travailler sur un de leur projet étudiant ? Il le savait, s'il n'intervenait pas maintenant, la blondinette allait passer la nuit à prendre des notes, un monologue intérieur la tenant captive de ses recherches. « Cathy, il est tard. Tu devrais rentrer chez toi. » La jeune femme sursauta en entendant la voix d'Henry et cligna des yeux, semblant reprendre pied dans la réalité. « Tu as accompli un travail exceptionnel aujourd'hui, compléta-t-il, sachant à quel point son amie pouvait avoir besoin de ce type d'affirmation pour se sentir à sa place. »
Le regard de William se durcit presque instantanément. Il se tourna brusquement vers Henry, ses sourcils froncés, ses yeux noirs foudroyant sur place son collègue. « Il suffit donc d'arborer une paire de seins pour connaître tes louanges ? Grogna-t-il froidement. Si j'avais su qu'il en fallait si peu pour t'impressionner et recevoir les compliments de Monsieur Emily, crois bien que je n'aurais pas sacrifié autant de nuits pour obtenir un simple « merci William » », répliqua-t-il d'un ton acerbe, chargé de reproches. Se levant brusquement de sa chaise, il bouscula presque Henry dans son élan avant de claquer la porte derrière lui, laissant une atmosphère tendue s'installer.
Un nœud se forma dans le ventre de Catherine. La réaction de William était déconcertante. Elle leva les yeux vers Henry qui se tenait toujours debout au milieu de la pièce. Il se massait les tempes comme en proie à une terrible migraine. Elle voulut dire quelque chose, mais Henry la coupa avant qu'elle n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit : « Pas ce soir… » lâcha-t-il d'un ton las.
Éteignant son ordinateur et rassemblant ses affaires, elle sentait le poids de la confusion et de l'incertitude la suivre comme une ombre. Elle quitta le bureau en silence, saluant Henry d'un signe de tête, les pensées enchevêtrées, un poids s'installant doucement dans sa poitrine.
