Disclaimer : Magnificent Century Kösem est l'oeuvre de Yılmaz Şahin .

Résumé : -Maman… C'est quoi, ces lettres ? [Magnificent Century : Kösem]

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Il n'est jamais trop tard

Chapitre 2

Il va l'envoyer chier. Poliment car elle sait comment elle l'a élevé : Osman dit rarement des gros mots et pour le coup, s'il en disait, elle ne relèverait pas. Il est en colère et elle a causé un tsunami dans sa petite vie tranquille de fils unique d'une mère célibataire au père absent. Elle frappe à sa porte et ouvre prudemment. Son « petit garçon » est allongé sur son lit, sur le côté, son dos lui faisant face. Il scrolle sur son téléphone portable, fait le tri de ses photos, bref, il essaye de se changer l'esprit.

-Osman. Dit Mahfiruze. Est-ce que tu as fort faim ? Je vais préparer le dîner.

-Pas trop.

Bon, il répond, c'est déjà ça.

-Si tu veux, tu peux manger dans ta chambre en regardant Youtube.

C'est rare qu'elle l'y autorise mais là, elle se doute qu'il n'a pas envie de manger avec elle.

-Merci.

La jeune femme l'observe, sent son coeur lui faire si mal qu'elle se demande comment il peut battre encore. Elle aurait vraiment dû brûler ces lettres. Elle a fait du mal à Osman et de son propre aveu, même pas pour son bien : elle n'a pensé qu'à elle. Personne ne peut la juger, sauf elle-même.

-Osman. Je sais… je sais que j'ai mal agi. Et que tu as des milliers de questions. Quand tu en auras envie, tu pourras me les poser.

Elle lui doit la vérité, même si ça lui fait mal, même si il trouvera ses explications puériles. Il est son fils, son unique enfant, sera sans doute son seul enfant de toute sa vie. Il est son plus beau miracle, le plus beau cadeau que lui ait fait l'existence. Il est sa fierté, sa joie, son soleil, sa vie. Comment pourrait-elle tout garder pour elle alors qu'il est un garçon que voudrait chaque mère : Osman est gentil, serviable, intelligent, curieux, sensible, dynamique, qui a bon coeur, bon fond et qui voudra toujours faire de son mieux.

-Tu n'as pas voulu me répondre tout à l'heure.

-J'ai été surprise. Et ce n'est pas une partie de ma vie dont j'ai envie de me souvenir. Mais tu as le droit d'avoir tes réponses.

Elle s'assoit sur le bord de son matelas et quand elle touche son épaule, il ne se décale pas cette fois-ci. Elle réalise qu'il a pleuré en silence. Elle a le sentiment d'être la plus horrible des mères.

-Je suis désolée, Osman.

-Je sais.

Osman peut-être trop mature pour son âge. Elle a souvent le sentiment qu'il est une vieille âme dans un corps d'enfant avant de se contredire et de le voir agir comme un adolescent de treize ans.

-Il était comment ? Ahmed ?

Il semblerait que les questions commencent dès ce soir.

-Il a dû changer depuis le temps. Je ne peux que te parler de celui que j'ai connu.

-Pas grave. Il était comment ?

-C'était un jeune homme grand, avec des cheveux noirs et courts, l'ombre d'une barbe, des grands yeux noisette.

-Je lui ressemble ?

-Beaucoup.

-Alors, tu me détestes. Tu l'as fui et moi, je lui ressemble.

-Osman !

Sa main se resserre.

-Je ne te déteste pas ! Je ne t'ai jamais détesté, au contraire ! Je t'ai aimé du moment où j'ai su que tu étais là ! Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie !

-Mais tu le détestes.

Elle soupire.

-Je ne le déteste pas. Mais je lui en veux.

Il a l'air de comprendre la nuance.

-J'ai quoi de lui ?

-Ta couleur de cheveux, la forme de ton nez, ton teint, tes lèvres, son bon coeur.

Osman se redresse, surpris.

-Il était gentil ?

-Oui, c'était un homme gentil.

Elle lui explique qu'ils se sont rencontrés au début de leurs études à l'université. Ahmed étudiait les sciences politiques : il aurait aimé devenir jardinier ou fleuriste car il adorait les plantes mais sa mère, Handan, n'a pas voulu. On ne devient pas jardinier ou fleuriste quand on est premier de la classe. Elle, elle suivait un cursus pour devenir styliste avant de réaliser que cela ne lui plaisait pas et elle s'est alors tournée vers les métiers du livre, finissant par passer et décrocher ces examens et concours pour devenir bibliothécaire.

Ahmed était gentil, Ahmed était drôle, Ahmed était timide…

Et Ahmed avait le coeur brisé.

Il sortait d'une relation avec Kösem, née Anastasia, une jeune grecque, qui avait été son premier amour.

Mahfiruze savait qu'elle était sans doute « une relation pansement » car ils étaient vite passés du stade de bons copains à petits-amis. Elle l'avait accepté : elle appréciait Ahmed, on avait tous le droit d'avoir un passé et elle avait espéré qu'il retrouverait le sourire avec elle. Leur relation n'était pas passionnée mais elle était tendre. Il la traitait avec gentillesse, avec respect, il s'intéressait à ses activités, essayait vraiment d'être un compagnon digne : il lui rendait visite, lui faisait des surprises, l'emmenait en date. Elle avait fini par tomber amoureuse de lui et patientait. Le coeur met du temps à se réparer. Tout allait bien, en tout cas, à ses yeux.

Sauf qu'un jour, Ahmed s'était réconcilié avec Kösem.

Il ne lui avait pas caché qu'ils avaient reconnecté et que leur amitié avait été ravivée. Cela avait piqué, elle avait éprouvé une certaine jalousie mais l'honnêteté de son partenaire l'avait touchée. Et puis, les garçons et les filles peuvent juste être amis, même s'ils ont été amoureux un jour…

Cela n'avait pas été le cas.

Cela n'avait pas été uniquement leur amitié.

Leur amour avait ressuscité de ses cendres.

Cela aussi, Ahmed le lui avait révélé… mais après. Sans doute essayait-il avant de comprendre ce qu'il se passait, de trouver les bons mots, de faire son choix aussi.

Et Mahfiruze n'avait pas été son choix.

Non seulement il l'avait trompée avec son ex, il avait mis fin à sa relation pour retourner avec sa première.

Comme si rien ne s'était passé, comme si rien ne comptait. Mahfiruze n'avait plus qu'à récupérer les morceaux de son coeur brisé ainsi que ceux de ses illusions : malgré leurs efforts, elle n'avait été, en effet, qu'un bandage, un pansement, une gaze, un anti-douleur…

Et quelques jours après qu'il l'eût quittée, elle découvrait sa grossesse.

Toujours piquée, elle avait juré qu'Ahmed ne le saurait jamais : il ne le méritait pas. Et puis, connaissant Kösem car elle avait eu des mots avec elle par le passé, elle savait d'office qu'elle serait accusée de mentir pour garder son mec à ses côtés, le fameux « baby trap » américain. Ahmed ne l'avait découvert que quelques mois plus tard, par accident, après l'avoir croisée en ville et son ventre qui commençait à être bien rond ne laissait place à aucun doute. Il n'avait eu qu'à faire le calcul.

-Et il voulait de moi.

-Il voulait de toi.

Oui, dès qu'il l'avait voulu dès qu'il l'avait su. Déjà, il avait eu la bonté de la croire et de ne pas prétendre que l'enfant était d'un autre ou qu'elle l'avait fait exprès. Il avait immédiatement demandé si tout se passait bien, si elle avait besoin d'aide, si elle avait besoin d'argent car il savait que c'était compliqué financièrement. Elle l'avait de suite arrêté : il était le géniteur de son bébé mais il n'en serait pas le père, elle se débrouillerait seule, elle ne voulait de la pitié de personne et encore moins quand il s'avérait que Kösem était aussi enceinte !

-J'ai… J'ai un frère ou une sœur ?!

-Tu en as même plusieurs. Je t'en parle après.

-Désolé.

Ahmed lui avait demandé de lui laisser une chance. Il était désolé de lui avoir fait du mal. Mais le bébé était de lui et il voulait être là, être son père, assumer ses responsabilités. Il l'avait suppliée d'au moins lui dire son sexe, son prénom et de lui dire quand il serait né. Cela, elle le lui avait accordé : le 04 novembre, elle l'informait qu'elle avait accouché la veille d'un petit Osman. Elle lui avait envoyé une photo. Mais elle ne voulait pas le voir. Elle lui retournait systématiquement les chèques qu'il lui envoyait pour la soutenir. Elle ne voulait rien de lui. D'ailleurs, elle ne considérait même pas que son enfant était de lui : il l'avait conçu, oui. Mais il était son bébé, pas le sien. Le jeune homme avait compris le message. Alors, à la place, il écrivait. Il envoyait des lettres adressées au petit garçon, ces maudites lettres qu'elle aurait dû arracher dès réception mais qu'elle n'avait pas pu détruire, quelque chose en elle lui disant que c'était mal. Les années passaient, il essayait toujours et un jour, il était venu chez elle. Elle n'était pas là, c'était son voisin qui l'en avait informée. Ce fut là qu'elle réalisa qu'il n'arrêterait pas. Elle avait ensuite changé de numéro de téléphone, trouvé un autre logement, changé de ville. Depuis, sa vie, c'était d'élever son enfant du mieux qu'elle pouvait, avec tout l'amour qu'elle avait en elle.

-La dernière lettre a été envoyée pour tes cinq ans. A cette époque, Ahmed était toujours avec Kösem et avait alors quatre enfants avec elle : Mehmed, le garçon qu'elle attendait quand je t'attendais, puis trois filles : Ayse, Fatma et Gehverhan.

-Il n'a jamais cherché après moi ?

-Le connaissant, je pense qu'il a dû le faire. Il est tenace. Mais après autant de temps, je ne sais pas s'il continue. Je n'ai aucun contact avec lui et je ne me tiens pas au courant de sa vie. Il est mort pour moi, Osman. Ton père n'était pas quelqu'un de mauvais. Loin de là. Il avait beaucoup de qualités, de belles qualités. Mais il m'a fait trop de mal.

-Et je ne l'ai jamais vu ?

-Je ne l'ai pas laissé te voir. Il n'a eu qu'une photo de toi à la maternité. C'est pour cela que je ne t'ai jamais réellement parlé de lui : vous n'avez aucune relation. C'est de mon fait, je l'assume.

-Tu n'as rien gardé de lui ?

D'instinct, elle dit non puis se ravise.

-J'ai peut-être quelque chose.

Elle revient avec une vieille boîte de souvenir et elle en sort une vieille photo de l'époque où ils sortaient ensemble ainsi qu'un vieux hoodie qu'il avait oublié chez elle et qu'elle avait gardé après la séparation : il ne l'avait jamais réclamé et elle, elle s'en servait quand elle faisait des travaux. Rien ne se perd. Quand à la photo, tant qu'elle était loin des yeux, elle était loin de son coeur.

-Tu peux les avoir, si tu veux.

Elle regarde l'heure : il faut vraiment qu'elle prépare à manger, sinon ils vont dîner tard. Elle se lève.

-Maman ?

Elle se tourne vers son fils.

-Merci. De me l'avoir dit.

-De rien. Je suis désolée de t'avoir fait du mal. Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes tout ou que tu me pardonnes.

-Je comprends. Enfin, je crois.

Mahfiruze embrasse la joue de son fils avant de l'enlacer.

-Tu es la lumière de ma vie, Osman.

Quand elle sort de la pièce, elle laisse une larme rouler le long de sa joue.

Même à des kilomètres d'elle, Ahmed trouve toujours un moyen de la hanter.

A Suivre