Les coups de onze heures avaient sonné depuis quelques minutes quand un cri fit taire la pluie un instant. (T/P) se réveilla calmement, habituée pendant quelques années à se lever la nuit pour les petits. Feitan, lui sursauta et se leva rapidement en alerte. Elle gloussa en le voyant chercher un ennemi inexistant des yeux.
"-Du calme Fei'. Personne ne va nous sauter dessus. Il fait simplement un cauchemar.
-Il fait chier surtout.
-On n'est pas rendus dis donc. Je vais le voir, recouche-toi.
-Pas sûr que je me rendorme.
-Ho mon chéri, il suffisait de le dire si tu voulais une berceuse.
-Va chier.
-Je t'aime aussi. A toute suite."
Elle se dépêcha donc de rejoindre la chambre voisine. La demoiselle entrouvrit la porte et trouva l'enfant sanglotant et recroquevillé sur son lit, la couverture entortillée autour des jambes. Avant de faire quoi que ce soit d'autre, elle signala sa présence en lui adressant la parole.
"-Léo, il t'est arrivé quelque chose ?
Devant l'absence de réponse, elle s'approcha de lui.
-Tu as fais un cauchemar ?"
Elle arrivait au bord du lit. Voyant qu'il ne servait à rien de tenter d'obtenir un mot, elle s'assit près de l'oreiller et posa doucement sa main dans les cheveux de Léo. Calmement, elle caressa la tête du garçon, attendant qu'il se détendre et lui explique son mauvais rêve. Petit à petit, il arrêta de pleurer et ses tremblements se calmèrent.
"-Ça va mieux ?
-Oui.
-Tant mieux, hum tu voudrais m'en parler ?
-Je sais pas trop. Tout de suite j'ai l'impression que c'est trop... réel.
-Je vois ce que tu veux dire. Il n'y a pas de soucis, on pourra toujours en discuter à un autre moment.
-Heu, tu...
-Oui ?
-Tu voudrais bien rester jusqu'à ce que je m'endorme ?
-Bien sur."
Elle replaça sa main sur le front de l'enfant et caressa sa peau de son pouce. Lentement, sa respiration prit un rythme régulier et tous ses muscles se détendirent. Ça y était, il s'était rendormi. Elle resta quelques instants de plus puis se leva pour rejoindre sa propre chambre, non sans poser un baiser sur le front du petit.
Un bâillement lui échappa alors qu'elle entrait.
"-Ça y est ?
-Yep, il s'est rendormi tranquillement.
-La prochaine fois je peux y aller ça ira plus vite.
-Hors de question qu'on retrouve un cadavre dans mes draps. Et puis c'est pas si terrible, il fait des cauchemars d'accord mais j'en ai fait aussi et je suis sûre que le grand Feitan aussi formidable soit-il a un jour eu le même problème.
-Toi et moi on faisait pas chier tout le monde.
-Qu'est-ce que tu es grognon. J'espère pour toi comme pour moi que tu n'auras jamais à te lever pour un bébé.
-Je suis sûr que je m'occuperais très bien d'un de ces petits monstres.
-Bieen sûr. On en est tous convaincus ! Maintenant au lit."
Sous les grognements de son compagnon, elle se réinstalla sur le lit. Un nouveau bâillement lui vint. Elle se dépêcha de l'étouffer avant de se glisser contre un Feitan toujours mécontent. Il attendit de la voir endormie pour poser sa tête sur la sienne et tenter de la rejoindre au pays des songes, bercé par la respiration de sa compagne.
Le lendemain, (T/P) fut la première à se lever, rien d'étonnant là-dedans, c'était toujours comme ça. Elle laissa Feitan dormir, mieux valait le laisser tranquille ce matin, surtout si elle voulait commencer sa journée calmement, sans l'entendre grincer des dents ou se plaindre. Elle prit le temps de boire un café avant de préparer le petit déjeuner pour les deux marmottes. La demoiselle était bien contente que Léo n'ait pas fait d'autres cauchemars. Bien sûr, ça l'arrangeait de ne pas avoir eu à se relever, mais surtout, ça voulait dire qu'il n'était pas si mal installé ici. Elle entendit ses pas le long du couloir puis dans l'escalier.
Il était tout ébouriffé d'avoir dormi la tête de coté sur l'oreiller. A ce moment là, il avait vraiment l'apparence d'un garçon de son âge qui rejoint sa mère pour manger avant d'aller à l'école. Il s'assit à la table et avec de petits yeux encore plein de sommeil, répondit doucement au bonjour enjoué qu'elle lui avait lancé. Elle se dit que décidément, il était vraiment chou en ce moment.
"-Comment s'est passée la fin de ta nuit ?
-Bien.
-Tant mieux, est-ce que tu veux manger quelque chose ?
-Hum, est-ce que vous auriez des céréales ?
-Bien sûr !
Elle se doutait bien qu'il lui demanderai une chose de ce style alors elle avait sorti le paquet ainsi qu'un bol à l'avance.
-Est-ce que tu prendras du lait avec ?
-...Oui."
C'était amusant qu'il hésite à accepter ses propositions, comme s'il ne pouvait pas se permettre d'en demander trop, et qu'il finisse par dire oui quand même. Il faudrait qu'elle lui explique qu'ils avaient de la nourriture dans des proportions bien assez grande pour qu'il se permette de manger à sa faim. Malgré son coté taciturne, c'était un gentil garçon. Et il avait été bien élevé. Qu'est-ce qui avait pu se passer ? Si ses parents s'occupaient bien de lui, pourquoi était-il seul maintenant ? Elle n'allait pas lui poser ses questions le matin au réveil mais il faudrait bien qu'ils en parlent à un moment.
D'autres pas se firent entendre, un peu plus lourdement. Feitan apparu quelques instants plus tard l'air renfrogné, se passant la main sur la nuque dans une tentative vaine de se réveiller.
"-Bonjour !
-'jour."
Il alla se servir un café sans sucre, avant de poser son postérieur sur la chaise à côté de la demoiselle et de s'emparer d'un croissant. Le silence s'installa avec lui. Tant qu'il n'avait pas fini sa tasse, mieux valait éviter de lui parler. Il n'y avait que (T/P) qui en avait le droit et encore. Ceci dit, elle non plus n'était pas vraiment du matin. Ils mangèrent ainsi. Feitan se déridant au fur et à mesure sans pour autant devenir bavard. C'était Feitan quand même, il n'allait pas passer pour un bout-en-train. Léo apporta lui-même son bol dans l'évier et il fallut que la jeune femme insiste pour l'empêcher de le laver.
Quand ils eurent tous terminés, Feitan rejoignit son potager. Il était peut-être un peu mieux réveillé mais il ne fallait pas exagérer non plus. (T/P) s'occupa de la maison avec l'aide de l'enfant.
Après s'être rendu utile, Léo s'était assis dans le fauteuil près de la fenêtre. Il observait le tueur travailler avec un air concentré.
"-Tu aurais envie d'y aller ?
-Mes parents avaient décidé de se débrouiller le plus possible par eux-même. Ils voulaient produire la plupart des choses qu'on mangeait pour éviter les pesticides du coup, depuis que je suis petit, j'aide à faire pousser des fruits et des légumes mais maintenant, je ne peux plus.
-Tu sais, Feitan a pas l'air sympa et avec la majeure partie des gens, il ne l'est pas vraiment. Mais il aime les gens qui savent se rendre utiles et puis, il ne s'en prendra pas à quelqu'un qui n'a rien fait contre lui. Je suis sûre que si tu vas le voir et que tu lui donnes un coup de main, il sera content.
-Je crois qu'il me déteste.
-Non, c'est pas ça. C'est beaucoup plus compliqué. Nous, on n'a pas eu ni papa ni maman pour nous apprendre à aimer. On a dû se débrouiller par nous-même alors forcément, on a fait des erreurs, on s'est fait mal souvent et on a beaucoup de cicatrices, surtout lui. Il a vu et fait beaucoup de choses. Je ne vais pas te mentir, son travail est loin d'être quelque chose de bien mais c'est comme ça qu'il a pu s'en sortir. Il apprend à aimer au fur et à mesure. Pour l'instant, il y a très peu de gens qu'il considère importants mais ça peut augmenter. Il suffit de savoir percer sa carapace.
-Et toi alors ?
-J'ai un grand-frère qui a toujours pris soin de moi. IL a fait en sorte que je ne manque de rien, peut-être même un peu trop. Une vraie mère poule ! Mais je lui dois beaucoup et je l'adore.
-Humm...
-Toi, tu n'es pas convaincu.
-Il me fait un peu peur quand même.
-Viens avec moi."
Elle lui prit la main pour le faire rejoindre le jardin avec elle. Arrivée près de l'homme, elle le relâcha et lui adressa un clin d'œil complice.
"-Feiiitaaann !
Elle hurla tout en courant vers lui pour se jeter dans ses bras, lui faisant lâcher sa binette.
-Merde !
Il failli perdre l'équilibre et jura en la rattrapant.
-T'es complètement dingue !
Elle lui plaqua un bisou sur la joue avant de se tourner vers l'enfant médusé.
-Tu vois, il grogne plus qu'il ne mord, c'est un gentil ours.
Se retournant vers son compagnon, elle ajouta :
-Je te revaudrai ça. Un massage ça te dirai ?
-Je vais en avoir besoin, tu as bien dû me décaler des cotes.
-Dis toute suite que je suis grosse, rit-elle.
-Exactement !
-Humpf puisque c'est ça je boudeeeuh."
Elle partit rapidement, passant devant Léo, elle lui fit un signe d'encouragement de la main et réintégra la maison pour se poster dans le fauteuil délaissé par l'enfant et les observer en souriant. Le meilleur moyen de s'entendre avec Feitan, c'était d'aller lui parler et de donner clairement ses intentions. Il aurait du mal à apprécier quelqu'un qui n'est pas capable de lui parler lui-même.
(T/P) vit le garçon s'approcher, hésitant. Feitan lui demanda probablement ce qu'il faisait là. Après un bref échange, l'homme lui désigna un râteau du menton pour qu'il s'occupe de rassembler les cailloux d'une partie qui venait d'être labourée.
Elle gloussa de joie et se décida à prendre un livre pour un bon moment de détente tranquille.
Du coté des garçons, le travail se faisait principalement dans le silence. Léo était bien content d'avoir pu parler à cet homme effrayant. Finalement, (T/P) avait raison, il n'était probablement pas méchant, en tout cas pas sans raison. Il ne parlait pas beaucoup et quand il le faisait, c'était rarement pour dire des gentillesses mais il avait accepté que l'enfant travaille avec lui. Ils continuèrent comme ça une bonne heure, à la fin, il commençait à faire un peu trop chaud pour rester dehors. Bien sûr, ça n'aurait pas dérangé Feitan mais Léo n'avait pas sa résistance.
A leu retour, elle leur tendit un verre de citronnade chacun et monta chercher une casquette pour Léo.
"-Et voilà, s'exclama-t-elle en lui vissant sur la tête. Comme ça pas de risque d'insolation. Il faudra bien boire aussi.
-Tu te plains de ton frère mais tu es encore plus protectrice que lui, se moqua Feitan. Donnes ton verre gamin, que je te resserve. Tu as bien avancé."
Léo tendit son verre et lança un grand sourire à (T/P) qui le lui rendit bien volontiers. Et voilà, ils avaient réussi à briser la glace, le repas seraient peut-être un peu plus animés, elle n'espérait que ça.
La journée continua dans la même ambiance détendue. Après le repas et le temps de fatigue extrême qui le suit toujours, les garçons retournèrent dehors pour avancer dans leurs tâches. La demoiselle prit le temps de finir son livre. Le soir venu, elle les força à aller se laver avant de faire quoi que ce soit d'autre. Ils étaient plein de terre. Ensuite, ils mangèrent en bavardant joyeusement, sauf pour l'ours du groupe qui ne connaissait apparemment pas la définition de ce mot. Après tout ça, il faisait encore jour, ce qui ne leur donnait aucune envie d'aller se coucher.
Léo qui avait été si content semblait maintenant soucieux. Il n'arrêtait pas de bouger et de jeter des coups d'œil autour de lui. Finalement, il vint s'asseoir à la table après que (T/P) lui ait demandé ce qui n'allait pas. Les deux adultes le rejoinrent rapidement. Ils sentaient qu'il avait quelque chose d'important à dire.
"-Je me demandais, est-ce qu'il va y avoir d'autres orages ?
-Et bien, on est en été, c'est normal à cette période de l'année, mais il n'y a pas à s'inquiéter. Tant que tu restes dans la maison, tu ne risques rien.
-Vous vous trompez, même dans la maison c'est dangereux. Sinon Papa et Maman ne seraient pas morts. »
