Bien sûr elle y avait pensé. Bien sûr ça faisait partie des possibilités. Bien sûr elle savait qu'il le dirait peut-être. Mais bien sûr, ça faisait mal, horriblement mal. Tant qu'aucune larme ne vint sur l'instant.

"-Dans ce cas, je n'ai rien à faire ici, ajouta-t-elle.

Et elle se leva rapidement, sans un mot de plus. Elle attrapa les premiers vêtements qu'elle trouva dans l'armoire et se changea sans lui jeter un regard.

-Qu'est-ce que ça veut dire ?!

Elle attendit d'avoir fini pour lui répondre.

-Exactement ce que j'ai dit. Je m'en vais.

Elle eut à peine le temps de franchir la porte de leur chambre qu'ils lui saisissait le poignet pour la retenir.

-Tu peux pas faire ça !

-Vraiment ?

Il ne répondit rien. Le ton de la demoiselle était sans appel, elle était plus qu'en colère et le moindre mot de travers serait dangereux.

-Tu peux pas me laisser.

-Tu n'es pas seul, et puis je ne suis pas si importante. Tu t'en sortiras.

-Non !

La prise sur le poignet de (T/P) se resserra. Elle sentit qu'elle devait reprendre le dessus.

-Feitan lâche-moi.

-Non ! Reste !

-Maintenant ! Si tu ne me laisses pas partir tout de suite, je serais obligée d'employer la force.

Déjà un loup se tenait à ses côtés, les crocs découverts prêt à attaquer. Feitan comprit qu'il ne gagnerait pas. Ça ne servait à rien de tenter de la forcer. Il lâcha sa main, tout doucement, à contre cœur.

-Bien. Je vais à l'orphelinat."

Léo, alerté par le bruit sortit de sa chambre en panique.

"-Qu'est-ce qu'il se passe ?!

-Rien Léo, répondit-elle calmement. Tu peux retourner te coucher.

-Vous êtes sûr ?

-Oui, tu as vu que j'avais déposé à manger sur la table de chevet ?

-Oui merci beaucoup.

-De rien, n'hésites pas à tout manger. Il faut prendre des forces.

Comme s'il avait senti ce qui arrivait, l'enfant se précipita sur (T/P) pour entourer sa taille de ses bras. En retour, elle lui caressa les cheveux.

-Ne t'inquiète pas, tout va bien."

Il finit par la lâcher et par retourner dans sa chambre. Quand elle regarda derrière elle, Feitan avait disparu mais elle savait très bien qu'il l'observait. Elle prit le temps de se saisir de son sac à main et comme elle était d'une humeur massacrante, décida de faire le chemin à pied pour se calmer.

Elle pouvait sentir qu'il la suivait, certainement pour être sûr qu'elle arriverait bien à destination. Comme s'il pouvait lui arriver quelque chose. Elle était prête à éclater quiconque viendrait lui chercher des noises.

Une fois arrivée, une des assistantes restées pour la nuit lui ouvrit. Avant d'entrer, elle jeta une dernière parole dans la nuit.

"-Rentre chez toi. Et ne vient pas me surveiller, je le saurais."

Une fois dans la chambre qu'on lui gardait toujours, elle se laissa enfin pleurer. Qu'est-ce qu'elle se sentait mal. La jeune femme décida d'appeler une de ses meilleurs amies. Il était tard mais il était pratiquement certain qu'elle ne dormait pas.

"-Machi ?

-Ouais ?

-Il faut que je te raconte un truc..."

Elle discutèrent une bonne partie de la nuit, jusqu'à ce que (T/P) tombe de fatigue.

Le lendemain, elle se sentait un peu plus légère, bien qu'elle ait mal à la tête d'avoir tant pleurer. Ses yeux étaient encore rougis et on voyait qu'elle n'avait pas dormi mais elle restait tout de même présentable, elle pourrait se servir d'une allergie au pollen comme excuse. La demoiselle n'était pas supposée travailler aujourd'hui, mais puisqu'elle était là... et puis ça lui changerait les idées. Elle en avait bien besoin. La journée se déroula tranquillement. Elle n'eut pas vraiment le temps de réfléchir mais elle s'en voulait un peu d'avoir abandonné Léo. Enfin, Feitan ne lui ferait rien. Tout ceci n'était pas la faute de l'enfant, il s'en rendait compte.

D'ailleurs, elle ne savait pas trop quoi penser de lui. En réalité, elle se sentait plus blessée qu'en colère à l'instant mais le simple fait de voir son visage pourrait la remettre en rogne. Elle lui en voulait de la considérer simplement comme un petit bout de sa vie. Il l'aimait, c'était certain. Mais il ne la reconnaissait pas comme sa compagne ou alors il avait une drôle de façon de le faire. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien être pour lui alors ?

Ces réflexions lui mettaient le cafard. Elle préférait se concentrer sur ce qu'elle avait à faire. Quand ça irait un peu mieux, la demoiselle pourrait y réfléchir tranquillement. Seulement, le soir venu, difficile de ne pas penser. (T/P) tournait dans son lit depuis près d'une heure déjà et elle ne le supporterai plus longtemps.

Ça y était. Elle avait fini par céder et était sortie prendre l'air. Rester dans sa chambre ne lui apporterai rien de bon. Il faisait un peu plus frais depuis quelques temps mais on ne passait pas sous la barre des trente degrés, à cette heure-ci, la température était donc plutôt agréable. Le ciel était assez dégagé, elle voyait parfaitement où elle allait. La jeune femme voulait s'éloigner des bâtisses, histoire de se sentir un peu seule dans son coin.

Elle n'allait pas mieux, ce serait exagérer mais à cet instant, elle n'avait envie ni de pleurer ni de frapper quelqu'un et c'était déjà bien. Il ne fallait pas lui en demander plus. Elle s'assit un instant sur un banc pour savourer la petite brise qui serpentait entre les arbres. (T/P) prit une grande inspiration avant de s'appuyer complètement.

Ça faisait du bien d'avoir un peu de silence intérieur. Depuis deux jours, elle n'entendait plus que la même rengaine lui tourner en tête : Il n'est pas là. Je ne suis pas grand-chose pour lui malgré tout. A quoi je m'attendais ?

"-Toi, tu es en train de te poser plein de question inutiles pas vrai ?

(T/P) sursauta si violemment qu'elle failli tomber.

-Machi !?

-Et oui, j'ai mis un peu de temps à arriver. On va le frapper tout de suite ou on attend demain ?"

Du coté de Feitan, les choses n'allaient pas franchement en s'améliorant. Il ne comprenait tout simplement pas. La situation. Son départ. Sa colère. Tout ça était beaucoup trop flou pour lui. Il se rendait bien compte qu'il avait dit quelque chose qui l'avait blessée et il s'en voulait terriblement parce que s'il y avait bien une personne à qui il ne voulait pas faire de mal, c'était elle. Il voulait une chance de s'expliquer, de comprendre en quoi le fait qu'il soit aussi fidèle à la brigade la dérange. N'en était-elle pas membre elle-aussi ? Seulement, le jeune homme savait que s'il s'approchait d'elle maintenant, il allait juste compliquer les choses. Elle avait besoin de temps seule avec ses pensées. Donc il attendait. Quoi ? Lui-même ne le savait pas trop. Un signe ? Un coup de main ? N'importe quoi en fait, même un coup sur la tête. Il passait tout son temps dans son jardin et tentait de maintenir la maison en l'état. Il avait failli jeter la machine à laver avant que Léo intervienne. Lui-aussi faisait beaucoup d'efforts. Il aidait Feitan autant qu'il le pouvait bien conscient que son colocataire n'était pas en grande forme.

Le soir de la première journée, le stress avait eu raison de lui et il avait cauchemardé à nouveau. A sa grande surprise, l'homme était venu le voir. Sans un mot ni un regard, il s'était assis à coté de l'enfant. Feitan lui faisait toujours un peu peur mais il était comme (T/P), honnête dans ses mots et ses gestes. Léo ne doutait pas du fait qu'ils sachent mentir mais même concernant ses capacités, ils lui avaient expliqué les choses au lieu de décider à sa place comme d'autres adultes l'auraient fait. L'enfant les appréciait de plus en plus.

"-Dites, vous pensez qu'elle va revenir ?

Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait posé la question. C'était évident que l'homme ne savait pas.

-Je l'espère.

Ha. Il ne s'attendait pas tout à fait à cette réponse.

-Vous aussi ça vous arrive d'avoir peur ?

-Rarement mais cette fois en fait partie.

-Qu'est-ce qui vous effraie ?

-Tu poses beaucoup de questions.

-Vous pouvez me donner beaucoup de réponses.

-Je l'ai pratiquement toujours connue et j'l'aime depuis presque aussi longtemps. J'étais sûr qu'elle ne m'accorderai rien d'autre qu'un air désolé alors j'ai rien dit mais j'ai besoin d'elle. Mes collègues aussi chiants soient-ils, sont importants, notre code nous ordonne d'être toujours fidèles.

-Plus qu'à elle ?

-... Je ne peux pas choisir entre les deux.

-Vous le lui avez dit ?

-Non.

-Vous savez, elle est gentille avec tout le monde. Elle connaît vos collègues ? Alors je suis presque sûr qu'elle les aime autant que vous. Mon papa adorait la glace à la pistache uniquement parce que c'était le parfum préféré de maman, ce n'est pas un peu la même chose ?

-Peut-être."

Et c'était encore plus vrai qu'elle avait vécu avec eux une bonne partie de leurs missions. Oui, elle aimait la brigade autant que lui. Seulement elle ne le voyait pas uniquement comme un camarade. Elle lui avait bien fait comprendre, ce n'est pas pour son rôle dans le groupe qu'elle restait avec lui. Mais est-ce qu'il lui avait rendu la pareille ? Non, il lui avait dit préféré la brigade à tout le reste, y compris leur relation. Feitan s'en rendait compte, il l'avait faite passer au second plan comme si elle n'avait pas grande importance. Tout ce qu'elle lui demandait, c'était la confirmation qu'il aimait être avec elle autant qu'il aimait être avec la troupe mais il l'avait envoyée paître.

"-Dis-moi gamin, tu voudrais aller la voir ? Elle doit s'inquiéter pour toi.

-J'irai.

-Tu pourrais lui donner un papier pour moi ?

-Bien sûr !

-Merci. Il prit une pause avant de reprendre. Tu dois dormir maintenant. Il est tard.

-Vous pourriez rester ?

-Seulement si tu me tutoies, j'en ai marre de tous ces "vous".

-D'accord !"

Feitan resta avec lui jusqu'à ce qu'il s'endorme puis parti rédiger son message.

Il n'avait pas grand-chose à écrire. Le plus important, il le lui dirai en face. Hors de question de se cacher derrière un bout de papier.

Il espérait qu'elle lui répondrait, plutôt que de faire un origami avec son message. Elle en serait capable, Kalluto lui avait appris à en faire de superbes.

Le lendemain, il avait fait vraiment mauvais temps, empêchant Léo de sortir. Il avait donc dû attendre le lundi pour aller à l'orphelinat.

Sur le chemin, il croisa un homme aux cheveux noirs assez grand qui le salua poliment. L'enfant lui répondit mais s'éclipsa rapidement. Il était pressé !

Il était encore tôt quand il arriva. Les employées le laissèrent entrer l'ayant déjà vu la dernière fois. Il trouva vite la jeune femme qu'il cherchait. Elle était avec une dame aux cheveux rose. Quand (T/P) le vit, elle lui fit un grand sourire avant de le faire s'approcher.

"-Léo je te présente Machi, c'est une très bonne amie. Et voilà l'enfant qu'on garde à la maison. D'ailleurs, qu'est-ce que tu fais là ?

-Je suis venu vous apporter un message et prendre de vos nouvelles.

C'est vrai qu'elle avait bloqué le numéro de Feitan pour avoir la paix.

-Je vais bien, je travaille beaucoup et toi alors ?

-Ça va parce que je sais que je ne suis pas tout seul. Même si Feitan me faisait un peu peur, il est gentil avec moi.

-Tu vois je te l'avais dit.

-Oui, vous pourriez lire le papier ?"

Elle le prit et l'ouvrit pour lui faire plaisir.

Il était écrit : "Je viendrais dans trois jours pour m'expliquer. Si tu es d'accord pour parler, laisse un animal m'attendre. S'il n'y a rien je repartirai."

"-Toujours aussi peu bavard, commenta Machi. Au fait Léo, est-ce que tu as croisé quelqu'un en venant ?

-Oui un homme aux cheveux noirs, il m'a dit bonjour.

-(T/P) est-ce que tu es médium ?

-Non pourquoi ?

-Il faudra peut-être que tu demandes tes explications à un cadavre."