Quelques heures étaient passées depuis la naissance des jumeaux. L'infirmière était partie il y a peu, les laissant profiter de leurs enfants. (T/P) restait tranquillement assise dans le lit. Feitan lui avait interdit d'en bouger et honnêtement, elle n'en avait aucune envie. Elle était bien trop fatiguée pour avoir la volonté de bouger mais elle était satisfaite. Enfin leurs enfants étaient là, en parfaite santé et sans qu'ils n'aient eut à faire face à la moindre complication.
Pour l'instant, Kuroro faisait pleinement connaissance avec son second neveu pendant que Feitan avait bien voulu laisser sa fille à Machi. Visiblement il s'était transformé en papa poule.
La maman demanda à Léo de s'installer près d'elle et le prit dans ses bras.
"-Tu veux essayer de porter un des deux ?
-Oui !"
Machi lui déposa la petite dans les bras et l'aida à la maintenir correctement. Léo ne la lâchait pas du regard, il était émerveillé par sa sœur.
"-Elle est trop belle !
-C'est parce qu'elle tient de moi.
-Je pourrais vous aider à vous occuper d'eux ?
-Bien sûr !
-Léo, maintenant on aura moins de temps pour toi. Tu auras p't-être l'impression d'avoir été en partie abandonné mais faut pas que t'oublies. Un jour ou l'autre ils grandiront et à ce moment là, vous s'rez trois face au monde. Alors pour l'instant, faut que tu prennes soin d'eux et que t'oublies pas dans la brigade on n'est jamais seul, t'es pas un membre officiel mais ça change rien.
-Feitan a raison, tu as un tas de gens sur qui tu peux compter. On se sert tous les coudes.
-D'accord ! Alors je les aiderai autant que je peux pour qu'on soit toujours soudés.
-C'est l'idée."
Alors qu'elle était encore dans les bras de son frère, Kage vint lécher les pieds de sa nouvelle maitresse avec affection. Lui aussi les avait adoptés.
Léo tint parole et fit tout son possible pour aider ses parents. Il était toujours prêt à rendre service et devint bien vite une excellente nounou.
Feitan ne quitta pas la maison avant plusieurs mois et seulement pour de courtes périodes. (T/P) et lui se disputaient de temps en temps parce qu'elle avait peur que leurs enfants grandissent sans père. Cependant, elle savait aussi qu'elle ne pouvait pas enfermer Feitan. Il avait besoin de la brigade et de son travail, même si c'était dangereux. le forcer à rester l'aurait juste rendu malheureux ou aigri. Ils apprirent encore une fois à faire des efforts, pas seulement pour eux deux.
Les jumeaux grandissaient vite et leurs caractères s'affirmaient de plus en plus. La petite était bel et bien le portrait craché de son père, elle ne pleurait pratiquement jamais et inquiéta beaucoup sa mère tant elle était inactive. Pourtant, elle montrait des signes évidents de compréhension mais manifestait peu ses émotions. Il n'y a qu'avec ses frères qu'elle se faisait plus douce. Le garçon lui tenait un peu plus de sa mère, il passait son temps à babiller ou à tenter d'attraper tout ce qui se présentait devant lui. Il pleurait aussi bien plus que sa sœur.
Assez rapidement, ils se mirent à gambader à quatre pattes dans la maison, le loup les suivant partout comme un garde du corps. Ils apprirent d'ailleurs à marcher avec lui. Chacun d'un coté, les mains agrippées aux poils de l'animal, ils avançaient à petit pas. Kage semblait prendre un malin plaisir à les faire venir jusqu'à leurs parents comme pour montrer à quel point il prenait soin d'eux. Il n'était pas rare non plus qu'il soit le premier à les entendre pleurer et qu'il prévienne les autres.
Quand les petits commencèrent à parler, la vie devint encore plus animées. Chacun essayait de leur faire dire son nom. Et ils s'amusaient à répéter n'importe quoi. Est-ce qu'une certaine personne s'est faite enguirlandée pour avoir dit des gros mots devant eux ? C'est l'évidence même.
Kuroro failli pleurer en les entendant pépier son prénom. Ça lui aurait presque donné envie d'en avoir lui aussi. Pour l'instant, ses neveux étaient bien suffisants. Il prenait et continuerait probablement toute sa vie à les gâter tous les trois.
Léo aussi grandissait. Il avait décidé de retourner à l'école et était régulièrement invité chez des amis. Les mamans de ceux-ci l'adoraient apparemment. Les filles aussi l'aimaient bien mais il avait "plus important à faire". Ce qui rassurait Feitan qui n'avait aucune envie de voir un de ses enfants se trouver un partenaire, même si c'était juste pour une amourette. Le pauvre n'était pas prêt. L'amourette vint, suivie d'une autre et d'encore une autre, jusqu'à ce que ces petites relations se fassent de plus en plus sérieuses avec le temps et que Léo se décide à leur présenter quelqu'un. (T/P) rit quand la jeune fille expliqua qu'elle avait été une enfant de passage à l'orphelinat. Les deux femmes passèrent le repas à se raconter des anecdotes tandis que les garçons les regardaient, un sourire aux lèvres pour l'un et un rictus pour l'autre.
Le premier anniversaire des jumeaux s'était transformé en véritable fanfare. Bien que ceux-ci ne s'en souviendraient pas, la brigade avait décidé de fêter leur première année comme il se doit. Si bien que ça avait fini en véritable capharnaüm. La famille allait devoir s'y habituer, ce serait ainsi tous les ans.
Vint la première rentrée des classes pour les jumeaux. Si l'un était plus qu'heureux de rencontrer des enfants de son âge, l'autre avait un peu plus de mal.
"-Comment je fais si les autres m'aiment pas ?
-Tu me donnes leurs noms et leurs adresses.
-Feitan ! D'abord, pourquoi est-ce qu'ils ne t'aimeraient pas ?
-Parce que je parle pas beaucoup.
-Est-ce que ton Pa' parle beaucoup ?
-Non.
-Est-ce qu'il est tout seul dans son coin comme le grincheux qu'il est ?
-Hum non. Tous les tontons et tatas sont là et toi Ma' et nous.
-Voilà. Ce n'est pas grave si tu ne deviens pas amie avec tout le monde. Personne ne te le demande. L'important c'est que tu en trouves un ou deux. Qu'ils restent toute ta vie ou seulement un moment ça ne change rien. Fais les choses à ta façon. Tu verras que comme ça tu ne seras jamais toute seule. Et dans le pire du pire des cas, ton frère sera avec toi. Tu vois que tout va bien.
-Oui Ma'. Merci.
-De rien ma puce."
Et quand la porte se fut refermée sur les visages souriants des enfants, les parents eux se retrouvèrent seuls. Soyons honnêtes, ils en avaient rêvé de cette solitude. Pendant des heures entières. Seulement, ils en avaient perdu l'habitude et le silence parut d'abord un peu pesant. Jusqu'à ce qu'ils se décident à faire une petite sieste tranquillement installés dans les bras l'un de l'autre.
"-Si ça se passe bien à l'école, il faut qu'on prenne le temps de sortir un peu plus. Ça fait longtemps qu'on n'a pas fait de randonnée.
-T'es pas trop fatiguée pour ça ?
-Je suis pas si vieille que ça moi.
-Parce que moi si ?
-Hum bonne question. Une randonnée te fait peur ?
-Dis donc toi tu vas voir ce qu'il va te faire le vieux !"
Peut-être que la sieste fut un peu écourtée par d'autres activités.
Bien que parents, les amoureux n'oubliaient pas qu'ils avaient besoin de temps seuls ensemble. Voilà pourquoi il leur arrivait de laisser les enfants aux autres membres de la brigade ou aux employées de l'orphelinat voir même à Léo pour sortir manger au restaurant ou se promener un peu. Ils ne partaient jamais bien longtemps et restaient toujours joignables mais ça leur permettait de se détendre et de respirer.
Ils étaient réveillés pour aller chercher les nouveaux écoliers et ceux-ci se jetèrent dans leurs bras en les voyant.
"-Ma', Pa', maintenant qu'on y est allés, c'est pas la peine d'y retourner si ?"
Apparemment le concept n'était pas très bien compris mais au moins ils s'étaient amusés. Kuroro, en tant qu'oncle, et potentiellement de chef qui cherche un petit peu trop à tout contrôler, avait insisté pour qu'ils entrent dans une bonne école. Il ne demandait pas qu'elle soit particulièrement réputée mais que les enseignants connaissent leur travail et soient à l'écoute des enfants.
Un peu plus tard, les petits demandèrent à apprendre à faire du vélo pour aller jouer avec leurs nouveaux amis. (T/P) et Feitan en maintinrent un chacun. Dans l'après-midi ils roulèrent tous seuls malgré quelques chutes. Ils organisèrent bien vite des courses dont leur frère était l'arbitre. Kage s'amusait à courir avec eux.
Il arrivait aussi assez souvent que les jumeaux se disputent. C'était un moyen pour eux de rappeler qu'ils étaient bien deux personnes distinctes et pas seulement une paire. Ça n'allait jamais bien loin, ils étaient encore petits. Mais pour éviter que ça ne s'envenime plus tard, ils prirent l'habitude de faire des activités en solo avec l'un des adultes et Léo. Ainsi ils développaient leurs propres goûts et étaient bien contents de se revoir après pour tout se raconter.
Malgré tout, ils ne pouvaient pas dormir l'un sans l'autre, tous les matins, ils étaient installés dans le lit de l'un d'eux. Il arrivait aussi, bien que ce soit plus rare, que toute la petite famille; Léo comprit puisque les deux monstres allaient le chercher; se retrouve dans le lit conjugale.
Quand un d'eux faisait un cauchemars, c'est Feitan qui venait veiller sur leur sommeil, assurant qu'il brûlerait tous les monstres qui auraient le courage de s'approcher. Quelques fois sa femme le retrouvait à moitié allongé au pied du lit des petits. Quand au réveil ils s'en souvenaient, (T/P) prenait le relais et en discutait tranquillement avec eux.
Comme Léo avant eux, les jumeaux eurent rapidement envie d'apprendre à se défendre. Ce serait trop cool de pouvoir faire comme Pa'. Leur mère était d'accord. Quelques cours de self-défense ne pouvaient pas leur faire de mal.
Bien sûr, ils n'étaient pas encore au courant des activités de la brigade. Un jour viendrait où il faudrait leur expliquer mais ça pouvait encore attendre. Tout ce qu'ils avaient besoin de savoir, c'est que Pa', les tatas et les tontons travaillaient pour tonton Kuroro. Peut-être qu'un jour ils prendraient la relève et formeraient une nouvelle génération de voleurs mais ce n'est pas ce que leur famille leur souhaitait. Après tout, eux avaient commencé parce qu'ils n'avaient pas d'autre choix.
Contrairement à ce qu'elle pensait, la plus jeune se fit rapidement des amis et bien qu'elle soit plus renfermée, les enfants de maternelle avaient l'habitude de parler à tout le monde. Son frère faisait d'ailleurs toujours en sorte de l'intégrer à ses jeux s'il la voyait seule. D'autres fois, il s'asseyait avec elle. Pas besoin de parler entre eux. Ils se comprenaient.
On aurait pu penser que Léo aurait du mal à trouver sa place avec son frère et sa sœur. Ce fut le cas pendant un moment. Mais quand on expliqua aux plus jeunes qu'ils n'étaient pas liés par le sang à leur frère, ils se contentèrent de hausser les épaules l'air de dire "et alors ?" Et d'attraper chacun une de ses mains pour aller jouer.
Il arriva que l'adolescent se dispute avec les adultes qu'il devienne désagréable et leur dise qu'ils n'étaient de toute façon pas ses parents. C'était vrai dans l'absolu, il n'y avait rien à y faire. Mais il savait que jamais le couple n'avait fait de différence entre eux. Léo était un bon garçon. Il s'emportait mais savait reconnaître quand il avait été trop loin et s'excuser. Plus jamais il ne dit une chose pareille alors que pendant qu'il s'excusait sa Ma' se mettait à pleurer.
La vie de famille ce n'est pas toujours simple. Voir même rarement facile mais ils s'en sortaient plutôt bien tous ensemble et pour rien au monde ils n'auraient changé leur situation. Enfin Feitan avait une famille et (T/P) un foyer. Il ne leur restait plus qu'à faire durer ce rêve jusqu'à leur dernier soupir. Quand celui-ci vint, ils partirent avec le sourire.
