Ce texte a été écrit pendant la 150ème nuit d'écriture du Forum Francophone (FoF) qui a cette occasion a été rebaptisée « nuit du chaos » pour marquer l'événement.
Comme j'ai écrit le texte en deux heures, j'ai accumulé les contraintes d'écriture. Pour la première heure, l'écriture était libre sauf… sauf je devais écrire mon texte sans le verbe « dire ». Pas si facile.
Comme je n'avais pas terminé le texte à la fin de la première heure, j'ai continué l'OS en ajoutant la nouvelle contrainte : évoquer « celui-dont-on-ne doit-pas prononcer-le-nom »
Et à un moment, une dernière contrainte est tombée : arrêter d'employer des mots qui contiennent la syllabe « pro » (cette contrainte était horrible croyez-moi)
Bref comme le thème était libre, je me suis lancé sur un texte que je voulais tenter depuis un bon moment.
Qu'est-ce que Dumbledore aurait pu faire pour limiter le recrutement de Voldemort parmi ses élèves ? Pas grand-chose. Sauf peut-être celle-ci.
Bonne lecture !
La troisième voie :
Horace Slughorn se tenait derrière une fenêtre au deuxième étage d'où il observait sombrement les étudiants qui fêtaient bruyamment la fin des ASPICs dans le parc.
Il regardait plus particulièrement ses Serpentards de dernière année. La question n'était pas s'ils termineraient dans les rangs de Tom. La question n'était pas si, mais quand.
Les autres étudiants étaient plus modérés dans leur enthousiasme. Ils quittaient la sécurité de l'école de sorcellerie pour un pays en guerre. L'inquiétude se lisait sur leurs visages, à y regarder de plus près, la détermination s'y devinait pour certains, mais la résignation y figurait pour d'autres.
Prêts ou pas prêts ils quitteraient l'école le lendemain matin par le Poudlard Express.
« Bonsoir Horace, je vois que vous avez reçu mon courrier » murmura une voix douce.
Le maitre de potions, sursauta à peine alors que Dumbledore apparaissait à ses côtés. Il en aurait presque souri en d'autres circonstances.
« Je l'ai bien reçu. Que vouliez-vous ? Votre invitation était pour le moins…
— Succincte ?
— Dumbledorienne » corrigea Slughorn.
Le directeur éclata d'un rire qu'on ne lui avait plus entendu depuis longtemps.
« Quel spectacle désolant, commenta le maitre des potions en désignant leurs élèves. J'ai essayé Albus, croyez moi, j'ai essayé, bien plus que les années précédentes, mais avec les Maraudeurs d'un côté, mes Serpentards de l'autre et les autres étudiants qui prennent des positions plus discrètes.
— Tous ne sont pas perdus, soupira Dumbledore.
— Pourquoi m'avoir invité ? interrogea douloureusement Slughorn. Pas pour remuer le couteau dans la plaie j'imagine. Ce n'est pas votre style.
— Vous avez remarqué ? Un de vos Serpentards manque à l'appel, pointa le directeur.
— Severus Rogue, remarqua Slughorn après quelques secondes de réflexion. Où peut-il bien être ? Encore en train de fomenter contre les Gryffondors ? Enfin ils sont là donc il ne devrait pas se trouver loin.
— Tous ne sont pas perdus. Nous n'avons pas fait assez pour le jeune Severus, soupira Albus. J'ai peut-être une solution pour lui.
— Laquelle ?
— Une solution qui utilise son besoin de reconnaissance, son orgueil et son envie de surpasser ses camarades.
— Vous commencez à m'inquiéter Albus, s'alarma Slughorn.
— Je lui ai fait une offre. J'espère de tout mon cœur qu'il la saisira. Nous sommes ici pour constater sa décision. »
Le directeur focalisa son attention sur les étudiants. Slughorn renonça à arracher les vers du nez aquilin. Dumbledore finirait bien par lui expliquer. Il se rapprocha de la fenêtre à son tour et patienta douloureusement.
Soudain la porte du château s'ouvrit à la volée et révéla celui que les deux enseignants attendaient. Il était à la fois différent et semblable à lui-même.
Différent parce que plein d'assurance. Il ne portait plus l'uniforme, mais une tenue et une cape noire de mauvais augure.
Fidèle à lui-même parce qu'il brandissait sa baguette, prêt à ensorceler quiconque se trouverait sur son chemin.
Il descendit les marches sans un regard pour personne.
L'absence d'uniforme et surtout la lourde malle qui flottait derrière Rogue attirèrent vite l'attention.
Ce furent les Serpentards qui réagirent les premiers.
« Rogue ? s'exclama Mulciber. Qu'est-ce qui se passe ? Le vieux fou t'a renvoyé ?
— La veille de son départ. Tu délires mon gars, même le vieux fou n'est pas assez fou, intervint Wilkes.
— Je pars, expliqua Rogue d'un ton glacial et en agitant dangereusement sa baguette.
— Tu pars ? Et où ça ? interrogea Rosier d'un ton menaçant.
— Loin de se maudit pays, loin de cette maudite guerre. Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus.
— Le seigneur des…
— Maintenant écartez-vous et laissez-moi passer, ordonna Rogue de la voix doucereuse qu'il affectionnait tant.
— Si tu crois que… »
Mulciber termina sa phrase dans un hurlement alors qu'un maléfice cuisant atteignit son visage. Rosier tenta de dégainer sa baguette, mais Rogue lui fractura le bras d'un maléfice. Quant à Wilkes, il recula en levant les mains.
« Calme-toi Rogue, tenta t-il.
— Écarte-toi. Je ne me répéterai pas. »
Et Wilkes obéit, mais une lueur dans son regard convainquit Rogue de le stupefixer.
Il enjamba le corps sans états d'âme et poursuivit son chemin en direction des grilles de Poudlard.
À l'exception des gémissements de Rosier et Mulciber, tous les autres étudiants observait l'obscur Serpentard en silence.
La situation était inédite, Rogue était rarement aussi impitoyable, même contre les Maraudeurs, et jamais, au grand jamais contre des Serpentards.
Est-ce que Rogue était un vrai Serpentard ?
Un faux ?
Est-ce qu'il n'y avait autre chose que des mangemorts parmi les Serpentards ?
Les deux enseignants étaient pâles. Ils observaient toujours la scène depuis la fenêtre mais ils étaient trop loin pour intervenir.
De toute évidence, Dumbledore ne s'attendait pas à une sortie en fanfare digne d'un Gryffondor et Slughorn ne s'attendait pas à une prise de position si radicale face aux mangemorts.
« Que lui avez-vous promis Albus ?
— Une troisième voie : ni mangemort, ni ordre du phénix, ni même une pseudo-neutralité. Le choix du non-choix. Quitter définitivement l'Angleterre sans retour. Nouvelle identité et nouvelle vie.
— Et vous avez réussi à le convaincre aussi facilement ?
— Non.
— Je suppose que la nouvelle vie proposée est suffisamment attractive pour… comment aviez-vous formulé ? Pour valoriser son besoin de reconnaissance, son orgueil et son envie de surpasser ses camarades ?
— Précisément. »
Parmi les étudiants, une seule osa régir. Lily bondit sur ses pieds et se précipita à la rencontre de son ancien meilleur ami.
Par solidarité et un peu beaucoup la protéger, les Maraudeurs la suivirent baguettes à la main.
« Severus ! s'écria t-elle. Attends-moi. Severus. »
Rogue tressaillit en entendant cette voix adorée et détestée.
Il inspira, se reconstitua un visage sans émotions et pivota pour se retrouver face à son amie d'enfance.
« Evans » murmura t-il en brandissant sa baguette en direction de son visage.
Lily eut un mouvement de recul.
« Severus, je pensais que tu voulais rejoindre les mangemorts, mais est-ce que tu…
— Voudrais rejoindre ceux qui tiennent tête au Seigneur des Ténèbres ? »
La Gryffondor se mordit la lèvre incertaine.
« Tu me vois mourir pour défendre un Potter, pour un monstre ou pour Black ? demanda t-il ironiquement en désignant les Gryffondors qui se tenaient quelques pas derrière elle.
— Où vas-tu ?
— À un endroit où je ne servirai pas de chair à maléfice pour aucun des deux camps.
— Tu prends la fuite, constata Lily avec un soupçon de déception dans la voix.
— Tu préférais retrouver mes maléfices et mes potions dans le camp de celui-dont-on-ne doit-pas prononcer-le-nom.
— Non, nous ne préférions pas, intervint James Potter. Tes créations sont beaucoup trop… dangereuses.
— Tu pensais à brillantes, corrigea Rogue.
— N'exagérons rien » souffla Lupin en posant la main sur l'épaule de James pour le faire taire.
Le directeur réalisa un petit sortilège pour leur permettre d'entendre la conversation entre Rogue et les Gryffondors. Une chose était certaine, le jeune Serpentard ne pourrait avoir le dessus avec ses cinq camarades, même avec toute sa créativité et sa férocité.
« Pensez-vous qu'elle peut le ramener dans votre camp ?
— Notre camp, rectifia Dumbledore. Mais non. Son orgueil l'en empêchera.
— Espérons qu'il parte avant d'en assassiner un… ou plusieurs.
— Elle les en empêchera.
— Merlin vous entende.
— Ils étaient amis et je pense qu'ils le sont encore. Ce n'est peut-être pas la meilleure manière de faire ses adieux, mais souhaitons leur d'y parvenir. »
En contre bas, Lily poursuivit ses questions.
« Qu'est-ce que tu comptes faire ?
— Dumbledore m'a trouvé un apprentissage, à condition de ne pas prendre position pour aucun ni pour le seigneur des ténèbres ni pour le ministère ni pour sa milice privée.
— Aucun maitre ne te prendra en apprentissage, cracha Sirius.
— Aucun maitre britannique ? C'est certainement vrai.
Dans quelle discipline magique ? demanda Lily pour changer de sujet et désamorcer la situation. Les potions ? La défense contre les Forces du Mal ? Enchantements ?
— Que pourrais-tu faire de cette information ? rétorqua Rogue.
— Je…
— Si c'est pour que cette information arrive tout à fait par hasard aux oreilles du Seigneur des Ténèbres.
— Je ne ferai jamais ça, s'indigna Lily.
— Potter et Black le feront sans hésiter.'
Les Maraudeurs pâlirent, mais n'osèrent l'insulter en retour.
'« Ce ne serait pas la première fois, cracha t-il en regardant Lupin qui baissa honteusement les yeux. Mais ce serait la dernière car il est certain qu'Il ne manquerait pas son coup. Cet apprentissage est un nouveau départ à l'étranger. Dans quelques minutes Severus Rogue n'existera plus.
— En voilà une excellente nouvelle, s'exclama joyeusement Sirius.
— Ferme-la Sirius, ordonna James. Eh bien, bon courage. J'espère que tu réussiras à tourner cette page anglaise vers... la suite.
— Rassure-toi, je n'ai plus vraiment de famille et plus aucun ami qui pourraient me rattacher ici. »
Lily baissa la tête pour ne pas croiser le regard son ancien ami.
« En ce qui me concerne vous n'existez plus. Essaye de ne pas te faire tuer trop vite Lily. Adieu. »
Sans attendre de réponse, Severus Rogue tourna les talons et dans un mouvement de cape qui ne deviendrait jamais légendaire à Poudlard, il se dirigea à grands pas vers les grilles du château.
Il ne fut bientôt plus qu'une silhouette et quitta l'école sans un regard, sans un regret.
Severus Rogue ne reparut jamais, ne prit jamais la marque, ne rapporta jamais de prédiction et ne devint jamais agent double.
Voilà voilà !
Un texte à la fois triste et positif. On offre à Severus un moyen de ne pas rejoindre les mangemorts, mais il n'y aura ni gloire, ni respect, ni amitié, ni pardon ni tout ce que vous voulez. Il y aura autre chose…
J'aime cette solution et je suppose qu'elle aurait permis de sauver quelques futurs mangemorts. Ce qui sûr c'est que ça réécrirait complètement la saga.
Pensez à commenter pour me dire ce que vous en avez pensé. À bientôt !
