Petit OS d'anniversaire pour mon ami Vince !
Albus n'avait jamais vu d'herbe aussi verte de sa vie. Ou peut-être au Manoir Malefoy, bien qu'il doute que cela soit ainsi naturellement.
Les paysages défilaient devant ses yeux sans cesser de l'émerveiller. Il découvrait la Gruyère pour la première fois et il était plus que fier d'avoir choisi cette région pour leurs vacances.
Il détourna les yeux de la fenêtre pour regarder Scorpius. Il ne put empêcher un sourire amusé d'étirer ses lèvres en voyant le blond grimacer et regarder sans cesse autour de lui comme pour vérifier qu'il n'était pas suivi ou que tout allait bien.
En réalité, Albus savait que son petit ami était simplement déstabilisé à l'idée de se retrouver dans un train moldu au milieu de moldus dans des vêtements moldus, le tout en mangeant un sandwich moldu et buvant du jus d'orange moldu.
– Détends-toi, il ne reste plus que dix minutes de trajet, pouffa-t-il alors.
Scorpius leva la tête du sandwich qu'il fixait depuis quelques secondes comme s'il s'agissait de son propre épouvantard et le fusilla du regard.
– Je répète que nous aurions dû prendre un portoloin, ç'aurait été beaucoup plus rapide ! marmonna-t-il en reposant son jambon-beurre du bout des doigts.
Albus leva les yeux au ciel et récupéra le sandwich. Si son idiot de copain refusait de manger, lui, n'allait pas se gêner !
– Je t'ai déjà dit que faire ce voyage à la moldue comptait pour moi, répondit-il en prenant un croc. En plus, les trains sont presque les mêmes que le Poudlard Express, tu pourrais faire un effort.
Scorpius grimaça de plus belle en le voyant parler la bouche pleine.
– Tu n'as aucune manière, Potter, grogna-t-il en levant les yeux au ciel.
Albus lui offrit un clin d'œil par-dessus son sandwich, ce qui ne fit que renfrogner un peu plus Scorpius.
– Prochain arrêt, Gruyères.
Scorpius se leva aussitôt, bien décidé à quitter ce wagon plein d'enfants criards et de vieux messieurs ronflants. Il fut cependant bien vite confronté à l'appui-coude de son siège qu'il fut incapable de replier correctement pour passer.
– Qu'est-ce que c'est… que… ce… truc… minable !
Albus éclata de rire sans pouvoir se retenir. Le visage de son petit ami était devenu tout rouge de colère et de nervosité et il secouait l'appui-coude dans tous les sens dans l'espoir de pouvoir enfin passer.
– Aide-moi, idiot, au lieu de rire, gronda Scorpius.
– Là, regarde, attends, répondit Albus en se penchant par-dessus la table pour l'aider. Il y a un bouton sur le côté, tu le vois ? Là, oui, voilà.
L'appui-coude se replia et Scorpius s'échappa aussitôt du carré de sièges où ils venaient de passer deux heures. Albus n'avait toujours pas cessé de rire et s'occupa de récupérer leurs valises, alors que son petit ami s'échappait déjà vers la sortie du train qui ralentissait.
Albus le suivit à l'extérieur une fois à l'arrêt et descendit sur le quai, leurs bagages dans les mains.
– Monsieur l'Aristocrate compte m'aider à porter les valises, ou je me débrouille ?
– Si tu insistes, répondit Scorpius avec un sourire narquois, avant de marcher en direction de la sortie de la gare.
Albus leva les yeux au ciel et accéléra le pas pour le rejoindre.
– Tu ne sais même pas par où aller, lui fit-il remarquer.
– Non, mais j'ai un majordome à mes côtés pour me le dire, répliqua Scorpius sans se défaire de son sourire.
– Idiot, marmonna Albus en lui donnant un coup de coude. Viens, c'est par là.
La gare était loin d'être blindée. Si le train s'était vidé, les familles et autres voyageurs s'étaient vite esquivés. Il ne restait plus qu'eux et un couple de vieux moldus.
Albus se retint de sourire en voyant la posture si droite et inconfortable de Scorpius. On aurait dit un poisson au beau milieu du désert tant il semblait mal à l'aise. C'était bien là l'une des raisons secrètes d'Albus pour ce voyage à la moldue. Il se réjouissait particulièrement de voir son petit ami dans un environnement si éloigné du sien.
Oubliés étaient les elfes de maison, les voitures de luxe de son père, les baguettes magiques et les vacances au soleil. Albus avait décidé qu'ils partaient à l'aventure ! Du moins, au beau milieu de la campagne suisse, ce qui s'apparentait à la forêt amazonienne ou les plaines australiennes aux yeux de Scorpius.
Albus posa les bagages sur le sol de la gare et retira son sac à dos de voyage pour en sortir le morceau de papier sur lequel toutes les inscriptions pour rejoindre leur gîte étaient inscrites.
– Dis-moi que nous allons au moins transplaner jusqu'au gîte, maintenant, gémit Scorpius en se rapprochant de lui.
Il passa une tête au-dessus de son épaule, mais Albus se tourna à temps pour qu'il ne puisse pas voir quel était le programme de leur semaine. Il leva les yeux vers Scorpius, prêt à lui rappeler quel était l'objectif de leur voyage, mais son estomac se serra en voyant le regard suppliant de son petit ami.
Scorpius avait encore les joues rouges, probablement un mélange de nervosité et de suractivité liée au stress. Ses cheveux habituellement si bien coiffés étaient légèrement en bataille à force de passer ses mains dedans. Même sa cravate, qui était pourtant toujours ordonnée à la perfection, jurait avec sa tenue.
Albus soupira avec un sourire désolé. Il rangea son morceau de papier dans l'une des poches arrière de son jean et s'approcha de Scorpius. Il leva les mains jusqu'à son cou pour remettre en ordre sa cravate noire.
– Oui, mentit-il alors. La zone de transplanage se trouve juste derrière la gare.
Scorpius hocha la tête, ses yeux fixés dans ceux émeraude d'Albus. Ce dernier en fut déstabilisé un instant, si bien qu'il cessa d'arranger la cravate. Scorpius se pencha alors jusqu'à son oreille, se baissant juste assez pour que son souffle frôle la peau de son cou.
– Attention, Potter, nous ne sommes pas seuls. On pourrait presque croire que nous sommes plus que des amis.
Avant qu'Albus n'ait le temps de se remettre des paroles de son petit ami, ce dernier avait attrapé les bagages et marchait en direction de la sortie de la gare, indiquée par un grand panneau bleu. Le rouge au joue, le brun se hâta de le rejoindre, sans aucun commentaire sur le fait que Scorpius ait changé si rapidement d'humeur.
oOo
Le gîte qu'Albus leur avait trouvé était situé dans une forêt si vaste qu'ils pouvaient être certains de n'y trouver personne. Il l'avait trouvé sur un site de location de vacances dont lui avait parlé sa tante Hermione. D'après ses dires, elle en avait elle-même été très satisfaite lorsqu'elle avait dû louer un chalet pour Ron et ses enfants.
Et Albus n'en fut pas déçu. Le gîte était composé d'une grande salle de vie qui contenait une cuisine et un séjour, ainsi qu'une chambre et une salle de bains. Juste assez pour quelques jours à deux.
Aussitôt arrivés, Scorpius s'était précipité dans la salle de bains pour se laver les mains. Cela avait fait sourire Albus qui savait très bien qu'il en profiterait aussi pour se laver le visage, les avant-bras et toute zone de son corps susceptible d'être entrée en contact avec les sièges du train. Le brun en aurait été vexé s'il ne savait pas que cette obsession pour la propreté était une chose héréditaire chez les Malefoy.
Il avait tant de fois vu son beau-père se plaindre de la moindre saleté environnante qu'il était habitué à ce que Scorpius en fasse de même parfois.
Albus n'attendit pas le retour de son compagnon pour faire un tour rapide des lieux. Il ouvrit en grand les rideaux qui cachaient les baies vitrées donnant sur l'extérieur et ouvrit les fenêtres pour aérer la pièce. Il se surprit même à fermer les yeux quelques secondes pour profiter de l'odeur de pins amenée par la brise d'octobre.
– La salle de bains n'est pas très grande, fit remarquer Scorpius en le rejoignant.
Albus rouvrit les yeux et les leva au ciel. Ce qu'il pouvait être exigeant !
– Je te signale que nous avons choisi ce gîte parce que c'était le seul qui avait une baignoire et que Monsieur refusait de prendre une douche !
– Comme si tu allais te plaindre que nous puissions prendre des bains ensemble, Potter.
Albus tourna la tête vers Scorpius et lui donna un coup de coude.
– Ce n'est pas moi qui me plains dans l'histoire.
Scorpius haussa une épaule, avant d'ouvrir l'une des baies vitrées pour sortir sur leur petit balcon. Ils se trouvaient au centre d'une clairière juste assez surélevée pour avoir une vue sur la vallée quelques centaines de mètres plus loin.
Le blond se tourna vers Albus et lui tendit la main. Il ne lui en fallut pas plus pour le rejoindre. Scorpius le tira dans ses bras, son torse contre son dos, et posa son menton sur son épaule. Albus inspira longuement l'odeur de Cologne qui s'échappait de son petit ami. C'était réconfortant, calmant.
Que pouvait-il vouloir de plus qu'un tel cadre ? Il était dans les bras de l'homme qu'il aimait, au milieu d'une forêt suisse magnifique, et ce pendant sa saison préférée.
– Je sais que je rouspète beaucoup depuis que nous sommes partis, Al, mais je suis vraiment content d'être ici, avec toi, souffla Scorpius à son oreille après plusieurs minutes passées l'un contre l'autre. Merci, j'en avais besoin.
Albus soupira de contentement et s'appuya un peu plus contre lui. Scorpius lui embrassa la joue du bout des lèvres, avant que le silence ne reprenne place entre eux. C'était paisible.
Il s'agissait de leurs premières vacances à deux, la toute première fois qu'ils partaient ensemble dans un autre pays et ce pour plusieurs jours d'affilée. Et même si Albus aurait préféré que cela arrive dans d'autres circonstances, et pour d'autres raisons, il était tout de même ravi de partager ces instants avec Scorpius.
Car en effet, la raison de ce départ n'était pas anodine. Ils s'étaient contentés de dire à leurs proches qu'ils voulaient fêter leur récente acceptation en tant qu'apprentis aurors, mais la réalité était toute autre. Et leurs parents n'étaient pas assez crédules pour les croire.
Scorpius avait perdu sa mère il y avait de cela un mois. Et s'il cachait très bien ce qu'il ressentait face à tout cela, qu'il se contentait de se fermer à quiconque souhaitait le comprendre, Albus était bien conscient qu'il allait mal.
Ils ne vivaient pas encore ensemble, mais cela n'empêchait pas Albus de voir toute la tristesse que son petit ami ressentait dans son regard. Il semblait porter le poids du monde sur ses épaules depuis quelque temps. Et peut-être était-ce le cas.
Son père n'était pas beaucoup mieux. Albus avait entendu dire que l'oncle et la tante maternels de Scorpius avaient dû déménager chez eux pour soutenir Monsieur Malefoy. Ils allaient tous mal, mais Scorpius était le seul à le cacher. Pourquoi ? Albus n'en avait aucune idée, mais il était déterminé à ce que cela change. Il voulait le soutenir, ne pas le laisser croire un seul instant qu'il devait avoir le rôle du battant, du plus fort. Il avait droit à son deuil, lui aussi.
– Tu sais, j'ai lu sur internet qu'il y avait une représentation de théâtre dans le château de Gruyères, souffla Albus en se tournant dans les bras de Scorpius. C'est demain soir, ça te dirait ?
– Quelle pièce ? demanda-t-il en passant une main dans les cheveux fous d'Albus.
– Aucune idée, mais apparemment le directeur de la troupe habitait ici avant et se débrouille tous les ans pour avoir le château pour un soir. Je me dis que ça peut être sympa, même si au final la pièce est pourrie. Au moins, on sort un peu d'ici, juste pour une soirée.
– Tu t'ennuies déjà de moi ? plaisanta Scorpius avec un rictus amusé.
– Si tu savais ! J'espère qu'une chose c'est que tu t'endormes pour pouvoir m'enfuir, répliqua Albus sans le lâcher du regard.
Il se mordillait la lèvre inférieure et avait passé ses bras autour des hanches du blond. Il n'arrivait pas à se défaire de son regard bleu. Scorpius baissa les yeux vers ses lèvres pendant une seconde avant de plonger sur celles-ci, une main placée à l'arrière de sa tête.
Lorsqu'ils se séparèrent, ils étaient tous les deux à bout de souffle et leurs joues étaient rosies.
Le regard que Scorpius lui lança était doux, presque vulnérable. Il y avait cet éclat de satisfaction pourtant teinté par une mélancolie qu'Albus voyait si souvent ces derniers temps. Il le regardait comme s'il était le seul à le comprendre, le seul à l'aimer si fort, le seul à pouvoir toucher son cœur comme il le faisait. Peut-être était-ce le cas.
– J'ai envie de dormir dans tes bras, souffla-t-il en laissant tomber son front contre celui d'Albus. J'ai envie que tu me serres contre toi.
Albus sentit des tas de papillons s'envoler au creux de son estomac, alors que ses yeux se remplissaient de larmes. Comment pouvait-il refuser une telle chose ?
Silencieusement, il le tira par la main et les fit entrer à l'intérieur du gîte, par la baie vitrée qui menait à la chambre. Il ne défit même pas les draps et se contenta de s'allonger contre Scorpius, son visage dans le creux de son cou et l'une de ses mains posée sous sa chemise si bien taillée.
– Merci, répéta Scorpius en le serrant contre lui. Merci d'être là.
Sa voix tremblait, si légèrement qu'Albus n'en fut pas certain au départ.
– Toujours. J'te le dis pas assez, Scorpius, mais… Je suis vraiment content d'être là. Avec toi. Même si l'occasion est un peu spéciale, j'étais super excité de partir en vacances avec toi, juste tous les deux.
Il leva les yeux juste à temps pour voir son petit ami sourire. Un sourire doux, ému.
– Tu sais, je ne veux pas voir tout le monde pleurer, souffla Scorpius. Maman aurait voulu que l'on continue de vivre, que l'on soit heureux. Elle aurait voulu des sourires dans les regards et de la joie sur les visages. Je suis content qu'on soit partis, parce qu'en ce moment j'ai l'impression que tu es le seul à pouvoir m'aider à faire tout ça.
Ce fut au tour d'Albus de sourire. Il se sentait si bien dans ses bras, léger, heureux.
– Je t'aime, Al', chuchota-t-il ensuite. Tu es le garçon le plus incroyable que j'ai jamais rencontré.
– Je t'aime, répondit-il sur un ton ému. Ce seront les plus belles vacances de toute notre vie, je te le promets.
Les meilleures, c'était décidé.
J'espère que ça vous a plu ! Merci à Damelith de m'avoir relue !
Nova
