L'espérance de la ruine
Thranduil ouvrit la main pour permettre à Seldir de lui enfiler son gantelet, la pièce finale de cette séance d'habillage de son armure de plates. Il ne se souvenait plus quand était la dernière fois qu'il l'avait portée. Peut-être était-ce la fois où il avait mené une unité au sud quand l'ombre était retombée sur Eryn Galen et qu'il avait voulu se rendre compte par lui-même du retour de Gorthaur. Ou bien cela pouvait être l'époque où les dragons froids(L) avaient envahi les Ered Mithrin et que certains étaient descendus jusqu'à l'orée de la forêt pour trouver de quoi se nourrir.
Il eût bien entendu préféré la laisser prendre la poussière encore un peu, mais le moment était venu. La mobilisation de l'armée avait pris plus de temps que prévu car la garde montée n'était revenue qu'une semaine auparavant avec les lames confectionnées dans les forges d'Imladris. Cependant, le roi avait été informé par Arhaviel que Thorin Écu-de-Chêne avait déjà quitté Esgaroth et s'était mis en route pour Erebor. Thranduil savait qu'il devait à tout prix faire sortir son armée d'Eryn Galen le plus vite possible, ou les conséquences pourraient être terribles. Il était peut-être déjà trop tard.
« Voilà, mon seigneur », annonça Seldir en relâchant le bras de son roi. Le valet s'éloigna alors pour aller chercher ses armes, et décrocha délicatement Maedranc de ses deux mains avant d'entendre Thranduil lui dire :
« Orcrist également.
— Les deux, mon seigneur ? » questionna l'elfe en se tournant vers le roi qui hocha la tête pour toute réponse. Seldir fronça les sourcils, mais s'exécuta, empoignant de sa deuxième main l'épée légendaire qui avait été suspendue à côté de Maedranc. Il revint alors vers Thranduil qui lui prit les épées une par une pour les pendre de chaque côté de sa ceinture, tandis que le valet refit un aller-retour pour lui rapporter une dague et plusieurs couteaux. Thranduil s'en arma tout en congédiant son serviteur :
« Merci, Seldir. Vous pouvez y aller, je descendrai dans un moment. »
L'elfe acquiesça puis se retira. Il ne portait pas d'armure de plates, mais de simples protections en cuir. Il ne s'était pas engagé parmi les réservistes, contrairement à sa fille Elian, mais le valet avait tout de même décidé d'accompagner et d'assister son roi jusqu'au campement.
Thranduil croisa sa silhouette dans le miroir. Celle-ci lui parut étrange, ainsi recouverte de plaques et de maille, et seule la longue tresse que lui avait faite Imlothiel lui sembla familière. Il détourna son regard pour le poser sur son épouse, qui se tenait immobile sur la plateforme extérieure reliée à l'appartement. Il s'approcha doucement d'elle, faisant malgré lui cliqueter son armure, puis suivit son regard, alors rivé vers le pied de la montagne. Là, une agitation se distinguait. Des chevaux étaient sortis un à un des écuries qui se situaient dans une cave creusée dans la paroi orientale de Taurothrond, et ils étaient menés à travers le pont en bois pour être regroupés dans la clairière.
« Il est temps », fit remarquer Thranduil sans détourner son regard.
« Je sais, et je le regrette », répondit son épouse d'une voix morne. Elle pivota alors pour lui faire face et ses yeux vert amande étaient implorants.
« Reviens-moi, ajouta-t-elle.
— Tu sais que je ne puis te le promettre.
— Et tu sais qu'il m'est impossible ne pas te le demander. Tout comme je ne puis que te supplier de ramener notre fils. »
A ces mots, le regard de Thranduil s'assombrit. Ce n'était pas là quelque chose auquel il souhaitait penser. La compagnie de Legolas avait déjà quitté Taurothrond deux jours plus tôt en reconnaissance et Imlothiel était depuis plongée dans une certaine torpeur. Thranduil ne savait pas si son armée allait finir par rencontrer le dragon, mais si tel était le cas, les unités d'archerie seraient en première ligne d'attaque et essuieraient certainement le courroux du cracheur de feu. Il soupira alors, s'approchant de son épouse pour l'entourer de ses bras.
« Felanor et Taurian veillent sur lui, et je puis te garantir que je ne lui demanderai de prendre aucun risque plus important que ce que je demanderais à ses camarades.
— Je sais », souffla Imlothiel en enfouissant son visage dans le cou emmaillé de Thranduil. Les deux restèrent un moment ainsi, profitant de ce dernier instant de tendresse avant l'implacable séparation. Puis s'écartant difficilement, il et elle se fixèrent d'un regard déterminé. Déterminé à surmonter cette épreuve et déterminé à se revoir. Thranduil posa alors un doux baiser sur les lèvres de son épouse, qui le lui rendit avec vigueur. Puis d'un accord silencieux, le roi et la reine se retirèrent vers l'intérieur de l'appartement, avant d'en sortir main dans la main, traversant les corridors et escaliers de Taurothrond jusqu'à arriver dans le grand vestibule.
Là, Thurindir et Aglarorn, chacun lourdement armé, vinrent se poster derrière le couple royal, le suivant alors qu'il se frayait un chemin hors des cavernes et jusqu'au pont de bois qui menait vers la forêt. Thranduil s'arrêta alors, balayant de son regard perçant la garde montée qui l'attendait dans la clairière. Les elfes avaient tous et toutes fait leurs adieux à leurs proches et monté leur cheval, patientant à présent dans une atmosphère étrange, à la fois lourde et légère. Il était temps de se mettre en marche.
En dehors du chemin, sous les arbres ou sur les branches, des elfes accueillirent le roi et la reine par des salutations et des valédictions. De part et d'autre du pont, se tenaient les quelques ministres qui resteraient à Taurothrond pour assister la reine dans sa mission. La commandante Rhovaniel était également là, car elle était chargée d'assurer la protection du royaume, en collaboration avec le commandant Celeduil.
Tout avait été préparé en amont, les réunions s'étant enchaînées pendant ces trois semaines. La garde-frontière et la défense intérieure avaient été renforcées avec les jeunes recrues que le maître Celondir avait jugé prêtes à déployer. Toutes les situations d'attaque avaient été étudiées et des stratégies mises en place, que ce fut en cas d'assaut de la part de Smaug ou encore d'invasion orque.
Imlothiel avait pris son rôle de régente et de protectrice très à cœur, participant activement à chaque réunion et y apportant ses idées. Le roi n'en avait pas attendu moins d'elle, mais l'implication de la reine lui avait permis de se libérer de certaines de ses obligations et de prendre ce temps notamment pour retourner au hall d'entraînement. Il avait pu se remettre en forme physiquement et échanger quelques coups d'épée avec Thurindir.
Sentant tous les yeux tournés vers lui, Thranduil pivota vers Imlothiel, échangeant avec elle un regard entendu, puis il s'exclama d'une voix tonitruante, de façon à ce que toutes les personnes assemblées dans la clairière pussent l'entendre :
« Ma dame, en mon absence, je vous confie la régence de notre royaume, et chaque elfe d'Eryn Galen devra pendant ce temps se tourner vers votre bon jugement.
— Votre confiance m'honore, mon roi, et c'est avec dévouement que je m'assujettis à cette mission », répondit solennellement Imlothiel en inclinant la tête. Et dans un murmure, elle ajouta :
« Et puisse Tauron vous accompagner et vous protéger jusqu'à votre retour. »
Thranduil laissa un faible sourire se former sur ses lèvres puis il prit la main de son épouse dans la sienne et la serra avec force. Enfin, après un dernier échange de regards chagrinés, il tourna les talons et se dirigea vers sa monture, Lachnan, dont Seldir tenait les rênes. Il était plus commun pour les Tawarwaith de monter à cru pour voyager ou pour chasser, mais les chevaux devant là supporter le poids non seulement des elfes mais également de leurs armures, tous avaient été sellés.
Thranduil salua sa jument, et sentant son appréhension face à une situation qui lui était nouvelle, il lui murmura des mots d'apaisement. Puis d'un mouvement fluide, il l'enfourcha, tandis que ses deux gardes l'imitèrent et vinrent se placer derrière lui. Un instant après, il observa Seldir monter à son tour sur son cheval.
Il jeta alors un dernier coup d'œil à Imlothiel qui se tenait toujours droite sur le pont et il projeta son fae vers le sien, embrassant son inquiétude, sa colère mais également son amour. Enfin, il mit sa monture en mouvement et la cavalerie le suivit vers le sentier qui allait les mener à l'orée orientale de la forêt, où devait se réunir l'armée des elfes d'Eryn Galen.
La garde montée, qui avait pour mission de protéger le roi, était la dernière à quitter Taurothrond. La compagnie d'archerie était partie deux jours plus tôt, avec à sa tête Laegryn et Legolas, puis la compagnie d'infanterie s'était mise en chemin la veille, menée par Lothuil ainsi que le capitaine Lergelir. Mais à travers toute la forêt, des compagnies réservistes s'étaient mises en marche vers l'est.
Elles étaient composées d'elfes de tous bords, dont l'occupation première n'était pas la défense du royaume, mais la chasse, la culture, le tissage ou encore la charpenterie, ne prenant les armes que de temps en temps pour aider les troupes à repousser quelque invasion d'orcs ou d'araignées. Une part n'avait pas tenu d'épée depuis les grandes batailles. Mais la majorité avait répondu à l'appel de son roi. Ainsi, quelque deux milles elfes se dirigeaient vers la plaine deTaeloen, prêts et prêtes à défendre leur foyer contre le feu du dragon.
La cavalerie marcha à pas lents mais réguliers, ne prenant de pause que pour laisser du temps aux montures de se rafraîchir. La première journée de voyage se passa sans encombre, et bien qu'une atmosphère lourde entourât la compagnie, les gardes chantaient et riaient, s'empreignant des derniers moments de vitalité des arbres d'Eryn Galen qui bientôt tomberaient un à un dans un sommeil hivernal.
Thranduil ne partageait pas la bonne humeur de ses elfes, mais il la leur enviait. Les Tawarwaith avaient toujours cette fabuleuse capacité à profiter de toute bonne raison pour mettre un peu de couleur et de gaieté à leur vie, et leur roi espérait que cela pourrait continuer encore un long moment. Même quand viendrait le moment de quitter l'abri des chênes et des hêtres, et même quand un cracheur de feu leur ferait face. Car les jours où les elfes d'Eryn Galen ne chantaient pas étaient de biens sombres moments.
Quand la nuit fut tombée, la compagnie s'arrêta quelques heures pour camper et laisser le temps à leurs montures de reprendre des forces. Des gardes se regroupèrent autour de feux tandis que d'autres montèrent dans les arbres pour se laisser sombrer dans leurs songes. Après que Seldir lui eut proposé des baies qu'il avait cueillies pendant l'une de leurs pauses, Thranduil s'assit contre le fût d'un vieux chêne somnolant et chercha le sommeil, car rares avaient été les occasions pour lui de se reposer les dernières semaines.
Mais celui-ci mit du temps à arriver, laissant le roi sujet à des murmures emplis d'effroi circulant parmi les arbres. Il ne comprit pas de quoi il était question et fut rongé par un sentiment d'inquiétude. Lumières et ténèbres. C'était ce dont la forêt parlait, mais jamais elle ne fut plus claire.
Son regard arpentait les alentours, tandis qu'il laissait son fae vagabonder parmi les arbres à la recherche de ce qui les effrayait autant. Tout autour des feux, les elfes ne semblaient pas avoir remarqué la détresse de la forêt et entamaient une chanson enfantine faisant l'éloge d'un roi qui s'était dressé face à un cracheur de feu pour protéger son royaume.
Thranduil détestait ce chant. Il décrivait avec de vives couleurs ce qui ne pouvait être que sombre et sinistre. Il ne dépeignait pas les braillements des arbres en feu, ou l'odeur débectante de chair brûlée. Mais lui se souvenait de la terreur de voir chaque tentative d'assaut échouer et les corps de ses camarades tomber les uns après les autres avec des cris effroyables. Il ressentait la culpabilité et le désespoir.
Il sentait la panique asphyxier ses entrailles. Après la surprise de l'embuscade, la bête était entrée dans une colère folle et crachait ses flammes de toutes parts, ne s'arrêtant que pour reprendre son souffle. Elle allait les transformer en braises si rien n'était fait. Mais leurs flèches n'avaient servi qu'à l'enrager, percutant ses écailles avant de retomber sur le sol ou devenant cendre avant même d'atteindre leur but. Et maintenant, nombre de ses camarades avaient déjà péri ou étaient en train de suffoquer. Lui-même avait la gorge et les poumons en feu et ses yeux le brûlaient. Il entendait à ses côtés Laegryn pris d'un accès de toux qui l'empêchait de reprendre son souffle.
Il devait faire quelque chose. Il avait conduit ses camarades jusqu'au serpent, il ne pouvait pas attendre de les laisser se faire tuer devant ses yeux. Il jeta un regard vers Laegryn. Son arc reposant au sol, il était tombé à genoux et essayait de protéger ses voies respiratoires de ses mains, tout en le fixant d'un air désespéré. Thranduil se tourna une nouvelle fois vers le cracheur de feu et, constatant que sa vue s'était floutée, il jeta à son tour son arc par terre puis se débarrassa de son carquois. Si les arcs et les flèches n'avaient pas d'effet sur cette bête, autre chose en aurait. Il se baissa pour attraper un bouclier qu'un ou une de ses camarades avait fait tomber à côté de lui, puis il dégaina son épée. Il patienta.
Les flèches continuaient de pleuvoir de part et d'autres du dragon qui répondait de ses jets de flammes, grondant et griffant le sol dans sa rage. Et puis soudain, la bête pivota pour faire face à des adversaires qui l'attaquaient depuis une colline de rochers. C'était l'ouverture qu'il lui fallait. Il ne prit pas le temps de réfléchir à ce qu'il devait faire de peur de laisser filer le bon moment. Ou son courage.
Il s'élança, ignorant la voix affaiblie de Laegryn qui l'appelait, et parcourut la distance qui le séparait du serpent, sautant par-dessus fûts déracinés et arbustes enflammés. Et quand il fut à seulement quelques pas de sa tête et que l'air était devenu brûlant et étouffant, il dressa son bouclier, leva sa lame devant lui, puis d'un bond, la planta sous la mâchoire de la créature, la faisant rugir de douleur tandis qu'un sang sombre et épais se mit à couler le long de l'épée jusqu'à sa main. Il la tira avec difficulté, se préparant à frapper une deuxième fois, mais la bête tourna alors son museau vers lui, le foudroyant de ses yeux rouges, et il sut qu'il ne pouvait pas manquer sa cible, car cette attaque allait être pour lui la dernière.
Alors que le dragon inspirait une nouvelle fois pour raviver ses flammes, Thranduil se jeta dans la gueule ouverte du serpent, tendit le bras et transperça de toutes ses forces son palais. Mais il n'entendit rien, ne vit rien, et ne sentit plus que l'ardeur insoutenable dans chacune des parties de son corps.
« Sire ? Mon seigneur ? »
Ses yeux s'agrandirent pour se poser sur Thurindir qui le fixait d'un air inquiet, la main posée fermement sur son épaule. Thranduil remarqua alors que sa respiration était saccadée, mais la sensation de brûlure l'avait quitté, hormis dans sa poitrine, et sa vision s'était éclaircie. Derrière son garde, il apercevait la mine paniquée de Seldir. Fermant les yeux, le roi tenta de reprendre contrôle de sa respiration, inhalant longuement avant de souffler tout l'air de ses poumons, et, alors qu'il recommençait l'action plusieurs fois, il sentit le fae apaisant d'Imlothiel affleurer le sien, le rassurant et le consolant malgré la distance qui les séparait. Quand enfin les battements de son cœur reprirent un rythme plus lent, il ouvrit les yeux, les posant sur son garde.
« Qu'y a-t-il ? demanda-t-il simplement.
— Nous allons repartir. Seldir a essayé de vous réveiller, mais… votre sommeil était agité. Comment vous sentez-vous ?
— Ce n'était qu'un rêve », répondit-il. Le visage de Thurindir afficha une mine contrite, mais celui-ci se contenta de tendre au roi une outre ainsi qu'un linge. Thranduil fronça les sourcils, mais sentant une goutte de sueur couler le long de sa tempe, il s'empressa d'essuyer son front transpirant, avant de boire quelques gorgées d'eau.
Il n'était pas tout à fait honnête. Un rêve était abstrait, créant des visions hors de la réalité de l'espace et du temps, rendant les événements plus plaisants ou au contraire plus terribles. Mais ce qu'il venait de voir était réel. Il l'avait vécu et ce souvenir lui revenait encore et encore aux moments les plus inopportuns. Ce n'était pas la première fois qu'il refaisait surface depuis le moment où Thorin Écu-de-Chêne avait mis pied dans la forêt, mais ce souvenir lui revenait généralement à l'abri des regards, et Imlothiel avait toujours été à ses côtés pour l'apaiser.
Thranduil soupira, puis tenta de se lever. Cependant, il dût s'agripper un instant à Thurindir, car ses muscles étaient engourdis. Hormis Seldir et son garde, personne dans le camp ne sembla prêter attention à ce qui lui était arrivé, ou du moins personne ne fit en sorte de le montrer. Tout le monde se hâta de se remettre en selle avant que l'aube arrivât.
Il devenait apparent que quelque chose s'était passé pendant la nuit dans la région, car les murmures des arbres s'étaient peu à peu transformés en lamentations et chaque elfe ressentait désormais leur détresse. Les chevaux furent lancés à une cadence plus importante à mesure que la forêt devenait moins dense et les pauses furent réduites. Thranduil comptait franchir la frontière orientale avant la tombée d'une nouvelle nuit.
La compagnie s'était mise en route depuis peu de temps quand un bruit de sabots galopant depuis l'est se fit entendre à travers le bois. Les elfes tendirent l'oreille, craignant qu'il pût s'agir d'un ennemi. Mais les arbres les rassurèrent sur l'identité de la cavalière qui était une messagère de l'armée.
Les pas de sa monture ralentirent finalement à l'approche de la garde montée et elle finit par l'arrêter totalement quand, au détour d'un buisson, elle se retrouva face à son souverain. D'un geste léger, il stoppa sa cavalerie.
« Heureuse rencontre, sire », dit alors la courrière en saluant le roi. Elle semblait affolée tandis que son coursier était essoufflé.
« Gwelim, l'identifia Thranduil, quelles nouvelles apportez-vous ?
— Sire, le dragon… Il a attaqué Esgaroth ! s'écria la guerrière d'une voix implorante.
— Smaug est sorti de sa tanière ?
— Certes, mon seigneur ! La ville entière a brûlé et une épaisse fumée l'enveloppait quand je me suis mise en route dans la nuit.
— Cela fait des heures. Où le dragon s'est-il rendu depuis ? A-t-il rejoint la montagne ?
— Je l'ignore. La fumée nous empêchait d'apercevoir Erebor. Le dragon ne s'est pas dirigé vers Eryn Galen, c'est ce dont je suis sûre. »
Thranduil sentit les battements de son cœur s'accélérer. Ainsi, ce qu'il avait craint était arrivé. Mais où Smaug était-il allé après avoir décimé la ville du lac ? Avait-il suivi la rivière en quête d'autres villages humains ? Ou peut-être s'était-il dirigé vers les Emyn Angren, déterminé à en finir avec la lignée de Durin ? En tout cas, le dragon avait été réveillé, et Thranduil doutait qu'il fût retourné se terrer dans la montagne sans avoir cherché à prendre une revanche bien plus remarquable sur les nains qui l'avaient défié. Thorin Écu-de-Chêne et sa compagnie avaient certainement péri, mais le roi ne s'en mouvait pas. L'arrogance de ces nains avait coûté la vie à des centaines d'hommes et de femmes d'Esgaroth, et l'équilibre déjà fragile entre les peuples du Rhovanion était définitivement perdu.
Mais Smaug ne s'était pas tourné vers Eryn Galen, et pour cela, Thranduil en était prêt à remercier les Belain. L'obscurité de la nuit avait dû cacher aux yeux du dragon les troupes elfiques qui se rassemblaient à l'orée de la forêt. Mais dès que celui-ci allait revenir au nord, il ne les manquerait pas. Il lui fallait vite rejoindre Taeloen.
Sans un autre mot, Thranduil remit sa monture en mouvement, suivi de près par la cavalerie et il força l'allure autant que le terrain boisé pouvait le leur permettre. Les pauses furent rares et brèves, et alors qu'Arien descendait dans leur dos, la compagnie atteignit finalement l'orée orientale, où les arbres se faisaient plus jeunes et moins nombreux.
Là, un campement militaire s'était formé sous la cime des hêtres ainsi que sur la plaine qui s'étendait au-delà. Et les elfes accueillirent leur roi par des acclamations et des salutations avant de retourner à leurs tâches. Quelques personnes s'occupaient de préparer le repas du soir, tandis que d'autres échangeaient quelques coups d'épée, s'affairaient à aiguiser leurs lames ou tiraient quelques flèches. Personne ne restait les bras croisés, mais pourtant, tous et toutes se demandaient si une bataille allait finalement avoir lieu.
Car en traversant le camp, Thranduil entendit les rumeurs qui couraient parmi son armée. Et celles-ci lui furent confirmées quand il atteignit le sommet d'une colline où il rencontra Laegryn. Celui-ci lui annonça, un sourire d'espoir sur les lèvres et sans préambule :
« Les oiseaux chantent la chute du dragon. »
Thranduil ne répondit pas tout de suite, se laissant glisser de sa monture pour la confier à Seldir. Il tourna alors le regard à l'est, là où Esgaroth devait se tenir. Mais la ville du lac restait dissimulée derrière une épaisse brume de vapeur, et rien ne laissait paraître de son état.
Ce n'était encore qu'une rumeur. Alors pourquoi venait-il soudainement de sentir son cœur s'alléger ?
« Comment cela serait-il possible ? demanda-t-il alors.
— Il aurait été abattu par un archer du nom de Bard. »
Ce ne fut pas Laegryn qui répondit, mais Legolas qui venait de les rejoindre, le sourire aux lèvres et ses yeux vert feuille brillants d'une lueur d'admiration. Thranduil fronça les sourcils. Bard. Ce nom lui était vaguement familier. Mais comment un simple archer de la race humaine eût pu mettre à bas le cracheur de feu ? Smaug s'était-il ainsi laissé affaiblir pendant son long sommeil ?
« Envoyez un ou une elfe vérifier cela, dit Thranduil en reposant son regard sur le long lac.
— Cela est déjà fait, mon seigneur, répondit Legolas, Arhaviel est elle-même partie à la mi-journée.
— Parfait. Je veux un point de situation sur les troupes arrivées et celles encore en chemin. »
Legolas sembla surpris de cette requête et Thranduil ne pouvait lui en vouloir. En apprenant la possible mort de Smaug, les elfes de l'armée s'attendaient certainement à rentrer aussitôt, mais cela n'était point quelque chose que leur roi pouvait leur permettre malgré tout. Il s'était enfin décidé à faire face à la créature, il ne pouvait donc pas retourner dans la forêt avant même d'être certain de son sort. De plus, il savait que la chute du dragon ne serait point sans conséquence pour le Rhovanion et peut-être même pour Ennor. Thranduil était d'ailleurs surpris de n'avoir toujours pas vu accourir Mithrandir, car un nouveau problème se dessinait : Erebor était possiblement libérée de son gardien et un trésor immensurable allait être convoité.
« La majorité des compagnies sont arrivées hier et dans la matinée, répondit finalement Laegryn, voyant que Legolas restait béat. Nous n'attendions plus que la garde montée, ainsi que les troupes réservistes du sud-ouest, menées par la dame Megûr. Elles arriveront à la nuit tombée.
— Bien, répondit Thranduil en se tournant pour faire face aux deux elfes. Faîtes savoir aux troupes que nous continuerons d'avancer vers la montagne dès demain. Même s'il s'avère que le dragon a péri, nous ne savons pas encore ce qu'il a pu laisser derrière lui, et nous ne pouvons pas fermer les yeux. »
Thranduil et Laegryn avaient déjà tous deux discuté de ce qu'il leur faudrait faire si le dragon venait à périr, alors le maréchal n'était pas surpris de sa demande, acquiesçant puis tournant les talons pour aller distribuer ses ordres. Mais Legolas resta quant à lui figé, fixant son père avec un regard troublé, n'osant cependant point questionner les ordres de son roi.
« Parle, fit alors Thranduil en adressant à son fils un regard encourageant. Tu n'arriveras pas à convaincre tes elfes que nous devons continuer si toi-même tu n'en comprends pas la raison.
— Je… Quels sont les risques, mon seigneur, si le dragon est mort ?
— Le risque se tient là-bas, répondit Thranduil en désignant d'un signe de tête la montagne solitaire qui siégeait, grande et majestueuse, au nord-est. Cette montagne a été aux mains de Smaug pendant plus d'une ên et il y a certainement amassé bien plus de trésors que ce que les nains y ont laissé.
— Mais... » commença Legolas. Le roi leva cependant une main pour le silencer.
« Nenni, Legolas. N'oublie pas que j'étais là quand le Beleriand a été ravagé par les guerres, quand Doriath a été saccagée par deux fois… Et pour quoi ? De simples joyaux. Alors non, même si un peu de cet or nous serait bien utile, je ne le désire pas. Mais d'autres vont convoiter la montagne, et c'est cela qui m'inquiète.
— Ce trésor appartient aux nains d'Erebor.
— Ceux qui ont réveillé et lâché le dragon sur Esgaroth ? questionna le roi d'un ton empreint de mépris. Peut-être bien, mais ils ont sûrement péri dans leur entreprise. Cela dit, cet or appartient également au peuple de Dale, et à tous ceux qui ont souffert de l'arrivée du dragon. Cependant, je ne parlais pas seulement du trésor. Erebor surplombe toute la partie occidentale du Rhovanion. Ne vois-tu pas qui pourrait convoiter une telle place ? Ce ne serait pas la première fois.
— Vous voulez dire…
— L'ennemi a déjà la main mise sur Dol Guldur et ses partisans siègent à Gundabad. S'il en venait à faire d'Erebor son troisième point d'appui…
— Mais l'ennemi a été chassé de Dol Guldur par le conseil blanc, n'est-ce pas ?
— Chassé mais pas vaincu. Il s'est sûrement retranché en Mordor et reviendra quand le conseil blanc aura le dos tourné », répondit Thranduil avec un regard brillant de mépris. Il était sûr que Dol Guldur ne resterait pas sans chef bien longtemps.
Après un moment de silence, Thranduil sentit son fils s'approcher et pivota la tête pour l'observer. Celui-ci était comme il l'avait laissé partir, plusieurs jours auparavant. Vêtu de son armure de cuir, il portait son arc débandé dans son dos et à sa ceinture pendaient d'un côté son carquois et de l'autre deux courts couteaux. Ses cheveux étaient séparés en deux tresses plaquées qui se rejoignaient en une seule au niveau de sa nuque. Ainsi, même malgré la rumeur qui courait selon laquelle Smaug avait péri, il n'avait pas baissé sa garde. Legolas haussa un sourcil face à l'inquisition de son père, mais lui adressa un sourire rassurant avant de parler d'un ton déterminé :
« Dans ce cas, nos troupes comprendront que nous ne pouvons laisser cette montagne tomber entre de mauvaises mains.
— En effet », répondit Thranduil en haussant à son tour un sourcil. Le capitaine leva la main jusqu'à son visage et le roi acquiesça pour lui donner congé. Mais Legolas ne fit pas trois pas qu'il fut arrêté par la voix de son père :
« Tu devrais t'armer d'une épée, Legolas.
— Père, vous savez que je ne suis pas l'épéiste que vous êtes, et que je me bats avec plus d'aise sans être encombré d'une telle lame.
— Sous le couvert des arbres, lors d'escarmouches, tel est le cas, répondit Thranduil en posant son regard perçant sur son fils, mais que feras-tu en pleine bataille, dans cette vallée désolée, quand les flèches te manqueront ou que ton arc sera brisé ? Penses-tu que ces couteaux te sauveront ? »
Legolas ne répondit pas cette fois-ci, ne souhaitant pas contredire son roi alors que les oreilles perçantes des elfes qui s'affairaient dans le camp pouvaient l'entendre. Voyant qu'il n'allait recevoir aucune réponse, Thranduil prit une longue inspiration puis hocha la tête une nouvelle fois pour donner à son fils congé. Ce n'était pas la première fois qu'il évoquait ce sujet avec lui, mais bien que Legolas écoutât toujours ses conseils, il semblait sur ce point déterminé à ne pas céder.
Pendant la soirée, l'effervescence qu'avait causée la rumeur de la chute du dragon sur le campement tomba progressivement à l'annonce que l'armée allait continuer à marcher vers la montagne. Mais les elfes restèrent fidèles à leur nature, chantant et contant quelques histoires tout en mangeant ou entretenant leurs armes autour d'un feu.
La nuit continua sans qu'à aucun moment, dans un coin ou un autre du campement, les voix des Tawarwaith ne cessèrent de résonner et ce jusqu'à ce que le ciel eût commencé à s'éclaircir à l'est, loin derrière la figure sombre du long lac.
Alors, le camp commença à se défaire et quand la soleil apparut à l'horizon, les premières troupes de l'armée des elfes étaient prêtes à se mettre en route derrière leur roi et leur maréchal, qui chevauchaient en tête entourés de la garde montée. En fin de cortège, c'était la compagnie d'archerie, menée par Legolas, qui formait l'arrière-garde.
Pendant deux jours, l'armée marcha vers l'est, suivant le cours de la rivière, car sur celle-ci, des barques et des radeaux portaient leurs provisions et leur matériel, de façon à alléger la charge des troupes, déjà alourdies par leurs armures. Bientôt, les corbeaux se mirent à tournoyer au-dessus des elfes, croyant qu'une bataille se préparait.
Et alors que l'armée allait finalement se tourner vers le nord en direction de la montagne solitaire, le roi l'arrêta, car à l'est, des figures montées furent aperçues, s'approchant à grande allure. Thranduil fit signe à la cavalerie de le suivre, mais ordonna à l'infanterie de ne pas bouger et il galopa à son tour pour aller à leur rencontre.
Il reconnut tout d'abord la figure encapuchonnée d'Arhaviel, mais identifia les trois autres comme des hommes du lac. Quand il fut assez proche, il ralentit progressivement sa monture pour finalement l'arrêter. Face à lui, Arhaviel fit de même puis mit pied à terre, portant sa main à son front pour la faire glisser jusqu'à son menton.
« Heureuse rencontre, sire », dit-elle simplement dans un ponantin très accentué par sa langue maternelle.
Ce ne fut qu'en l'entendant que les hommes comprirent qu'ils se trouvaient face au fameux roi des elfes, et ils descendirent à leur tour de leurs montures, s'inclinant bas devant lui, tandis qu'il les toisait de son regard perçant.
Ce fut néanmoins Laegryn qui parla en premier, s'adressant en thindren(L) à Arhaviel :
« Quelles nouvelles apportez-vous, commandante ?
— Mes seigneurs, la rumeur disait vrai, répondit Arhaviel. Smaug le dragon a été abattu alors qu'il essayait de détruire Esgaroth. Il a été percé par la flèche de Bard, descendant de Girion, qui fut le dernier seigneur de Dale. »
Thranduil comprit alors pourquoi ce nom lui avait été familier. Il l'avait déjà lu dans les rapports du seigneur Radion. Mais le roi fut stoppé dans sa réflexion par l'un des hommes qui osa s'adresser à lui :
« Sire, dit-il dans la langue commune, nous v'nons d'la ville du lac qui, d'puis des temps immémoriaux, s'est alliée avec les bons elfes d'la forêt. Y'a trois jours, le dragon est v'nu de la montagne et nous a attaqués. »
Il fit un pas maladroit en direction du roi avant de s'arrêter en sentant sur lui les regards menaçants des deux gardes royaux qui l'entouraient. Thranduil dut déchiffrer ce que l'homme lui disait, car celui-ci parlait vite et dans un dialecte moderne. Il comprit néanmoins, et immémoriaux n'eût d'ailleurs pas été le terme qu'il aurait choisi, car Esgaroth n'avait été bâtie que quelques în auparavant. Lui-même se souvenait très bien du jour où le seigneur Radion lui avait annoncé que des hommes avaient commencé à s'installer sur les berges du lac. Mais peut-être que pour des êtres qui ne vivaient pas même une ên, cela pouvait paraître immémorial.
« La ville a brûlé, continua l'homme, et même si Bard a abattu la bête, nos maisons sont en ruine et nos r'ssources détruites. Nous n'avons plus rien, Ô roi. »
Son ton était plaintif et sa voix tremblante. Derrière lui, les deux autres hommes gardaient les yeux baissés l'un semblait avoir passé beaucoup trop d'hivers, tandis que l'autre ne paraissait être qu'un enfant aux yeux de Thranduil. Tous trois attendaient la réponse à leur question silencieuse comme s'il s'agissait d'une sentence. Et cette réponse se fit attendre, car telle était la manière du roi des elfes. Néanmoins, il leur demanda, s'exprimant dans leur langue :
« Avez-vous mangé, hommes du lac ? »
Les intéressés furent surpris de cette question, et celui qui s'était exprimé jusque-là n'arriva pas à répondre. Ce fut le plus jeune qui parla alors :
« Non, seigneur, on est parti en tout' hâte et sans provision, car beaucoup d'gens là-bas sont blessés ou malades, et avaient plus besoin du peu d'nourriture trouvée. »
Le roi tourna alors la tête vers Seldir, qui se tenait derrière lui sur sa propre monture, et d'un signe de tête lui fit comprendre de ramener de quoi nourrir ces piteux messagers. Son regard revint alors sur les trois hommes et il leur dit :
« Dans ce cas, vous mangerez puis repartirez avec des provisions vers Esgaroth à bord de nos radeaux. Plusieurs de mes elfes vous accompagneront par la rivière, tandis que mon armée et moi suivrons par la terre. »
A ces mots, Thranduil vit les trois messagers fondre en larme. Il ne pût que comprendre leur émoi, car lui-même avait bien des fois assisté à la destruction de son foyer et souvent ressenti l'appréhension de ne pas pouvoir sauver ses proches.
Il se détourna alors de cette image, tandis que Seldir et deux autres elfes s'approchaient des hommes pour leur apporter de la nourriture et du vin. Il posa alors son regard sur Laegryn qui le fixait d'un air irrité.
« Nous nous dirigerons vers la montagne quand je serai assuré de la survie du peuple d'Esgaroth », lui dit Thranduil en levant les yeux au ciel.
Il fut alors décidé qu'avec les hommes et les quelques elfes qui allaient s'occuper de faire naviguer les provisions par la rivière, partirait aussi Legolas, non seulement en tant que capitaine, mais aussi en tant que messager de son roi. Les accompagneraient également plusieurs guérisseurs et guérisseuses qui devraient aider le peuple du lac à s'occuper de leurs malades.
Les radeaux furent alors lâchés dans le courant de la rivière et leur trajet se termina dans la nuit, tandis que l'armée du roi voyagea une journée de plus pour arriver à Esgaroth, soit quatre jours après la chute du dragon. Les elfes constatèrent alors enfin la ruine qu'avait apportée Smaug sur la ville, car la brume qui l'entourait s'était enfin évaporée, bien qu'une forte odeur de calcination restât très présente.
Thranduil avait une fois voyagé jusqu'à Esgaroth une ên plus tôt. Elle n'avait pas été une grande ville et était restée rustique, construite presque entièrement en bois. A présent, une grande partie avait flambée dans les flammes du dragon et nombre de ses piloris avaient coulé au fond du lac, emportant avec eux la majorité des habitations.
La masse informe de la bête qui était plongée au milieu de l'étendue d'eau ne devait être qu'un piètre réconfort pour les hommes et les femmes du lac. Pour Thranduil, la vue du dragon, même figé par la mort, n'était qu'un rappel du souvenir qu'il haïssait et qui le hantait depuis deux âges, alors il ne s'attarda donc pas plus sur la carcasse de Smaug.
Le peuple d'Esgaroth toucha le cœur des Tawarwaith, car il était démuni, s'étant regroupé sur la berge du lac autour de feux de camp qui peinaient à le réchauffer l'hiver était proche et les nuits déjà glaciales pour le peuple humain.
Les elfes qui avaient atteint la ville plus tôt avec Legolas avaient commencé par distribuer un peu de provisions et avaient ensuite consacré leur journée à construire des baraques pour y protéger les personnes les plus fragiles : les hommes et les femmes qui avaient subi le courroux du dragon, ou ceux et celles qui souffraient du froid et de l'humidité qui avaient suivi. Mais encore beaucoup de travail restait à faire pour que d'autres ne succombassent pas plus à la maladie.
Lexique :
- - Dragons froids (canon) : Il existe des dragons de tailles et de caractéristiques très différentes chez Tolkien. Les dragons froids (cold drakes) s'opposent aux dragons cracheurs de feu (fire drakes), tandis que certains comme Smaug ont des ailes et peuvent voler, alors que d'autres ne peuvent que ramper. Glaurung n'avait pas d'ailes, par exemple. Smaug est donc particulièrement puissant car il peut à la fois voler et cracher du feu.
- - Thindren (adapté) : La langue sindarin. Sindarin est en fait un mot quenya, donc il me paraît peu probable que des elfes d'origine sinda utilisent un terme d'une autre langue pour désigner la leur.
