Ron et Hermione les attendaient avec impatience, inquiets, et Harry eut presque les larmes aux yeux face à leur soutien inconditionnel. Hermione sembla le comprendre — comme toujours — puisqu'elle se jeta dans ses bras pour le serrer contre elle, en lui murmurant qu'ils trouveraient une solution. Comme toujours.
En les entendant, Peter arriva rapidement, Teddy agrippé à lui, l'air inquiet. Ron grommela et leva les yeux au ciel.
— Je vous laisse discuter, je vais m'occuper de Teddy et de Rose.
Hermione les conduisit au salon et Peter s'assit sur le sofa, entre Harry et Drago. Hermione leur faisait face, avec un léger sourire rassurant.
Harry soupira, puis tourna la tête vers Peter pour le regarder.
— Ce matin, nous avons eu une visite imprévue. Un couple est venu et… ils ont dit qu'ils étaient tes parents biologiques et qu'ils voulaient te récupérer.
Le corps de l'adolescent se tendit et il blêmit. Drago lui posa la main sur l'épaule, jetant un coup d'œil inquiet en direction de Harry. Son compagnon était entièrement concentré sur le jeune homme entre eux, comme pour lui faire comprendre qu'ils ne l'abandonneraient pas.
Peter secoua la tête, avec une pointe de panique.
— Non ! Non, non… ils m'ont laissé, ils voulaient pas de moi. J'me souviens même pas leurs visages, j'étais tout p'tit.
Harry hocha la tête.
— Je ne compte pas les laisser faire. Je suis certain qu'ils ont vu que tu vivais chez nous et ils veulent probablement nous extorquer de l'argent.
L'adolescent cligna des yeux puis il baissa la tête.
— Si vous leur donnez quelque chose pour moi, ils reviendront sans cesse. C'est comme ça que ça marche dans l'Allée.
Drago grogna, agacé, et Peter se recroquevilla. L'adolescent chuchota, incertain.
— Je devrais peut-être retourner… là-bas. Dans l'Allée.
Immédiatement, Harry et Drago refusèrent, ce qui fit glousser Hermione. Elle se pencha vers eux, les yeux brillants d'amusement.
— Avant de devenir véritablement dramatiques tous les trois, si vous me laissiez parler ?
Harry se redressa, les sourcils froncés, connaissant assez son amie pour savoir qu'elle avait dû se renseigner ou trouver une solution plus légale que celle de Lucius. Peter restait recroquevillé sur lui-même, imaginant probablement qu'ils allaient l'abandonner ou le laisser entre les griffes avides de ses parents biologiques.
Drago passa son bras autour de ses épaules, s'attirant un regard légèrement surpris de Hermione. Harry leva un sourcil moqueur, persuadé qu'Hermione imaginait que Drago était resté tel qu'à Poudlard, refusant de montrer la moindre émotion. Elle leva les yeux au ciel, sans faire la moindre remarque, puis Hermione se pencha et attrapa les mains de Peter, les serrant légèrement.
— Je me suis renseignée sur ta situation, Peter. Nous pouvons trouver suffisamment de témoins pour prouver que tu n'es plus sous la garde de ces gens depuis des années. Dans notre pays, l'autorité parentale est détenue par la personne chez qui l'enfant réside depuis au moins trois ans. Tu n'as pas vu tes parents biologiques depuis près de dix ans, n'est-ce pas ?
Peter marmonna, maussade.
— Quand Peter, enfin l'homme qui s'occupait de nous, m'a trouvé, je devais avoir cinq ou six ans, je crois. J'avais un peu appris à lire à la petite école et il m'a juste aidé pour que je sois pas totalement illettré.
Harry ferma un instant les yeux et murmura, la gorge serrée par l'émotion.
— Cet homme était bien plus un héros que moi. J'aurais aimé pouvoir le connaître… et le remercier d'avoir pris soin de toi et des autres.
Hermione laissa quelques secondes à son ami pour se reprendre, puis elle continua, doucement.
— La bonne nouvelle, c'est que ces gens n'ont plus le moindre droit sur toi. Même s'ils ont un acte de naissance, tu n'es plus chez eux depuis des années. Ils ont abandonné ton éducation. Pour une fois, la Gazette est utile puisqu'elle mentionne que tu es un enfant abandonné.
Peter leva les yeux, inquiet.
— Et la mauvaise nouvelle ?
Hermione grimaça.
— Le « Family court » juge qu'un enfant est adoptable jusqu'à ses dix-huit ans. Il n'y a pas d'émancipation dans notre pays, donc un juge peut signer un acte d'adoption sans te demander ton avis, Peter.
Harry grogna.
— Nous pouvons l'adopter dans ce cas. Ce n'est pas un problème.
Hermione lui lança un regard hésitant.
— Harry, je ne suis pas certaine que…
Drago renifla.
— Nous avons tous les deux de l'argent. Mes parents nous soutiendront et je suis certain que les Weasley également. Peter vit avec nous déjà, alors pourquoi nous ne pourrions pas l'adopter ?
Hermione se passa la main sur le front.
— Même si vous avez l'âge requis, vous êtes deux hommes. Je ne suis pas certaine qu'un juge accepte de… signer un acte d'adoption. Vous pourriez poser une demande individuelle, l'un ou l'autre, bien sûr. Au moins, Peter est avec vous depuis près de six mois, ce qui est plutôt en votre faveur.
Hermione se tut un instant, fronçant les sourcils, puis elle se leva et se dirigea vers un bureau installé dans un coin du salon et fouilla parmi les papiers. Puis elle se redressa avec un large sourire, un parchemin en main.
— C'est bien ce qui me semblait ! En ce qui concerne l'adoption, le monde magique a adopté les mêmes lois que le monde moldu. Cependant, l'ordonnance d'adoption est signée par un juge sorcier… ce qui vous place dans une très bonne situation compte tenu de votre identité à tous les deux. Je suis certaine que le juge pourra passer outre votre situation familiale pour le bien de Peter.
Harry soupira.
— Hermione. Nous aimerions rentrer à la maison pour réfléchir à tout ça. Peux-tu me dire ce que nous devons faire pour protéger Peter en premier ?
Hermione eut un léger sourire et elle hocha la tête.
— Légalement ? Pour l'instant, ces gens ne peuvent pas prendre Peter. Tu ne leur dois rien. Tu peux déposer une demande d'adoption au ministère ou juste laisser les choses en l'état. Ces gens bluffent probablement, car ils n'ont plus aucun droit sur l'enfant qu'ils ont abandonné.
Harry échangea un bref regard avec Drago et ils se comprirent immédiatement. Aussitôt, le jeune homme répondit.
— On va déposer cette demande d'adoption. Peu importe qu'ils ne puissent rien faire, Peter sera protégé.
L'adolescent semblait statufié, les yeux écarquillés. Hermione lui tapota le genou avec un sourire affectueux.
— Tout va bien, Peter ?
Il hocha juste la tête, restant silencieux. Harry lui jeta un bref regard soucieux et il se leva.
— Je vais chercher Teddy et on rentre. Merci de tout cœur, Hermione, pour avoir accueilli les garçons et pour tes recherches.
Hermione balaya ses paroles d'un vague geste de la main.
— Ne sois pas stupide. Tu es mon ami. Vous êtes mes amis, plutôt. Vous pouvez compter sur nous si vous avez besoin d'aide, d'accord ?
Harry s'approcha d'elle pour déposer un baiser sur sa joue, la faisant rire, puis il partit à la recherche de Ron pour récupérer Teddy.
Ils étaient dans la cuisine, visiblement en train de préparer le repas, et Harry sourit, se sentant une fois de plus reconnaissant d'avoir des amis formidables.
Harry attrapa son filleul et le petit garçon poussa un cri de joie en s'agrippant à lui comme un koala. Ron sourit, non sans avoir jeté un coup d'œil au bébé qui dormait près de lui.
— Hermione m'a mis au courant. Si ces gens reviennent chez toi, appelle-moi. Je me ferais un plaisir de les faire déguerpir…
Harry sourit.
— J'ai été plutôt surpris ce matin.
Ron leva un sourcil moqueur.
— Je préférerais intervenir pour les virer de devant chez toi, plutôt que de devoir t'arrêter parce que tu auras enfreint la loi, Harry.
Les deux amis échangèrent un regard complice et Harry haussa les épaules.
— Tu sais que je ferais tout pour protéger Drago et les garçons.
Le regard de Ron se perdit vers sa fille qui dormait paisiblement et il hocha la tête.
— Ouais. Je sais. Juste… ne te fais pas prendre si tu fais quelque chose de stupide, OK ?
Ils gloussèrent tous les deux et Harry salua Ron, pressé de rentrer chez eux.
Peter était encore renfermé lorsqu'ils arrivèrent chez eux. Il attendit que Teddy se précipite vers sa chambre pour soupirer et faire face aux deux hommes qui avaient tant fait pour lui.
— Je suis désolé.
Harry l'attira dans ses bras et il lui frotta le dos.
— Désolé de quoi, Peter ? Tu n'as rien fait de mal.
— Je cause des problèmes.
Harry et Drago échangèrent un long regard, puis Drago sourit et secoua la tête.
— Potter… comment ce garçon peut-il autant te ressembler ?
L'expression choquée de Peter fit rire Harry, mais celui-ci reprit rapidement son sérieux pour fixer l'adolescent.
— Écoute, Peter. Je sais que nous sommes trop jeunes pour être pères d'un garçon de ton âge, mais nous t'aimons comme un fils. Quoi qu'il arrive, nous ferons en sorte de te protéger et je te promets que tu seras le seul à décider de ce que tu veux. D'accord ?
Peter les regarda l'un après l'autre, incrédule, puis il fondit en larmes, blotti contre Harry. Drago s'avança pour lui poser une main sur l'épaule et les deux jeunes hommes laissèrent à Peter le temps de se calmer, sans rien dire. En reniflant, l'adolescent chuchota, sans oser croiser leurs regards.
— Bien sûr que je veux être avec vous. Je veux juste pas causer de problèmes. Mais j'ai jamais été aussi heureux que depuis que je vis ici…
Suite à cette conversation pleine d'émotions, Peter s'était calmé, mais il avait fait en sorte de rester à proximité de Harry ou Drago. Harry avait noté son comportement et il avait échangé un long regard avec son compagnon, résistant à l'envie d'appeler Lucius pour lui demander de faire appel à ses contacts les moins recommandables.
Le lendemain arriva bien trop vite selon Harry et ils déposèrent Peter et Teddy au Manoir Malefoy. Lorsque Narcissa se précipita pour câliner l'adolescent, celui-ci dut retenir ses larmes et il se laissa faire, visiblement avide de tendresse.
Drago ne put résister à la tentation de taquiner sa mère et il lança un clin d'œil à Peter avant de déclarer le plus sérieusement du monde.
— Tu as raison, mère. Tu fais la plus parfaite des grand-mères.
Loin de se vexer, Narcissa se redressa et haussa les épaules.
— Évidemment. Il ne te reste plus qu'à me donner plein d'autres petits enfants.
Amusé, Harry ricana en tirant Drago à sa suite. Peter était figé et il observait Narcissa avec adoration, peinant visiblement à croire qu'il avait trouvé une vraie famille et qu'il était sincèrement aimé.
Les deux hommes arrivèrent avec plus d'une heure d'avance au chaudron Baveur et ils s'installèrent à une table dans le coin le plus sombre de la taverne. Ils avaient tous les deux modifié leur apparence, suffisamment pour ne pas attirer l'attention et pour pouvoir surveiller de près les allées et venues.
Le visage fermé, dissimulé dans l'ombre, Harry observait chaque personne présente, essayant de déterminer s'ils pouvaient être des complices de ceux qu'ils cherchaient. Une table plus loin, mais face à lui, Drago était installé dans son siège, l'air détendu, les yeux plissés et un léger sourire moqueur aux lèvres.
Il semblait totalement détendu, mais Harry savait que ce n'était qu'une façade. Drago était parfaitement conscient de son environnement et il scrutait chaque personne, enregistrant jusqu'au moindre détail.
Ils n'avaient pas besoin de se concerter pour être efficaces, tous les deux, et lorsque le couple qui prétendait être les parents de Peter entra, Drago recula dans l'ombre. Il faudrait être très observateur pour le voir et le reconnaître. Harry laissa le couple détestable s'installer, notant l'air supérieur de l'homme et la nervosité de la femme, puis il échangea un nouveau coup d'œil avec son compagnon.
Lorsque Drago hocha la tête pour lui signifier qu'il n'y avait pas de pièges, il se leva tranquillement, masquant toutes ses inquiétudes. Il était si nerveux que sa magie s'échappait légèrement autour de lui, en des vagues oppressantes.
Lorsqu'il arriva devant la table du couple, la femme eut un mouvement de recul, mais l'homme lui empoigna le poignet pour être sûr qu'elle restait sur place. Avec un sourire supérieur, il fit signe à Harry de prendre place face à eux.
Sans la moindre hésitation, le jeune homme s'exécuta, restant silencieux. L'homme hocha la tête et eut un sourire hypocrite.
— M'sieur Potter. C'est gentil d'être venu. J'suis sûr que vous allez nous payer à boire.
Harry grimaça et il haussa les épaules.
— Je n'ai pas soif.
L'homme se rembrunit et gigota sur son siège. Il ne semblait pas vraiment ravi, probablement parce qu'il pensait que Harry serait un gentil Gryffondor compréhensif prêt à les accueillir à bras ouverts et à les couvrir d'or pour s'occuper de Peter… Il grogna légèrement et croisa les bras sur sa poitrine, changeant de comportement pour dévoiler son vrai visage.
— Où est notre gamin ?
