Publié le lundi 19 décembre 2022.

CETTE HISTOIRE EST MAINTENANT DISPONIBLE EGALEMENT SUR WATTPAD, COMPTE EMRYS-CHRONIQUES

Disclaimer : Tout l'univers de Harry Potter appartient à JK Rowling.

Rating T : langage grossier, injures, violence

Hello tout le monde ! Comme promis pour ce début de vacances de Noël, voilà un nouveau chapitre. J'avais annoncé que ce chapitre serait intitulé Bande de blaireaux mais j'ai changé mes plans en cours de route pour inclure des éléments qui n'étaient pas prévus. Comme souvent les personnages n'en ont fait qu'à leur tête, Drago s'est mis à dérailler complètement et a entraîné le reste du chapitre avec lui haha. Ce chapitre s'intitule donc J'y crois, j'y crois et Bande de blaireaux ça sera pour la prochaine fois, ne vous en faites pas ! C'est un chapitre assez court par rapport à d'autres donc je vais tenter de sortir le suivant vers la fin des vacances histoire de vous offrir un petit cadeau de Noël mais je ne vous promets rien, je croule toujours sous le travail pour mon concours... Sinon on se retrouvera courant janvier.

Petite précision sur ce chapitre, le début reprend directement des passages de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, je n'aime pas trop faire ça mais là c'était nécessaire pour la compréhension.

J'ai cru comprendre que certaines personnes avaient quelques soucis avec le site en ce moment, on ne reçoit plus les notifications des histoires par mail, si vous voulez continuer à les recevoir il faut aller réactiver les mails dans vos paramètres. Si vraiment c'est trop compliqué, vous avez toujours l'option Wattpad.

Merci à tous pour vos reviews et vos ajouts en favori, j'espère que vous aimerez ce chapitre. Je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes de fin d'année, bonne lecture et n'hésitez pas à aller écouter la chanson du chapitre également !

Réponses aux reviews anonymes à la fin du chapitre.

CHAPITRE.13 : J'y crois, j'y crois (Peter Pan was Right - Anson Seabra)


Il était huit heures pile. La bouche sèche, Harry se tourna vers la vingtaine de personnes qui attendaient impatiemment qu'il prenne la parole. Ce soir, c'était la première réunion de leur fameux « groupe d'études ».

- Bon... Voici donc l'endroit que nous avons trouvé pour nos séances d'entraînement et euh... apparemment, il vous convient.

Des murmures approbateurs s'élevèrent de toutes parts. Ça au moins, c'était une chose qui avait mis tout le monde d'accord. Les étudiants avaient été émerveillés en découvrant la Salle sur Demande, y compris les récalcitrants comme Marietta Edgecombe.

- J'ai réfléchi à ce qu'on devrait faire au début, continua le Survivant, et... euh... - il remarqua une main levée. Qu'est-ce qu'il y a, Hermione ?

- Je pense qu'il faudrait commencer par élire un chef.

- C'est Harry, le chef, dit aussitôt Cho en regardant Hermione comme si elle était folle.

Harry sentit son estomac faire un saut périlleux.

- Oui, mais je pense qu'il faudrait procéder à un vrai vote, poursuivit Hermione, imperturbable. Ça officialisera la fonction et ça lui donnera l'autorité nécessaire. Alors, ceux qui pensent que Harry doit être le chef de ce groupe, levez la main.

Tout le monde leva la main, même Zacharias Smith. Son geste manquait cependant de conviction.

- Bon, euh... Très bien, merci, dit Harry qui sentit ses joues s'embraser. Et... Quoi, Hermione ?

- Je pense que nous devrions aussi nous donner un nom, suggéra-t-elle d'une voix claironnante, la main toujours en l'air. Ce serait une façon de créer une unité et un esprit d'équipe, vous ne croyez pas ?

- On n'a qu'à s'appeler le Ligue des champions anti-Ombrage, proposa Angelina avec optimisme.

- Ou alors le Front de libération contre les crétins du ministère, suggéra Fred.

- Moi, je pensais plutôt à un nom qui ne dévoilerait pas tout de suite ce que nous faisons, reprit Hermione, les sourcils froncés. Comme ça, on pourrait en parler sans risque en dehors des réunions.

- L'Association de défense ? risqua Cho. En abrégé, ça donnerait A.D, personne ne saurait de quoi il s'agit.

- Oui, c'est pas mal l'A.D, approuva Ginny. Mais ce serait mieux si ça voulait dire l'armée de Dumbledore, puisque c'est la pire du crainte du ministère, non ?

Il y eut un mélange d'éclats de rire et d'exclamations approbatrices.

- Tout le monde est d'accord pour l'A.D ? demanda Hermione d'un ton autoritaire.

Harry se mordit l'intérieur de la joue. Quelques semaines plus tôt, il aurait approuvé ce nom avec enthousiasme mais aujourd'hui... entre l'attitude du directeur à son égard pendant l'été et ses décisions ridicules à propos de Sirius et Valya, il n'était plus sûr de rien.

- Vous ne voulez pas qu'on cherche quelque chose d'un peu plus... enfin d'un peu moins...

- Je croyais que tu soutenais à fond Dumbledore, s'étonna Justin Finch-Fletchley.

- Oui bien sûr mais... c'est à dire que... balbutia le Gryffondor, mal à l'aise face aux regards perplexes.

Il souffla un bon coup pour s'éclaircir les idées puis reprit avec assurance :

- Ce groupe n'est pas une idée du professeur Dumbledore. En fait, je suis presque certain qu'il serait contre et qu'il nous demanderait de ne surtout rien faire qui puisse contrarier Ombrage. On est des adolescents, il pense que ce n'est pas à nous de régler le problème sauf que lui... il a les mains liées à cause du ministère. Il ne pourra rien faire pour nous aider non plus.

Sa voix s'était affermie au fur et à mesure et il se redressa, un peu plus confiant. Il arpenta lentement la pièce, prenant soin de fixer chacun de ses camarades droit dans les yeux.

- Je sais que certains ne sont pas convaincus que Voldemort est de retour...

Il haussa les épaules.

- ...ça n'a pas d'importance au fond. Ombrage est nocive même pour ceux qui voudraient seulement valider leurs examens en défense contre les forces du Mal. Alors oui, c'est vrai, on a pas tous le même âge, on est pas dans la même maison... on est pas tous amis et on a pas forcément les mêmes motivations pour être ici mais ce qui compte, c'est qu'on veut tous la même chose : apprendre à maîtriser des sortilèges de défense. Peu importe si c'est juste pour réussir les BUSE ou les ASPIC ou... pour se protéger de ce qui nous attend dehors. Et ce groupe... c'est quelque chose qu'on peut faire nous-mêmes, sans avoir besoin de personne et si on s'entraide, ça pourra vraiment être utile pour tout le monde.

A la fin de sa tirade, Harry était à bout de souffle. Les autres avaient l'air totalement ébahis et il sentit ses joues s'embraser. Un silence religieux régnait dans la Salle sur Demande. Puis quelqu'un applaudit lentement.

- Ça c'est un discours digne d'un futur capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, déclara Angelina, impressionnée.

- Oui bon... enfin bref... marmonna le Survivant, mortellement gêné. Tout ça pour dire... je pense qu'on devrait trouver un nom qui nous représente nous, les élèves de Poudlard, et pas Albus Dumbledore.

- Qu'est-ce que tu proposes dans ce cas ? demanda Zacharias Smith.

S'il paraissait toujours un peu sceptique, une grande partie de sa défiance semblait néanmoins avoir disparu. Harry plongea une main dans ses cheveux ébouriffés.

- Je ne sais pas. Un nom avec Poudlard dedans peut-être ?

- L'A.P, glissa Luna Lovegood de son habituelle voix rêveuse. L'Alliance de Poudlard...

Le Gryffondor cligna des yeux, surpris. Luna était souvent à côté de la plaque mais là... c'était un nom parfait.

- Ça convient à tout le monde ? hésita-t-il.

Hermione compta les voix pour la forme mais à en juger par les signes de têtes affirmatifs et les clameurs joyeuses, le verdict n'était pas bien compliqué à deviner.

Alors, en grosses lettres, sur le parchemin qui portait toutes leurs signatures, elle inscrivit :

ALLIANCE DE POUDLARD

OOO

Théo frissonna, resserrant les pans de son écharpe dénouée contre son torse. L'humidité qui imbibait la souche d'arbre sur laquelle il était assis avait transpercé son pantalon et ce n'était vraiment pas une sensation des plus agréables.

- On peut rentrer maintenant ? supplia-t-il pour la troisième fois en moins de cinq minutes.

Valya lui accorda une œillade blasée. Ses baskets abandonnées dans les graviers, le jean retroussé jusqu'aux genoux, elle pataugeait joyeusement au bord du Lac noir en s'amusant à faire des ricochets.

- Ça va Nott, fais pas ton Sang-Pur.

- Je ne fais pas mon sang-pur ! se révolta Théo, outré. C'est juste... juste qu'on est en plein mois d'octobre, pas en juin ! Il fait froid, tout est mouillé et... et j'ai les fesses trempées, geignit-il pitoyablement.

La jeune blonde se contenta de rigoler.

- T'as pas l'habitude d'être dehors, c'est pour ça. Et t'as besoin de sortir un peu la tête de tes bouquins et de prendre l'air, t'es tellement pâle que je vais finir par me demander si t'es pas un vampire.

- Très drôle... De toute façon, tu ne crois pas qu'on a des choses plus importantes à faire que de jeter des cailloux dans l'eau ? Le devoir de métamorphose à rendre demain par exemple ?

Valya lâcha aussitôt sa pierre qui tomba avec un grand « plouf » en projetant une gerbe d'éclaboussures. Elle lui jeta un regard horrifié.

- Quoi, c'est pour demain ? Bordel, j'avais complètement oublié... Je peux copier, steuplait ? J'te revaudrai, ça promis !

- Merlin, grommela le châtain en se massant le front, rassure-moi, tu es au courant qu'on a des BUSE cette année ?

Elle haussa les épaules.

- Il me faut juste trois BUSE, dont les sortilèges et l'Arithmancie. Arithmancie je l'aurai haut la main et sortilèges j'peux facilement avoir un Acceptable. Plus études des Runes, Astronomie et défense contre les forces du mal, ça fait même cinq ! assura-t-elle avec un grand sourire supérieur.

- Ce ne sont pas les BUSE nécessaires pour intégrer une équipe de Quidditch professionnelle ça ?

Un rictus gouailleur plaqué sur les lèvres, elle se mit à jongler avec un caillou sorti de sa poche, le faisant passer rapidement d'une main à l'autre. Elle le lança haut dans les airs et le rattrapa sans regarder.

- Peut-être bien. C'est ça l'avantage avec le Quidditch... Pas besoin d'avoir des notes parfaites !

- Mais toi, tu n'as pas envie de faire mieux ?

- Pourquoi faire ? Le temps que je passerais à réviser, ça serait du temps en moins passé à m'entraîner. Dans quoi est-ce que tu crois qu'il vaut mieux que je m'investisse ?

- Certes. Mais s'ils doivent départager deux candidats, ça se joue sur le dossier scolaire, non ?

- Parce que tu crois qu'ils auront un deuxième batteur de mon niveau ? ricana-t-elle et Théo laissa échapper un soupir, affligé par tant d'arrogance.

Il ressentait une envie irrésistible de secouer la jeune fille jusqu'à ce que sa tête dégonfle un peu. Elle arma son bras et dans un geste parfaitement maîtrisé, lança le petit bout de roche qui rebondit à la surface lisse de l'eau, encore et encore. Son pull trop grand glissa le long de sa clavicule et le châtain fit craquer ses doigts avec agacement.

- Sinon, tu comptes me dire comment tu t'es fait ça ? questionna-t-il en s'efforçant de garder son calme.

D'un geste brusque, Valya tira sur l'encolure de son sweat-shirt pour cacher les marques violacées qui ornaient sa gorge.

- Je te l'ai déjà dit. Je suis allée faire un tour dans la forêt et je me suis approchée trop près d'une Tentacula vénéneuse.

- Arrête de me prendre pour un imbécile, répliqua sèchement Théo.

Qu'elle ne veuille pas en parler c'était son droit mais il n'appréciait pas du tout qu'elle lui raconte des mensonges. L'expression farouche de la jeune blonde se mua en une mine penaude.

- Écoute, je sais que ça t'inquiète mais c'est bon, ok ? C'était... rien de grave.

- Est-ce que ça a un rapport avec Malefoy ? insista-t-il quand même.

Il la vit nettement se raidir mais...

- Pourquoi ça aurait un rapport ?

- Parce que depuis quelques jours il est bizarre et toi, dès qu'il apparaît dans ton champ de vision, tu deviens à peu près d'aussi bonne humeur qu'un loup-garou un soir de pleine lune. Ça donne l'impression que... tu as quelque chose à lui reprocher.

- Mis à part que c'est un putain de connard arrogant ? lâcha-t-elle d'un ton léger. C'est pas comme si c'était nouveau... Tu ne...

Une vague de rires et de quolibets bruyants coupa court à sa justification douteuse. Non loin d'eux, un groupe de Serdaigle gloussait en se poussant du coude, les yeux rivés sur les trois Gryffondor de cinquième année qui traversaient les pelouses boueuses du parc.

- Eh, Potter ! lança tout fort l'un des Bleu et Bronze. T'as pas peur de te faire attaquer en venant dehors ? On sait jamais, Tu-sais-qui pourrait surgir derrière un arbre ouhouuuu...

Même à cette distance, Théo pouvait distinguer les poings serrés du Survivant et sa mâchoire contractée. Il frotta machinalement sa cicatrice en forme d'éclair et les Serdaigle ricanèrent de plus belle.

- Tss, encore des abrutis qui ne croient pas au retour de Voldy... commenta Valya avec écœurement.

- Est-ce qu'on peut vraiment les blâmer ? tempéra le châtain. Je ne dis pas qu'ils ont raison, ajouta-t-il tout de suite alors qu'elle ouvrait la bouche, l'air scandalisée. Mais... quelles preuves ont-ils après tout ? Les propos de Dumbledore ? Tu es la première à répéter qu'il faudrait que les gens arrêtent de faire comme si tout ce qu'il dit vaut parole de Merlin alors... Tu n'es pas la seule à ne pas l'aimer, tu sais.

- Peut-être, maugréa-t-elle, mais...

- En plus ce n'est pas comme s'ils étaient les seuls... Même à Serpentard, tout le monde n'est pas convaincu. Vaisey, Higgs, Bletchley, Greengrass...

La jeune fille ouvrit de grands yeux catastrophés.

- Attends un peu... Miles ne croit pas au retour de Voldemort ?

- Ne-dis-pas-son-nom ! pesta-t-il en tressaillant. Et...

Il haussa un sourcil narquois.

- ...Bletchley est ton petit copain, tu as bien dû t'en rendre compte, non ?

- C'est pas mon petit copain ! protesta-t-elle vivement, ses joues virant au rouge Gryffondor. On est sortis ensemble deux ou trois fois c'est tout ! On est juste... juste...

- Très éloquent, Black.

En guise de réponse, Valya shoota dans sa direction. Il poussa un couinement indigné lorsque qu'une pluie de gouttelettes glacées s'abattit sur lui.

- J'comprends pas... reprit-elle une fois qu'il eut fini de râler. Même Zabini, il a parlé de... Tu-sais-qui, dans la salle commune la dernière fois...

- Certains préfèrent se persuader qu'il voulait faire l'intéressant, c'est tout.

Théo remonta ses lunettes sur son nez.

- Quelques fois... je me dis que ce serait plus simple si je n'y croyais pas non plus, avoua-t-il dans un murmure. Moi aussi je voudrais pouvoir faire comme si tout allait bien et ne pas ressentir cette peur, ne pas me demander en permanence à quel moment le massacre va nous tomber dessus.

La jeune blonde l'observa un instant, la tête penchée sur le côté.

- Pourquoi tu y crois, d'ailleurs ? T'as pas l'air d'être tellement fan de Potter...

Théo se leva brutalement. Il fit quelques pas le long de la rive en lui tournant le dos, repoussant vers l'arrière une mèche qui lui tombait sur les yeux.

- Tu sais déjà que je ne vis plus avec mon père, commença-t-il froidement. J'habite chez mon oncle - son frère - et... cet été, mon père a débarqué à la maison. Il était ivre, menaçant, il s'en est pris à ma tante. Il déblatérait sur le soit-disant grand retour du Seigneur des Ténèbres, il disait que la place des Moldus étaient à nos pieds, que tous ceux qui les avaient humiliés lors de la première guerre allaient enfin payer... Ça n'était pas la première fois sauf que là, il... il a relevé sa manche, sa manche gauche, et...

Sa voix trembla et il se tut, incapable de finir sa phrase. Une fine bruine se mit à tomber sur le parc et les rares élèves encore présents s'enfuirent en direction du château pour se mettre à l'abri. Quelque part dans le ciel, un oiseau poussa un cri perçant.

- Cette fois, reprit le châtain plus fermement, j'ai su que ce n'était pas juste les délires d'un ivrogne fanatique, c'était vrai.

Il risqua un bref coup d'œil en arrière. Il n'y avait aucune trace de pitié dans les iris orageuses de la jeune blonde. Seulement une franche compassion mâtinée d'une pointe de colère et d'un autre petit quelque chose qu'il n'était pas certain d'identifier correctement. Il fourra ses mains dans les poches de sa robe de sorcier pour se donner une contenance.

- Mais je peux te retourner la question. Toi, qu'est-ce qui te pousse à croire qu'il est de retour ?

Valya blêmit d'un coup. Elle porta une main à son front avant de s'arrêter net, comme si elle venait juste de prendre conscience de son geste. Ses dents s'enfoncèrent dans sa lèvre inférieure avec tant de force que quelques gouttes de sang perlèrent.

- Si je te le dis... il faut que tu me promettes d'en parler à personne. Vraiment à personne ! Et faudra pas que tu paniques, d'accord ? Parce que c'est juste... trop bizarre... je sais pas comment ça se fait et...

Il se contenta d'acquiescer, la gorge nouée par un lourd pressentiment. La jeune fille sortit sa baguette magique de la poche arrière de son jean. Elle marmonna une formule, une simple petite formule banale et... Bien évidemment, Théo paniqua comme il n'avait encore jamais paniqué auparavant.

OOO

Un éclair blanc déchira le ciel. Le tonnerre grondait, peinant à couvrir le brouhaha incessant qui régnait dans la Grande Salle de Poudlard. Terence Higgs racontait une plaisanterie graveleuse à son groupe d'amis, à grands renforts de gestes particulièrement imagés. Deux petits premières années mimaient une bataille épique, entrechoquant leurs fourchettes. Pansy babillait en compagnie de ses copines idiotes et elles semblaient faire un concours de celle qui piaillerait le plus fort. Un peu plus loin, Nott et Black discutaient avec animation, penchés l'un vers l'autre pour que personne n'entende leur conversation. Visiblement ils n'étaient pas d'accord et le regard sombre du châtain devait affronter les sourcils froncés et l'air buté de la jeune blonde.

Drago posa ses coudes sur la table et enfouit sa tête entre ses bras. Depuis qu'il lui avait révélé que Potter savait où se cachait son père, Black ne lui adressait plus la parole. Leur relation, si tant est qu'il y en ait une, était revenue à la case départ. A ceci près qu'au lieu de l'ignorer totalement, la jeune fille le toisait à présent avec des mimiques dignes d'une chimère enragée dès qu'elle le croisait. Il ne savait pas à quelle autre réaction il s'était attendu. Il savait encore moins pourquoi il s'était attendu à quelque chose. « Parce que tu te sens seul à en crever et que tu as désespérément besoin de quelqu'un », souffla une voix dans sa tête qu'il choisit d'ignorer.

Il n'avait aucun véritable ami, personne qui se souciait réellement de lui et pas de son nom ou son argent. Zabini n'était qu'un opportuniste, un vendu qui racontait tout à Pucey derrière son dos et qui le laisserait tomber au premier pas de travers. Pansy se prétendait amoureuse de lui mais en réalité, elle ne le connaissait pas du tout, elle ne voyait que la façade de parfait petit héritier Malefoy. Même Crabbe et Goyle... Ils étaient amis entre eux. Pas avec lui. Ils ne restaient à ses côtés que parce que leurs pères le leur avaient demandé. Et Nott... Jusqu'à la rentrée, Nott non plus n'avait aucun ami alors Drago pouvait au moins se raccrocher à l'idée qu'il n'était pas le seul. Sauf que Nott avait Black à présent.

C'était aussi l'une des raisons secrètes pour lesquelles il détestait autant Potter. Lui, il était parvenu à se faire des amis qui n'étaient pas intéressés uniquement par sa célébrité. Ce n'était peut-être que ces deux boulets de Weasley et Granger mais ils étaient loyaux au moins. Qu'un mioche binoclard, maigrichon et mal coiffé, tout garçon qui a survécu qu'il soit, réussisse à obtenir sans peine ce que lui n'avait pas, ça l'avait mis hors de lui.

Le blond grogna de dépit, se massant la nuque d'une main pour se détendre. Il ne savait pas à quel moment sa vie s'était mise à dérailler à ce point. Il était sûr d'une seule chose : il aurait donné n'importe quoi pour effacer les derniers mois écoulés et revenir en arrière. La tentation d'accuser Black était grande mais il savait que ça aurait été se voiler la face. Elle n'avait fait que mettre le doigt sur les cruelles vérités qu'il s'efforçait d'occulter depuis son premier jour passé à Poudlard.

A côté, les deux gamins continuaient leur stupide combat de fourchettes, dans un vacarme qui lui donnait mal à la tête.

- MAIS VOUS ALLEZ ARRÊTER ÇA, OUI ?! rugit-il sans parvenir à se contenir plus longtemps.

L'un des gosses se figea, apeuré. La fourchette lui échappa des mains pour venir heurter la table, rebondir et s'écraser en tintant sur le sol dallé.

Cling, cling...

CLING !

Et Drago s'effondra. Hurlant de douleur, les poings plaqués contre ses tempes, il n'entendait plus rien à part ce bruit atroce qui résonnait dans son esprit encore et encore, tel le glas de sa propre agonie. Son mal de tête était devenu si intense qu'il avait l'impression que son crâne allait s'ouvrir en deux. Sa vision se troubla et la seconde d'après, il n'était plus dans la Grande Salle.

Clignant des paupières, le blond regarda autour de lui. Il se trouvait dans un couloir aux murs de pierre recouverts de tentures vertes, un couloir qui lui paraissait étrangement familier. Un objet métallique dur et froid lui échappa des mains pour venir s'écraser en tintant sur le sol dallé.

CLING !

L'écho du son se répercuta dans le corridor et Drago frissonna. Il s'accroupit pour ramasser ce qu'il avait laissé tomber. C'était un gros trousseau de clés, anciennes et rouillées pour la plupart. Il releva la tête. Au bout du couloir, il y avait une grande porte en bois sculpté. Le blond se redressa lentement. Il savait où est-ce qu'il était. Ce couloir, cette porte... c'était celle du bureau de son père, au manoir des Malefoy.

Il s'approcha avec hésitation, triturant le trousseau de clés. Sur le mur de gauche, un immense miroir ouvragé était accroché. La gorge serrée, le ventre tordu par une angoisse qu'il était incapable d'expliquer, il se risqua à jeter un coup d'œil et fit un bon en arrière, abasourdi.

Face à lui, se tenait un petit garçon de neuf ou dix ans. Il était mince, pas très grand et avait la peau aussi pâle que la lune ronde qu'on apercevait par la fenêtre. Ses cheveux d'un blond presque blanc formaient une couronne ébouriffée autour de sa tête et seules de fines mèches éparses retombaient sur ses yeux couleur brume.

Drago inspira brutalement, complètement choqué. D'abord parce que sans sa coupe gominée et sa mine méprisante, il ne ressemblait pas tant que ça à Lucius Malefoy finalement. Et surtout, il ne se rappelait pas avoir eu l'air aussi misérable lorsqu'il était plus jeune. Il avait été choyé, gâté en permanence alors pourquoi est-ce que...

Des cernes d'un violet profond mangeaient le regard clair du petit garçon dans le miroir. Il était trop maigre, trop blême et une vilaine coupure déchirait sa pommette droite. Sans qu'il ne sache pourquoi, les larmes lui montèrent aux yeux, la panique lui comprima le cœur et soudain, le jeune homme perdit totalement le contrôle de son corps et de ses pensées. Maintenant, c'était l'enfant qui était aux commandes.

Il se précipita sur la porte, s'affolant davantage quand il ne parvint pas à enfoncer la clé dans la serrure tant ses mains tremblaient. Il devait se dépêcher, il n'avait pas beaucoup de temps... Enfin le battant céda dans un grincement sinistre et il se rua à l'intérieur. Il faisait très sombre, la seule lumière provenait d'une étrange sphère de verre qui flottait au dessus d'un piédestal installé sur une estrade au milieu de la pièce. Le garçon fouilla dans la poche de son pantalon, le dos raidi. Il en sortit la baguette magique de Peter et un petit couteau d'argent.

Sois courageux Drago, tu peux y arriver...

Coinçant la baguette entre son coude et son torse, il leva le couteau. La lame jetait des reflets bleutées dans la pénombre. Il ferma les yeux, souffla un grand coup et s'entailla profondément la paume de la main gauche. Un gémissement passa ses lèvres serrées. Il avait coupé trop fort et la blessure saignait abondamment, sa chemise blanche déjà tachée de liquide carmin. L'enfant redressa bravement le menton. Il ne pouvait pas flancher, il n'avait pas le droit, tout dépendait de lui. Si tu parviens à désactiver la protection, n'importe qui pourra entrer sur le domaine. Ou bien en sortir...

Avec incertitude, il appliqua sa main ensanglantée tout contre la sphère opalescente. De l'autre, il pointa la baguette en récitant le mot de passe que Peter lui avait appris et... rien ne se passa.

Un sanglot étranglé monta dans sa poitrine. Ce n'était pas normal. Quelque chose avait dû aller de travers, il avait mal prononcé la formule ou alors Peter se trompait et il n'était même pas assez puissant pour ça, il était vraiment faible et inutile ou...

Un bruit de course retentit dans le couloir et son cœur affolé tambourina contre ses côtes. Deux têtes blondes apparurent dans l'encadrement de la porte. Le petit garçon soupira de soulagement en reconnaissant les arrivants.

- Drago, sors de là tout de suite ! Ton père risque de revenir d'une minute à l'autre, s'il nous surprend ici, on...

- Mais ça a pas marché ! Peter, ça a pas marché ! Je comprends pas, j'ai fait tout comme tu m'avais dit, je te promets !

L'homme frotta la barbe de trois jours qui recouvrait ses joues émaciées.

- Tant pis, il est trop tard maintenant. On réessayera une prochaine fois, viens !

- Quoi ? Non ! Non, ça doit marcher !

Il n'abandonnerait pas. Il devait réussir par n'importe quel moyen car non, il n'y aurait pas de prochaine fois, ils le savaient tous. L'enfant jeta un regard agité vers la silhouette mince à demi dissimulée derrière Peter. Elle avait peur, c'était une évidence. Les iris humides, son minuscule sac à dos posé sur ses épaules frêles, elle serrait Azar de toutes ses forces et le doudou-dragon n'avait jamais autant eu des allures de talisman. Il était hors de question qu'il la laisse tomber.

Il leva à nouveau la baguette de Peter, répétant rageusement l'incantation, dans une litanie aux accents de désespoir.

- Drago arrête, ça ne sert à rien ! Tu...

Le garçon secoua violemment la tête. La baguette roula au sol, inutile, alors qu'il plaquait ses deux mains sur l'orbe de verre. Il pouvait y arriver. C'était comme dans l'histoire que Peter leur racontait le soir. Parfois, croire que quelque chose est possible, c'est tout ce dont on a besoin pour que ça devienne réel...

- Je peux le faire, murmura-t-il, j'y crois, j'y crois, j'y crois...

L'atmosphère changea. Au début, ce fut presque imperceptible, juste de l'électricité statique dans l'air. Quelque chose s'éleva autour d'eux, une bourrasque de magie pure, chaude et réconfortante. C'était comme un chant, très doux, très ancien, qui montait des profondeurs de la terre. Le manoir tout entier trembla Des étincelles crépitèrent à la racine des cheveux de l'enfant, dansèrent devant ses prunelles glacées. Un flash de lumière aveuglant les obligea tous à lever un bras pour se protéger les yeux alors que retentissait un craquement de verre brisé.

La sphère ne s'était pas éteinte comme prévu. Elle clignotait faiblement, de larges fissures égratignant à sa surface. L'homme et les deux enfants s'entre-regardèrent. Puis sans avoir besoin de se concerter, sans se poser de questions, ils se mirent à courir, s'engouffrant dans le couloir, dévalant les escaliers. Ils se figèrent sur le pas de la porte, interdits face au spectacle apocalyptique qui se jouait dans le parc du manoir.

- Par les Dieux tout puissants, jura Peter, qu'est-ce que...

La lune diaphane avait pris une féroce teinte écarlate. La foudre balafrait sans pitié l'obscurité de la voûte céleste et la tempête faisait osciller la maison sur ses fondations. D'immenses cratères de terre retournée trouaient les pelouses jadis immaculées et les arbres n'étaient plus que des torches fumantes sous la pluie battante. On aurait dit qu'un dragon colossal était passé par là, crachant sa colère vengeresse.

Et surtout... le dôme de protection en principe invisible qui recouvrait le domaine luisait avec force. Des brèches béantes étaient apparues un peu partout. Drago n'avait pas désactivé la protection. Il l'avait détruite.

Il fut le premier à réagir. Il agrippa la petite fille par la manche et l'entraîna vers l'ouverture la plus proche.

- Viens ! Dépêche-toi, vite !

Ils étaient tout près, plus que quelques mètres et... ça y est, ils étaient dehors. C'était maintenant. Le moment qu'il avait attendu plus que tout autant qu'il l'avait redouté. Là, sur cette falaise, au-dessus de l'océan déchaîné, il réalisa que c'était la dernière fois qu'il la voyait. D'une bourrade dans le dos, le petit garçon l'incita à avancer, se retenant de toutes ses forces pour ne pas pleurer.

- Va t'en ! Tu peux partir maintenant, allez !

Sauf qu'elle refusa de bouger. A son tour, elle lui attrapa le poignet, ses joues trempées autant par les larmes que par l'averse, terrifiée mais le regard brûlant d'une détermination farouche.

- Drago viens avec moi s'il te plaît ! S'il te plaît Drago me laisse pas, s'il te plaît... Drago !

Drago... Drago... Drago... Tout devint blanc autour de lui. Le visage suppliant de la petite fille s'évapora en même temps que le reste du décor et Drago sombra dans l'inconscience.


Voilà voilà, j'espère que ça vous a plu, que ça vous apporte des réponses sur certains points mais aussi davantage de questions mouahaha. Des théories sur la fameuse révélation que Valya fait à Théo ? Si vous avez lu l'ancienne version vous pouvez en avoir une petite idée mais interdiction de spoiler ! Sinon d'autres impressions, questions ? Qu'est-ce que vous avez pensé de Drago dans ce chapitre ?

On se retrouve très vite et si ça vous a plu, n'hésitez pas à laisser une petite review please !

Réponses aux reviews anonymes :

Pour Lou : Merci beaucoup pour ta review, je suis contente que l'histoire te plaise ! Effectivement, même pour moi c'est assez frustrant que Sirius et Valya ignorent tout l'un de l'autre mais c'est un parti-pris de faire se dérouler les choses assez lentement... la rencontre arrivera mais il va falloir patienter encore un peu ! J'espère que la suite te plaira tout autant, encore merci.