« Nulle cause n'est perdue tant qu'il existe encore un fou prêt à se battre pour elle. »
Pirates des Caraïbes, Jusqu'au bout du monde
Hermione courait. Elle courait pour échapper aux mangemorts. Cela faisait six mois qu'elle était seule, six mois que Ron était mort. Six mois de cachettes, de solitude, de désespoir. Elle parlait seule, ne supportant plus le silence. Six mois de recherche aussi. Sur les Bijoux du Temps.
C'était d'ailleurs à cause de ces recherches que la course poursuite avait débuté. La troisième en deux mois. Elle avait trouvé refuge au Square Grimmaurd, la maison de son défunt ami. Elle y retourna quelques mois après la mort d'Harry, elle découvrit qu'il en avait fait la gardienne secrète du lieu et qu'il lui avait légué la maison.
Cependant, il fallait bien qu'elle sorte pour se nourrir, et pour faire ses recherches, évidemment. La bibliothèque des Black était très complète en matière de magie noire, elle avait d'ailleurs appris cette branche de magie grâce aux ouvrages qu'elle contenait, pensant que cela pouvait être utile devant les mangemorts, mais il n'y avait aucun livres sur les bijoux du temps. A son plus grand désespoir. Ce fut ainsi qu'elle se fit repérée, présente dans un petit village moldu, près de Londres, le jour où il ne fallait pas.
Elle courait depuis longtemps et commençait à fatiguer, mais elle ne devait pas s'arrêter. Certains jours, elle avait envie d'abandonner, elle ne se le cachait pas. Mais si elle devait abandonner, ce serait seule. Pas à cause des mangemorts. Elle eut soudain une idée. Devant elle, deux arbres étaient collés et formaient une petite cachette. Elle se transforma en son animagus.
—Cherchez-la ! Elle n'a pas pu partir bien loin. Si nous la trouvons, nous remonterons dans l'estime du seigneur des ténèbres. Le monde sera à nous. Plus aucun survivant.
Les mangemorts cherchaient Hermione partout, ce qui la faisait bien rire. Ils avaient les yeux rivés sur le sol. Mais s'ils avaient soulevé un peu la tête, ils auraient vu un magnifique phénix dans le ciel, avec un sac de perle dans le bec.
Hermione rentra dans le Square Grimmaurd, fatiguée et déçue. Elle n'avait toujours pas trouvé d'information sur les Bijoux du Temps et ses sorties étaient de plus en plus compliquées, les mangemorts étaient présents à chaque fois, comme s'ils pouvaient suivre sa trace. Elle commença à manger et la solution qu'elle cherchait depuis des mois lui apparut. Si Drago Malefoy connaissait les bijoux du temps, il avait sûrement dû lire ces informations dans un livre, cela était évident. La seule solution pour trouver des informations sur les Bijoux du Temps, c'était se rendre au Manoir Malefoy. Au repère des mangemorts. Au repère de Voldemort.
Hermione préparait son escapade très minutieusement. Elle ne voulait laisser passer aucun détail. Elle avait trouvé un plan du manoir dans la maison, les Black et les Malefoy étaient très proche. Elle savait que c'était très risqué. Mais elle n'avait plus le choix. Elle préférait mourir en essayant de résister plutôt qu'en restant assise à ne rien faire. Sa vie n'avait plus tellement de valeur, elle était seule. Elle ne pouvait décemment pas passer les années qui lui restaient cloitrée dans cette fichue maison. C'était décidé. Hermione partirait le vingt-cinq décembre au Manoir Malfoy. Cela l'empêchera de penser à cette veille de Noël si spéciale qu'elle avait passé avec Harry il y a deux ans, sur la tombe des parents de son presque frère. Non, il ne fallait pas qu'elle pense à Harry. Plus le jour approchait, plus Hermione était anxieuse. La nuit précédant son expédition, elle ne dormit pas et révisa ses plans.
A l'aube, elle partit du Square Grimmaurd. Elle arriva dans une gare moldue et prit un train pour le Wiltshire. Elle ne pouvait plus utiliser les transports sorciers, quiconque transplanait, utilisait la poudre de cheminette ou un portoloin était immédiatement repéré par le ministère et des mangemorts arrivaient.
Arrivée à la gare, elle dut faire le reste du chemin à pieds, la voiture moldue n'était pas assez discrète pour son expédition. Après presque deux heures de marche, elle aperçut au loin le Manoir Malefoy. Elle ne se sentait pas du tout à l'aise. Elle revoyait ses tortures, ses viols, les cris de Ron, la découverte de son cadavre. Elle décida de se cacher sous sa cape d'invisibilité —merci Harry— et s'approcha doucement du Manoir. Elle échappa à plusieurs patrouilles de mangemorts et arriva à l'arrière de la demeure. Le plus dur restait à faire.
Une heure d'essai plus tard, elle réussit enfin à pénétrer dans le Manoir après avoir contré de nombreux sortilèges. Elle se faufila dans une pièce et revêtit la cape. Elle monta discrètement les escaliers, essayant de ne pas faire craquer les marches, et consulta son plan, cherchant la bibliothèque. Elle arriva enfin à la bibliothèque et sortit sa baguette.
—Accio livre sur les bijoux du temps
Rien ne se passa et Hermione se dit qu'elle avait été bien idiote de penser que cela marcherait. Elle se mit donc à chercher manuellement le livre, ce qui allait lui prendre du temps, la bibliothèque était deux fois plus grande que celle de Poudlard. Après plus d'une demi-heure de recherche, elle n'avait toujours rien trouvé. Pourtant, elle avait fouillé dans les différentes sections, avec les différentes lettres. Même dans les ouvrages en latin en runes et ceux de magie noire.
Soudain quelque chose tapa à la porte, celle-ci s'ouvrît et un livre fonça sur Hermione. Il avait une couverture marron, la reliure était très ancienne, abîmée, et le titre était écrit en fines lettres dorées.
Les Bijoux du temps
—Par Morgane, enfin, je l'ai trouvé !
Elle eut à peine le temps de se réjouir, qu'elle entendit des pas. Elle rangea vite le livre dans son sac de perle et essaya de se cacher. Mais c'était trop tard.
—Tiens, tiens, mais qui voilà. Miss sang-de-bourbe. Le maître va être si content de te voir. Il n'aura même pas eu besoin du plan, tu es venue à lui. Et cette fois mon traître de fils ne sera pas là pour te sauver.
Lucius Malefoy, mangemort déchu qui faisait tout son possible pour remonter dans l'estime de son maitre, lui jeta un sort et des liens se firent autour d'elle.
—Inutile de résister Sang-Impur. Plus tu vas te débattre, plus les liens vont se resserrer. Cependant que viens-tu faire dans ma bibliothèque ? Les livres de sang-de-bourbe te manquent ?
Hermione ne répondait pas. Elle savait que c'était inutile. Elle s'aperçut pourtant, que Voldemort n'était pas là puisque Malfoy père la conduisait dans les cachots.
—Oh Lucius qui as-tu attrapé là ?
—Pas touche Bella, c'est la sang-de-bourbe de Potter.
—Oh mais donne-la moi, je vais bien m'amuser avec elle. Je lui ai déjà laissé plein de petits souvenirs.
—Non je vais la mettre aux cachots, tu sais très bien que c'est le maître qui doit donner le premier coup.
Sur ces mots, il emmena Hermione dans l'endroit qu'elle connaissait bien maintenant. Il lui défit les liens et l'enferma. Hermione remarqua qu'une silhouette était assise au fond du cachot. Elle lui semblait familière donc sans trop d'espoir, elle s'approcha pour savoir si elle connaissait cette personne. Elle fut choquée. Son visage était parsemé de cicatrices, il semblait avoir vieilli. Pourtant c'était impossible, la personne qu'elle voyait, avait péri durant la Grande Bataille. Elle l'avait vu mort, elle avait aidé à déplacer son corps, c'était une certitude.
—Remus ?
4 mai 1998, Poudlard
Un homme se réveilla avec une impression de ne pas avoir dormi depuis dix ans. Il se demanda immédiatement où il se trouvait. L'odeur était infecte. Il essaya de se relever mais il était très faible. Il tourna la tête à gauche et se redressa. Il y avait des centaines de cadavres. Il tourna la tête à droite et eu l'impression que son cœur s'était arrêté. Sa femme était là. Morte. Il sentit ses larmes couler le long de ses joues. Il se redressa complètement et tout lui revint. Harry. Les mangemorts. La bataille. Il ne savait pas quel jour et quelle heure il était. Cependant, il fut sûr d'une chose, ils avaient perdu, la lumière avait perdu. Sinon tous les cadavres ne seraient pas restés là, posés comme des détritus.
Il se leva et parcourut les rangées de morts. Tout l'Ordre du phénix était tombé. Ceux qui étaient morts à la fin de la bataille avaient été empilés les uns sur les autres par les mangemorts. Cela se voyait, il n'y avait eu aucun soin lorsque ceux-ci l'on fait. Il vacilla lorsqu'il vit la dépouille du professeur McGonagall, les yeux ouverts, une expression de douleur déformant son visage. Il remarqua cependant, qu'aucun cadavre du trio d'or, comme ils étaient appelés n'était présent. Il eut alors l'espoir que tout n'était peut-être pas fini.
Il déchanta quand il sortit du château et vit un cadavre au milieu de la cour. Plus il se rapprochait, plus la réalité le rattrapait. Le corps était étendu dans l'herbe, de façon a bien voir son visage. Le visage de James. Ses traits étaient détendus comme s'il savait qu'il allait mourir. Ses yeux étaient ouverts. Les yeux de Lily. Ce fut ainsi, que Remus Lupin s'effondra sur le corps de la personne qu'il considérait comme son neveu, le fils de son meilleur ami, le filleul de son autre meilleur ami.
Août 1998
Remus courait. Il courait pour échapper aux mangemorts. Trois mois qu'il avait quitté Poudlard, plus meurtri que jamais. Trois mois qu'il avait abandonné le cadavre de sa femme. Trois mois qu'il avait découvert le corps de son fils sans vie après une attaque de mangemorts. Trois mois de solitude.
Ce fut la cinquième mort de Remus. Il mourut d'abord en novembre 1981, lorsqu'il apprit la mort de Lily et James. Ensuite, il mourut une autre fois en juin 1996, en même temps que Sirius. Ce fut réellement la fin des maraudeurs pour lui. Il mourut une encore une fois au côté du cadavre de sa femme, puis à nouveau en voyant Harry mort et une dernière fois en découvrant son petit Teddy sans vie. Remus en avait marre. Pourquoi tout le monde mourait autour de lui ? Alors que lui survivait ? Il pensait qu'il n'avait pas mérité d'avoir des amis à cause de son problème de fourrure comme disait James. Il se disait qu'il était un monstre donc c'est pour ça qu'il n'était pas mort. C'est aussi pourquoi il ne s'infligea pas la mort. Parce qu'il pensait ne pas la mériter. Les monstres ne méritaient pas la mort, ils méritaient la souffrance. La preuve, la mort ne l'accepter pas avec elle, elle lui redonnait la vie à chaque fois, comme un cadeau, mais ce n'était pas cela, c'était un fardeau bien trop lourd à porter pour Remus. Il ne voulait plus survivre. Sa vie s'était arrêtée depuis trop longtemps.
Une nouvelle fois, Remus échappa aux mangemorts. C'était bien le seul avantage à être un loup-garou : la vitesse.
Janvier 1999
C'était la troisième fois que Remus échappait aux mangemorts depuis le début de l'année. Il changeait de résidence tous les mois mais ils le retrouvaient toujours.
Mars 1999
Remus se releva nu et épuisait. C'était la pire pleine lune de son existence. Et pourtant il y en avait déjà eu des très dures. Il se rhabilla doucement, chaque morceau de peau que le tissu touchait, était semblable à une brûlure. Remus s'était mordu toute la nuit. De plus, il n'avait quasiment plus d'essence de dictame. Il ne pourrait bientôt plus soigner ses blessures.
3 mai 1999
Remus n'allait pas bien du tout. Tous ses vieux souvenirs remontaient et cela était tout sauf plaisant. Hier, cela faisait un an que la Grande Bataille avait eu lieu. Un an que Dora était morte, que Harry était mort. Chaque jour, il se répétait que c'était sa faute, qu'il aurait plus dû protéger le fils de James. Mais il n'avait même pas su protéger le sien lors qu'aurait-il pu faire ?
En ce jour bien triste, Remus essaya d'entrer dans le chemin de traverse, pour se procurer de l'essence de dictame. Il tomba sur un journal, La Gazette Du Sorcier, et éclata d'un rire sans joie. Ce torchon écrivait toujours ? Il se stoppa tout d'un coup. Il pensait que la sorcière présente sur l'affiche était morte depuis un an.
RONALD WEASLEY ENFIN MORT !
HERMIONE GRANGER TOUJOURS ENNEMIE PUBLIC N°1
SANG-De-BOURBE DANGEREUSE
Il fut triste d'apprendre la mort de Ron. Mais il ne fut pas vraiment étonné que ces deux-là soient les derniers résistants. Ils continuent de se battre pour leurs convictions, et pour Harry bien sûr. Remus repartit avec la ferme intention de retrouver la dernière survivante. Chose complexe étant donné que —comme l'avait si bien dit le torchon— c'était l'ennemie numéro une.
Octobre 1999
Remus était désespéré, cela faisait près de six mois qu'il cherchait Hermione sans relâche. Il n'avait rien trouvé. Pas même un minuscule petit indice. Il avait envie d'abandonner. Cela était trop pour lui.
Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas la porte s'ouvrir ni les pas s'approcher.
—Mais qui avons-nous là. Un loup solitaire. Le maître va être content de voir qu'il lui reste une bête à tuer.
Remus se fit embarquer par Bellatrix Lestrange, Lucius Malfoy et un troisième dont il ne connaissait pas le nom, sûrement une nouvelle recrue. Il se réveilla sur un sol humide et glacial. Et la torture commença.
25 décembre 1999
Remus avait complètement perdu la notion du temps. Il ne savait plus depuis combien de temps il était là. Cela pouvait aussi bien être deux jours que deux mois, voire deux ans. Les pleines lunes dans le cachot étaient insupportables, encore plus que dans la forêt. Tout était pire dans le cachot.
Il allait revoir Hermione. Mais pas pour les bonnes raisons. Voldemort allait faire courir le bruit qu'il était vivant, pour qu'Hermione viennent le sauver et qu'elle se fasse attraper. Il allait servir d'appât. Quelqu'un entra dans le cachot puis la porte se referma. Remus était désormais habitué à ces va et viens. Il était de dos. Il ne voulait pas voir ce visage, qui allait sûrement mourir demain.
Malgré ses pensées, l'inconnu s'approcha. Il avait des cheveux longs, Remus s'aperçut que c'était une femme, une jeune femme. Il aurait pu être désolé par sa mort prochaine mais pour l'instant plus rien ne l'inquiétait excepté le sort de Hermione. Cette jeune femme prit son visage entre ses mains. Ses yeux chocolat se plantèrent dans ceux de Remus. Ils restèrent un long moment ainsi, les yeux dans les yeux. Elle fut la première à prendre la parole.
—Remus ?
