« Comment serait la vie si nous n'avions pas le courage de tenter quoi que ce soit ? »
Vincent Van Gogh

—Remus ?

—Her... Hermione ? C'est bien toi ?

Hermione n'en croyait pas ses yeux. Mais elle avait beau fermer et rouvrir ses paupières, l'homme était toujours là. Comment se faisait-il que Remus était vivant ? Elle était heureuse de ne plus être seule. Mais il avait l'air tellement mal en point. Il avait énormément de cicatrices.

—Hermione, ça fait si longtemps que je te cherche ! Mais qu'est-ce que c'est que toutes ces cicatrices ?

—Je vous répondrai après mais il faut d'abord que nous sortons d'ici.

Elle se retrouva à inspecter chaque centimètre carré pour voir s'il y avait une échappatoire, mais la cave était semblable à celle où s'étaient retrouvés Harry et Ron il y a quelques mois de cela. Quelques protections avaient même été ajoutées mais Dobby n'était plus là pour les sauver, ils allaient devoir se débrouiller seuls.

—C'est peine perdue Hermione. Nous n'avons pas de baguette.

Les yeux de la jeune femme s'illuminèrent et elle commença à fouiller frénétiquement dans son sac. Elle en sortit deux baguettes, l'air victorieux. Remus se demandait comment la jeune femme avait toujours autant de ressources, toujours autant d'idées pour sortir des pires galères. Être l'amie d'Harry Potter devait bien aider. Personne n'attirait les ennuis autant que lui.

—Je ne suis pas sûr que ça marche Hermione. Le Manoir doit être protégé.

Alohomora. Bon ça ne marche pas.

Elle fouilla à nouveau dans son sac de perle, et en sortit un petit couteau Suisse. Après quelques minutes elle réussit enfin à ouvrir la grille.

—Bon on va sortir par derrière. Vous vous mettez sous la cape d'invisibilité. Je me jette le sort de désillusion.

Remus était étonné, elle était si mature. Bien que ses yeux transpiraient de souffrance, elle faisait passer la Cause avant tout. Elle avait bien changé la petite fille qui levait la main à chaque question d'un professeur. Il resta déconcerté lorsqu'elle lui tendit sa baguette.

—Tenez c'est pour vous défendre, au cas où. Je vais prendre celle de Harry.

Il avait bien compris ce que cela signifiait pour Hermione. Pour les sorciers, leur baguette faisait partie d'eux même. C'était donc très dur de s'en séparer. Avec la baguette d'Harry, elle retrouvait un peu de lui, c'était donc impensable qu'elle s'en sépare. Remus supposait qu'elle ne se servait quasiment plus de sa baguette. Pour ne pas être repérée, et aussi pour ne pas oublier Harry d'une certaine façon.

Ils montèrent les escaliers pas à pas, le plus discrètement possible. Ce fut leur chance, il n'y avait aucun mangemort dans la salle. Remus vit sa baguette posée sur un meuble et l'attrapa furtivement. Ils traversèrent la salle le plus vite et le plus discrètement possible et arrivèrent devant la sortie. A peine la porte franchie, des voix se firent entendre.

—Ils se sont échappés ! Trouvez-les ! Le maître veut la sang-de-bourbe vivante mais tuez le loup.

—Hermione, il faut qu'on parte. Mais on ne peut pas transplaner.

—Tenez mon sac, je vais me transformer.

Sous les yeux stupéfaits de Remus, Hermione se transforma en un magnifique phénix. Elle attrapa les épaules de Remus avec ses pattes et s'envola rapidement sous les cris des mangemorts qui sentaient la punition de leur maître arrivée.


Hermione arriva à quelques mètres du Square Grimmaurd, déposa Remus au sol et reprit sa forme humaine. Elle lui tendit la cape d'invisibilité et lui ordonna de ne faire aucun bruit. Tous deux devinrent invisibles et passèrent furtivement devant les mangemorts présents.

Hermione monta immédiatement dans la salle de bain et faillit tomber dans les escaliers en les descendant.

—Voici du dictame, montrez-moi vos blessures, je vais vous soigner.

—Hermione, tu n'as pas besoin de me vouvoyer, je n'ai jamais compris pourquoi tu t'es toujours efforcée de me vouvoyer et m'appeler « professeur Lupin » alors que nous avons été membre de l'Ordre tous les deux ?

—Vous tutoyer ? Mais vous avez été mon professeur et—

—C'était il y a six ans, Hermione, ça me dérange que tu me vouvoies, je suis déjà assez vieux comme ça, pas besoin de me rajouter vingt ans.


Hermione commençait à perdre patience. Une semaine. Une semaine qu'elle essayait de traduire le livre sur les Bijoux du Temps. En rentrant au Square Grimmaurd, elle s'était aperçue que le livre était écrit en runes anciennes. Ayant étudié cette matière à Poudlard, elle se dit qu'il serait facile de traduire ce livre. Quelle erreur ! Naïvement, elle avait cru que ses quelques heures de cours pendant quatre ans allaient suffire. Même avec un dictionnaire de runes elle avait du mal. Elle ne traduisait pas plus de deux pages par jours en laissant quelques blancs.

Remus se sentait impuissant face à l'énervement de la jeune femme. Il n'avait jamais étudié les runes et ne pouvait donc pas l'aider. De plus, ils avaient décidé d'un commun accord de ne pas sortir de la maison pendant quelques temps, voyant défilés plus que jamais les mangemorts près de l'habitation.

—Ça ne sert à rien que je reste traduire comme ça ! J'ai traduit douze pages en une semaine, il me faut autre chose. Un dictionnaire plus performant je ne sais pas.

—Hermione, on ne va pas pouvoir sortir tout de suite, tu sais bien que les mangemorts sont là.

—Ce ne sont pas quelques vulgaires sous-fifres qui vont me faire peur. J'ai connu pire que ces amateurs.

La jeune femme partit d'un pas décidé dans sa chambre et revint avec la cape d'invisibilité de son presque frère.

—Je vais sur le chemin de traverse. Non ne me coupe pas ! continua-t-elle en voyant le regard de son ami. Je sais que c'est dangereux mais je serai très prudente. Pendant ce temps-là, j'aimerais bien que tu cherches un sort qui permettrait de traduire automatiquement les runes. Tu veux bien faire ça pour moi ?

Hermione partit le sourire aux lèvres, sous le regard déconfit de Remus, qui se disait qu'elle avait trop d'influence sur lui et qu'il fallait qu'il s'affirme un peu plus. Il avait vingt ans de plus par Merlin !


—Hermione !

—Oui ?

—Tu sais, la pleine lune est dans une semaine et je ne sais pas où je vais pouvoir me transformer. De préférence loin de toi.

—Oh oui c'est vrai. Hum, eh bien soit on ira dans la cave soit on ira dans la forêt, il y a un bois pas très loin d'ici.

—Comment ça, on ?

—Je vais t'accompagner. Ton loup jouera avec le phénix, comme il jouait avec les animagi des maraudeurs.

—Hermione, c'est hors de question, je n'ai pas de potion tue—loup, je pourrais te blesser ou pire, te tuer.

—Je t'arrête tout de suite, cela fait longtemps que j'ai pris ma décision, ce n'est pas toi qui va me faire changer d'avis.


Remus se réveilla dans un lit moelleux, le corps courbaturé et endolori. Sa nuit lui revint en mémoire et il pensa tout de suite à Hermione. Et s'il l'avait blessé ? Et si elle le détestait, après avoir vu ce qu'il était vraiment ? Il se précipita hors de son lit mais chancela, pas encore tout à fait remis de sa nuit. Ce fut à ce moment-là qu'Hermione entra dans la chambre et fut étonnée de voir son ami debout.

—Remus ! Qu'est-ce que tu fais debout ? Retourne au lit ! Allez dépêche-toi !

—Hermione, tu vas bien ? Je t'ai blessé ? Ne me mens pas ! Tu n'es pas dégoûtée ?

—Non Remus pourquoi serai—je dégoûtée ? Je t'avais déjà vu sous ta forme de loup quand j'avais quatorze ans. Je n'avais pas été dégoûtée donc je ne vois pas pourquoi je le serais maintenant. J'ai seulement quelques égratignures, ce n'est rien. On ne peut pas en dire autant pour toi. Toutes tes cicatrices ne datent pas d'hier.

—Montre-moi tes « égratignures » ! ordonna-t-il d'un ton ferme.

La jeune femme lui répondit qu'il n'y avait absolument rien à voir mais il ne l'écouta pas. Malgré ses protestations, il l'attrapa et senti quelque chose sur son ventre. Il souleva légèrement son tee-shirt et vit un long bandage recouvrir une bonne partie de son ventre.

—Hermione qu'est-ce que c'est que ça ?

—Rien, ce n'est rien Remus.

—Tu as vu ce que je t'ai fait ! Le mois prochain, tu ne viens pas avec moi, c'est hors de question.

—Ce n'est pas à toi de décider ce que je dois faire ! Tu m'as blessé et alors ? J'ai connu pire qu'une petite griffure.

—Hermione ton bandage est plus rouge que blanc alors je ne crois pas que ce soit juste une « petite griffure ».

—Soit heureux, grâce à toi j'ai trouvé la solution pour lire le livre.

—Ah bon ? répondit Remus, l'air hébété, se demandant comment il avait bien pu aider, alors qu'il était déchaîné sous sa forme de loup.

—A l'aube, je t'ai fait léviter. Et je suis rentrée au Square, ce qui n'a pas été une mince affaire. Le livre était ouvert sur la table, j'étais monté te coucher et j'avais nettoyé tes blessures. Je suis redescendue soignée les miennes et du sang est tombé sur le livre. J'ai juste eu le temps d'apercevoir une phrase en anglais et les mots sont redevenus des runes. Je pense qu'il faut verser du sang pur sur le livre pour pouvoir le lire.

—Brillant ! Tu es vraiment brillante ! En revanche, je ne vais pas pouvoir aider pour le sang, ma mère était moldue.


Cela faisait maintenant un mois qu'Hermione avait découvert la solution pour lire le livre sur les bijoux du temps. Elle et Remus attendaient impatiemment qu'un mangemort au sang-pur vienne surveiller le Square Grimmaurd. Le seul problème était qu'ils ne connaissaient pas tous les mangemorts et les sang-purs « importants » ne faisait pas ce genre de mission.

—Remus, viens vite voir !

Remus se précipita vers Hermione. Elle lui désigna la fenêtre et il ouvrit discrètement le rideau. Il aperçut trois mangemorts quelconques, le reste du Square était vide. Il ne vit rien d'anormal ou qui avait changé.

—Là tu ne vois pas ! Le blond, c'est un Rosier ! Je l'ai reconnu.

—Où veux-tu en venir ? Je t'avoue que je suis perdu.

—Mais enfin ! C'est bien connu que tous les Rosier sont des sang—purs. Il me faut son sang.

Elle ne laissa pas le temps à Remus de placer une phrase, attrapa la cape d'invisibilité et sortit de la maison. Il rejoignit rapidement son amie, craignant qu'elle se fasse repérer. Hermione arriva près des mangemorts et stupéfixia les deux premiers avec une facilité déconcertante. Pour Rosier, ce fut une autre histoire, il enchaînait les sorts de magie noire à l'aveugle, ne permettant pas à Remus de se rapprocher de la jeune femme. Hermione, elle essayait tant bien que mal de rester cacher sous la cape en évitant les sortilèges.

Le mangemort vit une baguette sortir de nulle part. Il connaissait cette baguette. Mais oui, bien sûr c'était la baguette de Potter. Il eut à peine le temps de se demander ce qu'elle faisait là qu'il sombra dans l'inconscience.

—Pourquoi il faut toujours que tu fasses tout toute seule !

—Vite donne-moi une fiole, il me faut son sang.

—Qu'est-ce que tu lui as fait ?

—Un bon Sectumsempra fait toujours l'affaire.

—Hermione ! C'est de la magie noire !

—Remus on peut en parler ce soir, je t'expliquerai si tu veux mais là il faut vraiment que je m'occupe de lui ! Rendre à la maison s'il te plaît.

Remus obéit avec un bon regard noir et rentra dans la maison, se promettant d'avoir une bonne discussion avec la jeune femme. Hermione finit de prendre le sang du mangemort, lui lança le sortilège de la mort et effaça toute trace de lutte et de son passage. Puis elle rentra à son tour dans la maison. Ses vêtements étant plein de sang, elle alla se doucher et fit donc encore attendre Remus qui voulait des réponses à ses questions.

—C'est bon, je suis prête ! On va pouvoir enfin lire ce livre.

—Non.

—Non ?

—Non. Tu vas d'abord répondre à mes questions.

—Je t'écoute Rem'

—Rem' ?

—Oui j'aime bien, c'est plus court et—

—Ce n'est pas le sujet Hermione. Depuis quand utilises-tu la magie noire ? Je t'ai vu tuer Rosier. C'était tellement naturel ! C'est la combientième personne à qui tu ôtes la vie ?

—J'ai appris la magie noire après la mort d'Harry. Je sais qu'il n'aurait pas aimé que je tombe là-dedans mais c'est trop tard ! C'est comme les cigarettes moldues. Une fois que tu as goûté, tu ne peux plus t'en séparer. Manque de chance, je suis tombée dans les deux.

—Tu fumes aussi ! Depuis quand ? Qu'est-ce qu'il a bien pu se passer ? Ron savait que tu apprenais la magie noire ?

—Oui et non. Je fume depuis la Grande Bataille et non Ron ne l'a jamais su. Je ne voulais pas qu'il le sache. Ne t'inquiète pas, la magie fait partie de moi maintenant, je m'y suis habituée. Si tu n'as jamais senti la cigarette c'est parce que je me jette un sort pour masquer l'odeur, je la déteste.

—Pourquoi tu fumes alors ?

—Je ne pense pas que tu sois prêt à entendre la vérité Remus.

—Très bien. Je pense alors que je suis prêt à entendre pourquoi tu as réussi à tuer Rosier aussi facilement.

Hermione se leva brusquement et commença à faire les cent pas dans la pièce, sa démarche montrait qu'elle était mal à l'aise.

—Ce n'est pas la première fois que je tue quelqu'un Rem'. Ne fais pas cette tête ! Tu n'as jamais tué quelqu'un ?

—Si deux fois. La première fois j'avais seize ans, c'était la pleine lune et James et Sirius étaient en retenu, Peter ne pouvait pas gérer un loup déchaîné. Je suis sorti de la cabane hurlante. Une personne du ministère était dans la forêt interdite pour parler avec je ne sais pas quelle créature et je l'ai tuée. Je ne m'en suis jamais vraiment remis. C'est James qui a réussi à me faire reprendre goût à la vie. Et à peine je fus remis, il est mort.

Remus éclata en sanglots. Hermione regrettait d'avoir posé sa question. Elle comprenait maintenant pourquoi Remus ne voulait pas qu'elle lui tienne compagnie durant la pleine lune. Elle revint s'asseoir près de lui et le prît dans ses bras.

—La deuxième c'était un mangemort qui allait tuer Harry. Alors je n'ai pas réfléchi et je l'ai tué. Je m'en voudrais toute ma vie d'avoir tué ces deux personnes.

—Même si l'une d'entre elle était un mangemort.

—Oui bien sûr ! Qui suis-je pour décider qui a le mérite de vivre ou de mourir. Je ne suis personne alors je te le demande, combien de personnes as-tu tué ?

Hermione lui releva la tête et eut un temps d'hésitation. Elle finit par lui répondre les yeux dans les yeux.

—Je n'en ai absolument aucune idée. Cela peut être autant vingt personnes que cent. Je ne sais pas du tout. Tu dois me trouver cruelle et sans âme et c'est sûrement vrai. Je me suis longtemps dit cela, pourquoi je mérite de vivre et pas eux. Et j'ai repensé à tous ces morts, toutes les personnes mortes pour leur conviction que les mangemorts ont assassiné. Je me suis octroyé le droit, en tant que survivante de leur ôter la vie. Je vois ta question venir. Bien sûr que je me suis dit que je ne valais pas mieux qu'eux après avoir tué la première personne durant la bataille. Et puis j'y ai longuement réfléchi, et je me suis dit que ce sont nos convictions qui changent. Ils tuent pour le plaisir, je tue par vengeance, pour Harry. Ce n'est peut-être pas mieux. Mais c'est ainsi. Comme disent les moldus, aux grands maux les grands remèdes. Je peux comprendre que tu m'en veuilles. Mais nous avons toujours les mêmes convictions. On est juste différent dans notre façon de se battre pour elle.

—Oh ! Je ne pense pas que je ne veuille plus te parler, c'est un peu extrême. Je suis juste surpris. Lorsque je t'ai retrouvé, j'ai tout de suite vu que tu avais changé mais je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi radical. Il me faudra un peu de temps pour réfléchir à tout ça.

—Bien sûr Remus ! Je te laisserai le temps qu'il te faudra. Mais tu sais, la guerre nous a tous changé, en bien ou en mal mais toutes les guerres changent les personnes qui les vivent.

D'un commun accord, ils décidèrent de se concentrer sur autre chose et allèrent chercher le livre sur les bijoux du temps. Ils étaient tous deux impatients, Hermione plus que Remus. Celui-ci avait des doutes. Et si Rosier n'était pas un sang-pur ? Et si le sang d'Hermione avait été un hasard ? Hermione versa une première fiole sur le livre sous les yeux impatients de Remus.