« Les livres anciens ont le parfum des mots oubliés. »
Sandra Dulier

Hermione versa délicatement la fiole de sang sur la première page du livre et les runes se transformèrent en mots.

« Bravo à vous, lecteurs ! Vous avez réussi à découvrir ce livre, cela fait désormais de vous les Elus du temps. »

—Les Elus du temps qu'est-ce que c'est ?

—Continue à lire, Rem'.

« Lors de la phase finale, vous découvrirez le secret que renferme ce livre mais vous devez d'abord réussir les deux autres phases. Si vous réussissez, vous aurez une chance de sauver votre monde, Sorciers. Mais prenez garde, ce sera un long parcours, fait de douleurs, d'horreurs et de choix. Le monde repose sur vous. »

—Super, on n'a pas du tout de pression sur nous, là, tout va bien.

—Hermione, on savait déjà que l'avenir du monde reposait sur nous !

Remus vit les yeux d'Hermione se remplir de larmes. C'était la première fois qu'il l'a voyait pleurer. Oh, il se doutait qu'elle pleurait le soir mais elle ne voulait pas le lui montrer. Il lui ouvrit ses bras et Hermione se réfugia dedans en sanglotant.

—Oui huh c'est vrai huh qu'on huh savait que huh le monde huh reposait huh sur nos huh épaules huh. Mais ça huh fait mal quand huh c'est écrit par huh quelqu'un huh d'autre huh, réussit-elle à articuler entre ses larmes.

—Ne t'inquiète pas, on va réussir, il ne faut pas qu'on commence à se lamenter sur notre sort, on doit se ressaisir.

Hermione reprit le livre et reversa un peu de sang sur la page suivante.

« Élus du temps, voici la phase une :
L'union du plus grand animal vivant du monde et du temps a créé le Joyau de la nature, le Joyau de la nature a créé le Joyau du temps. Trouvez-le près de son parent, où les kangourous sont rois. Ceci est la phase une. »

—Je crois que cela ne va pas être aussi facile que nous le pensions Remus.


Cela faisait quelques semaines que les deux survivants avaient découvert l'énigme, qu'ils l'avaient en tête sans arriver à la comprendre. Hermione était désemparée, jamais quelque chose ne lui avait fait défaut pendant aussi longtemps mais depuis que ce livre est arrivé dans sa vie, tout avait changé. Elle sortit de sa chambre et descendit les escaliers, elle vit Remus en train de relire encore une fois l'énigme. Il n'en avait plus besoin, il la connaissait par cœur désormais, tout comme Hermione d'ailleurs. Pourtant cela leur donnait espoir qu'il restait un petit indice qu'ils avaient loupé. Mais plus les jours avançaient, plus ils en doutaient.

—Joyeux anniversaire Remus !

—Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?

—Nous sommes le dix mars aujourd'hui, c'est ton anniversaire, non ?

—Comment tu peux penser à mon anniversaire alors qu'on ne sait même pas si on va vivre demain ? J'ai quarante ans !

—Je me suis dit que ça pourrait nous faire du bien de penser à autre chose. Tiens voilà tes cadeaux je n'ai pas pu faire d'emballage dit-elle en lui tendant en sac.

Remus l'attrapa et en sortit deux ouvrages. L'un était moldu tandis que le second était sorcier.

—L'occlumencie pour les débutants ?

—Oui, c'est très important, j'ai vu que tu n'étais pas du tout entraîné et Voldy pourrait très bien entrer dans ton esprit s'il est à proximité.

—Voldy ? Tu n'es pas sérieuse, questionna Remus, avec un sourire

—Son nom complet est tabou, j'ai bien peur que tu-sais... et celui-dont-on... ne le devienne aussi, j'ai donc pensé à Voldy.

Remus haussa les sourcils mais ne dit rien. Il continua à observer ses cadeaux et prit le deuxième livre.

—Les animaux marins peu connus ?

Hermione entreprit de lui expliquer que c'était un livre moldu, car il était devenu impossible d'acheter les livres sorciers. Le premier livre était à elle mais ne lui servait plus donc cela était une occasion pour l'offrir à quelqu'un qui en avait besoin. Elle s'était dit que ce livre pourrait lui plaire. Remus la remercia, quelque peu étonné par ces deux cadeaux.

Ce fut la plus belle soirée depuis la bataille, ils mangèrent bien, écoutèrent de la musique —sorcière comme moldue—, discutèrent tranquillement, chose qu'ils n'avaient pas réellement faite depuis leur dispute voire même depuis l'arrivée de Remus. Ils ne rigolèrent pas à en avoir mal au ventre, ni à en pleurer, mais ils eurent quelques sourires, ce qui était déjà un grand progrès pour chacun.


Remus lisait. Depuis qu'Hermione lui avait offert ses livres, il s'entraînait beaucoup à l'occlumencie. Il apprenait également beaucoup sur les animaux marins. D'ailleurs c'était ce livre qu'il lisait, cependant l'énigme du livre leur restait toujours dans la tête. Au bout d'un moment, il tomba sur quelque chose qui le surprit beaucoup.

—Hermione !

—Oui ! Tu es où ?

—Je suis là. Je viens de découvrir quelque chose. Tu savais que le corail était un animal et non un végétal ?

—Bien sûr ! Tu n'as pas appris ça à l'école ? Tu m'as dit que ta mère était moldue, tu n'es pas allé dans une école moldue ?

—Si, c'était important pour ma mère que j'ai une éducation moldue, mais je ne me souviens pas de ça.

—Pourquoi tu me demandes ça ?

—Dans mon livre, le corail est décrit comme le plus grand animal vivant du monde ou comme le Joyaux de la nature.

—Tu plaisantes ?

Hermione lui arracha le livre des mains et commença à lire le chapitre sur les coraux. Lorsqu'elle l'eut fini, elle dû se rendre compte de l'évidence.

—On doit aller dans un endroit où il y a du corail, je suis sûre que c'est ça. Où les kangourous sont rois. Où les kangourous sont rois ?

Remus décida de ne pas l'interrompre dans ses réflexions, il savait qu'elle avait horreur de ça et cela pouvait les débloquer de cette situation tous les deux.

—Mais oui ! On dit que l'Australie est le pays des kangourous, ça doit être ça. Il faut qu'on y aille. Oui c'est ça, on va faire ça.

—Hermione, on ne peut pas partir comme ça, il faut d'abord que nous nous préparons.

—Oui tu as raison. Nous ne devons pas nous précipiter.

Ce fut ainsi que les deux amis s'entraînèrent de façon acharnée. Remus apprenait à Hermione l'art du duel, elle le connaissait mais pas assez selon Remus. Hermione elle, lui apprenait l'occlumencie ainsi que le combat moldu, cela pouvait toujours servir. Lorsqu'ils ne s'entraînaient pas, ils étaient dans le laboratoire de potions à fabriquer du polynectar, du véritaserum, du felix felicis et de nombreuses autres potions. Hermione, comme quelques années auparavant, préparait également les livres qu'ils devaient emmener.


—Vite Rem' ! Dépêche-toi !

—Nous n'avons rien oublié ?

—Non, tout est dans mon sac, aller plus vite.

Les deux amis partaient précipitamment du Square. En effet, Hermione avait mal transplané avec la cape et le mangemort de garde l'avait vu. Il s'était donc empressé d'aller rapporter leur cachette à son maître. Depuis, ils effaçaient toute trace de leurs recherches et avaient finalisé leur voyage. Cependant il fallait qu'ils se dépêchent. Ils devaient partir à pieds. Une fois sortit de la maison, ils essayèrent de partir rapidement, mais il était trop tard. Voldemort était déjà là.

—Tiens le loup et la sang-de-bourbe ! Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu l'occasion de vous torturer. Capturez-les ! ordonna-t-il a ses mangemorts.

Avada Kedavra

Immobulus

Sectusempra

Endoloris

Impedimenta

Silencio

Les sorts s'enchaînaient sans une seconde de répit. Les mangemorts les plus faibles tombaient mais Remus et Hermione était deux contre une centaine, ce qui était assez problématique et leurs chances de s'en sortir étaient faibles.

—J'ai une idée ! Viens derrière moi.

Remus réussit tant bien que mal à se cacher près d'Hermione après avoir évité un bon nombre de sortilèges impardonnables.

PROTEGO MAXIMA

Une barrière invisible se créa entre les mangemorts et les deux amis.

Reducio

Hermione et Remus devinrent minuscules et disparurent aux yeux des mangemorts. Remus n'avait pas vraiment compris ce qu'il se passait, et pourquoi il était aussi petit.

—Aller cours Rem'

—Tu m'expliques ?

—Je nous ai jeté le sort de ratatinage. Il faut qu'on trouve un coin pour se grandir et devenir invisible. On doit aller à l'aéroport.

—Pourquoi nous ne restons pas petit ?

—Mais enfin Rem' on ne va jamais arriver à l'aéroport si on reste petit. Et puis, hésita-t-elle, je ne savais pas si le sort marchait sur les humains donc je ne préfère pas trop rester petite.

—Tu n'as jamais lancé ce sort ? s'étrangla le sorcier.

—Uniquement sur des objets.

Les deux sorciers étaient, quelques heures plus tard, enfin dans un avion. Il n'y avait pas d'avion pour l'Australie avant plusieurs jours mais ils décidèrent de partir au plus vite de leur pays. Leur avion se posa à l'aéroport de Madrid et les sorciers se précipitèrent à l'accueil pour prendre le prochain vol pour l'Australie. Ils tombaient bien, il y en avait un dans quelques heures et il était loin d'être complet. Avant qu'elle ne put l'acheter, Remus pris à part Hermione, loin des oreilles indiscrètes.

—Hermione, c'est la pleine lune ce soir ! Je ne pourrai pas me transformer dans l'avion. Je suis vraiment désolé mais on va devoir attendre plus longtemps.

—Oh Rem ! Tu aurais pu me le dire avant ! Mais c'est pas grave on attendra. Pour quelques jours prêts... On en profitera pour aller dans le Madrid sorcier et prendre ce dont on a besoin.

Elle alla demander à l'hôtesse d'accueil quand serait le prochain vol. Après avoir réglé toutes les réservations, elle retourna avec son ami.

—C'est bon Rem' dans un peu plus de six jours on sera en Australie. Ce qui te laissera cinq jours pour te reposer plus tout le temps du trajet.


Il était vingt heures trente et Hermione prenait l'air sur la terrasse de leur hôtel moldu. Une légère brise vint effleurer son visage. Elle avait toujours aimé cette sensation. Le vent. Le vent qui touchait son visage, le vent qui s'emmêlait dans ses cheveux, le vent qui s'infiltrait dans ses vêtements. Le vent lui rappelait ses années d'enfance, quand elle partait en vacances au bord de la mer avec ses parents. Parents qui ne se souvenaient plus d'elle. Parents qui étaient également en Australie. Peut-être les verrait-elle. Oh elle n'était pas naïve. Elle savait très bien qu'elle n'était qu'une inconnue pour eux. Ils étaient peut—être même morts. Non, elle ne devait pas penser à eux. Elle avait fait son choix il y a plusieurs années. C'était du passé.

Perdue dans ses pensées, elle se rendit compte qu'il était déjà vingt heures quarante-cinq et en ce mois d'avril, le soleil allait bientôt se coucher. Elle écrasa sa cigarette, jeta un sort pour masquer l'odeur et remonta dans la chambre de Remus, prête pour le calvaire.

Lunard était très énervé ce soir. L'absence de potion tue-loup ainsi que le nouvel environnement ne jouaient pas en sa faveur. Le phénix d'Hermione avait beaucoup de mal à le calmer. Chaque seconde d'inattention pouvait se transformer en drame. Hermione se débrouillait plutôt bien mais la fatigue accumulée depuis plusieurs jours eut raison d'elle et détourna le regard pour voir quelle heure était-il. Elle eut à peine le temps de voir l'heure —quatre heures trente— que le loup lui sauta dessus. Surprise, elle ne contrôla rien et reprit sa forme humaine contre son gré. Le loup commença à la mordre puis de plus en plus profondément. Elle n'avait pas sa baguette et ne faisait pas le poids contre un loup toute seule. Elle eut juste le temps de se dégager pendant une petite seconde et transplana dans sa chambre.

Tout n'était que souffrance. La douleur irradiait dans son corps. Chaque millimètre carré de sa peau la brûlait, chaque cellule de son corps semblait se consumer. Elle sentit son corps s'agrandir, ses dents s'allonger, ses vêtements se déchirer. Puis Hermione perdit toute conscience humaine.


Remus se réveilla nu et courbaturé. Son instinct lui annonça d'emblée que quelque chose n'allait pas, n'était pas habituel. Il baissa les yeux vers le sol et vit des traces de sang assez importante ainsi que beaucoup plus de morsures sur son corps qu'après une pleine lune « classique ». Il fut tellement épuisé qu'il ne s'en préoccupa pas plus que ça. Il s'allongea sur son lit et s'endormit aussitôt. Quelques heures plus tard, après avoir récupéré de sa nuit, Remus trouva étrange de ne pas voir Hermione à son chevet. Il décida donc d'aller la voir. Il se leva difficilement de son lit, toujours courbaturé et s'habilla. Il traversa le couloir et toqua à la porte d'Hermione. Pas de réponse. Il entra alors et son cœur s'arrêta.

Elle était là. Paisible. Ses cheveux éparpillés tels une couronne. On pouvait croire qu'elle dormait. On pouvait le penser. Cependant, elle reposait alors dans une mare de sang. Elle était nue et avait un nombre incalculable de cicatrices. Elle en avait déjà beaucoup avant, mais il y avait beaucoup de cicatrices récentes. Son visage était neutre et ses yeux fermés, mais on voyait qu'elle avait souffert.
Remus resta bloqué. Il avait toujours su que c'était une mauvaise idée de l'accompagner lors de ses transformations. Il n'était pas lui—même et sans potion tue—loup c'était encore pire. Il était un monstre. Il tomba à genoux. Jamais il ne s'en remettrait, il avait fait trop de mal, perdu trop de personnes. Les larmes aux yeux, il tomba sur le corps d'Hermione, pleurant et gémissant. Avec pour seule pensée :

« J'ai tué Hermione. »